Tir groupé : ils sont passés sur nos platines (17/6 - 23/6/2019)

Chaque dimanche, une sélection d’albums récents écoutés dans la semaine par un ou plusieurs membres de l’équipe, avec du son et quelques impressions à chaud. Car si l’on a jamais assez de temps ou de motivation pour chroniquer à proprement parler toutes les sorties qu’on ingurgite quotidiennement, nombre d’entre elles n’en méritent pas moins un avis succinct ou une petite mise en avant.





- Adoran - Artemisa (14/06/2019 - Tartarus Records)

Rabbit : Aidan Baker de Nadja et consorts (étonnamment à la batterie ici, d’une lenteur consommée et subtilement libertaire) et
Dorian Williamson de Northumbria (à la basse ténébreuse et rampante) sont de retour avec leur tension doom volatile qui n’éclate jamais vraiment. Mâtiné d’effets reverse, ce 4e opus conserve le format privilégié de deux longues progressions de 20 minutes chacune, faussement linéaires et plus narcotiques qu’une écoute distraite le laisserait d’abord supposer. Un beau disque d’atmosphère pour les férus de "less is more".


- UNKLE - The Road : Part II / Lost Highway (29/03/2019 - Songs For The Def)

Rabbit : Bien que présenté par Lavelle comme une mixtape plutôt qu’un véritable nouvel opus de son projet à géométrie variable, ce double album aux nombreux invités (de l’habitué Mark Lanegan à Mick Jones en passant par The Big Pink ou la fidèle Liela Moss de The Duke Spirit) renoue toutes proportions gardées avec le trip-hop sombre des débuts et le songwriting métissé d’un War Stories. Heureusement moins lisse et easy listening que son prédécesseur en dépit d’une dimension pop toujours présente au chant féminin romantique à souhait (Long Gone ou l’hédoniste final Touch Me qui était clairement de trop avec son beat techno aseptisé), The Road : Part II / Lost Highway en transcende le lyrisme vocal et orchestral sur des réussites telles qu’Only You, Powder Man ou dans une moindre mesure la sensible reprise piano/cordes du classique soul The First Time Ever I Saw Your Face. Quelques tics philosophico-prog propres à l’ambition narrative démesurée du Britannique demeurent par exemple sur Requiem (When You Talk of Love) mais Ar.Mour avec le flow à la Tricky d’Elliott Power et ses samples vintage d’Al Green et compagnie, ou encore l’instrumental Kubrick, constituent le début d’un retour aux sources cinématographiques et 90s dont on ne pensait plus UNKLE capable.

Elnorton : On a depuis longtemps fait le deuil d’un UNKLE qui renouerait, sur la durée d’un album, avec les sommets de War Stories ou Never, Never Land sans même parler de l’inégalable Psyence Fiction. Ceci étant, The Road Part 1 avait constitué une vraie déception tant il paraissait aseptisé et peu inspiré. Une grande réserve accompagnait forcément l’écoute du deuxième volet de ce qui constituera au final une trilogie. Et si la première écoute s’est révélée décevante, la faute à un trop grand nombre de titres de transition ou mineurs, voire même gênants (en effet, ce Long Gone semble d’abord plagier le piano de Coldplay avant de voguer vers des horizons mielleux à souhait, mais j’ajouterai à l’inverse de mon acolyte la reprise The First Time Ever I Saw Your Face dans les moments pénibles, rappelant les excès d’emphase de certains titres qu’Archive livre depuis cinq ans).
Et puis, en faisant l’impasse sur les morceaux moins inspirés, une demi-douzaine de titres se dégagent néanmoins de ce double album. Only You donc, mais également l’engagé et électrique Crucifixion / A Prophet ainsi que Nothing To Give et le sommet Ar.Mour qui réconcilieront les fans de la première heure adeptes de trip-hop hanté (pléonasme). Dans des veines plus lyriques qui parviennent à rester sur le fil sans emprunter le chemin du mauvais goût, The Other Side, Feel More/With Less ou Days And Nights font leur effet. Si le potentiel pour en faire l’égal des plus belles productions du projet n’était de toute manière pas là, UNKLE pêche surtout en ne parvenant pas à faire le tri. Ce sera donc à l’auditeur de le faire. Dommage, puisque quelques très bons moments jalonnent l’écoute de ce disque inégal et frustrant.


- Bill Callahan - Shepherd In a Sheepskin Vest (14/06/2019 - Drag City)

Elnorton : Depuis trente ans, que ce soit sous l’alias Smog ou son véritable patronyme, Bill Callahan a pris l’habitude de livrer très régulièrement des disques oscillant entre rock lo-fi et alt-country. Jamais il n’était resté muet deux années consécutives. Shepherd In a Sheepskin Vest était donc particulièrement attendu puisqu’il fait suite à un Dream River paru il y a déjà six ans. Sur ce nouvel enregistrement, l’Américain fait à nouveau ce qu’il sait faire, particulièrement depuis 2007 et son choix de délaisser le pseudonyme Smog, à savoir des compositions où la guitare en bois et des rythmiques impeccablement troussées soutiennent sa voix reconnaissable entre mille.
Forcément, faute de fantaisie, l’ensemble ronronne parfois, mais il convient de reconnaître à Bill Callahan, cousin à tendance country-folk de Damien Jurado, la capacité à exceller dans sa zone de confort. Certains grands moments de ce disque, à l’instar de Ballad of the Hulk, 747 ou Son of the Sea et ses discrets arrangements, rappellent les sommets atteints il y a déjà dix ans avec Sometimes I Wish We Were an Eagle. Aérien, inspiré et intrinsèquement beau, Bill Callahan ajoute, sans rupture, un élément de qualité à une discographie séduisante.

