Convulsif - Extinct

Extinct, nouvel album de Convulsif (le premier chez Hummus Records) accompagne idéalement les circonvolutions brutales de notre époque pour le moins incertaine. Surprise, il y aurait bien un peu de lumière au centre du chaos.

1. Buried Between One
2. Five Days Of Open Bones
3. Surround The Arms Of Revolution
4. Feed My Spirit Side By Side
5. The Axe Will Break
6. Torn From The Stone (Bonus Track)

date de sortie : 23-10-2020 Label : Hummus Records

Extinct fait suite à IV (2016, on en parlait par là) qui lui même suivait CD3 (2014, on en parlait aussi là-bas) et, au fond, rien ne change. Convulsif poursuit la voie d’une musique tellurique marquée par l’absence de guitares. Violon, clarinette, basse, batterie et électronique continuent à s’en donner à cœur joie et façonnent un maelström furieux et menaçant où se mêlent toujours des petits bouts de tout un tas de choses. Au fur et à mesure des morceaux, grind, noise, ambient, drone, metal, jazzcore et j’en passe s’emberlificotent pour un rendu systématiquement différent. Ça peut commencer pied au plancher comme ça peut prendre son temps, ça peut se contenir comme ça peut exploser, ça peut être rectiligne ou complètement vrillé et c’est tout le temps inquiet. Les possibilités sont néanmoins multiples et capitalisant sur une indéboulonnable maîtrise instrumentale, Convulsif explore beaucoup et ne s’interdit rien. De morceaux ramassés en pièces au long cours, Extinct se montre métamorphe et use à plein des armes qu’il possède, on a ainsi l’impression de n’avoir jamais entendu aussi bien les apports de chacun.
Du coup, si tout est pareil c’est une fois de plus différent. Extinct sonne un poil plus spontané et moins cadenassé qu’auparavant. Les Suisses n’ont pas non plus ouvert les fenêtres en grand mais ménagent désormais quelques subtiles aérations dans leur monolithe noir. La clarinette qui batifole au-dessus du carnage, la basse qui titube, l’électronique qui fait souffler un vent frais dans les soubassements, le violon qui s’échappe subitement, tout cela égratigne la carapace et rajoute une strate supplémentaire à ce que l’on connaît déjà. On a donc toujours autant de plaisir à accueillir ce qui sort de leurs doigts puisqu’en arpentant le même pré carré, on s’accroche de plus en plus aux détails et on voit bien comment Convulsif ne cesse de nuancer sa matière d’un disque à l’autre. Une nouvelle fois, Extinct frappe fort, touche juste et sidère.


Buried Between One s’ouvre sur deux notes esseulées, répétées puis la clarinette sonne le début des hostilités et c’est parti. Rampant, menaçant, le morceau gonfle et gonfle encore, vrillé par le violon, se chargeant petit à petit de drones/échardes électroniques, se muant en vortex furieux très vite battu en brèche par la longue entame de Five Days Of Open Bones où ne subsiste que la clarinette. Ça prend son temps et ça refait le coup de la montée en puissance qui explose après 8 minutes 35 exactement. Fini le drone, place au grindcore. Puis fini le grindcore, place à une forme de psychédélisme qui mute en drum’n’bass sur la toute fin. Les autres morceaux - courts, très courts, très longs - maintiennent le chaos qui atteint probablement son paroxysme sur l’ultime Torn From The Stone où l’on croirait entendre les early-Boredoms reprendre du MoHa !
On le voit bien, Extinct est intense, Extinct est imprévisible, Extinct est passionnant. Convulsif sculpte son entropie d’un disque à l’autre, l’affine, la rend de plus en plus implacable. Nouveau jalon dans un parcours ascendant, travaillant la même matière, ce nouvel album, s’il ne représente nullement un bond en avant, ajoute encore un peu chair à l’écorché en y faisant entrer quelques rais de lumière. La clarinette de Surround The Arm Of Revolution dessinant une mélodie, la basse esseulée et presque groovy, Swanesque, qui ouvre l’impressionnant The Axe Will Break et tout un tas d’autres moments où l’apaisement met en exergue le chaos environnant montrent bien l’épaississement en cours. Convulsif ne se répète pas, il approfondit et ce faisant, décuple son envergure encore et encore.
Sous la belle pochette (imaginée par Stefan Thanneur de Chaos Echoes), on trouvera une palpitation personnelle, un élan qui comme le ressac ne s’arrête jamais, un groupe en pleine possession de ses moyens, maîtrisant sa doxa furibarde. Comme les titres des morceaux, cut up du Voyage du Beagle de Darwin, la musique de Convulsif apparaît plus que jamais comme un cut up de tout ce qui se fait de plus saisissant en matière de musique extrême. En apprivoisant son chaos, le groupe le rend tout simplement encore plus chaotique.

Grand.

Chroniques - 27.10.2020 par leoluce
 


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