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Dan Joseph Ensemble - Tonalization (for the afterlife) - Chroniques | Indie Rock Mag

Dan Joseph Ensemble - Tonalization (for the afterlife)

Les occasions n’avaient pas manqué cette année pour vous parler de Dan Joseph, des épopées synthétiques et minimalistes en flux tendu de Digital Ephemera, tout en boucles abstraites sur rivières d’infrabasses, aux cascades acoustiques impressionnistes et nostalgiques du fabuleux Dreams Of Seven qui restera sans doute le sommet discographique du New-Yorkais cette année.

1. Tonalization (for the afterlife)
2. Wind Pattterns
3. Music Primer

date de sortie : 11-11-2011 Label : Mutable Music

Néanmoins, et bien que ce dernier fasse également la part belle aux cordes frappées de son instrument de prédilection, le hammer dulcimer, explorant sur fond de field recordings et de drones astraux la palette des tonalités et les capacités de résonance de cet instrument aux sonorités réminiscentes de l’ère baroque, l’approche hautement texturelle de ces deux albums n’en faisait peut-être pas les oeuvres les plus représentatives de l’univers de ce compositeur protéiforme. Certes marqué par des influences plus électroniques ou ambient, Dan Joseph semble en effet tirer son inspiration en tout premier lieu du courant minimaliste des Steve Reich, Philip Glass ou surtout Terry Riley, avec l’idée d’une musique de chambre qui bénéficierait à la fois d’une certaine atemporalité propre aux cultures anciennes et de la liberté des courants orchestraux plus contemporains comme de leurs descendants électroniques.

Terry Riley qui fut justement l’un de ses professeurs dans les années 90 lorsqu’il décida, après avoir quitté Washington pour la Californie, d’abandonner définitivement son background indus - voire punk à ses débuts en tant que batteur pour diverses formations du cru - pour aborder une toute autre forme d’épure au contact de l’écriture musicale "classique" et d’une instrumentation plus traditionnelle. C’est donc accompagné d’un ensemble d’une demi-douzaine d’interprètes fondé au début de la dernière décennie que Dan Joseph nous livre ici sa vision du post-minimalisme, partant d’une ambitieuse pièce de 33 minutes en trois mouvements composée en 2009 où la convergence des cordes frottées, de la flûte ou des marimbas autour des martèlements fébriles du dulcimer fait éclore autant d’épiphanies successives, amenées progressivement par un drone de violon strident ou quelques accords de clavecin austères symbolisant vraisemblablement ce cheminement vers l’au-delà évoqué par le titre.


Ensuite, Wind Patterns entame un dialogue privilégié avec une flûte d’abord atonale et tâtonnante puis plus chaleureuse et comme libérée à mesure que le tempo augmente et que le pas-de-deux gagne en intensité. Une morceau qui évoque parfois le folklore des pays de l’Est, mais c’est finalement l’influence de la musique traditionnelle chinoise également étudiée par Joseph qui présidera à la déconstruction mélodique de Music Primer, troisième et dernière composition de l’album dont le titre fait référence à un livre de poésie en prose de Lou Harrison, compositeur contemporain qui fut justement l’un des premiers à incorporer certains éléments des systèmes microtonaux caractéristiques des traditions musicales asiatiques dans la musique occidentale dès le début des années 50. L’occasion de découvrir les 10 premières lignes de ce recueil, tour à tour chantées ou récitées par le baryton Thomas Buckner et délimitant autant de micro-mouvements au sein d’une oeuvre largement improvisée et résolument libérée de tout carcan technique ou stylistique.


Voilà, vous savez désormais à quoi vous en tenir avec Tonalization (for the afterlife), toutes nos excuses auprès des inconditionnels des guitares qui sonnent et autres hymnes pop à chanter à tue-tête. Car si l’érudition et l’insatiable soif mélangeuse d’une Shara Worden nous avaient déjà fait basculer à plusieurs reprises du côté de la "musique classique contemporaine" (voir notamment ici et ), seuls les plus aguerris parmi nos lecteurs amateurs d’expérimentations auront une chance raisonnable de trouver d’emblée chaussure à leur pied avec cet album à ranger au côté des dernières oeuvres conceptuelles de Steve Reich ou Donnacha Dennehy.


En espérant toutefois avoir su attiser votre curiosité, la discographie de Dan Joseph à condition d’y pénétrer par le point d’entrée adéquat - différent peut-être pour chacun selon ses affinités personnelles - s’avérant bien loin d’être aussi hermétique qu’elle pourrait le paraître, la plénitude qui irradie de ses compositions quelque soit la forme qu’elles adoptent les tenant définitivement à l’écart des travers abscons d’une certaine musique autoproclamée "savante".


Chroniques - 19.11.2011 par RabbitInYourHeadlights