The Blood Of Heroes - The Waking Nightmare

Deux années sans nouvelles. On craignait que The Blood Of Heroes ne soit qu’un one-shot. Il n’en est rien. Le collectif a explosé et s’est reconstitué. Et livre un deuxième véritable album brillant et en tout point remarquable.

1. Piration
2. Death Wish
3. Everything Undone
4. Hecatomb
5. The Last Forest
6. War
7. Towers Arise Underground
8. Dogtown
9. Bronze And Brass
10. Only The Desert Endures
11. I Love You But I Chose Darkness

date de sortie : 04-12-2012 Label : Ohm Resistance

La hargne... La vraie ! L’intransigeance aussi. Ce qui revient souvent au même lorsque l’on porte quelque chose en soi qui ronge de l’intérieur. Un message, une passion, un virus, un conflit, une myriade de fantômes ou même un son, une musique, peu importe, il faut que ça sorte. Hargneux et intransigeant, The Waking Nightmare, indéniablement, irrémédiablement, l’est... Même s’il arrondit les angles et polit sa matière pour en faire ressortir l’éclat à de multiples reprises, troquant l’agression et les échardes soniques pour un vernis faussement tranquille et vaguement ambient assez inquiétant. Mais ce dernier est encore fréquemment déstructuré par nombre d’uppercuts et de directs du droit assénés avec une telle vigueur qu’ils viennent en lézarder la surface lorsqu’ils se fracassent contre lui. Et puis l’éclectisme, ce trait de la personnalité de Blood Of Heroes inhérent au projet lui-même, qui n’a pas toujours été accepté il faut bien le dire, est toujours là. Pour ma part, c’est ce que j’avais adoré dans l’éponyme originel. Avec les guitares de J. K. Broadrick. La drum’n’bass fracassée par ses riffs massues, la jungle de beats attaquée au napalm, les diatribes de Dr. Israel comme un mantra idéal d’Apocalypse, découpant son flow en fines particules dancehall s’insérant parfaitement dans l’agrégat sonore qui prenait vie en-dessous. Tout cela est encore là et bien plus encore. Car n’attendez pas une redite. Pas le genre de la maison, ça ! En revanche, guettez l’inédit ou l’approfondissement. L’éclat est toujours noir et le nihilisme tenu à distance respectable par une respiration salutaire qui permet de reprendre son souffle entre deux apnées longues et profondes. La masse sonore exhibe une multitude de facettes qui s’imbriquent avec précision les unes dans les autres, formant une sphère vibrante aux contours mal définis vibrionnant dans une noirceur abyssale. Tout cela, oui, est bien présent.

À commencer par ces samples de voix, ces discours captés ici et là qui s’additionnent aux modulations mystiques de Dr. Israel, lui-même laissant à deux reprises le micro aux râles gutturaux et cris arrachés de Tompa – échappé d’At The Gate et Disfear le temps d’un Hecatomb parfaitement bien nommé – ou de J.K. Broadrick sur War qui sonne exactement comme ce à quoi l’on s’attend à la lecture de son titre claquant comme une évidence. Jamais Blood Of Heroes ne s’était à tel point approché du metal extrême que sur ces deux titres (rappelant un certain Dead d’un certain Submerged) sans pour autant s’y brûler les ailes. Ce n’est pas aujourd’hui encore que le collectif se laissera enfermer dans les filets d’une catégorisation forcément réductrice. Ce n’est pas du metal, pas plus que de la drum’n’bass, encore moins du dancehall, ni du post-punk voire du punk tout court. C’est tout cela à la fois. Et comment lui reprocher cette variété, comment évoquer un manque de liant en avançant que chacun crée de son côté sans jamais rencontrer les autres alors que ce qui frappe d’emblée, c’est bien la cohésion d’ensemble. Une musique métissée car collective, ne rappelant pas particulièrement celle d’un membre au détriment des autres : difficile d’entendre Submerged et dans le même temps, difficile de ne pas l’entendre et c’est exactement pareil pour tous les autres. Bill Laswell a disparu mais on retrouve les rivages massifs de Godflesh/JK Flesh érigés sur une rythmique alambiquée et agressive en provenance directe d’End.User et Submerged, la voix de prédicateur post-11 septembre de Dr. Israel, la basse lascive et les sonorités downtempo de Tony Maimone (épaulé par le même Submerged), les guitares déformées et étranges de M. Gregor Filip et l’élégance plombée de celles de Joel Hamilton. Sans oublier la batterie foutraque, jusqu’au-boutiste et impressionnante de Balázs Pándi. Mais ce n’est pas le disque de l’un ou de l’autre, c’est bien celui de tout le monde.

