Entretiens à Twin Peaks : #9 - Marjen

Retrouvez chaque semaine dans nos pages les interviews de quelques-uns des contributeurs à la future compil’ Twin Peaks d’IRM. Aujourd’hui, c’est au tour de Marc Jensen aka Marjen de se prêter au petit jeu des questions/réponses. Le beatmaker canadien a fait les belles heures des labels abstract noisy et bricolé que sont I Had an Accident et Hello.L.A., qu’il continue et continuera d’alimenter, et son travail a lui aussi été grandement influencé par David Lynch et Twin Peaks.

La discographie de Marjen commence à avoir de la gueule et 2016 l’aura bien complétée : Snapchat Suicide Pact avec le rappeur Skizza, un Split avec Noblonski, un autre Split avec Parlay Droner, le gars de Saskatoon n’aura pas chômé ! Mais l’histoire entre Marc Jensen et Indie Rock Mag remonte à 2014 avec son éponyme et sa série avec marcjacobsmodel (ici et ) sortis chez IHAA Records, puis Arriving Late et l’excellent Rubies & Rust chez Hello.L.A.. Le style de Marjen est singulier, une espèce de downtempo discrètement onirique prenant des éléments du hip-hop d’en dessous et de l’électro-chip minimale pour les déconstruire, les chatouiller à coups de synthés extraterrestres et les remettre en route via une toujours très belle exploration des beats les plus épais. Sur chaque titre signé par le Canadien, les harmonies insaisissables apparaissent et disparaissent, mais les mélodies à tiroirs sont toujours là, enfantines ou fantomatiques, elles contrebalancent toujours le poids des beats et en font la typicité du travail magique de Marjen.


L’interview



IRM : Comment résumerais-tu ton rapport à Twin Peaks ? A l’univers de Lynch en général ?

Marjen : J’ai commencé à entendre parler de David Lynch en 2002, j’avais 18 ans. Je venais de déménager de ma petite ville de 2100 habitants vers Saskatoon et j’avais enfin internet à la maison. J’ai commencé à voir son nom mentionné dans certains pistes de Buck 65 [Bachelor of Science par exemple, ndlr] et sur différents forums d’art ou de musique sur le net (vous vous souvenez des forums sur le net ?). J’avais vu un bout dEraserhead, son court-métrage d’animation The Alphabet et Dune (je sais toutefois que Lynch a pris ses distances avec ce film). Quant à Twin Peaks, on m’avait recommandé la série à plusieurs reprises, mais ce n’est que lorsque je me suis mis à travailler sur la compilation d’Indie Rock Mag que je me suis enfin permis de me poser et de la regarder. Ma femme et moi avons adoré, mais la vie est telle que notre rythme de visionnage est lent. Nous avons encore 5 épisodes de la saison 2 et le film Fire Walk with Me à voir. Mis à part une capture d’écran, j’ai réussi à me préserver de tout spoiler jusque là.



Ton personnage préféré dans la série ?

C’est probablement une réponse habituelle, mais je vais dire que c’est l’agent Cooper. Celui que j’aime le moins alors ? James Hurley, obligé, avec son coté dur mais tourmenté. Trop de yo-yo dans ses attitudes, ses émotions et ses difficultés à décider de quelle fille il est amoureux tel ou tel jour...

Une scène qui t’a particulièrement touché... ou fait flipper ?

Je n’arrive pas à détacher quoi que ce soit de particulier qui m’ait vraiment marqué. La série dans son ensemble était vraiment addictive et elle allait très loin, car de nombreux personnages étaient impliqués. Il y a vraiment eu d’innombrables moments pour lesquels il a fallu que je revienne en arrière, que ce soit un indice, une scène genre "Mais qu’est-ce qui vient de se passer, bordel ?" ou l’un des moments plus humoristiques tels que "New shoes."



Tu as enregistré un morceau pour notre future compilation Twin Peaks. Quel aspect de la série t’a inspiré ? Une anecdote ?

