En 2015, IRM a aimé... 10 albums pop/rock/folk

Notre série de sélections thématiques continue et pour celle-ci ça n’est pas seulement le choix des albums qui a posé problème, mais la définition même de "pop" (on en connait un dans l’équipe qui bougonne encore dans son coin). Seul point commun entre les disques finalement retenus : il y a des chansons dedans, dans un format relativement immédiat et sans trop de bruit autour. Et quand bien même, il aura fallu qu’on vous glisse un instrumental en bonus histoire que tout le monde soit content - ou disons plutôt satisfait, ce sera déjà pas mal... chacun ayant dû abandonner quelques favoris dans la bataille en attendant d’éventuels bilans individuels.




Chantal Acda - The Sparkle In Our Flaws




"Deux ans après le touchant Let Your Hands Be My Guide, les ballades de la Néerlandaise ont gagné en évidence mélodique, en densité instrumentale et en reliefs subtils tout en restant fidèles à cette mélancolie gracile qui aborde cette fois les rivages hivernaux d’une relation amoureuse menacée d’érosion. Chantal Acda insuffle dans cette combinaison guitare / chant / violons crève-cœur / chœurs soyeux, déjà en soi bien trop majestueuse pour l’étiquette folk, des couleurs singulières, du crescendo rythmique du fabuleux Homes avec Peter Broderick à la cavalcade païenne des percussions de Still We Guess, en passant par les beats downtempo de Minor Places, la trompette pensive de Niels van Heertum (The Other Way) ou la terrassante vague drone finale du morceau-titre. Autant d’éléments apportant au disque un surplus d’ambivalence dans l’expression de ces complexes émotions, lorsqu’un amour laisse place au doute et à la confusion sans que l’espoir de jours meilleurs n’ait complètement disparu."


(Rabbit)




< avis express >




The Apartments - No Song, No Spell, No Madrigal




"Qu’est-ce qu’un come-back réussi ? Le temps que vous vous plongiez dans le premier titre, superbe, de ce No Song, No Spell, No Madrigal (mon œil ! Il y a les trois), vous aurez oublié la question. Rien n’a changé. Toujours cette mélancolie ("Remember", "used to"...) impressionniste, avec cette pointe d’aquoibonisme qui fait toute la beauté de ce disque de loser magnifique même pas concerné par la lose. De toute façon, tout le monde s’en fout, alors ? Que faire ? Que reste-t-il ? Des chansons, toujours. Huit, toutes belles, certaines constituant même des sommets de l’œuvre de Walsh (Twenty One), dans le même registre chanson raffinée et glad-to-be-sad qu’avant. Tout est là, maintenant ; et notamment cette voix chaude d’ami lointain qu’on aimerait bien réconforter, mais on ne saurait pas comment, et puis pourquoi. Toute cette peine. Toute cette joie. La même chose, en mieux."


(Norman Bates)




< streaming du jour >




Blur - The Magic Whip




"Disons-le tout net : The Magic Whip n’est pas du calibre de Think Tank. Cela dit, un album enregistré en cinq jours sans préméditation aucune pouvait-il égaler un tel chef-d’œuvre ? Une fois ce deuil effectué, il convient de se pencher plus sérieusement sur ce nouvel opus qui ne manque pas de qualités. Ici, le quatuor - Graham Coxon, qui a assuré le mixage, est en effet de retour - a voulu bâtir une trame narrative érigée de telle manière que l’on s’éloigne de plus en plus des territoires connus au fur et à mesure que le disque avance. Ainsi, les trois morceaux introductifs évoquent clairement le dernier opus solo de Damon Albarn (la ballade New World Towers), le Blur de Parklife (Lonesome Street) ou de l’éponyme (Go Out), mais la suite suffira à combler les attentes des fans attendant une évolution musicale. Électronique mais dépouillé, Thought I Was A Spaceman constitue l’un des titres les plus ambitieux de cette nouvelle cargaison, tandis que I Broadcast pourrait être la continuité d’un Crazy Beat. Le diptyque There Are Too Many Of Us/Ghost Ship joue sur l’un des délicieux paradoxes de Blur : faussement simples, ces titres ne sont pour autant pas dénués d’ambition, et une paire d’écoutes devrait suffire à convaincre l’auditeur de leur richesse et particulièrement du travail rythmique. Enfin, sans atteindre tout à fait les cimes du You & Me d’Albarn l’an passé, Mirrorball se pose comme un digne concurrent dans la catégorie des ballades envoûtantes proposées par le fan de Chelsea."


