Top albums - janvier 2015

Un top janvier mi-mars, c’est un peu le monde à l’envers mais finalement ça colle puisqu’il est justement questions d’univers sens dessus-dessous dans cette sélection. Une Björk à coeur ouvert prise dans la tourmente d’une rupture, Aphex Twin délaissant les beats pour une vraie batterie et des bribes d’acoustique mutante, The Fucked Up Beat qui groove depuis la tombe, l’orgue libertaire d’Áine O’Dwyer dans la maison du seigneur, Zs qui fait du free noise avec un sens de l’épure étonnant et Panda Bear du Animal Co. sans le gras, BIK qui insuffle liberté et modernité dans un vieux docu de propagande soviétique, Onoe Caponoe qui voit des bitches planer dans l’espace... ça valait le coup d’attendre, non ?


Albums




1. Panda Bear - Meets The Grim Reaper


"Rejeton le plus enthousiasmant d’un collectif masqué largement tombé en disgrâce dans nos pages depuis le racoleur Merriweather Post Pavilion, on se rappellera ainsi que c’est Noah Lennox, l’homme derrière le panda, qui seul avait su retarder la débâcle d’Animal Collective à l’époque par l’entremise d’un Brothersport dont les refrains tourneboulants ne ressemblaient qu’à lui.
On retrouve ici ce sens mélodique désarmant sur fond de groove imparable et de "pet sounds" génialement narcotiques sur le single Mr Noah, et si tout n’est pas aussi élégant sur ce nouvel opus que sur l’hypnotique/hédoniste Person Pitch ou l’éthéré/anxieux Tomboy c’est justement parce que Lennox a décidé d’y lâcher la bride à sa folie douce comme il ne le fait habituellement qu’au sein d’Animal Co, synonyme d’un équilibre fragile que le moindre excès peut faire basculer dans le trop-plein mais gage également de quelques sommets de tropicalisme psyché dopés à la chillwave (Principe Real) et l’électronica tels qu’on n’en avait plus entendus depuis l’excellent Flight Softly des Ruby Suns, à commencer par le planant Crosswords et l’onirique Butcher Baker Candlestick Maker.
Un objet en constante mutation, tendu vers un futur de la pop que l’on espère tout aussi audacieux, singulier et sincèrement imparfait."


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(Rabbit)


2. Björk - Vulnicura


- Elnorton : Le cas Björk intrigue. Depuis Volta, les fans de l’Islandaise se sont partagés en deux camps : ceux qui ont lâché l’affaire, arguant une lassitude liée à une hypothétique redondance de l’artiste, et ceux qui la soutiennent vaille que vaille, prétendant que ses derniers opus valent bien les Post, Homogenic ou Vespertine. La vérité se trouve probablement entre ces deux positions tranchées. Les compositions de l’Islandaise n’ont plus la même limpidité qu’à l’époque de son nectar discographique (1995-2001). Pour autant, il reste toujours ce travail de recherche sonore minutieux, le refus du surplace artistique et cette voix, inégalable, qui ne perd rien de son charme. Comme Volta et Biophilia, Vulnicura est un disque qui ne pourra que souffrir de la comparaison avec ses aînés. Pour autant, émancipé de sa propre famille, il ne peinera pas à surclasser - et de loin - l’ensemble de la mêlée.


- Rabbit : Récit d’une rupture douloureuse qui voit l’Islandaise se mettre à nu plus ouvertement que jamais, Vulnicura télescope un songwriting inhabituellement classique pour l’Islandaise et la continuité musicale exigeante d’un Volta. Passé le sublime Stonemilker dont les pulsations organiques et le lyrisme crève-cœur des cordes auront réveillé l’espace d’un morceau les nostalgiques dHomogenic, orchestrations balançant entre romantisme bafoué et atonalité se taillent ainsi la part du lion tandis qu’Antony Hegerty reprend son rôle de confident sur Atom Dance (aux sonorités somatiques également proches d’un Medúlla), légitimant l’évidence de cette suite. Loin des saillies épileptiques flirtant avec la drum’n’bass du bipolaire Biophilia, Björk exige en effet notre patience sur ce nouvel opus, au risque de nous perdre sur une poignée de titres qui auraient peut-être gagné à être amputés d’une minute ou deux. Pour autant, les efforts des fans hardcore seront assurément récompensés par des éclats épars de morceaux de bravoure (de la montée de tension des beats aux deux tiers du très long Black Lake, au chaos maîtrisé d’un Quicksand qui bataille dans le tourbillon des courants jusqu’à finalement percer la surface pour une goulée d’oxygène) et une sincérité forcément désarmante dans cette remontée de l’abîme.