Je n’avais pas pensé à cela avant que tu me poses la question, mais j’ai aimé la manière dont Twin Peaks utilise les contrastes, aussi bien dans la musique que dans la mise en scène. On peut se retrouver avec quelque chose d’à la fois sombre et beau. De clair au milieu de l’obscurité. Un personnage peut être pur, mais corrompu. De plus, Twin Peaks arrive à trouver un équilibre entre accessibilité, apparences ordinaires, mais avec assez de retournements radicaux et une touche d’étrangeté qui font qu’on ne peut la confondre avec aucune autre série.



Tu as eu vent de quelques-uns des musiciens impliqués dans ce projet. Duquel es-tu le plus curieux d’entendre la contribution ?

Je dirais que je suis curieux d’entendre la compilation dans son ensemble. C’est un projet très intéressant dans lequel je suis heureux d’être impliqué et il me tarde de l’écouter. Beaucoup de contributeurs sont complètement nouveaux pour moi. Je n’ai même pas encore entendu les pistes proposées par mes amis et mes potes de label.



Un album vers lequel tu reviens quand il te faut ta dose de Garmonbozia ?

Aujourd’hui, ma vie est trop agréable dans son ensemble pour que j’en ressente vraiment le besoin. Plus jeune, je me jetais sur certains albums ou artistes suivant mon humeur et beaucoup de ces albums sont maintenant attachés à des souvenirs ou sont mentalement associés à des moments particuliers de ma vie. J’écoute toujours beaucoup de trucs sombres et tordus ceci dit. Une bonne partie de ma collection de disques est mélancolique et lourde sur les accords mineurs. J’aime le hip-hop aux atmosphères sombres avec des beats solides (comme les trucs sortis chez Anticon, Def Jux, Mush, Lex ou Ninja Tune du milieu des années 90 au milieu des années 2000), j’aime aussi des choses gritty mais jolies à la fois (Tom Waits ou Mark Lanegan), la folk (Nick Drake ou Leonard Cohen)... La liste est longue.



En 2016, tu as sorti une série de Splits avec Parlay Droner et Noblonski, Snapchat Suicide Pact avec Skizza et Hello.L.A. et un paquet de pistes sur ton Bandcamp. Quelques mots à leur propos ? D’autres projets sur les rails ?

Depuis ma première sortie cassette chez I Had An Accident Records (en janvier 2014), je suis passé d’artiste solo qui ne connait personne à celui qui contacte les labels et les artistes pour leur dire qu’il apprécie leur travail et leur demande si une collaboration pourrait être envisageable. 9 fois sur 10, les gens sont sympas, accessibles et respectent mon travail. Depuis lors, je suis resté actif, ainsi quand le deuxième (et dernier) album de Lakeside Summer Homes (marcjacobsmodel et Marjen) est sorti en automne 2015, je travaillais sur une demi-douzaine de collaborations à la suite (pour ne pas dire en même temps). Les projets que tu as mentionnés ont tous été menés à bien et j’ai continué à travailler sur deux autres split albums. Je suis très heureux avec toute la musique que j’ai sortie en 2016 et je suis content d’avoir eu la chance de connaître et de travailler avec autant d’excellents musiciens, producteurs ou emcees. Ces deux split albums sortiront début 2017. L’un sera avec Seaz sur le label Nekubi Tapes, l’autre sera un split à quatre avec Noblonski, rak. 楽 et DSPLAY prévu chez Ill Catz Records. Peut-être que je vais calmer le jeu en 2017, mais j’en doute.




Marjen sur Bandcamp / Facebook / Soundcloud / Twitter




Original english version



IRM : How would you describe your relationship with Twin Peaks ? With the work/world of David Lynch in general ?