Comment expliquer sinon la présence de l’auto-tune (The Last Forest, Everything Undone) qui s’insère parfaitement à l’éventail déjà large développé par le collectif. L’auto-tune. Aucune trace dans toute la discographie pourtant pléthorique de J.K. Broadrick, pas plus que dans celle des autres intervenants. Seulement dans The Blood Of Heroes qui s’amuse à précipiter la drum’n’bass et le reste de son amalgame aussi dans le r’n’b. Littéralement. Rythme & Blues à mille lieux de celui de tous les Frank Ocean du monde. Beat et idées noires, pulsation et bleus à l’âme. Quelque chose qui n’est jamais putassier et bien trop revêche pour n’être qu’une tentative pathétique de plaire au plus grand nombre. Non, pas non plus le genre de la maison, ça ! L’auto-tune est ici utilisé parce que ça sonne et qu’il permet d’ajouter une facette supplémentaire à la boule disco dégénérée de The Waking Nightmare. Comment expliquer aussi ces accents post-punk assez inédits (Death Wish, Towers Arise Underground et bien d’autres morceaux) si ce n’est par l’espace de liberté et de créativité que représente cette entité aux personnalités multiples mais au caractère entier. Une fois encore, les réussites sont nombreuses, de Piration en ouverture où le groupe récite ses gammes et reprend les hostilités exactement là où il les avait laissées en 2010 à ce I Love You But I Chose Darkness d’anthologie qui vient clore le disque, un morceau qui voit Blood Of Heroes exposer au grand jour toute sa folie créatrice, montrant en huit minutes à peine tous ses visages, toutes ses muses, toutes ses envies (guitare déglinguée, extraits musicaux et instruments empruntés aux folklores du monde entier, ambient apaisée, martellement aliéné et j’en passe). Entre ces deux bornes, d’autres réussites, d’autres morceaux d’anthologie et rien qui ne soit en-dessous du reste. Franchement corrosif et dans le même temps très attentionné, The Waking Nightmare, au même titre que son illustre aîné, refuse la facilité et refuse surtout de choisir une musique, préférant les choisir toutes.

C’est bien là que se situe la clé du son Blood Of Heroes : des artistes inspirés qui se saisissent de la moindre occasion d’expérimenter autre chose. Alors bien sûr on retrouvera des accents déjà entendus mais tellement d’autres complètement nouveaux qui montrent que le groupe continue sa mue permanente, renforçant ses bases, développant d’autres idées, et qui suffisent à hisser ce nouvel opus au même niveau que le précédent, tout là-haut, bien plus loin que les cimes, là où l’air se fait tellement discret. Ce n’est pas non plus avec celui-ci que le colosse montrera des pieds d’argile. Une sortie attendue qui replace Ohm Resistance, Kurt Gluck et toute sa famille musicale sur le grand échiquier qu’ils n’avaient de toute façon jamais quitté. En sortant coup sur coup trois albums majeurs (on reparlera très vite des brillants Bojanek & Michalowski et Gunshae) qui marquent 2012 et annoncent bien des réussites pour 2013. La créature post-apocalyptique du premier album avait laissé la place à un chaman guerrier pour sa version remixée mais les deux nous tournaient le dos. Cette fois-ci, le Marquis de Sade maya qui orne la pochette nous regarde bien en face et a effectivement tout du cauchemar qui ne s’arrête jamais et nous suit encore bien après que l’on ait quitté les bras de Morphée. La fin du monde n’a peut-être pas eu lieu mais Blood Of Heroes semble avancer que c’est seulement parce que tout est déjà mort depuis bien longtemps et leur musique accompagne la lente agonie de ce qu’il en reste. Nous ne sommes bien sûr pas obligés de partager son pessimisme mais avec un album d’une telle trempe, le collectif nous pousse au moins à considérer ses visions décharnées et à écouter son prêche très convainquant. Il aura fallu attendre la fin de l’année pour que celle-ci décoche l’une de ses flèches les plus assassines.

Que cet album est sombre.

Que cet album est beau.

Exceptionnel.

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mercredi 26 juin 2019


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