Top albums - mars 2019

Il y avait tellement à dire sur tellement de sorties en mars qu’on a fait au plus court : les 9 favoris de la rédaction, sans EPs ni bonus ni rien sinon on en serait toujours là le mois prochain ! Le reste est dans la playlist : quelques marottes, des choix perso et des pistes pour aller voir ailleurs, si vous n’en aviez pas encore assez dans les écouteurs.




Nos albums du mois






1. Uranium Club - The Cosmo Cleaners


De prime abord, on se demande ce qui a bien pu se passer. Envolée, la grande syncope effrénée qui faisait l’ordinaire de An Exploration In Humanity (2016) et All Of Them Naturals (2016 encore) et voyait l’Uranium Club dynamiter le post-punk en forçant sur le côté punk et son caractère véloce. À la place, des morceaux plus longs (jusqu’à onze minutes) et - horreur ! - réfléchis. D’ailleurs, le disque tourne cette fois-ci à 33 tours plutôt qu’à 45, un signe qui ne trompe pas. Oui, The Cosmo Cleaners ne fonce plus dans le tas comme ses prédécesseurs et joue à fond la carte de l’art punk, un trait du Club bien présent depuis le début mais jamais mis en avant à ce point. Alors ça désarçonne sur les premières écoutes mais ça s’insinue aussi et on se rend compte au bout d’un moment que le disque revient quand même beaucoup sur la platine. Non pas parce qu’on cherche quelque chose à comprendre mais simplement parce que les morceaux font mouche. Même les plus longs où ça bavarde sur fond de piano élégant et de rythmique apaisée (Michael’s Soliloquy qui ne trompe pas sur la marchandise) ou d’éléments plus classiques (Interview With The Cosmo Cleaners) accrochent irrémédiablement. Et puis à bien y regarder, on retrouve ici tout ce qui nous a attachés à l’Uranium Club à moment donné : les accélérations incisives, la nervosité partout, les mélodies malignes et les guitares coincées (Flashback Arrestor, Man Is The Loneliest Animal et beaucoup d’autres). The Cosmo Cleaners est donc encore un album foutraque et très bien construit qui montre que le groupe reste fidèle à ce qu’il est et a toujours été : une machine de guerre hautement jubilatoire.


(leoluce)





2. Tenshun x Bethaniens Dust - Pondering / Desolation


Tout ce que vous entendez sur cette collaboration des deux pourvoyeurs de lo-fi cauchemardée du label I Had An Accident, est là, sur la pochette de cette double cassette. Mais que cette tablée de geeks du bidouillage analogique n’effraie personne, aucune démonstration de la part de l’Américain et de l’Irlandais, passés maîtres dans l’art de construire autour de leurs drums abstract/noise implosifs ou plus étouffés des atmosphères insidieuses à souhait, qu’elles donnent dans la menace lancinante et syncopée, le psychédélisme halluciné aux rythmiques en liberté, le boom bap du côté obscur ou le dark ambient pur jus. L’ingrédient qui fait de cette sortie en particulier un sommet de magnétisme hanté ? Le violoncelle de Simon Milligan aka Bethaniens Dust, dont les frottements plus ou moins manipulés sur l’impressionnant Pondering Side 1 d’ouverture, premier de ces quatre instrus d’environ 20 minutes chacun où l’ennui ne pointe jamais le bout de son nez, participent pleinement de cette dystopie généralisée qui suinte entre le martèlement et la désolation du titre.


(Rabbit)





3. Housewives - Twilight Splendour


Des Housewives pas désespérés pour deux sous au vu de la qualité de ce troisième album, 4 ans après les premières présentations chez les Français de Hands in the Dark ( Work ). On débute par les habituelles menaces des Anglais au détail près, l’omniprésence du synthé, soutenu par une batterie métronomique sans cesse entrecoupée de murmures. Pas vraiment rock, malgré les guitares et la voix grandiloquente rappelant par exemple celle de Charlie Looker (Extra Life), pas vraiment noise non plus... tout en gardant la nonchalance agressive caractéristique, un cynisme british qui se dessine entre les silences, on sent qu’on est là face à un disque différent, celui d’un groupe adouci dans la forme mais pas dans le fond, bien au contraire, où l’électronique et la technologie prédominent au sein d’un processus de création hallucinatoire (en témoignent les kitchissimes clips de Speak To Me et SmttnKttns, respectivement alimentés de bugs de Streetview et inspirés par les banques d’images d’internet). Twilight Splendour, ou un nom semblant sortir tout droit d’un générateur en ligne, pour huit titres géniaux, complexes, comme issus du travail d’un algorithme de songes aléatoires coincé entre les commandes ’’tension’’ et ’’confort’’, où les polyrythmies se font si familières et déconcertantes (un peu comme se rendre dans un lieu connu... au hasard, au travail, puis se rendre compte que l’on est en pyjama... ou se réveiller humide après avoir rêvé des toilettes) et où l’atmosphère, à l’image de cet horrible artwork, devient aussi hostile que rassurante.


