Top albums - octobre 2017

On ne donnera pas de noms mais certains rédacteurs d’IRM avaient quasiment un top 100 à proposer pour ce mois d’octobre, le plus radicalement surchargé de ce cru 2017 comme vous en jugerez en jetant une oreille prudente à nos 17 albums metal du mois. Moins extrême mais tout aussi puissante, notre sélection n’aura donc conservé de ce foisonnement qu’un éclat de la substantifique moelle, celui qui aura au moins eu le mérite de mettre d’accord le plus gros de l’équipe.




Nos albums du mois





1. Gnaw - Cutting Pieces

Et justement parmi les bonus de ce classement estampillé "musiques extrêmes" figurait le lauréat de nos choix collectifs, j’ai nommé Cutting Pieces, troisième opus du désormais sextette new-yorkais Gnaw et premier depuis le départ du batteur Jamie Sykes (Burning Witch, Thorr’s Hammer). Un groupe qui a dû beaucoup plus écouter Einstürzende Neubauten ou les Swans que Slayer, et qui malgré les évidentes racines metal de son leader Alan Dubin, vocaliste de feu Khanate, n’en finit plus de corroder les barrières des genres et de rendre fous les férus de classification.
Des friches post-indus rampantes de Rat aux fantasmagories marécageuses d’un Triptych qui doit autant à Coil ou à Current 93 qu’au doom, du moment que ça scie-saute, que ça larsène et que ça découpe des bouts de tympans c’est du pain béni pour Gnaw, et l’on n’imagine guère que The Body (cf. le martelé, harsh et tourmenté Extended Suicide, cousin de l’univers des Portlandiens dont l’impressionnant Ascending A Mountain Of Heavy Light avec Full of Hell sort demain) dans le paysage metal pour rivaliser avec l’insidieux bruitisme halluciné des ces missives malsaines, mutantes, malades et mélangeuses, qui versent plus ouvertement sur le metal extrême et son grunt de goblin sur Septic avant de le faire entrer en collision avec l’avant-garde psyché/noise sur Wrong puis d’en faire voler en éclats les derniers oripeaux sur le très (dark) ambient et lynchien Prowled Mary, où Dubin substitue aux cris du génialement habité Fire des chuchotements encore plus malaisants. Autant dire qu’à l’image des abstractions crâniennes belliqueuses et mortifères de sa cover, Cutting Pieces devrait vous hanter longtemps...

(Rabbit)




2. Melanie De Biasio - Lilies

"Il n’y a plus grand-chose de jazz dans ce disque au niveau technique, mais il en reste la moelle. Peut-être est-ce dans les impeccables arrangements que se situent les résidus de cette formation musicale. Ou peut-être n’est-ce là que la conséquence d’une (dé)formation savamment entretenue à force de remises en question.
Toujours est-il que Lilies va plus loin encore que l’excellent Blackened Cities dans sa logique de dépouillement et d’isolement. La Belge s’est enfermée dans sa cave, confondant nuit et jour, avec un matériel réduit. Aussi, les rythmiques sont en retrait, essentiellement dans le cœur du disque et, de Lilies à All My Worlds, c’est une traversée du désert - de nuit, absence de lumière oblige - qu’évoquerait presque l’épure sonore qui est proposée à l’auditeur.
Les instruments sont discrets. On entend ici et là des cordes sciantes (Afro Blue), d’enivrantes ondes hypnotiques (Let Me Love You) ou quelques notes de piano qui sont autant d’écrins pour la voix de la Belge, élément central de ce disque. La démarche évoque celle du Out Of Season de Beth Gibbons et Rustin Man (Gold Junkies) pour cette grâce timide et délicate de tous les instants.
Melanie De Biasio ne cherche pas à briller avec un riff qu’elle viendrait plaquer ni même par une série d’arpèges bien sentis. Elle en est évidemment capable, mais c’est le minimalisme le plus profond qui est ici recherché, si bien que son univers évoque celui d’Agnès Obel avec davantage de retenue."