3. Áine O’Dwyer - Music for Church Cleaners Vol. I & II


Harpiste de formation, Áine O’Dwyer publie ici le résultat d’une série d’improvisations effectuées, à l’orgue, dans l’église St. Mark’s d’Islington, sur plusieurs mois. Tenant à la fois de la performance avec contrainte (O’Dwyer ne pouvant jouer qu’aux heures de nettoyage de l’église, et ayant pour consigne de "ne pas rester trop longtemps sur la même note"), de la musique sacrée, de l’improvisation contemporaine, de l’album live et du field recording, Music for Church Cleaners est une merveille de fascination et d’hypnotisme, tout autant qu’un objet conceptuel qui n’insulte pas l’intelligence de l’auditeur. Musique presque fonctionnelle, réservée au départ au seul public des agents d’entretien, mais aussi musique spirituelle évidemment. Musique pour le nettoyage (dont on entend le travail en fond : musique de travail, musique au travail), musique qui nettoie : l’église et la musique d’église, bien sûr, mais aussi l’âme irlandaise d’O’Dwyer, en rejet de la religion, et qui donne à ce disque sacré une teneur presque païenne (Áine ! quel prénom), ou d’avant l’église. On le voit, un disque qui s’écoute à de multiples niveaux, le principal étant bien sûr qu’au premier degré, et au-delà du concept, cette musique est superbe.




(Norman Bates)


4. Siskiyou - Nervous


Nervous fait partie de ces disques indissociables de leur contexte créatif. Et comme souvent, la maladie aura permis à un artiste de se sublimer. Victime d’une maladie rare de l’oreille interne générant des crises d’angoisse, Colin Huebert a été contraint d’enregistrer ce disque à un volume peu élevé.
Là où l’aspect cotonneux (et ronronnant sur le deuxième opus) de cette folk aurait pu être renforcé, il n’en est rien. On se rapproche ici d’un rock plus enlevé mais riche en détails et subtilités dont les montées en tension et constructions hypnotiques (Deserter) traduisent un mélange d’énergie et de fragilité. Entre le post-rock de GY !BE et l’indie pop de Loney Dear existe un gouffre au sein duquel Siskiyou puise ses références, d’Arcade Fire aux Tindersticks en passant par Owen Pallett qui s’invite d’ailleurs ici sur un titre.
Nervous, ou l’album le plus à fleur de peau des Canadiens.


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(Elnorton)


5. Bronnt Industries Kapital - Turksib


"Illustrant cette fois un docu russe de propagande des années 20 consacré à la construction de la voie ferrée du même nom reliant la Sibérie au défunt Turkestan, le Bristolien Guy Bartell délaisse la dominante motorik et les synthés gothiques 80s de l’efficace Hard For Justice tout en conservant de ce précédent opus daté de six ans déjà une certaine dynamique en flux tendu, qui reprend d’ailleurs le dessus sur des morceaux tels que The Attack Is Launched (pas loin de la tension mécanique des derniers scores d’un Hans Zimmer), The Train ou l’épique Forward The Machines terminant l’album sur une chorale de purgatoire à coller le frisson.
Au gré d’une vingtaine de vignettes instrumentales de durée très variable où se répondent cordes pincées des steppes retirées et idiophones du cru, harpe médiévale telle que psaltérion et vibraphone à la Steve Reich, clarinette spleenétique et claviers bucoliques de l’ère analogique que le Britannique infuse d’un désespoir du temps perdu ne ressemblant qu’ à lui, Bartell se rêve en nomade de l’Histoire, drones lancinants et arpèges sidérants de clarté visitant des espaces désormais disparus ou engloutis par la civilisation.
L’auteur du fabuleux Virtute E Industria renoue ainsi avec l’hypnotisme baroque de ce chef-d’œuvre méconnu, ouvrant l’esprit de l’auditeur non plus à son imaginaire lovecraftien tourmenté mais à son interprétation de la beauté revêche et désolée des paysages encore sauvages d’Asie Centrale. Superbe !"


