En 2015, IRM a aimé... 10 albums metal/harsh

10 albums chaotiques, 10 albums portés sur le bruit, 10 albums aux ambiances torturées, 10 albums qui valent le détour même s’ils divisent, 10 albums qui montrent enfin qu’il se passe aussi plein de choses dans l’inconfortable et le tonitruant.




Ævangelist - Enthrall To The Void Of Bliss




"Complètement malsains et dégénérés comme à l’accoutumée et pourtant capables d’incursions baroques d’une beauté ténébreuse et glacée, les Portlandiens d’Ævangelist libèrent la Bête et déchaînent le jugement dernier sur nos têtes tout en ouvrant leur musique à des horizons toujours plus ambitieux. Exit le jazz malade de l’opus précédent, mais le court Alchemy use ainsi sans complexe de beats électroniques aux allures de battements cardiaques. Fidèle à son ésotérisme malveillant, le groupe n’en oublie pas pour autant les fondamentaux des genres qui l’ont vu naître, et c’est finalement sur le maelstrom de damnés d’une Meditation Of Transcendental Evil que culmine cet équilibre idéal entre jusqu’au-boutisme black bestial et avant-gardisme charnel, les lamentations d’âmes suppliciées que lacèrent une myriade de guitares déglinguées et de lames de bruit blanc laissant place au growl pervers de leurs bourreaux dans un déchaînement de futs martelés et de riffs lancinants, instruments d’un éternel tourment entre les pattes de cette chimère metal sans équivalent."


(Rabbit)


< streaming du jour >




The Body & Thou - Released From Love / You, Whom I Have Always Hated




"You, Whom I Have Always Hated succède à Released From Love (ils sont d’ailleurs réunis sur la version CD) et The Body et Thou, deux entités déjà bien virulentes en soi, s’enfoncent encore un peu plus loin dans la symbiose entamée il n’y a pas si longtemps. Toujours plus lourd, lent et nocif, le sludge des uns semble avoir magnifié celui des autres (et réciproquement) de telle sorte que la somme des deux foule aux pieds des contrées sombres et inhospitalières que chacun n’avait fait qu’effleurer jusqu’ici. D’ailleurs, on a de plus en plus de mal à déterminer qui apporte quoi : les guitares massives, les rythmiques visqueuses, les bruits indéterminés, tout cela, on l’a déjà rencontré chez The Body ou Thou mais jamais comme cela, à ce niveau de noirceur nihiliste. Vortex apocalyptique s’enroulant autour de vos idées noires pour les emmener dans des abîmes désespérés, ce petit bout de plastique laboure consciencieusement l’épiderme jusqu’à atteindre le cœur."


(leoluce)


< top albums de janvier >




Crowhurst - s/t




Il nous avait plutôt habitués depuis quelques années à un certain stakhanovisme dans le harsh noise le plus abstrait et névrotique qui soit, entre tempêtes de bris de verre analogiques et manipulations électro chaotiques, mais quand Jay Gambit s’essaie au black metal et au doom on dirait qu’il a fait ça toute sa vie (cf. le déferlement démonique de Languorous Void). Pour autant on ne se refait pas totalement, et déjà revenu à ses premières amours après un "break" de près d’un an qui l’aura vu déléguer le côté harsh au side project Girl 27, le Californien n’hésite pas à émailler de quelques stridences bienvenues l’orage saturé de Penumbra ou la grand-messe infernale d’It Is the Mercy, tandis que Lina Falsatta, habité par le chant erratique d’Eugene Robinson (Oxbow) renoue avec les averses d’échardes grésillantes, distos électro futuristes et autres larsens rugissants.


(Rabbit)




Crystal Shipsss - I Will See No Moon No Sky




"Qui aurait misé sur la probabilité de retrouver le cador Aidan Baker en renfort d’un trio danois qui n’aura guère généré jusqu’ici que l’écho de quelques blogs curieux ? En guitares sourdes qui saturent avec parcimonie et rampent dans la pénombre, le Canadien y connaît un rayon, apposant d’emblée sa marque sur le néanmoins mal-nommé Metal, dans une atmosphère fantomatique qui présidera plus loin aux 8 minutes de distos éthérées et de batterie feutrée d’un Deer pourtant étrangement apaisé. Sans réelle corrélation musicale avec la pop abrasive et lyrique de l’EP éponyme ou l’indie rock plus décadent et déglingué du fabuleux Dirty Dancer, Jacob Faurholt témoigne ainsi via ce nouvel opus d’un goût persistant pour les ambiances rêveuses ou fantasmagoriques, qu’elles soient à la limite du bad trip (le Lynchien Crown au "chant" étouffé de goule neurasthénique) ou au contraire épurées à l’extrême comme sur le très contemplatif Head."


(Rabbit)


< streaming du jour >




Locrian - Infinite Dissolution




6ème album, deuxième chez Relapse, et Locrian semble définitivement de la catégorie de ces groupes de metal extrême faisant fi des étiquettes. L’engouement rock progressif de Return to Annihilation en 2013 s’engouffre une nouvelle fois, à coups de plans épiques, dans le chaos bruitiste de cris désespérés mariés aux larsens, dans la lourdeur rythmique du doom, dans la douleur du black et l’atmosphère ambient... un Infinite Dissolution hanté et poignant, auquel l’activité de professeur de yoga d’André Foisy, ses expérimentations solo ainsi que celles de Terence Hannum et Steven Hess, insufflent une aura des plus mystiques et méditatives.


