10 grands albums metal - octobre 2017

Si ce cru metal 2017 avait disséminé une belle poignée de joyaux noirs mais peinait dans l’ensemble à vraiment décoller, le mois d’octobre a tout fait exploser. Pour preuve, cette sélection concoctée par deux métalleux (pas si) dilettantes de la rédaction pour éviter d’engorger "l’album du mois" d’IRM de disques bons à égorger - ou invoquer ? - les bêtes à cornes.


Nos 10 albums metal du mois (par ordre alphabétique)





Amenra - Mass VI (Neurot Recordings)


En 2009, l’aéronef de Lille organisait le festival Children of Doom, mettant alors en avant la lenteur et la noirceur si caractéristiques d’un style si peu prompt aux effusions de joie. Amen Ra fêtait ses 10 ans et venait de sortir Mass IIII, bénéficiant déjà d’une aura toute particulière les conviant à enfoncer le clou du spectacle. Aujourd’hui, 8 ans plus tard, les Belges ont bien creusé la tombe, continué à faire des disciples et multiplié les projets. Ces enfants du doom prouvent qu’ils ont extrêmement bien grandi. Mass VI est un chef-d’œuvre, suintant d’élégance et de sensibilité, violent et écorché, à fleur de peau, l’ambiance est moins lourde et compacte que sur son délicieux prédécesseur, l’ensemble est plus mélodique, mélancolique, Colin H. Van Eeckhout laisse un peu de place au chant clair et à la langue française... c’est frissonnant, ahurissant, tout simplement beau !

(Riton)




Blut Aus Nord - Deus Salutis Meae (Debemur Morti Productions)


Le combo black ésotérique qui a mis le Calvados sur toutes les cartes du metal expérimental sans concession en avait déçu plus d’un avec les deux derniers opus aux relents prog de sa trilogie 777, entre chant clair trop lyrique et synthés cheap. Après un Memoria Vetusta III sans ampleur ni surprise, le split Codex Obscura Nomina avec Aevangelist les avait heureusement vus se relever sur 4 titres mélangeurs et malaisants aux fantasmagories sacrificielles à couper au couteau, et c’est dans cette continuité que s’inscrit Deus Salutis Meae, black metal post-indus asphyxiant et distordu d’un côté et atmosphères déliquescentes de l’autre pour un concentré d’occultisme radiant dont les chants rituels semblent appeler à l’implosion de l’univers.

(Rabbit)




God Mother - Vilseledd (Party Smasher Inc.)


Récemment mis en lumière par l’annonce de leur participation à l’édition 2018 de l’Obscene Extreme Festival, qui marquera alors les 25 ans d’une grand messe du grindcore, du crust et autres joyeusetés extrêmes DIY, les God Mother en ont profité pour nous balancer une deuxième salve d’agression sonore pour faire suite à un Maktbehov (2015) déjà bien corsé mais nettement moins puissant. Chaotiques et épileptiques, les Suédois font le pont entre un ’’alambiquisme’’ rythmique à la The Dillinger Escape Plan (Vilseledd étant d’ailleurs sorti chez Party Smasher Inc., label du guitariste Ben Weinman) et la force de frappe chirurgicale de tout ce que la scène scandinave a donné de bon, côté Nasum, Rotten Sound ou The Arson Project. Varié, imprévisible, lorgnant jusqu’aux confins de plans sludge, d-beat ou de l’écorche black, par conséquent loin de tout repos : tout y passe, même nos cervicales et ce qu’il nous reste de neurones, mais surtout pas notre ennui.

(Riton)




Heir - Au Peuple de l’Abîme (Les Acteurs de l’Ombre Productions)


Avec Regarde les hommes tomber, Au-dessus, Déluge et maintenant Heir, Les Acteurs de l’Ombre semblent avoir fait du post-black metal l’un de leurs styles de prédilection. Il y aurait de quoi se lasser, pour nous, et se casser les dents, pour eux, si seulement ils n’avaient pas autant le nez creux. Le combo toulousain nous sert un premier album d’une maturité exemplaire, sombre et épique, qui s’engouffre dans une épaisse brume de black metal rapidement exécuté, noyée dans les couches électriques, clairsemée de rayons de soleil gracieux bienvenus. Continuer dans cette voix devrait permettre aux Heir de se faire une place de choix sur la scène hexagonale, à n’en point douter !

