2014 sans prise de tête - Partie 10

Quelles sont les raisons qui nous font, chaque année, lire et relire les différents tops affolant webzines et presse spécialisée ? Si ces objectifs plus (la volonté de partager de nouveaux disques) ou moins (l’illusion d’être un défricheur) avouables rendent l’exercice de plus en plus raillé, j’y vois essentiellement l’occasion d’ordonner mes découvertes annuelles. Et tant mieux si certains y trouvent ici et là leur compte.

10. Liam Finn The Nihilist

Mon Néo-Zélandais préféré, bien que né à Melbourne, est de retour. Si j’avais trouvé FOMO un poil décevant, son I’ll Be Lightning initial était d’une qualité telle que j’attendais impatiemment le troisième opus du bougre pour évaluer s’il était déjà sur le déclin ou si sa baisse de régime n’était que ponctuelle et inhérente au bien connu phénomène de l’album de la confirmation. Il convient de revenir plusieurs fois vers The Nihilist – c’était d’ailleurs aussi le cas de son premier effort – pour en apprécier toute la subtilité. C’est là tout le paradoxe de Liam Finn : son songwriting a beau lorgner sur une indie pop assez immédiate, il ne dévoile pas pour autant ses charmes d’entrée de jeu. De fait, assez logiquement, l’addiction et l’affection portée à ces titres suit une trajectoire croissante. N’est-ce pas ce que l’on attend d’un talentueux compositeur de pop ?

Mon avis plus complet sur le disque



9. Puzzle Muteson Theatrics

Le Britannique Terry Magson a trouvé en Islande les compères et l’ambiance nécessaires pour s’épanouir sur le plan musical. Désormais basé à Reykjavik, ses compositions sont emplies de l’air insulaire en même temps qu’elles évoquent Sufjan Stevens pour leur délicatesse, les arpèges, la voix teintée de spleen et les habiles incursions électroniques. En 2011, son premier opus intitulé En Garde faisait déjà figure de disque majeur. Theatrics, plus ambitieux encore, le surclasse sans doute.

Mon avis plus complet sur le disque



8. Happyness Weird Little Birthday

">

C’est probablement facile et la comparaison, forcément réductrice, a déjà été employée. Il n’empêche, elle contient une part de vérité suffisante pour qu’on la brandisse à nouveau : imaginez un croisement entre Pavement et Sparklehorse, et l’idée que vous vous ferez de la chose ne sera sans doute pas totalement déconnectée de ce que sont les compositions de Happyness. Résolument lo-fi mais néanmoins classieux, Weird Little Birthday alterne ainsi entre les passages mélancoliques façon It’s A Wonderful Life (la comparaison se suffit à elle-même : inutile donc de préciser qu’ils ont les moyens de leurs ambitions) et ceux plus énergiques à la Brighten The Corners. Le tout sans sonner rétro. Un premier album diablement réussi, donc.

Mon avis plus complet sur le disque



7. Thom Yorke Tomorrow’s Modern Boxes

Certains s’agacent de l’évolution prise par Thom Yorke et Radiohead depuis le début de cette décennie. Ceux-ci trouveront donc avec Tomorrow’s Modern Boxes un parfait objet à vilipender. Et pour cause, cet album constitue la suite logique des pérégrinations solitaires de l’Oxfordien. La première partie du disque fait écho à l’excellent The Eraser tandis que les quatre derniers titres, privilégiant aux chansons la création d’univers sonores où rythmiques martiales côtoient élégamment électronique syncopée et voix déstructurée, évoquent davantage la démarche entreprise sur The King Of Limbs. Rien à jeter sur un disque qui, sans atteindre tout à fait les sommets de la carrière de Thom Yorke, n’en est pas moins intrinsèquement passionnant.

L’avis de Rabbit et le mien, plus complet, sur le disque



6. Michel Cloup Duo Minuit Dans Tes Bras

Aux côtés de Patrice Cartier, l’ex-Diabologum produit un disque percutant. Une batterie, quelques boucles, une guitare et le phrasé du Toulousain aux confins du chant et du spoken word, il n’en faut guère plus au duo pour déployer sur Minuit Dans Tes Bras un univers à la fois introspectif et radical. Contrairement à son prédécesseur, cet album tolère néanmoins ici et là un optimisme évidemment loin d’être béat. Cette nuance le rend dès lors plus humain et abouti.