(Riton)





4. USA/Mexico - Matamoros


Matamoros (nom d’une ville frontalière située entre les États-Unis et le Mexique côté mexicain) poursuit l’entreprise de destruction massive - des préjugés à la con si chers à l’ère trumpienne notamment et des neurones en particulier - entamée avec Laredo (nom d’une ville frontalière située entre les États-Unis et le Mexique côté américain) mais se montre encore plus efficace. À l’époque, c’était pourtant déjà la guerre mais là... c’est encore plus la guerre que la guerre. Tout y est exacerbé : frôlant en permanence la limite ténue qui sépare la musique du bruit pur, USA/Mexico adjoint à sa mixture dégueulasse une bonne grosse dose de malaise qui en décuple l’envergure. C’est politique, violent, nihiliste, disloqué, éparpillé, trituré, reconstitué au petit bonheur la chance et ça agit sur le cortex et l’épiderme comme un rabot psychopathe. Dans ces conditions, inutile de préciser que l’on ressent beaucoup : de l’interrogation d’abord (pourtant, on savait à quoi s’attendre) puis de la sidération et pour finir, de l’addiction. Ce qui ne rassure pas, il faut bien le dire. Mais voilà, après Matamoros, tout a tendance à sonner aseptisé. Indispensable.


(leoluce)





5. Kouma - Aibohphobia


"Triangle toujours très resserré, Kouma continue à refuser de choisir son camp camarade et touche autant au free-rock qu’à la noise, au jazz qu’au prog sans jamais dénaturer les uns ou les autres. Il en résulte ces deux longs morceaux qui multiplient les trajectoires sans lasser ni égarer. Le premier se nomme Aller et le second - très logiquement - Retour. Précisément ce qu’inflige Aibohphobia. Contenus dans ce disque palindrome (comme le suggère son titre), ils se répondent l’un l’autre et on multiplie les va-et-vient entre eux : guitare en avant sur Aller, claviers cosmiques la remplaçant sur Retour.
Sans doute y a-t-il une construction particulière là-derrière, peut-être même qu’Aller est la réciproque stricte de Retour mais on n’en sait rien parce qu’au bout d’un moment, on a juste envie d’écouter et de se laisser bringuebaler par les circonvolutions tendues et inattendues dAibohphobia.
Encore une fois, Kouma emporte tout."


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(leoluce)





6. Vieo Abiungo - The Dregs


En choisissant de revêtir pour la première fois en 7 ans les frusques de Vieo Abiungo, alias laissé de côté depuis le superbe Thunder May Have Ruined The Moment, William Ryan Fritch ne semblait pas plus équivoque qu’une pochette où art primitif africain et instrument ethnique ont la part belle sur fond de volcans au gris nuancé. Toutefois, si cette nouvelle sortie Lost Tribe Sound renoue effectivement avec la dimension tribale, percussive notamment, chère à ce tout premier projet solo de l’ex Skyrider (Unravel Together, What the Rain Restores, Short Sell), on y retrouve également le goût du multi-instrumentiste californien pour un lyrisme plus orchestré qui culminait sur The Waiting Room en 2013 et Music For Film Vol. I deux ans plus tard (en attendant le mois prochain Deceptive Cadence : Music For Film Volume I & II) sur Picked Down to Its Bones ou Heaving Chest, Shallow Breaths, voire même les atmosphères plus sombres et fantasmagoriques de l’excellent Ill Tides (The Dregs, A Branch Gave Way, Trembled at Its Feet), évoquant tout autant l’Amérique sauvage des pionniers - cf. les violons countrysants de Cobble Together ou la guitare du capiteux Swagger - que les profondeurs de l’Afrique Noire (No Diamonds in These Mines, réinterprétation de ce morceau offert à IRM) ou tout simplement de notre subconscient où sensibilité et instinct reptilien, tels la mélancolie et les roulements martiaux de Tinkerer, jouent au chat et à la souris.


(Rabbit)





