Puzzle Muteson - Theatrics

Terry Magson a laissé tomber la tenue d’escrimeur dans laquelle il se présentait au monde en 2011 avec En Garde, disque qui ne nous avait pas laissé insensibles. Aucune mise en joue n’est désormais nécessaire, ce premier opus ayant suffi à faire du Britannique l’un des plus brillants musiciens de cette nouvelle génération.

1. We are, We own
2. In Circles
3. Bells
4. River Women
5. Into & Opened
6. City Teeth
7. By Night
8. Winters Hold
9. Belly
10. True Faith
11. Chair

date de sortie : 29-09-2014 Label : Bedroom Community

Ne plus manier le fleuret ne signifie pas pour autant que Terry Magson a cessé de s’investir pleinement dans la composition, exercice pour lequel il est particulièrement doué. Au contraire, le natif de l’Île de Wight a pris son temps pour accoucher de cet opus riche.

Si l’on retrouve l’essentiel des éléments qui nous avaient charmés sur En Garde, à commencer par la production de Valgeir Sigurðsson (croisé aux côtés de Björk ou Ben Frost), le son de Puzzle Muteson a néanmoins évolué. La voix de Terry Magson est toujours sur le fil, usant d’un vibrato tourmenté pour chanter les démons se mouvant dans sa tête qui l’empêchaient il y a encore peu de temps de trouver le sommeil entre 2 et 6 heures du matin, mais elle se fait moins lyrique. Sans ôter quoi que ce soit de sa personnalité, l’artiste est parvenu à amputer cet aspect de son chant que certains pouvaient considérer comme rédhibitoire quant à l’immersion dans son univers.


Quant à l’aspect instrumental, si l’on trouve toujours Nico Muhly, celui-ci a troqué les arrangements de cordes à base de violons et violoncelles omniprésents sur En Garde pour le piano et l’harmonium. On tient là une preuve évidente de l’ambition et du talent de Puzzle Muteson, capable de sacrifier l’un des principaux éléments (ces cordes frottées, donc) du succès dEn Garde pour lui en substituer d’autres de manière au moins aussi efficace.

Cette non-nécessité d’aller désormais au combat trouve donc un écho dans les compositions du Britannique. Ce dernier ne s’embarrasse pas des attentes d’un quelconque public et se permet de faire évoluer sa musique en atténuant son aspect maniéré sans jamais craindre d’y perdre en personnalité.


Du We Are, We Own initial évoquant (déjà) Sufjan Stevens pour ses arpèges, ce dénuement et cette voix teintée de spleen aux incursions électroniques du Chair final, Puzzle Muteson concocte un disque homogène et cohérent fourmillant néanmoins de détails. Reprenant habilement le True Faith de New Order, invitant des chœurs féminins qui donnent une dimension théâtrale (forcément) à l’ensemble (Belly ou By Night) et s’appuyant sur un songwriting brillant, jamais Terry Magson ne se répète ou n’use de recettes similaires.

Par ailleurs, ce dernier dispose d’un organe vocal évoquant aussi bien le sus-nommé Sufjan Stevens, Markus Acher des Notwist voire même Jón Þór Birgisson pour l’aspect tourmenté et la retenue de façade allant de pair avec une puissance vocale indéniable.


Essai transformé haut la main donc, pour Puzzle Muteson qui, au vu de l’ambition, la qualité et la dimension empathique de ce Theatrics, réussirait presque à faire passer En Garde pour un simple coup d’essai. Lorsque l’on sait que la majorité des artistes n’accouchera jamais d’un disque approchant la moitié de la beauté de ce premier opus, il ne reste plus qu’à savourer la chance qui est la nôtre d’avoir pu croiser, au détour de la profusion de sorties actuelles, la route de celui qui a trouvé au sein du label islandais Bedroom Community le terrain de jeu et les acolytes idéaux pour exprimer et valoriser sa sensibilité.

Chroniques - 07.10.2014 par Elnorton
 


Le streaming du jour #1991 : Puzzle Muteson - 'Swum'

Armé de sa guitare en bois, du vibrato désarmant qu’on lui connaît depuis le magnifique En Garde d’il y a 7 ans déjà et de textures ambient-folk élégiaques qui font du Britannique bien plus qu’un ersatz méconnu de Damien Rice, d’Iron & Wine ou du Sufjan Stevens des débuts, Terry Magson fournit les chansons pour pleurer mais pas la corde pour se (...)




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mardi 23 juillet 2019


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