Top albums - août 2012

Bilan habité en ce début de rentrée avec un mois d’août placé sous le signe de l’ambition et d’une certaine immersion instrumentale, entre onirisme abrasif, mysticisme solaire et lyrisme tempétueux.


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1. Swans - The Seer

L’avantage avec les double-albums de deux heures demeurés en gestation pendant 30 ans, c’est que même après les avoir chroniqués on a encore énormément à en dire. Prenez ce 12ème album de Swans par exemple, commenté sur le vif alors même qu’il eut fallu des semaines pour raisonnablement pouvoir espérer en faire le tour... comment avait-on pu passer sur le souffle court de Mother Of The World et ses imprécations de chaman amérindien exhortant au sacrifice humain sur fond de drone astral avant qu’un motif de piano aigu et lancinant débarque d’on ne sait trop où pour accompagner le blues carnassier de Michael Gira ? Sur les stridences anxiogènes des cuivres et autres martèlements fébriles et désunis de l’incantatoire 93 Ave. B Blues ? Sur le crescendo martial d’Avatar dont les cloches semblent sonner le glas sur toute la Création avant de la balayer d’un revers de post-punk vengeur ? Une richesse qui n’a quoi qu’il en soit pas échappé aux votants du Forum Indie Rock, le combo new-yorkais remportant les suffrages haut la main en cette fin d’été chargée.

(Rabbit)


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2. Oren Ambarchi - Sagittarian Domain

Ce que l’on aime chez Oren Ambarchi, c’est qu’il a beau multiplier les sorties, les collaborations et les instruments, il se tient toujours à côté de ce à quoi l’on s’attend. Après avoir consciencieusement exploré les affres de la symétrie sur Audience Of One en février où trois morceaux apaisés ferraillaient avec un quatrième bien plus agité, on le retrouvait en juillet entouré des nucléaires Fire ! le temps dIn The Mouth - A Hand où il épousait parfaitement les contorsions cuivrées de Mats Gustafsson, le disque explosant régulièrement en gerbes free et abrasives bien trempées. Mais au mois d’août, il livre Sagittarian Domain pour lequel il convoque à la fois son sens du crescendo implacable et de la répétition aliénante, amalgamant dans un même élan krautrock larvé de larsens incisifs, solo furibard et violons mélancoliques une demi-heure durant. Le titre est court, tour à tour monomaniaque, méchant et morose et trouve parfaitement sa place chez Editions Mego. C’est bien simple, celui-ci, j’ai bien peur qu’il vous le faille aussi.

- En écoute intégrale sur Gogoyoko.

(leoluce)


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3. Mount Eerie - Ocean Roar

Il n’y a bien qu’un Phil Elverum pour se payer le luxe de figurer deux fois à quelques mois d’écart, et en très bonne place, dans notre top albums, et avec toute l’insolence de celui qui in extremis avance une date de sortie de septembre à fin août sans frémir une seconde face à des concurrents de taille. En plus si le bougre sait nous surprendre il sait aussi brouiller les pistes autant que les cieux de ses pochettes, cette fois-ci à coups de répétitions plus brutes et distordues, traduction des eaux bordant Anacortes, sombres en surface, masquant la plénitude des fonds. Phil Elverum enfonce le clou, encore et encore, prolongeant l’amorce d’exploration krautrock apparue dans Clear Moon (House Shape), jusqu’à reprendre Popul Vuh (Engel Der Luft) dans une version black metal grandiose, dans cet album partagé entre de longues plages saturées hypnotiques et les habituelles folk songs aérées et touchantes. A se demander ce qu’il pourrait bien encore nous servir la prochaine fois, après cet Ocean Roar définitivement poignant !

- En écoute intégrale sur Bandcamp :


(Riton)


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4. Dan Deacon - America & Evan Caminiti - Dreamless Sleep

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Peu ou pas de points communs entre ces deux albums se partageant on ne sait trop comment la quatrième place de ce bilan : exubérant et maximaliste pour le premier qui voit le touche-à-tout de Baltimore laisser libre court à ses ambitions de compositeur savant sans pour autant renier son attachement aux saillies bouillonnantes d’une électro-pop débordante d’énergie saturée et de ferveur pataphysique ; ou plus atmosphérique et désolé pour le second, quintessence du drone fantasmatique du guitariste californien échappé de Barn Owl, qui manie ici sur une quarantaine de minutes rêveries distordues et spleen grésillant pour évoquer la solitude du pèlerin égaré la nuit dans un désert de cendres. On privilégiera donc l’un ou d’autre de ces chefs-d’œuvres selon notre humeur du moment, avec en prime un bonus conséquent du côté d’Evan Caminiti qui nous propose en supplément dix minutes d’errance cosmologique en collaboration avec son compère de Portraits, l’ex Tarentel et patron du label Root Strata Jefre Cantu-Ledesma :


(Rabbit)


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