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(Elnorton)




3. Esmerine - Mechanics Of Dominion

"Non contents d’avoir accueilli trois nouveaux membres à temps plein, les Canadiens comptent sur la participation d’invités prestigieux. Sur Mechanics of Dominion, Jace Lasek vient jouer de la guitare sur deux titres et assure la prise de son de l’ensemble du disque tandis que Sophie Trudeau s’échappe de Godspeed You ! Black Emperor pour apporter son savoir-faire au violon.
Les deux précédents disques d’Esmerine avaient été unanimement salués par les critiques. Avec une inspiration constante, Dalmak lorgnait en 2014 vers des sonorités orientales tandis que Lost Voices renouait l’an passé avec des constructions plus rock.
La tendance à l’oeuvre sur Mechanics of Dominion est plus ténue et les Canadiens (re)créent des ponts entre néo-classique, post-rock et mouvement baroque. Les cordes d’abord déliquescentes de The Space in Between se marient au piano avant de devenir galopantes pour former une cavalcade effrénée vers un ailleurs inconnu que l’on imagine en friche.
Ne s’engouffrant pas franchement dans une thématique particulière comme pouvaient le faire ses deux prédécesseurs, Mechanics Of Dominion gagne probablement en ambivalence ce qu’il perd peut-être en puissance. Nul besoin de le comparer aux chapitres précédents de la discographie d’Esmerine tant il renoue avec les progressions hantées des formations d’origine du duo initial que sont GY !BE et Silver Mount Zion, ce disque poursuit d’une manière différente les questionnements d’un groupe qui n’a pas fini de lutter contre les pouvoirs dominants. Brillant."

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(Elnorton)




4. Chapelier Fou - Muance

"Avec Philémon, ouverture de Muance, Chapelier Fou propose l’une de ces introductions qui coupent d’entrée le souffle tant les rythmiques cardiaques magnifient les cordes dans la plus totale des harmonies.
Aussi langoureux qu’intense, Muance s’appuie sur des beats transcendants (Oracle) prenant parfois des airs de course effrénée (Temps Utile ou ALK). Forcément nuancée, cette mue admet donc quelques ralentissements bienvenus pour maintenir une narration cohérente. En ce sens, l’interlude Antivalse et Guillotine ralentissent le rythme en milieu de disque, les cordes plus mélodiques de ce dernier s’y faisant d’ailleurs plus désemparées que jamais.
Les cordes graciles aux effets électroniques cotonneux d’Artifices s’étoffent petit à petit jusqu’à l’irruption de beats qui prennent de l’ampleur et gagnent en débit pour atteindre une allure survoltée dont l’association avec des cordes frottées audacieuses revêt de faux-airs de douce odyssée psychédélique.
Retenir quelques sommets d’un tel disque est forcément un exercice aléatoire, et Muance s’achève avec un Super Hexacordum qui calme petit à petit le jeu. Des souffles étirés façon drones suspendent le temps avant de mettre un terme à cette œuvre qui ne pouvait s’interrompre de manière abrupte tant la majesté, l’exigence et l’aspect délicatement vitaminé de l’ensemble justifiaient une préparation savante pour envisager tout retour à la vie réelle."

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(Elnorton)




5. Carbon Based Lifeforms - Derelicts

"Avec Derelicts, Carbon Based Lifeforms maintient des niveaux d’inspiration et d’exigence particulièrement hauts. Cohérent au possible sans jamais être redondant si l’on se donne la peine d’accorder une écoute sérieuse à ces douze compositions immersives, ce septième LP du duo de Göteborg constitue un casse-tête pour le chroniqueur qui souhaite éviter tous les poncifs inhérents à l’exercice de ce genre.
Résolument astrales, les productions de Carbon Based Lifeforms évoluent toujours entre une ambient contemplative (Clouds) et une IDM futuriste, à l’image d’un Accede aux percussions entraînantes accompagnant une tonalité idéale pour illustrer une course dans l’espace. La science-fiction n’est donc jamais très loin.
Un certain apaisement émane de cette narration pleine de subtilité, et la voix féminine qui se veut rassurante d’un 42° ne tarde pas à précéder des glitchs et beats donwtempo métronomiques spatiaux et éthérés.
Au milieu de ce voyage, Carbon Based Lifeforms (s’)offre deux odyssées majeures. Les neuf minutes d’un Equilibrium débutent par une ambient minimaliste pour s’étoffer petit à petit. Quant au Everwave de quatorze minutes qui vient clore cette sortie, il semble construit autour d’une même respiration.
Avec cette bande originale imaginaire d’un voyage stellaire, entre onirisme et dystopie, les Suédois ne décevront en tout cas pas leurs fidèles. Oeuvre dense basée sur un son ample offrant un panel d’émotions diversifiées sans jamais chercher à accentuer la dynamique ambiante, Derelicts ne pouvait leur permettre de mieux négocier le virage de la (relative) notoriété."