(Riton)




Iron Monkey - 9​-​13 (Relapse Records)


Il ne reste plus des vétérans sludge de Nottingham reformés en janvier dernier que Jim Rushby (guitare/chant) et Steve Watson (basse), rejoints aux fûts par un certain Scott Briggs et le dernier album studio du groupe remonte à 98 (Our Problem où seul Rushby était présent, à la guitare), autant dire qu’il n’y avait rien de particulier à attendre de ce 9-13. Et pourtant, Iron Monkey version 2017 fait honneur au nihilisme régressif de feu son chanteur Johnny Morrow, avec un son plus massif et une énergie plus proche du punk hardcore mais toujours ces pulsions morbides qui sous-tendent le moindre riff de guitare répété à l’envie et le moindre blast de batterie piétiné directement dans nos visages tuméfiés. Et pour ne rien gâcher, Rushby passé derrière le micro se fait péter les cordes vocales avec une sauvagerie sans équivalent cette année.

(Rabbit)




Low Estate - Covert Cult of Death (The Flenser)


Si l’on retrouve un peu dans la section rythmique les crescendos tempétueux de Sannhet sur ce premier opus du quatuor new-yorkais qui partage avec ces derniers son batteur Christopher Todd, Low Estate, emmené par des membres de The Year Is One et Made Out Babies n’aura pas pour autant déçu nos expectations en tapant dans un hardcore frénétique repeint aux couleurs funéraires d’un black nauséabond et forcené, des incantations satanistes se superposant à un grunt de goule en furie pour mieux shooter dans la grande fourmilière des genres. Violente et addictive, l’une des grosses claques metal de ce cru 2017 dont on suivra assurément de près les auteurs dans leurs futures déambulations cathartiques.

(Rabbit)




Primitive Man - Caustic (Relapse Records)


Sans égaler tout à fait le puits de tourments fangeux et de désespoir enragé du parfait EP Home Is Where The Hatred Is, Caustic s’avère, après deux titres d’ouverture au sludge blackisé plus convenu, un digne successeur lugubre et barbelé à l’implacable Scorn d’il y a quatre ans mais en plus rampant et pesant, le trio de Denver plongeant ici plus profond que jamais dans les abysses d’un doom crépitant et larsenisant qui décline ses nuances de noir avec une lenteur consommée sur des purgatoires de 10 à 12 minutes au growl tantôt vindicatif ou supplicié (Commerce, Disfigured, Inevitable), avant d’en terminer dans les limbes dark ambient d’un Absolutes qui nous condamnera pour de bon à la damnation pour avoir osé prêté l’oreille à pareille prophétie de fin des temps.

(Rabbit)




Throane - Plus Une Main À Mordre (Debemur Morti Productions)


En l’espace de deux albums seulement, Throane passe du statut de simple énième side project (Dehn Sora, son créateur, officie au sein de Treha Sektori et Ovtrenoir) à celui d’indispensable. Chaos, désolation, malaise, inconfort au programme... la lumière est toujours bel et bien derrière nous, tellement loin que l’on n’en perçoit les reflets qu’à partir de la fin, lorsque l’atmosphère se fait plus éthérée mais pas moins étrange, portée par le chant de Colin H. Van Eeckhout (Amen Ra) en invité de marque. A l’image d’un album de Blut Aus Nord, dont la filiation paraît évidente (même label, mêmes aspirations, mais un background industriel beaucoup moins prégnant), il est ensuite très très dur de s’en remettre !

(Riton)




Vassafor - Malediction (Debemur Morti Productions)


Écouter un album de Vassafor, c’est vouloir s’aventurer dans quelque chose de poisseux et mystique à la fois, dans un amas de riffs death cauchemardesques, c’est céder à l’appel de rituels aliénants. Debemur Morti a l’extrême honneur de présenter le deuxième long format du duo néo-zélandais en 20 ans d’existence, cinq ans après un Obsidian Codex malaisant à souhait, concentré de noirceur difficilement égalable. Pourtant la Malediction s’abat encore sur nous avec la même hargne, le même sadisme qui lui vaut son culte. Vassafor est grand... très grand !

(Riton)




Wheelfall - The Atrocity Reports (Apathia Records)


Avant de les croiser toutes griffes de hibou dehors sur notre compilation IRMxTP volume 13 à paraître en décembre prochain, on retrouve le quintette nancéien de Fabien W. Furter - désormais bien loin du stoner des débuts - pour un troisième opus qui substitue au post-metal cinématographique et phagocyte de l’acclamé Glasrew Point (2015) un metal/indus nettement plus cathartique et rentre-dedans, dont les vidéos assez dérangeantes portent un regard ambivalent sur la violence, entre fascination et dégoût. Une série de cyclones belliqueux qui n’en ménage pas moins quelques accalmies plus atmosphériques (A Murmuring Swarm, qu’on croirait sorti d’une BO de John Carpenter) voire même sur Black Bile les incursions vocales d’un romantisme décadent qui doit autant au rock gothique qu’à Bowie ou David Sylvian.