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(Rabbit)


5. Onoe Caponoe - Voices From Planet Cattele


"Avec ce nouveau Onoe Caponoe aussi hautement perché et vaporeux qu’excellemment produit par Chemo, nous naviguons dans de hautes sphères cannabiques et spectrales, et même d’encore plus hautes sphères puisque le concept central de Voices From Planet Cattele est l’espace. L’espace comme lieu semi-fantastique, mais aussi comme dimension spirituelle amenant à une expérience unique de psychédélisme transcendantal conçue pour ouvrir l’esprit et libérer les émotions de tous ceux qui viendraient à se poser sur la planète Cattele. Donc au programme, des aliens, de la weed, de la sci-fi, de la new age et pas mal de space bitches, avec le flow impeccable de Onoe Caponoe, nonchalant et un peu nasillard, aussi bien chirurgical que cool, jouant sur la technique, le débit, la voix et la cadence.
L’album tient autant du rock psychédélique sous substances hallucinogènes des années 60/70, du funk intergalactique que du boom-bap 2.0 et même du grime futuriste. La production est donc bien planante sur l’ensemble du projet, avec un Chemo ajoutant comme un magicien des couches de claviers éthérés et de synthétiseurs atmosphériques sur à peu près chaque piste. Un univers riche et éclectique mais un rendu global hyper-cohérent et passionnant qui fait de Voices From Planet Cattele la meilleure sortie hip-hop de ce début d’année !"


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(Spoutnik)


7. The Fucked Up Beat - Europa


"Au vu de la régularité avec laquelle le New-Yorkais Eddie Palmer et son compère de San Diego Brett Zehner sortaient des disques il y a encore un an et demi, il y a fort à parier que les regrettés Fucked Up Beat n’ont pas fini de rayonner depuis l’au-delà, en témoigne encore en ce début d’année le diptyque Europa/Europa II où le goût du duo pour un rétro-futurisme hallucinogène se scinde en groove hypnagogique d’un autre temps aux beats suaves et subconscients pour le premier, et ambient onirique aux samples capiteux pour sa suite.
Enregistrés à New-York entre 2013 et 2014, les deux albums voient ainsi Palmer (aka Studio Noir) et son ancien alter-ego prendre chacun à leur tour l’ascendant sur une musique dont le premier assure comme à l’accoutumée l’instrumentation et la production, laissant au second le soin de s’atteler aux rythmiques et à l’agencement de field recordings. Moins jazzy que son prédécesseur Investigates Strange Weather Patterns And The UFO Cults Of Cold War Nevada, Europa premier du nom en systématise ainsi les abstractions quasi tribales sur fond de volutes surannés paranoïaques et enivrants, dont les sonorités cristallines esquissent les mystères de quelque chronique martienne à l’ère psychédélique."


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(Rabbit)


8. The Body & Thou - You, Whom I Have Always Hated

You, Whom I Have Always Hated succède à Released From Love (ils sont d’ailleurs réunis sur la version CD) et The Body et Thou, deux entités déjà bien virulentes en soi, s’enfoncent encore un peu plus loin dans la symbiose entamée il n’y a pas si longtemps. Toujours plus lourd, lent et nocif, le sludge des uns semble avoir magnifié celui des autres (et réciproquement) de telle sorte que la somme des deux foule aux pieds des contrées sombres et inhospitalières que chacun n’avait fait qu’effleurer jusqu’ici. D’ailleurs, on a de plus en plus de mal à déterminer qui apporte quoi : les guitares massives, les rythmiques visqueuses, les bruits indéterminés, tout cela, on l’a déjà rencontré chez The Body ou Thou mais jamais comme cela, à ce niveau de noirceur nihiliste. Lorsque, ensemble, ils se laissent aller à être ce qu’ils sont au fond d’eux-mêmes, ces deux-là deviennent ce qu’ils pourraient être et bien plus qu’une collaboration, You, Whom I Have Always Hated s’apparente à un révélateur. Vortex apocalyptique s’enroulant autour de vos idées noires pour les emmener dans des abîmes désespérés, ce petit bout de plastique laboure consciencieusement l’épiderme jusqu’à atteindre le cœur. Sans espoir aucun, d’une violence incroyable, il va être bien difficile de faire plus féroce et glauque cette année. Saleté.




