Ned Collette - Jokes and Trials / Future Suture

Nick Drake est mort, les frères Head (Shack, Pale Fountains) n’ont jamais vraiment connu la gloire, alors pour une fois où un artiste vivant tutoie les grands et les oubliés, inutile de faire l’impasse.

1. Song For Louis
2. The Happy Kidnapper
3. A Plea For You Through Me
4. Boulder Voir la vidéo Ned Collette - Boulder
5. Hill
6. The Laughter Across The Street
7. Heaven’s The Key
8. Janet
9. Don’t Talk
10. Blame


1. First Love
2. Sell Your Life
3. Forty Children
4. Show Your Hand
5. The Country With A Smile
6. Winter Holiday
7. Ned’s Dream
8. Lost and Found
9. Race

date de sortie : 30-11-2005 Label : Dot Dash

Fichtre ! Ça sent la rentrée sur indierockmag, on se permet donc de publier une double chronique qui vaut son pesant d’or. C’est le prix à payer en cette fin d’été pour deux albums de très très haute facture et un artiste déjà sacré en notre panthéon.

Car figurez-vous qu’à l’autre bout de la planète, on ne nous a pas attendu pour célébrer le talent de Ned Collette. A propos de Joke and Trials, les chroniqueurs locaux y sont allés de “A gentle giant in the making” à “Listening to Ned Collette is like falling in love”. Future Suture lui a eu droit à son “The chances of it being the best Australian album released this year are exceptionally high” mais aussi à “In 10, 15 years time, people will still be talking about the impact Future Suture had on their lives, musicians will be rattling off Ned’s name as freely as they do with Dylan, Lennon and Wilson”. Rien de moins !

Mais en français dans le texte, c’est par ici que ça se passe et nulle part ailleurs.

Joke and Trials

C’est à la nuit tombée ou le matin très tôt, juste avant de partir à la pêche, que le Jokes and Trials prend toute sa splendeur. Hormis l’association rennaise Black Milk, je me demande bien qui d’autre a pu avoir vent de la sortie de ce gros poisson ? Des vagues à propos de cet artiste, on n’en a pas vues ! Comme s’il fallait toujours passer sous silence une certaine frange de songwriters qui faute de grande gueule reste suspendue à une hypothétique grosse touche médiatique. Mais pas d’inquiétude, tout ça n’est que question de patience.

Alors que Song For Louis débute tout en douceur et à la seule guitare acoustique, on n’imagine pas encore très bien comment Ned Collette va nous convaincre. Il faut avoir l’ouïe fine, mais l’enchainement avec Happy Kidnapper, du bout des ongles, nous fait entrer dans un univers empli de plénitude. De légers accents country emboitent le pas sur A Plea For You Through Me, on ne se rend toujours compte de rien, même si doucement la voix se fait plus attachante, mêlée parfois à celles de quelques invitées.

Mais quand Boulder débarque sur un violon d’une douceur exemplaire, sans même nous attraper par le col on se rend compte la gorge serrée de l’audace et du talent de Ned. C’est simple, d’une discrète virtuosité des chants et de l’orchestration, le morceau bascule progressivement vers un poil de rythmiques et quelques synthés délivrant au fur et à mesure un horrible son vintage et qui pourtant fonctionne à merveille sous les doigts du maître de maison.

Un magicien ce Ned Collette puisque s’ensuit The Laughter Across The Street dont je vous laisse apprécier toute la force en vidéo. Même le bruit assourdissant d’un avion au décollage n’y fait rien, on plonge et replonge dans la beauté de ses arpèges, sa voix nous mettant du baume au cœur, et en studio, accompagné par une voix féminine ça ferait vite chialer.

Quand vient à bruisser Don’t Talk, et cette façon d’égrainer les mots qui n’est pas sans nous rappeler ce bon vieux Robert Wyatt, on se rend compte et bien trop tard que l’on est tombé sous le charme du songwriter. Durant tout l’album, on se fait balader. Le dernier titre, Blame, qui pourtant nous offre plus de 7 minutes d’émotion, suspendus que nous sommes à ses compositions sera tout de même l’occasion de cracher sur nos tombes.