5. Memory Drawings There Is No Perfect Place

Le disque hivernal de l’année. Joel Hanson, tête pensante du projet, s’est exilé au Maroc entouré de la violoniste Sarah Kemp ainsi que de deux membres de Hood, Richard Adams et Gareth S. Brown, dont la présence se fait plus ponctuelle sur cet opus. Ceux qui auront apprécié Rustic Houses Forlorn Valleys ou Cold House ne seront pas dépaysés : les cordes frottées, les guitares et le piano se marient à merveille. Et lorsqu’une voix profondément humaine, en ce sens qu’elle laisse apparaître de minces imperfections tout en ayant l’accession à la beauté comme quête ultime, se greffe à l’ensemble comme sur The Island Of The Day Before, on n’est décidément pas loin de la perfection ultime.

Mon avis plus complet sur le disque



4. Damien Rice My Favourite Faded Fantasy

Orphelin de Lisa Hannigan partie vers d’autres aventures musicales, Damien Rice met fin à huit ans de mutisme de la plus élégante des façons. Le vide laissé par la chanteuse laisse davantage de place encore au spleen dont il fait étalage sans jamais lasser ni être redondant. Le mariage tout en délicatesse et en authenticité des cordes frottées, du piano et de cette voix d’écorché vif crée une alchimie inimitable.

Mon avis plus complet sur le disque



3. Mac DeMarco Salad Days

Mac DeMarco est un branleur. C’est dit. Pas forcément en des termes très soignés, certes. L’assertion est néanmoins à prendre avec toute l’affection qu’elle peut contenir pour un type capable de créer lui-même sa propre guitare mais pas fichu de l’accorder correctement. Pour un artiste confortablement installé sur le podium de mon année musicale, on ne peut pas dire que j’entame mon propos par une description dithyrambique. En effet. Mac DeMarco agacera nécessairement tous ceux qui n’accrochent pas plus que ça à ses compositions, la faute à des facéties répétées qu’ils jugeront comme étant des artifices visant à cacher la misère. C’est tout l’inverse. Le natif de Duncan n’assume pas son talent et, de fait, a décidé de vivre au second degré et de s’en amuser. La récréation permanente s’interrompt seulement durant l’étape de la composition. Alors, Mac DeMarco devient le génie lo-fi en lequel il ne souhaite pas se reconnaître et affuble ses titres d’un songwriting léché d’une évidence telle qu’il faut sans doute remonter à Elliott Smith pour lui trouver quelqu’un qui le surclasse.

Mon avis sur le disque



2. Owen Pallett In Conflict

Quelle direction pouvait bien emprunter le violoniste canadien après un Heartland aussi mémorable ? Surprendre son monde en effectuant un contre-pied quelconque ? Pas le genre de la maison et je doute d’ailleurs de l’efficacité d’une telle démarche le concernant. Le collaborateur d’Arcade Fire s’est servi de la bonne réception du disque précédent pour s’affranchir des rares barrières qui restaient étendues entre son génie et le reste du monde. Ainsi, et de manière paradoxale, c’est en assumant totalement sa majesté vocale qu’Owen Pallett s’est débarrassé des quelques manières qui pouvaient irriter plus ou moins ponctuellement le chaland. Pas de grandiloquence ici, ne restent plus que les sublimes arrangements symphonico-électroniques plus aériens et libérés encore que par le passé.

Mon avis sur le disque



1. Damon Albarn Everyday Robots

En matière de pop, combien y a-t-il de disques de ce calibre chaque décennie ? Dans un monde parfait (ce qui n’est pas le cas de celui-ci, assurément), Everyday Robots serait unanimement salué comme un de ces albums intemporels dont on se souviendra encore dans un demi-siècle.

Depuis les débuts de Blur, le Londonien a sans doute pris quelques rides (bien dissimulées cependant). Cela va-t-il de pair avec ce que l’on appelle la sagesse ? Quel est l’impact des années sur l’angle avec lequel il pose son regard sur le monde ?

Quoi qu’il en soit, non content d’avoir accouché de sommets ultimes tels que Think Tank (Blur) ou Demon Days (Gorillaz), Damon Albarn nous gratifie d’un nouveau chef-d’œuvre sous une troisième entité. Refrains accrocheurs (Lonely Press Play), constructions labyrinthiques (You & Me, chef-d’œuvre du genre), envolées somptueuses de cordes et cohérence d’ensemble laissent place à une diversité d’une richesse incroyable, allant d’un Mr Tembo très pop et immédiat aux convulsions d’Everyday Robots en passant par les chœurs entêtants de Heavy Seas Of Love. Une œuvre véritablement majeure appelée à faire date, et pas seulement dans l’histoire musicale de cette décennie.

L’avis plus complet de Rabbit sur le disque




Articles - 17.01.2015 par Elnorton

indie rock mag - IRM des musiques actuelles


lundi 16 décembre 2019


àýlaýune



surýlesýplatines


nouveauxýmédias



IRMýXýTP


ligneýdeýmire


selectionýirm


friends