6. La Dispute - Panorama


Originaire de Grand Rapids, dans le Michigan, le quintet La Dispute n’en est pas à son coup d’essai. Présent sur la scène post hardcore depuis la deuxième moitié des années 2000, sa musique n’a pas, contrairement à beaucoup d’autres groupes du même bord qui, après avoir connu un certain succès, se nichent dans leurs confortables habitudes, cessé de se renouveler. Alors, certes, on peut être réticent devant une musique qui se présente sans mentir comme une fusion oprtuniste de post hardcore, screamo, emo et qui ose le spoken word. On se croirait revenus dix ans en arrière. Cela ne nous rajeunit pas. Mais il y a ici, une maturité (osons le terme, sans parler "d’album de la..."), une intelligence du riff, une finesse de l’écriture qui l’emportent sur les poncifs du genre. Ils ne renoncent pas, toutefois, à rappeler d’où ils viennent, quand il le faut, avec parcimonie.
Mais ce n’est pas pour cela qu’il faut parler de ce Panorama, 4e album du groupe, et considérer qu’il mérite pleinement sa place dans ce top. Ce qui se démarque, c’est d’abord un son, une délicatesse quasi acoustique de l’instrumentation (pourtant bien électrique), puis une écriture, la richesse de compositions qui prennent le temps de se développer, parfois sur deux titres (Fulton Street I et Fulton Street II), la simplicité avec laquelle ces morceaux séduisent, sans céder à la facilité, et leur noirceur romantique qui s’exprime sans niaiserie. En ne se contentant pas de répéter les tics du genre, le groupe de Jordan Dreyer, chanteur et auteur inspiré par la plume de Marivaux, creuse un sillon atypique, où la pop culture et la littérature se rejoignent. Bref, derrière cette pochette au visuel douteux, derrière ces étiquettes stylistiques désuètes, il y a un groupe sincère, qui écrit avec son âme et interprète avec son cœur. Osez aller voir derrière !


(Le Crapaud)





8. Tapage - One, Two, Three & Four


Réfractaire au surplace, le Néerlandais Tapage poursuit ses pérégrinations aventureuses. Il a construit One, Two, Three & Four à partir d’échantillons imparfaits mais néanmoins, comme il le précise, apaisants. Varié, crépusculaire et lumineux à la fois, le résultat est passionnant et ces constructions downtempo favorisent l’émergence chez l’auditeur d’un panel d’émotions extrêmement large allant du doute à l’allégresse en prenant soin de ne jamais opter pour l’itinéraire le plus immédiat.


(Elnorton)





8. Billy Woods & Kenny Segal - Hiding Places


D’une côte à l’autre, le New-Yorkais Billy Woods et le Californien Kenny Segal avaient deux univers à part à télescoper, urbain et ténébreux mais jamais dénué d’humour pour le premier, plus onirique voire éthéré pour le second : sur Hiding Places, la paire n’en devient que plus singulière. Croisé sur Paraffin, dernier opus en date d’Armand Hammer, duo formé par Woods avec ELUCID qui traîne ici son flow brut de décoffrage sur un Crawlspace mélancolique à souhait coproduit par Blockhead, Segal flirte avec la fantasmagorie du psychédélisme et des contes de fées noir (cf. les références au Petit Chaperon Rouge de Toothy), de riffs lynchiens (Spongebob, Steak Knives) en rêveries obscures où guitare/basse vintage et vraie batterie ont la part belle (Checkpoints, Spider Hole), privilégiant des atmosphères à l’étrangeté rétro tantôt candide et cristalline (Houthi, A Day in a Week in a Year) ou plus déliquescente et inquiétante (Bedtime) que Billy Woods habite d’une verve hallucinée, mariant surréalisme et storytelling philosophe (la vie, la mort, le temps qui passe, le rap qui change, les incertitudes de l’artiste en marge, toussa). Mais ce qu’on aime surtout avec Hiding Places, un peu comme le manoir cagneux et décrépit de sa cover, c’est qu’il ne dévoile que progressivement et par petites touches son caractère insolite et tortueux, des accents free jazz et classique contemporain du final hanté de Speak Gently au fabuleux Bigfakelaugh, enchanteur et flippant comme le Tim Burton d’antan.


(Rabbit)


La playlist IRM des albums et EPs de mars






Les tops 5 des rédacteurs



- Elnorton :

1. VFO89 - Shewz
2. Camp Claude - Double Dreaming
3. The Brian Jonestown Massacre - The Brian Jonestown Massacre
4. Shelf Life x Teenage Bed - Shelf Life x Teenage Bed
5. Tapage - One, Two, Three & Four

- Le Crapaud :

1. Apparat - LP5
2. Ni - Pantophobia
3. Louis Jucker - Krakeslottet
4. Kouma - Aibohphobia
5. La Dispute - Panorama

- leoluce :

1. Uranium Club - The Cosmo Cleaners
2. Oozing Wound - High Anxiety
3. USA/Mexico - Matamoros
4. Kouma - Aibohphobia
5. Housewives - Twilight Splendour

- Lloyd_cf :

1. Liyv - Apoptosis
2. Stella Donnelly - Beware of the Dogs
3. Uranium Club - The Cosmo Cleaners
4. Laura Stevenson - The Big Freeze
5. Lambchop - This

- Rabbit :

1. Vieo Abiungo - The Dregs
2. Chris Weeks - Borders
3. Tenshun x Bethaniens Dust - Pondering / Desolation
4. Philippe Neau / Patrick Masson - No silence
5. Fennesz - Agora / Tapage - One, Two, Three & Four

- Riton :

1. Housewives - Twilight Splendour
2. Tenshun x Bethaniens Dust - Pondering / Desolation
3. billy woods & Kenny Segal - Hiding Places
4. La Dispute - Panorama
5. Deafkids - Metaprogramação


Articles - 20.04.2019 par La rédaction
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mardi 12 novembre 2019


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