Rabbit : Finalement, en dépit de son apparent classicisme très roots mais déjoué par des arrangements tout en finesse (encourageant un rapprochement évident avec les indépassables Tim Hardin et Van Morrison dès l’introductif Shepherd’s Welcome au cachet vintage), je retrouve goût à Callahan dont le meilleur opus sous son vrai patronyme avait été et reste pour moi le tout premier. Plus épuré et moins ambitieux que ce très orchestré et luxurieusement enluminé Woke on a Whaleheart mais tout aussi mélodique et chaleureux, Shepherd In a Sheepskin Vest renoue aussi avec les boîtes à rythme lo-fi à la Smog (le superbe Ballad of the Hulk aux effets de production troublants) et ménage quelques belles sérénades poétiques d’une touchante humilité où la voix toujours aussi profonde de l’Américain est parfois doublée de chœurs féminins susurrés évoquant la folk anglaise des 70s (Morning is my Grandmother). Alors oui, certes, comme sur les disques précédents, ça ronronne un brin lorsque le songwriting est trop mis en avant (cf. Son of the Sea me concernant), mais quand même, nettement moins que chez Mark Kozelek hein, soyons sérieux. Un bel album en somme, bien plus réussi à mon sens que les trois ou quatre précédents.


- Indien Zero - s/t EP (15/06/2019 - Influenza Records)

Rabbit : Avec des membres de Wonderflu, Polarbird, Social Square et The Wrong Sister, Indien Zero est un charmant who’s who des artisans lo-fi de l’excellent label Influenza Records. Particulièrement marqué par le Sonic Youth de la première moitié des 90s, ce premier EP fait honneur aux univers respectifs des groupes sus-mentionnés. Nonchalance, dissonance et embardées garage se taillent ainsi la part du lion dès l’entame Peter’s Head tandis qu’I Don’t Want to Know, plus nébuleux, flirte avec le shoegaze. Prometteur !


- Roger Molls - Melography (21/01/2019 - DLoaw & Co)

Elnorton : A la fois cohérent et fourmillant d’idées diverses, le troisième album de Roger Molls propose un abstract hip-hop mêlant beats synthétiques et, c’est une nouveauté, orchestrations assurées par des musiciens de formation plus classique. Le producteur, dont l’univers n’est pas sans rappeler ceux de RJD2 ou même Pretty Lights, invite également quelques MCs qui s’emparent volontiers du micro, de Slik Jack sur un F*ck The Industry old school à l’ancien collaborateur de notre chouchou Undogmatic, Cedric Till (Look In The Mirror). Si le melting-pot ambiant laisse place à quelques pistes plus dispensables, les cordes sur le fil du cinématographique Night Is Here, les beats rugueux soutenus par un chant engagé façon Mongrel sur Hip Hop’s Not Dead ou les orchestrations à la Rob Dougan de Come Fly With Me constituent autant de réussites qui font de l’écoute de ce disque un passage obligé pour les amateurs de trip-hop à l’ancienne.

Rabbit : Un très bel exercice de style en effet, à la croisée du trip-hop (Moonshine, aux cordes réminiscentes des Belges d’Hooverphonic), d’un rap à la fois épique et onirique (l’impeccable Railroad Sparks, le sombre Look in The Mirror) et du hip-hop instrumental de la grande époque (cf. la référence truculente de Morgan Donor à DJ Shadow), qui effectivement m’évoque pas mal aussi les débuts de RJD2 dans ses meilleurs passages, de la profession de foi qui ouvre le disque à l’abstract de Run Away Slave en passant par Louder Life ou le cinématographique F*ck the Industry aussi sombre que virevoltant avec ses clavecins et autres choeurs baroques. Plus "facile" à d’autres moments, c’est alors de l’univers de Wax Tailor qui se rapproche ce Melography (les groovesques House of Fools et Hip Hop’s Not Dead), une décontraction toutefois bien appréciable en ce début d’été.


- Ulver - Drone Activity (11/05/2019 - House of Mythology)

Rabbit : Avec ce nouvel opus, 70 minutes retravaillés d’un live dronesque d’une heure et demie semi-improvisé à Oslo, les touche-à-tout norvégiens prennent fort heureusement le contrepied du racoleur et grandiloquent The Assassination of Julius Caesar d’il y a deux ans, faute de goût que l’on avait préféré oublier aussitôt. Avec ses quatre morceaux-fleuves aux progressions tourmentées, Drone Activity voit Kristoffer Rygg et ses compères explorer de ses abîmes saturés à ses cimes éthérées (cf. le bipolaire Exodus entre trémolos planants et beats de fin des temps) un genre qui se pare forcément avec eux d’atours plus cinématographiques et mélangeurs, guitare noise menaçante sur le final du corrosif True North, boîte à rythme à la tension sourde et batterie martiale sur le magnétique Twenty Thousand Leagues Under the Sea ou encore rythmique rituelle sur un Blood, Fire, Woods, Diamonds riches en arrangements baignés de lumière noire. Grand disque.


Articles - 23.06.2019 par Elnorton, RabbitInYourHeadlights
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lundi 18 novembre 2019


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