(leoluce)


9. Zs - Xe

Xe de Zs, deux lettres... comme pour signifier le besoin de couper court aux attentes d’un nouveau long format cinq ans après le magistral New Slaves, comme pour exprimer l’urgence musicale dans laquelle s’inscrit ce nouveau line-up. Sam Hillmer et son saxophone laissent les abstractions entrevues sur le "mini-album" Grain en 2013 au projet solo Diamond Terrifier pour produire un disque plus instinctif, taillé au burin pour le live. Rock, noise, free jazz, voire même grind comme en atteste la puissance insufflée par le petit nouveau Greg Fox à la batterie (Guardian Alien et anciennement Liturgy), sans oublier l’hypnose et la transe.




(Riton)


EPs




1. Aphex Twin - Computer Controlled Acoustic Instruments Pt 2


- Elnorton : Avec le recul, je soupçonne Richard D. James d’avoir compilé l’an dernier sur Syro une bonne partie de travaux datant du début de sa période de mutisme. Des titres ayant déjà dix ans, en somme. Cet EP est moins ordonné et moins propre que le long format le précédant. Autant dire qu’il est donc plus conforme à ce que l’on est en droit d’attendre d’Aphex Twin. L’ensemble n’est évidemment pas aussi passionnant que Drukqs ou le Richard D. James Album, et la tendance du Cornouaillais à abréger chacun des titres dans une démarche se rapprochant presque de l’auto-censure est forcément agaçante. Il n’empêche, avec Computer Controlled Acoustic Instruments Pt 2, Aphex Twin propose un matériel digne de son standing.


- Rabbit : Ce qui frappe avant tout, sans mauvais jeu de mots, à l’écoute de ce nouvel EP, ce sont ces drums prenant à contrepied l’impression laissée par les beats aseptisés du décevant Syro, avec une classe abstract proche du meilleur de Blockhead voire du Sixtoo de la grande époque sur hat 2b 2012b ou diskhat ALL prepared1mixed 13 dont le Britannique nous propose ci-dessous une version alternative tout aussi réussie. Avec Computer Controlled Acoustic Instruments Pt 2, Aphex Twin ne prétend plus réinventer quoi que ce soit mais renoue avec une certaine fraîcheur organique sous laquelle résonnent dans les basses d’étranges arpèges déglingués parfois presque morriconiens (cf. l’atmosphère de giallo du prenant DISKPREPT1), pianotages atones ou mélancoliques évoquant parfois les méditations à la Satie de Drukqs (piano un10 it happened) et autres percussions habitées du genre de tension névrotique qui manquait aux dernières sorties purement électroniques du maître. Dommage que certains de ces titres ne s’avèrent être que des ébauches, sans quoi la résurrection espérée n’était pas loin.




2. Eluvium - Pedals/Petals


"Avant de le retrouver dans aux manettes de Maze of Woods, second opus du duo Inventions qu’il forme avec le guitariste d’Explosions in the Sky Mark T. Smith, Matthew Cooper aka Eluvium nous propose deux de ces morceaux fleuves dont il a le secret.
Tandis que Pedals évoque la caressante marée de mélancolie qui nous étreint parfois aux premières lueurs de l’aube, crescendo de drones sensibles et de hiss lancinant que surplombent bientôt les nappes réconfortantes d’un synthé en cinémascope, Petals nous fait redescendre en douceur sur un lit de distos rêveuses et de basses de clavier ouatées, jusqu’à finalement toucher terre avec suffisamment de quiétude dans le cœur pour bien commencer la journée."




(Rabbit)



indie rock mag - IRM des musiques actuelles


samedi 7 décembre 2019


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