And I wan’t to blame you
But you don’t even exist
So I’ll find the closest
And I’ll add him to my list

On n’en dira pas plus, et même si l’envie de blâmer le monde entier de n’avoir su nous faire découvrir cet artiste dès la sortie de Joke and Trials en 2006 est présente, il n’est pas trop tard pour rattraper le temps perdu, et voici donc la suite ...

Future Suture

Nous voilà débarqués en 2007, et la maison Dot Dash Records croit toujours en Ned Collette publiant par la même occasion son second album Future Suture. Quelques lignes plus haut, on citait Robert Wyatt et c’est dans cette même tradition que débute First Love. D’autres citeront au fil des morceaux de Ned Collette un petit goût de Leonard Cohen de derrière les fagots, mais on va arrêter là avec les références (ou presque).

Car de la simplicité de Joke and Trials en passant par ce second album qui confirme un songwriter décidé à mettre "les bouchées doubles" ou tout du moins à aller de l’avant, le moment est venu de mettre en avant le jeune prodige plutôt que ses pairs.

Et s’il fallait prendre comme caution un morceau, mon choix se porterait pourquoi pas sur Show Your Hand : rythme lent et appuyé, voix fière et clairon malin, détours mélodiques, Ned Collette rentrera dans l’histoire de gré ou de force.

Y’en a marre de vouloir faire porter le bon rôle aux gloires du passé quand des compositions d’un tel classicisme et d’une singularité qui ne devrait jouir d’aucune comparaison débarquent dans nos haut-parleurs. Moi je vous le dis, quand la remise des médailles aura lieu, j’en décernerai une à Ned Collette et sans vergogne. Des flûtes de Lost & Found à l’électricité finalement bien venue sur Race, tout est bon dans ces mains.

Je ne me gênerai pas non plus pour citer The Country With A Smile qui montre bien musicalement l’audace qui pousse l’Australien à avancer. Y’a du Guy Chadwick (House of Love ... je vous l’avais dit que je m’autoriserai une dernière référence) bien inspiré dans les entournures de Forty Children ou Winter Holiday. Mais je viens de me rendre compte qu’on allait finir par perdre notre temps à parler de Future Suture. Halte là, n’ayons plus peur des mots, n’allons pas plus loin et de rabâcher que cet album est magnifique, remarquable : c’est un chef d’œuvre un point c’est tout. Chaque minute qui passe est une de perdue pour vous de découvrir cet artiste, alors je vous promets j’en ai plus pour longtemps et après vous pourrez courir à l’échoppe australienne pour vous procurer ses disques.

Car pour conclure, je tiens à remercier mille fois Kent Lambert (Roommate) qui en reprenant Ned Collette à la demande du webzine The Machine Glow m’a fait découvrir cet artiste. Roommate, un autre groupe que je vénère depuis son album We Were Enchanted, mais qui a tout de même de la veine car je l’aurais étranglé d’avoir osé se frotter à un monument du genre de The Country With A Smile ... si d’aventure j’avais connu la V.O. avant. Enfin, signalons aussi que Ned Collette est bel et bien vivant, publiant son troisième album en octobre dernier avec les Wirewalker et intitulé Over The Stones, Under The Stars et un EP The Pool Is Full Of Hats en mars 2010. Le ton s’est épaissi sous l’impulsion de ses compagnons, mais ce sera certainement l’objet d’une prochaine chronique, histoire de ramener tout le monde à la raison.

Chroniques - 22.08.2010 par indie
 


Ned Collette - Show Your Hand

News // 10 avril 2012
Ned Collette double la mise

Avec Ned Collette, inutile de faire les choses à moitié. Précédemment dans nos colonnes, je m’étais plus qu’enthousiasmé le temps d’une double chronique autour de ses albums Jokes and Trials (2006) et Future Suture (2007), et je n’en démords pas. Le hasard faisant merveilleusement bien les choses, alors que je concluais avec l’espoir de revenir à la (...)




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mardi 17 septembre 2019


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