River - S/t

Le premier album des Munichois de River est certes énigmatique mais encore plus magnétique. Il s’y joue des choses pas claires qui cueillent complètement.

1. Watercurls
2. Bam Bam
3. Teppich
4. Flossfahrt
5. Huna Huna
6. Green And Yellow
7. House
8. Die Essenz

date de sortie : 20-03-2020 Label : Cut Surface

Ultra-répétitif, porté par une nuée de percussions tribales (Salewski) et une basse pulsatile (Pico Be aka Christian Brachtel), deux guitares minimalistes qui envahissent néanmoins tout l’espace (les sœurs Rosalie et Hedwig Eberle) et une voix incandescente (Rosalie Eberle encore) qui expulse ses mots comme des slogans, le premier album de River est un drôle de truc. Les morceaux sont majoritairement longs, secs et bâtis sur des motifs photocopiés où seuls varient le contraste et la luminosité et on pourrait dire de prime abord qu’ils n’ont pas grand chose pour eux. Pourtant, ils brûlent d’un feu intérieur qui les transforment invariablement en mantras incantatoires étonnants. Et puis des fois, sans crier gare, un morceau vient rompre l’austérité générale en balançant un refrain ou des couplets qui s’agrippent immédiatement au cortex (Huna Huna). Dans l’ensemble, ça sonne extrêmement naturel comme si on surprenait le groupe en pleine répétition, là, juste à côté de nous, en train d’ajuster ses propositions et ses idées et ça aère considérablement la musique de River.
Une musique sans ça éminemment claustrophobe. Tout y est ténu, recroquevillé, rêche, parfois susurré du bout des lèvres (House), mêlant kraut, blues, noise, no wave et psychédélisme bucolique dans un grand mouvement paradoxal qui louvoie tout en allant droit devant, qui se calfeutre en ouvrant ses fenêtres en grand. Pourtant, ce n’est pas tout et son contraire, l’identité est forte et il se dégage de ces huit morceaux une grande cohérence même si rien n’est évident. Il faut laisser le disque advenir, le laisser couler simplement, accepter qu’il prenne son temps car il s’y passe toujours quelque chose et si le paysage paraît morne au départ, ce n’est qu’un effet d’optique : la musique se révèle in fine infiniment craquelée, disloquée et fragmentée. C’est donc très singulier et ça n’étonne pas plus que ça une fois que l’on a identifié le logo de Cut Surface sur la pochette. Le disque ne pouvait provenir que du chouette Autrichien avec sa façon de n’en faire qu’à sa tête, de ne ressembler qu’à lui-même tout en empruntant à droite à gauche et donc de sonner racé alors qu’on a bien du mal à identifier à quoi il renvoie.


Après un Watercurls on ne peut plus tribal, on file le même coton répétitif avec Bam Bam qui s’adjoint en plus une strate insurrectionnelle via la voix qui scande avec conviction ses « Get It On ! » et qui, contre toute attente, change du tout au tout sur Teppich. Se lançant dans d’étranges vocalises, elle habille pourtant parfaitement bien les courants fracassés qui grouillent en-dessous. Trois titres seulement et c’est déjà hypnotique et surtout, ça ne s’arrêtera plus. Le disque se rapprochera tantôt d’une psalmodie habitée gorgée de vents contraires (Flossfahrt, House), tantôt d’une totentanz azimutée et tribale (Green And Yellow, Die Essenz) et se permettra même de balancer ce Huna Huna étonnant mais très prenant au milieu de tout ça. Si River donne l’impression de ne pas savoir où il va, ce n’est qu’une impression : on dirait la version kosmische et hallucinée du Hex Enduction Hour de The Fall (déjà bien ésotérique) et on rapprocherait aussi volontiers les Munichois d’un Massicot même si le rendu est différent et encore, on se fait violence car il est évident que cet éponyme ne ressemble qu’à lui-même.
Bref, sous la pochette mordorée, on trouve une poignée de titres qui correspondent pile au nom du groupe. En surface, tout paraît calme mais on sait bien tout ce qu’il se joue en-dessous, les remous, les changements inopinés d’azimut, les obstacles multiples, l’écosystème insoupçonné, le flux qui en ne s’arrêtant jamais emporte tout. Pour un premier album, River frappe fort - il faut dire que ses quatre membres ont un parcours déjà riche dans l’underground munichois - et met sur pied une musique tout aussi énigmatique et hypnotique que prenante.

Beau disque.


Chroniques - 19.04.2020 par leoluce
 



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vendredi 7 août 2020


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