Marjen : I first heard of David Lynch back in 2002 when I was 18. I had moved to the city of Saskatoon from a town of 2,100 and finally had Internet at home. I began to see his name getting mentioned in Buck 65 songs and in various topics on music/art message boards (remember those ?). I’ve seen a bit of Eraserhead, The Alphabet short film and Dune (although I know he distanced himself from that). Twin Peaks had been recommended to me a few times over the years, but it wasn’t until this compilation that I finally sat down and started watching. My wife and I have been loving this show, but life’s schedule has resulted in us watching it at a very slow pace. We still have five episodes of Season 2 and the Twin Peaks : Fire Walk with Me film to see. Aside from one screen shot, I’ve managed to avoid finding out anything about the rest of the show.

Your favorite character in the series ?

This is probably a common answer, but I’d have to go with Agent Cooper. Least favourite ? Easily James Hurley with his ’tough but troubled’ vibe. Too much flip flopping, between his emotions/attitude and figuring out which woman he was in love with that day.

A scene that particularly moved - or scared - you ?

I can’t really think of anything in particular that jumps out at me. The series as a whole has been very gripping and you really go deep, as so many people are involved. There have definitely been countless moments that I had to rewind something, whether it was a clue, a "What the hell just happened ?" scene or one of the more humourous spots *spit* "New shoes."

You recorded a track for our forthcoming Twin Peaks compilation, what aspect of the series inspired you ? Any anecdote about that ?

I didn’t really think about this until answering this question, but I liked how the show would work with contrasts, both in the music and the filming. Something could be gloomy, yet beautiful. Murky yet clear at the centre. A character could be pure, yet tainted. Also, the show had the balance of being accessible and not out in left field, but with enough sharp turns and of a touch of strangeness to make sure it never got confused with another show.

You heard about some of the musicians involved in this project. Which one are you the most curious to hear the contribution from ?

I would say I’m curious to hear the whole compilation in general. It’s a very interesting project that I’m happy to be involved with and eager to listen to. So many of the other contributing artists are completely new to me. I haven’t even heard the submissions made by my friends and labelmates.

An album you often listen to when you need all your Garmonbozia ?

Nowadays, life is too pleasant overall to ever really feel the need. In my younger days, I would definitely throw on certain albums/artists for certain moods and a lot of those albums have attached memories or are mentally associated with a particular time in life. I’ll throw on gloomy sounding music all the time though. A good portion of my music collection is stuff that is melancholy and heavy on the minor notes anyway. Dark, gloomy ambient hip hop with solid drums (the Anticon/Def Jux/Mush/Lex/Ninja Tune roster from mid 90s to mid 00s), gritty yet pretty stuff (Tom Waits, Mark Lanegan), folk music (Nick Drake, Leonard Cohen). The list could go on for awhile.

In 2016 you released Splits with Parlay Droner, Noblonski, Snapchat Suicide Pact with Skizza and Hello.L.A. and a lot of tracks on your Bandcamp. A few words about them ? Some other projects on the way ?

From my first physical tape on I Had An Accident (January 2014), I went from being a solo artist who knew no one else to contacting labels and artists to say that I enjoyed their work and asked if a collaboration of some sort would be possible. In 9/10 times, they would be decent, approachable people who felt the same respect for my work. I’ve stayed busy since then, but by the time the second (and final) Lakeside Summer Homes album came out in fall 2015, I was working on half a dozen collaborations back-to-back (if not at the same time). The projects you mentioned were all released and I continued to work on two more split albums. I am very happy with all the music that came out in 2016 and I am glad that I got the chance to get to know and work with so many excellent musicians/producers/emcees. Those two split albums are coming out in early 2017. One is with Seaz on the Nekubi Tapes label and the other is a four way split with Noblonski, rak.楽 and DSPLAY on Ill Catz Records. Maybe I will take it easy in 2017, but I doubt it.





Un grand merci à Marjen. Son morceau intitulé Waldo the Bird is Dead paraîtra sur notre compilation Twin Peaks au printemps prochain.


Interviews - 22.12.2016 par Spoutnik
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