Goldfrapp - Seventh Tree

Après une parenthèse électro-pop dispensable, Goldfrapp renaît en douceur avec Seventh Tree. Un quatrième album atmosphérique et apaisé qui renoue avec les origines cinématiques de la musique du duo anglais, tout en se teintant de sonorités acoustiques délicates qui siéent à merveille au timbre chaud de la belle Alison. Un nouveau départ ?

1. Clowns
2. Little Birds
3. Happiness
4. Road To Somewhere
5. Eat Yourself
6. Some People
7. A&E
8. Cologne Cerrone Houdini
9. Caravan Girl
10. Monster Love

date de sortie : 25-02-2008 Label : Mute

La beauté cinématique un brin dérangeante de Felt Mountain, sublimée par la mélancolie hantée d’Alison Goldfrapp, avait sonné en 2000 comme une révélation aux oreilles des admirateurs d’Ennio Morricone, John Barry, Massive Attack ou Portishead, autant d’influences que le metteur en son Will Gregory avait su digérer à la perfection pour en tirer la quintessence d’un écrin rêvé aux fêlures et à la voix d’or de sa compagne de route. Portant, en ce début 2008, on n’attendait plus grand chose de Goldfrapp. La raison ? Deux albums que les fans de la première heure ne sont toujours pas parvenus à digérer.

Black Cherry, certes, contenait en sus de ses singles électroclash indigestes une poignée de morceaux "à la Felt Mountain " (Hairy Trees, Forever, l’étrangement inégal Deep Honey ou encore la chanson éponyme), mais débarrassés de ces sombres recoins, de ces troublantes fêlures qui venaient bouleverser la quiétude de ce chef-d’oeuvre inaugural aussi sûrement que la sensibilité de l’auditeur. En outre, tiraillé entre deux inspirations antinomiques (celles, on l’imagine, de ses auteurs), l’album, malgré ses invités de luxe Mark Linkous (Sparklehorse) et Adrian Utley (de Portishead, déjà présent à la basse sur l’album précédent) s’avérait trop hétérogène, et pas assez bien produit pour compenser.

C’était en 2003, et deux ans plus tard, rebelote avec Supernature, lequel au moins, assumait jusqu’au bout et bénéficiait non seulement d’une majorité de chansons correctes mais également d’une ampleur retrouvée dans la production, même si l’on eut préféré qu’Alison, passée aux commandes de la machine à danser Goldfrapp, s’inspire de l’électro-rock vrillé de drones et du groove psyché minimal et torturé d’ Avant Hard, chef-d’oeuvre apocalyptique de feu ses collègues de label Add N To (X) dont elle assurait ponctuellement le chant et les choeurs en 1999, plutôt que de Donna Summer.

Mais heureusement, avec Seventh Tree, il suffit d’une poignée d’accord pour constater que Will Gregory a repris les rênes ou du moins retrouvé un rôle prépondérant dans le duo phagocyté sur les semi-ratages précédents par une Alison Goldfrapp dont la mégalomanie galopante avait sans doute profité du succès critique de Felt Mountain pour se défaire d’une bride un peu trop lâche.

On nage donc ici entre pop aérienne et ambient-folk éthérée, à moins que ce ne soit le contraire. Dès l’ouverture de rêve sur Clowns avec ses accents à la John Barry période Midnight Cowboy, la production analogique et les arrangements électro-acoustiques de Gregory, de toute beauté, saisissent par leur ampleur et leur profondeur uniques, transcendant des chansons touchantes et généreuses mais qui sans ça souffriraient sans doute d’un trop grand classicisme.

De fait, si Some People, avec sa ligne de piano superbement simple et sa mélodie vocale d’une évidence confondante, ou Monster Love et son clavier dépouillé bardé d’envolées de choeurs synthétiques, s’avèreront également splendides, le single A&E (pour Accident & Emergency) n’est pas du même acabit et cède avec un plaisir coupable aux sirènes de la FM, tout en permettant à la diva de se lâcher un peu pour nous gratifier de quelques-unes de ces vocalises virtuoses et un brin barrées mais pas toujours de très bon goût dont elle semble avoir le secret depuis Black Cherry.

Toutefois, pour le reste, sobriété et beauté dominent, et ça n’est pas le Barry-esque Cologne Cerrone Houdini qui fera mentir une première partie d’album quasi-parfaite. En effet, loin de rendre hommage, après le douteux Moroder sur les deux albums précédents, au sinistre Cerrone, le sommet de l’album est une petite merveille stratosphérique qui parvient à retrouver intacte la magie apaisée du planant Pilots de Felt Mountain. Quant à Caravan Girl, incursion soul/rock aux sonorités presque 70’s qui rappellent en vrac Blondie et les Supremes, il conserve néanmoins cette même ampleur atmosphérique qui caractérise tout l’album et enveloppe l’auditeur d’un voile de chaleur à l’intimité réconfortante.

En cela, si les chansons de Seventh Tree demeurent à distance raisonnable de la mélancolie fêlée d’un Lovely Head ou du lyrisme vénéneux d’un Human, elles promettent assurément de faire d’Alison Goldfrapp la digne héritière, au même titre que Sarah Assbring (El Perro Del Mar), du petit royaume onirique et en apparence candide de Julee Cruise, belle au bois dormant isolée par ses songes capitonnés de la noirceur indicible du monde extérieur. Espérons qu’elle ne se réveille jamais de ce rêve-là.


Pour découvrir Goldfrapp, rendez-vous sur myspace où plusieurs chansons extraites de Seventh Tree sont en écoute.

Chroniques - 17.03.2008 par RabbitInYourHeadlights
 


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