(Rabbit)


Nos bonus



- Parce que c’est pas complètement du metal mais un peu quand même :

Gnaw - Cutting Pieces (Translation Loss Records)

Si les vrilles indus/noise torturées aux allures de tempête sous un crâne mâtinées ici de dark ambient lynchien (Prowled Mary) le disputent aux friches doomesques chez le sextette new-yorkais emmené par le névrotique Alan Dubin (Khanate) aux vocalises plus hallucinées que jamais, ce troisième opus fantasmagorique et malsain à souhait aurait tout aussi bien pu mériter la première place du classement ci-dessus.



- Parce que "bien" c’est parfois pas loin de "très bien" :

Unfold - Banshee O Beast (Division Records)

Martial, brailleur mais aussi parsemé de synthés cinématographiques du plus bel effet (Honor the Traitors, Admirals Dissono), ce nouvel opus des Suisses contient mine de rien l’un des morceaux metal les plus trippants de l’année, ce They had wolves in their eyes and knives in their mouths tribal et horrifique aux allures baroques de giallo du plateau vaudois. Le reste est efficace voire même épique dans ses meilleurs moments, avec des fûts massifs et suffisamment d’énergie du désespoir dans les mélodies pour avoir envie d’y revenir souvent.



- Parce que le label, quoi :

Nesseria - Cette Érosion De Nous​-​Mêmes (Throatruiner Records)

En dépit de gueulantes trop proéminentes et d’envolées de guitare au lyrisme tragique un brin trop appuyées, ce nouvel opus aux accents black voire post-metal des hardcoreux d’Orléans est de belle facture, ménageant quelques jolies respirations atmosphériques au milieu de ses déferlantes screamo aux entournures... et puis voilà, ça nous aurait fait un peu mal au cœur de ne pas voir représenté ici le label et distributeur que le monde entier nous envie.



- Parce qu’on n’a pas encore eu le temps de vraiment l’explorer :

Bell Witch - Mirror Reaper (Profound Lore Records)

Du haut de sa piste unique d’une heure 23 minutes, on conseillera surtout ce beau troisième opus du duo de Seattle aux amateurs de funeral doom bien élégiaque, exsangue et déprimant, avec ses liturgies de chœurs neurasthéniques, son growl rampant, ses sérénades pour un monde en déclin et ses lentes, très lentes - et austères - progressions dramatiques... et parce que le label, là aussi.



- Parce qu’il faut aussi penser à la relève :

Wormwood - Mooncurse (Translation Loss Records)

Trois ans après leur premier EP, Wormwood passe la seconde et à l’image de la pochette et du titre de ce Mooncurse signe une jolie tempête de matière noire mâtinée d’effets de guitare cosmogoniques, quelque part entre Neurosis et Hawkind. Pas très original pour les amateurs de sludge poisseux au chant guttural parfois old school (Mooncurse), mais c’est bien troussé et les Bostoniens ont assurément du potentiel.



- Parce que les clichés ça le fait quand c’est bien fait :

Spectral Voice - Eroded Corridors of Unbeing (Dark Descent Records)

Entre le nom du groupe et ceux de leurs morceaux, l’abîme souterrain qu’arbore la pochette de ce premier opus et la calligraphie typiquement scandinave qui l’accompagne, le combo death doom de Denver sentait un peu trop le folklore et si ça se ressent aussi dans sa musique (cf. notamment le growl ultra-carverneux et les cavalcades de riffs sourds), la tension poisseuse de cet Eroded Corridors of Unbeing convainc finalement plutôt bien par son ampleur déliquescente et cette dimension lo-fi étouffée qui transpire l’authenticité.



- Parce que les déceptions des uns font parfois le bonheur des autres :

Krallice w/ Dave Edwardson - Loüm (Autoproduction)

Le growl véhément de Dave Edwardson (Neurosis) en guest de luxe n’y fera rien, le projet du guitariste Colin Marston commence sévèrement à se mordre la queue et ses déluges de riffs alambiquées que martèlent toujours sans relâche une batterie façon death aux changements de tempo constants s’avèrent paradoxalement sans grande surprise sur ce Loüm qui culmine tout de même sur un morceau-titre aux relents drogués, pour mieux finir sur un trop-plein de technicité un peu vaine.


Articles - 31.10.2017 par RabbitInYourHeadlights, Riton
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