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(Elnorton)



Nos EPs du mois



1. Le Crabe & OptimisGFN - S.A.H.D.

A Saint-Nazaire on fabrique des bateaux de guerre, à Nantes on fait dans l’artillerie lourde et ce S​.​A​.​H​.​D. EP va vous en faire la démonstration si vous aviez un doute ! Ici le beatmaker nantais Le Crabe est allé chercher OptimisGFN, l’emcee ricain habitué au hip-hop teinté d’EDM, pour faire un tour du côté de contrées ouvertement breakcore expérimentales. Les deux ont accouché d’une tuerie faite de piqûres dans les tympans et de mélodies. Les beats proposés par Le Crabe sont sans rémission, sans compromission et l’accord est parfait avec le flow d’OptimisGFN. Au menu : une boulimie de bruits et d’agressions sonores (Tetsuo Headaches avec k-the-i ???), des morceaux découpés au chalumeau (le putain de break sur S.A.H.D.), des compositions génialement boiteuses et effroyablement infrasonores (Majin Buu) et des rythmes industriellement martiaux (ONYX HEART), tout ça à peine adouci en fin d’album par une sucrerie cristalline (The Amazing Grace avec G’SkyAkira). Expérimental, audacieux, radical ou juste un vaste défouloir, vous en penserez ce que vous en voulez, mais quel kif !



(Spoutnik)


2. Kingbastard - Error

"Successeur du déjà bien déglingué System Restore de janvier 2016 qui s’éparpillait un peu trop sur plus d’une vingtaine de courtes vignettes - entre IDM régressive, glitch funky, house rétrofuturiste et wonky - pour vraiment faire son effet, et surtout des EPs Amitriptyline Dreams et Data plus immersifs et aboutis, ERROR perpétue les abstractions robotiques névrosées de ce dernier dans une veine encore plus mutante et anxieuse dont l’alternance entre ambient cybernétique aux beats épars (Human) voire même absents (Machine) et IDM alambiquée aux rythmiques éclatées (Being) n’est pas sans évoquer Autechre.
Allégorie de l’humanité des machines de plus en plus d’actualité à l’heure où les intelligences artificielles développées par l’homme se retrouvent dotées de capacités d’auto-apprentissage assez troublantes, ERROR préfigure ce qui sera peut-être la prochaine étape de l’évolution des réseaux de neurones artificiels : cette angoisse et ce spleen sous-jacents que les êtres conscients ressentent parfois sans pouvoir se les expliquer (Human)."



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(Rabbit)


3. Kiasmos - Blurred

"Loin de Thrown, premier EP dispensable, Kiasmos avait trouvé en 2014 la formule idéale entre les délicates nappes contemplatives chères à l’une des figures majeures du néoclassique Ólafur Arnalds et les beats à tendance deep-house de Janus Rasmussen.
Blurred, nouveau court-format, est composé de quatre titres inédits et de deux remixes assurés par Bonobo et Stimming. Si ces derniers n’offrent pas une indispensable plus-value, les Islandais ont néanmoins le temps de charmer leur auditoire avec quatre titres de cinq minutes où boucles hallucinatoires et beats saccadés se côtoient dans un mélange haletant tantôt dynamique ou saccadé.
De l’electronica élégiaque de Shed au piano évanescent qu’accompagnent des beats IDM envoûtants sur Paused en passant par les granulations syncopées minimalistes à tendance deep-house de Jarred, Kiasmos ne tourne jamais en rond et privilégie la relance à la redite.
Surtout, Ólafur Arnalds et Janus Rasmussen nous gratifient sans doute sur ce projet du plus beau titre de leur répertoire. Entre les cordes harmonieuses et les accords de piano cristallins concoctés par le premier et les rythmiques polygonales mâtinées de nappes synthétiques oniriques du second, Blurred s’appuie sur des éléments clairs et gracieux dont l’alliage s’avère transcendant en raison d’une progression léchée qui laisse place à une émotion évidente sans jamais concéder d’excès."



