Deerhunter - Microcastle / Weird Era Continued

Il y a des albums dont on tombe sous le charme dès la première seconde, des évidences capables de nous surprendre à chaque instant, des choses dont on n’a jamais fini de faire le tour. Autant le dire tout de suite, ce double album de Deerhunter fait partie de ces choses assez rares pour le souligner encore aujourd’hui.

Microcastle  :

1. Cover Me (Slowly)
2. Agoraphobia
3. Never Stops
4. Little Kids
5. Microcastle
6. Calvary Scars
7. Green Jacket
8. Activa
9. Nothing Ever Happened
10. Saved By Old Times
11. Neither Of Us, Uncertainly
12. Twilight At Carbon Lake

Weird Era Cont.  :

1. Backspace Century
2. Operation
3. Ghost Outfit
4. Dot Gain
5. Vox Celeste
6. Cicadas
7. Vox Humana
8. Vhs Dream
9. Focus Group
10. Slow Swords
11. Weird Era
12. Moon Witch Cartridge
13. Calvary Scars II/Aux.Out

date de sortie : 28-10-2008 Label : Kranky

Pénétrer dans l’univers de Deerhunter, c’est emprunter un couloir sombre et attirant qui au détour d’un virage nous amène dans un autre couloir qui se sépare en plusieurs autres embranchements, nous fait traverser des pièces plus ou moins assombries et ainsi de suite, jusqu’à ce que l’on ne puisse plus savoir où l’on se trouve. Et pourtant, on ne revient jamais sur nos pas, on préfère toujours avancer vers cette destination inconnue et fascinante. C’est une sorte de labyrinthe sonore dans lequel on prend un malin plaisir à se perdre et se reperdre sans vouloir en trouver la sortie, une sorte de voyage étrange entre rêve et réalité qu’aurait pu imaginer David Lynch.

En guise de premier couloir, le quintet nous propose ainsi une introduction lancinante et inquiétante laissant rapidement la place à Agoraphobia, d’une incroyable lumière. On est surpris par cette transition et ce contraste d’autant plus que le titre ne laissait pas envisager une ambiance si apaisée et radieuse. C’est sans doute une sorte de réconciliation avec le monde extérieur de la part de Bradford Cox, leader de Deerhunter qui voit dans la musique un véritable exutoire, lui permettant d’oublier les divers soucis de son existence. C’est dans cette même veine qu’il avait sorti également l’année dernière un premier effort solo des plus passionnants sous le pseudonyme d’ Atlas Sound, révélant un aspect plus intimiste de sa personnalité au travers de nappes électroniques oniriques et expérimentales.

Mais revenons sur le dédale de Microcastle. C’est sans temps mort que le groupe nous dévoile une autre superbe pièce de son univers avec Never Stops, à savoir que derrière ces mélodies cotonneuses et rassurantes peuvent ressurgir à tout moment les déluges de bruits et de dissonances rappelant les précédents opus du groupe et notamment Cryptograms. Avec cet album, leur deuxième, le combo d’Atlanta avait su progressivement sortir de l’ombre mais sans pour autant emporter l’adhésion générale, certaines personnes avaient été subjuguées mais bien d’autres étaient restées insensibles à ces expérimentations qui rendaient leur musique en quelque sorte absconse et difficile d’accès. Aujourd’hui, le groupe n’a pas entièrement fait table rase de son passé même s’il a le désir de toucher un plus large public en amenant sa musique vers des formats plus courts et plus balisés. Mais il ne faut pas croire qu’il a décidé de vendre son âme au diable, loin de là. L’ambition est toujours présente et n’a pas été sacrifiée au nom d’une reconnaissance plus large. D’ailleurs, le parcours d’un tel album n’est pas une simple ballade de tout repos, même si à certains moments on pourrait l’imaginer. Il faut y revenir plusieurs fois pour y découvrir les moindres petits recoins de ce monde proche du chaos. Pour obtenir un tel résultat, le groupe a su trouver un véritable et incroyable sens de l’équilibre entre douceur spleenétique et fulgurances électriques, empruntant diverses voies qui vont de la noisy pop (My Bloody Valentine) à la dream pop (Slowdive), un mélange de genres qu’il qualifie lui-même de garage ambient. Et il n’a pas à envier ses glorieux aînés qui faisaient les belles heures du début des années 90.

En à peine quelques titres, Deerhunter sait faire mouche. L’auditeur se retrouve rapidement saisi et incapable de se sortir des mailles de ce filet, véritable piège de mélodies entrelacées et captivantes. Il n’a surtout plus envie de se débattre, le milieu d’album lui laissant croire que la partie est terminée, l’accalmie est entrevue avec des plages évanescentes et oniriques mais c’est sans compter sur ces petites constructions et ces multiples structures qui s’emboîtent et se superposent pour former un ensemble insaisissable et surprenant que résume bien à lui seul le titre Microcastle.

Mais, il faut également constater que cet album possède de véritables singles (entre autres les remarquables Nothing Ever Happened et Neither Of Us, Uncertainly) aux mélodies d’une telle évidence que l’on est rapidement déconcerté par une telle aisance. C’est à ces moments là que l’on se dit que Bradford Cox n’est pas le seul responsable de ce petit trésor d’une grande richesse. Ces riffs de guitares qui se superposent et se répondent, cette basse répétitive à la rythmique implacable, cette batterie cadencée, les moindres ruptures ou petites sonorités ne peuvent pas être sortis de la tête d’un seul homme. C’est le groupe tout entier qui a su se mettre au diapason de son leader que l’on entend au loin, sa voix souvent désenchantée se trouvant mise en retrait derrière toutes ces réverbérations et nappes sonores.

Mais aussi remarquable qu’est Microcastle, il ne faut pas laisser de côté ce Weird Era Continued. Cette deuxième partie, sûrement la plus expérimentale, est tout aussi passionnante. L’atmosphère que l’on y découvre est toujours aussi sombre et embrumée mais elle peut receler des titres plus surprenants à l’image de Opération, titre à la rythmique chaloupée. Il y a aussi l’hallucinogène Vox Humana dont l’introduction n’est pas sans rappeler les Jesus and Mary Chain, une influence avérée. D’ailleurs, on pourrait même oser dire qu’avec ce double opus, le groupe américain suit la même voie qu’avaient empruntée les frères Reid lors de Darklands, nous baladant au travers de ces territoires à la beauté sombre et éclatante et laissant quelque peu derrière eux les expérimentations noisy de leur début. Et c’est finalement avec un titre dantesque et prodigieux de 10 minutes que se clôture ce « voyage au bout de l’enfer », voyage schizophrène dont on ne ressort jamais indemne comme l’illustre cette pochette orangée montrant un visage défait et impassible dont le regard est perdu dans le vide, la mort dans les yeux. Et ce n’est pas cela qui va nous empêcher d’y retourner le plus souvent possible.

Chroniques - 13.01.2009 par darko
 


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