(Riton)




Mamaleek - Via Dolorosa




Cinq albums déjà, tous identiques et tous différents. Via Dolorosa résumant parfaitement l’itinéraire des deux frères toujours anonymes, un chemin de croix (entamé en 2008) aux délimitations incertaines et aux embranchements nombreux. Un black toujours un peu plus périphérique, nuancé d’infimes variations provenant du jazz, du post-rock, du shoegaze, de l’indus, parsemé de breakbeats incongrus et d’accents empruntés aux folklores du monde entier, Mamaleek se définit lui-même dans son refus de définir sa musique. Tour à tour contemplative et violente, complètement noire, toujours aussi floue et crade, éminemment personnelle et disloquée, elle est tout le temps inconfortable et se tient en permanence sur l’ultime frontière qui sépare la musique du bruit pur. On peut trouver ça abscons ou sans aucun intérêt mais on peut aussi être fasciné, il n’y aura jamais de demi-mesure à l’encontre de Mamaleek. En ce qui me concerne, j’attends impatiemment la suite.


(leoluce)




Mgla - Exercises In Futility




Meilleure sortie black metal de l’année au côté du Dreaming I d’Akhlys dont on reparlera, les Cracoviens de Mgla (prononcer "mgwa", brouillard en Polonais) qui fêteront leurs dix ans d’existence cette année (probablement en sacrifiant une chèvre ou deux) se distinguent de ces derniers ou encore d’Ævangelist en privilégiant aux murs de son claustrophobes et viciés un certain minimalisme hargneux d’où ressortent riffs catchy, batterie schizophrène en roue libre et grunt déclamé aux inclinations old school. Épique et martial, le résultat fera plaisir à ceux qui apprécient leur black metal sorti des vieux pots dont on fait encore parfois, avec le talent de ces deux-là, les meilleures soupes.


(Rabbit)




Quttinirpaaq - Dead September




"Dead September est continuellement implacable mais il offre aussi un climax très varié. Qu’il se tienne du côté strictement power-electronics ou qu’il use d’armes un peu plus organiques, qu’il recherche le choc frontal ou l’attaque larvée, on a bien du mal à se défaire de sa vibration industrielle et tellurique. C’est inhospitalier au possible, ça ne caresse jamais dans le sens du poil, c’est invariablement malaisé mais dans le même temps, on s’y sent inexplicablement bien et on se surprend à l’écouter souvent comme No Visitors et Let’s Hang Out avant lui. Bâti sur des fondations franchement hirsutes, l’édifice exerce un pouvoir de fascination qui contrecarre sans peine ses atours repoussants et on ne sait jamais très bien si l’on se prend une claque brutale consécutive à l’extrême violence qui habille la moindre parcelle de son, une claque simplement esthétique ou alors une claque révélatrice des appétences pas nettes que l’on porte au plus profond de soi. Onirique, puissant, déstructuré et radical, encore une fois, avec Dead September, Matthew Turner fait mouche."


(leoluce)


< chronique sur DCALC >




Six Organs of Admittance - Hexadic




Même si on sait qu’il change souvent de style, qui aurait cru que Ben Chasny, après une discographie longue comme le bras (Hexadic est son 29ème disque, mine de rien) comportant plus de disques folk quasiment hippies, acoustiques et virtuoses lorgnant du côté de John Fahey que de galettes apocalyptiques, se réinventerait totalement en nous proposant ce disque difficile, (dis)tordu, compliqué, terriblement bruyant et désespérément sombre ? Pas nous, en tout cas. Le résultat est époustouflant. Déroutant de discordance à la première écoute, démarrant sur les chapeaux de roue de façon totalement arythmique et atonale, cet opus, basé sur une théorie de composition que Chasny a développée en utilisant des cartes, nous propose des ambiances d’une noirceur totale, sans espoir de rédemption, balançant sans cesse entre contrôle et chaos. Un disque difficile, d’une noirceur abyssale, une écoute parfois douloureuse, totalement hermétique au premier abord, d’une approche plus que difficile, mais qui en vaut largement la peine.


(lloyd_cf)




Wheelfall - Glasrew Point




"On ne peut qu’être sidéré par la propension de Wheelfall à jouer avec la longueur et les concepts sans jamais perdre l’auditeur en cours de route. Quatre-vingts minutes d’un metal narratif et cinématographique qui montre autant d’accointances avec Neurosis ou Celtic Frost qu’avec les Swans. Le dark ambient jamais très loin quand le groupe n’y plonge pas tête la première. Une œuvre sombre et métamorphe qui s’accompagne d’un chouette roman dont la lecture, pourtant, n’amène pas grand-chose de plus tant le disque se suffit à lui-même."


(leoluce)


< 2015 par leoluce >



indie rock mag - IRM des musiques actuelles


mercredi 24 avril 2019


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