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(Elnorton)


4. Walter Gross & k-the-i ??? - Youth​ :​Kill - A Hunter’s Moon

Qu’est ce qu’on kiffe quand Walter Gross et k-the-i ??? se retrouvent ! A la fin des années 2000, les deux Ricains exilés en Allemagne nous avaient déjà chatouillé les oreilles à travers leur projet Youth​ :​Kill et octobre aura signé leur retour en grande forme. Assaut sonore, sombre et urgent où Walter Gross nous dévoile tout son génie de l’expérimentation breakcore, du collage frénétique, des boîtes à rythmes et des pédales d’effet, il y en a littéralement dans tous les sens (et pour tous les sens), mais fatalement A Hunter’s Moon vous ravira ou vous fera fuir. Une chose est certaine, c’est que ce mélange bizarroïde et déstructuré sonne comme une singularité indescriptiblement sans pareille et finalement presque comme une autodestruction musicale qui si on lui rajoute les délires textuels d’un k-the-i ??? au taquet, vous fera vous dire que la folie est salvatrice et vous en redemanderez peut-être même encore un peu !



(Spoutnik)


5. Unsung - Possessions

Dans la flopée d’albums d’Halloween sortis le 31 octobre, certains dénotent parce qu’ils ne sont pas gorgés de citrouilles débiles et d’hémoglobine à bon marché, Possessions est de ceux-là. Cette petite merveille sonne plus hantée que cauchemardesque et la délicatesse du procédé est maintenant la signature d’Unsung. Le hip-hop élégant et brumeux du gars de Morgantown lorgne ici bien près de l’alt-rap FakeFourien et le coté Halloween est plutôt à observer sous le prisme des featurings (Kaotic sur Frightmare Revisited, Jack Wilson sur Cinnamon and Cloves et surtout Cunabear sur Harvest Moon qui est finalement la piste la plus chamaniquement obscure de l’album). Au final, Possessions vous réconciliera peut-être avec les albums de la veille de la Toussaint et au pire vous aurez passé un gros quart d’heure plein de magie.



(Spoutnik)



Nos beat tapes du mois



1. Tenshun & Bonzo Speechless - Lunatic Verses

Lunatiques, les aficionados du drumming en roue libre dont les instrus de purgatoire hantent les couloirs du label I Had An Accident depuis une paire d’années le sont assurément, à commencer par le nouveau taulier Damien Miller que l’on retrouvera ce week-end sur le prochain volet de notre compil’ Twin Peaks... mais le bruyant Tenshun et l’angoissant Bonzo ne sont pas en reste sur les deux pistes-fleuves chaotiques de Lunatic Verses, autre surprise halloweenesque qui se joue des clichés en reprenant les choses là où leur excellent Split Mutilation de janvier dernier les avait laissées : matraquage épileptique et désossage sursaturé du boom-bap pour le premier, puis tension abstract tortueuse et anxiogène de DJ Shadow des bas-fonds pour le second tout au long d’un Fading Mix crade et cinématographique à souhait... grosse claque !



(Rabbit)


2. SonoTWS - We Can Get Along

Avec 3 albums cette année, on commence à bien connaître SonoTWS. Sur We Can Get Along, le beatmaker brésilien en remet une couche à coups de vieux samplers et de drum machine vintage avec tout le cool, le sexy et l’espièglerie qu’on lui connaît. Ici SonoTWS insuffle encore un peu de chaleur brésilienne, de magie estivale et de mélancolie débonnaire dans nos oreilles qui commencent à dangereusement congeler. Ça groove comme il faut et c’est parfait comme ça !



(Spoutnik)



Le choix des rédacteurs



- Elnorton :

1. Water Music - Voids
2. Carbon Based Lifeforms - Derelicts
3. Chapelier Fou - Muance
4. Robin Foster - Electronic Postcards From The Dark Side
5. Esmerine - Mechanics Of Dominion

- Lloyd_cf :

1. Bully - Losing
2. Pia Fraus - Field Ceremony
3. Melanie de Biasio - Lilies
4. Werewolf Diskdrive - Werewolf Diskdrive
5. St Vincent - Masseduction

- Rabbit :

1. Gnaw - Cutting Pieces
2. Esmerine - Mechanics Of Dominion
3. Brian Harding & Matt Christensen - October II
4. Chris Weeks - The Grey Ghost Of Morning
5. Chapelier Fou - Muance

- Riton :

1. Amen Ra - Mass VI
2. Gnaw - Cutting Pieces
3. DOT - Beast Issues
4. Throane - Plus une main à mordre
5. Carbon Based Lifeforms - Derelicts

- Spoutnik :

1. Ankhle John - The Red Room
2. Spectacular Diagnostics - The Spec Tape
3. Meyhem Lauren & DJ Muggs - Gems From The Equinox
4. Labal-S - Swordrobe LP
5. Dr. Quandary - Jukebox Buddha


Articles - 15.11.2017 par La rédaction