Zs - New Slaves

Ceux qui avaient gouté à l’avant-jazz minimaliste et répétitif de Arms en 2007 étaient en droit de douter que les new-yorkais déjantés de Zs puissent pousser encore plus loin l’inconfort d’écoute, et pourtant... revenir à ces dissonances zorniennes au saxo anarchique et rigide après un détour par son successeur New Slaves relèverait presque de la promenade de santé dans la fraîcheur printanière qui fait gazouiller les oiseaux.

1. Concert Black
2. Acres Of Skin
3. Gentleman Amateur
4. Don’t Touch Me
5. Masonry
6. New Slaves
7. Black Crown Ceremony I : Diamond Terrifier
8. Black Crown Ceremony II : Six Realms

date de sortie : 11-05-2010 Label : The Social Registry

Car suite à la défection du guitariste Charlie Locker parti soulager ses envies de prog-pop grégorienne (à moins qu’il ne s’agisse de post-harcore new age ?) au sein des poussifs Extra Life, le percussionniste et bidouilleur Ian Antonio et son comparse le saxophoniste Sam Hillmer entourés de deux nouveaux gratteux ont nettement durci le ton, déchaînant un maximalisme épileptique et forcené propre à faire passer le bruitisme déstructuré de Black Dice pour de la musique d’ascenseur.

Pas de saxophonie frénétique sur 10 minutes ici mais bien 20 minutes, et pas une de moins, de laminage intégral tout au long d’un morceau éponyme qui commence par vous raboter les tympans à la scie électrique sur fond de percussions lourdes, boucles noisy et autres drones électro stridents pour mieux les poncer au free jazz et les ratatiner ensuite à coups de batte de baseball, tel une chaîne d’assemblage en plein déraillement. Ça tombe bien, ça s’appelle New Slaves et si c’était sensé représenter les nouvelles formes d’aliénation de l’homo modernus soumis aux violences sensorielles les plus extrêmes et incontrôlables de notre époque d’instabilité et de chaos mental, force est d’avouer que le but est atteint.

Véritable gageure que d’écouter d’une traite pareil manifeste d’âpreté musicale, mais comme pour en arriver là il avait déjà fallu s’extirper du labyrinthe atonal de Concert Black et de son empilement de morceaux joués en même temps en accéléré ou au ralenti, dompter l’afro-jazz métallique d’Acres Of Skin et sa cohue tribale qui semble faire référence à un bouquin sur les expérimentations médicales en prison au milieu du siècle dernier, résister à la vague de bruit blanc sur fond de guitare/scie sauteuse et de beat assourdi de l’implacable Gentleman Amateur (saignements d’oreilles assurés à plus de 90 décibels) ou supporter les cris trafiqués d’un Don’t Touch Me aléatoire au possible avec ses percussions synthétiques aux faux airs de bruitages de cartoons, autant que nos efforts, somme toute assez gratifiants et même récompensés pas les respirations presque cristallines de Masonry, n’aient pas été vains.

D’autant que la renaissance approche au terme de ces 20 minutes radicales avec un diptyque final qui fera écho au Z Is For Zone de l’opus précédent, amorçant d’abord le timide retour au calme d’un vibrato de saxo rattrapé peu à peu par l’anxiété d’un free jazz fiévreux avant de s’abandonner, enfin, à la luxuriance carillonnante d’une plage ambient apaisée mais toujours un brin inquiétante dont les lointaines réminiscences d’activité humaine (conversations, bruits de rue, musique arabe) se mêlent aux déambulations d’un saxo étouffé pour figurer une véritable allégorie mystique, Black Crown Ceremony faisant référence à l’attribution de la Coiffe Noire au Karmapa du bouddhisme tibétain Karma Kagyu pour symboliser son accomplissement spirituel, les Six Royaumes du second mouvement offrant même aux tympans de l’auditeur autant de possibilités de revivre - résurrection ou célébration posthume, seul l’avenir le dira passés les acouphènes de rigueur.

En résumé, il faudrait faire fi de toute notion de confort d’écoute pour véritablement s’attacher à pareil album mais l’expérience, étonnamment (méta)physique et frontale pour de l’avant-garde, s’avère pour le moins intéressante.


Chroniques - 27.06.2010 par RabbitInYourHeadlights
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