Henry Blacker - Summer Tombs

Summer Tombs affermit l’amalgame stoner-sludge-noise d’Henry Blacker. Toujours plus lourd, toujours plus sale, toujours plus entêtant.

1. Cold Laking
2. Million Acre Fire
3. Shit Magus
4. The Grain
5. Landlubber
6. A Plague
7. Summer Tombs

date de sortie : 27-04-2015 Label : Riot Season

Reprenant exactement les choses là où Hungry Dogs Will Eat Dirty Puddings les avait laissées, Summer Tombs n’est pas qu’une simple redite, il bétonne les fondations et gagne en épaisseur. On y retrouve toujours ce stoner racé qui n’a pourtant jamais vu le désert mais a plutôt grandi au cœur des collines humides du Somerset, ses accents adipeux mais jamais vulgaires et surtout sa maîtrise de l’arrachage. Toujours ces riffs flous et patraques agrafés à une rythmique plombée mais néanmoins véloce, l’ensemble distillant inlassablement la même impression trompeuse : celle d’une grande indolence mêlée de sauvagerie. Toutefois, le trio a cette fois-ci soigné ses atours semble-t-il. Le son en particulier, tout à la fois très lourd et dynamique. C’est en permanence approximatif mais aussi complètement carré. Il reprend exactement les mêmes ingrédients mais éclaircit sa formule : à l’exception des sept minutes du dernier morceau éponyme, le groupe a resserré le propos et travaillé la concision, balançant ses riffs mastodontes le plus vite possible. Un peu comme s’il avait voulu laisser tout l’espace à ce Summer Tombs magistral et final. Sans doute ce qu’Henry Blacker a fait de plus beau et ambitieux, un morceau qui montre que le groupe est bien plus qu’un simple side project récréatif. Il se joue là-dedans des choses autrement plus profondes.

La noirceur et la finesse ne sont pas l’apanage des seuls Hey Colossus (dont font partie les deux tiers d’Henry Blacker, rappelons-le), elles rongent également le trio. Et de la finesse, il en faut pour évoquer si simplement quelque chose d’aussi tire-larme et casse-gueule que le cancer sans tomber dans la tristesse surjouée. En quelques mots, Henry Blacker circonscrit le sujet, montre sa résignation et laisse éclater sa colère, soit exactement ce que l’on ressent quand on est touché de près ou de loin par cette fichue saloperie. « That’s how it starts/in the small of the back/first an ache/then a lingering burn/they found it/it wasn’t benign/it spread so fast/as if by design » et ces « What will we tell the kids/I haven’t the straight for this » criés. Tellement bien vu, tellement bien dit, tellement bien fait. D’autant plus que la musique qui entoure le tout est à l’image du propos qu’elle porte, tour à tour exténuée et bilieuse. Résignée, noire et colérique. Les claviers discrets, la basse nauséeuse et la guitare écorchée tissent une toile cotonneuse qui se resserre aux deux tiers pour filer droit vers le néant après une lente agonie. Du grand art qui met dans le mille et touche infiniment. N’allez pourtant pas croire que le reste ne mérite pas la moindre attention, il n’en est rien.

Moins longs, les autres morceaux déroulent leur stoner profondément anglais et se montrent en permanence jubilatoires : la voix y est pour beaucoup, altérée, distordue, étranglée, elle accompagne parfaitement les riffs tordus et voilés de la guitare (Tim Farthing), la batterie (Roo Farthing) fournit l’ossature sur laquelle la basse (Joe Thompson) s’entortille en contorsions mortifères. Les claviers apportent ce qu’il faut de chair pour que les coups de trique ne soient pas complètement secs. Toujours aussi heavy, le stoner rock d’Henry Blacker se pare d’accents sludge et punk-noise bien dosés qui singularisent la formule. La petite demi-heure passe ainsi bien vite et les morceaux se succèdent sans jamais entamer le sourire qui vient barrer le visage à leur écoute. On pense à un croisement bâtard entre Kyuss et Hey Colossus, un truc pas clair et pas non plus parfaitement délimité, la vibration plombée des premiers venant pervertir le gros grain approximatif des seconds. Cold Laking, Shit Magus, A Plague et tant d’autres bombinettes heavy se fracassent ainsi joliment sur les mornes murs aseptisés du paysage musical actuel. C’est sale, ça dérape, ça pue et surtout, ça vibre. « Fuck’s sake » exactement. Un grand petit disque à l’image du précédent mais sans doute cette fois-ci un poil plus grand. Avec sa superbe pochette en nuances de bleu, il va sans dire que celui-là aussi est un indispensable.

Jubilatoire et chaudement recommandé.


Summer Tombs est disponible en vinyle et en CD (regroupant d’ailleurs les deux albums d’Henry Blacker) chez le toujours alerte Riot Season.

Chroniques - 10.05.2015 par leoluce
 


Henry Blacker

Nouvel album d’Henry Blacker, The Making Of Junior Bonner se montre tout aussi jubilatoire que ses aînés en cachant de très beaux éclats derrière un grain faussement grossier.




indie rock mag - IRM des musiques actuelles


mercredi 19 décembre 2018


àýlaýune



surýlesýplatines


nouveauxýmédias



IRMýXýTP


ligneýdeýmire


selectionýirm


friends