(Elnorton)




< avis express >




Heather Woods Broderick - Glider




Ne vous fiez surtout pas à cette hideuse pochette ! Pas glam pour un sou, la musicienne n’est pas non plus une vieille dame extravagante... plutôt une jeune artiste délicate avec de toute évidence du réel sang de Broderick. Les six ans d’attente après le magnifique From the Ground, passés à écumer les scènes et les studios en compagnie des Horse Feathers, de Loch Lomond et des joyeux danois d’Efterklang, ont semble-t-il servi à étoffer ses productions : les accords de guitare et les rêveries pianistiques de sa folk de chambre, enveloppés d’une voix divinement plus aérienne, côtoient les sommets électriques (Wyoming), les rythmiques aventureuses (l’étonnant Mama Shelter ou le génial A Call For Distance), les harmonies cuivrées... jusqu’à une conclusion majestueuse, un All For A Love où l’on croirait entendre son frère Peter... un final des plus beaux qui nous ferait vraiment croire que tout est amour.


(Riton)






Jenny Hval - Apocalypse, Girl




"La troublante et étrange Jenny Hval a sorti un album de bonne facture cette année, même si c’est vrai qu’on pouvait lui préférer le précédent, plus accessible (le thème du nouveau, fidèle au côté provocateur et hypersexualisé de la chanteuse, est quand même "soft dick rock", soit le "rock de bites molles", un concept pas facile-facile...). Le côté un peu brouillon et difficile d’approche de certains titres qui tirent en longueur pour peu de choses lui interdisent pourtant d’être un album parfait. Mais elle entre définitivement au panthéon des chanteuses scandinaves dont on aime la légère déviance et le timbre si particulier."


(Lloyd_cf)




< le top pop/rock 2015 de Lloyd_cf >




Laura Marling - Short Movie




Laura Marling, jusqu’à cette année, c’était surtout cette jeune prodige un peu posh de la scène folk (ou néo-folk, allez savoir) anglaise, qui sortait avec une régularité de métronome de beaux albums pas toujours très dynamiques mais toujours virtuoses avec un jeu de guitare exemplaire, et qu’on voyait parfois jouer en solo et nous enchanter avec des chansons à la fois simples et mélodiquement relativement complexes (comme cette phrase interminable). Ce qui n’est déjà pas mal. Mais en 2015, avec la sortie de son nouvel album, tout semble à la fois changer et rester identique. Le disque, légèrement plus électrique et direct que le précédent qui faisait la part belle à de longs titres enchaînés et majoritairement acoustiques, est plus concis et plus bavard. Entendez par là que les titres sont plus courts et directs, mais que les textes et le ton sont plus marquants. L’influence (évidente) de Bob Dylan dans l’écriture n’est plus nébuleuse, mais devient un fait. Laura s’affirme. Son phrasé devient unique et reconnaissable entre mille (à ce titre, Strange est imparable). L’affiliation de son jeu de guitare aux pointures du rock (on pense immédiatement au Jimmy Page acoustique des titres folk de Led Zep) devient plus évidente, moins timide, plus assumée et fait la réussite de titres comme False Hope ou I Feel Your Love (Director’s Cut). On se surprend même à trouver des similitudes entre un riff bien connu de Dire Straits et Gurdjieff’s Daughter (mais c’est plus subliminal). Plus ouvert sur le monde, moins autiste (il y a quand même un titre nommé Worship Me sur le disque), plus rock (et encore plus avec les titres supplémentaires du Director’s Cut), Short Movie est bel et bien le meilleur album de Laura à ce jour, le plus accompli, et le plus accessible.


(Lloyd_cf)






Jim O’Rourke - Simple Songs




"Avec leur songriting frontal mais pas simpliste pour autant, leurs riffs de guitares à l’ancienne et leurs incursions intimistes soulignées d’arrangements alt-country (These Hands, métaphore de nos illusions de contrôle dont les chœurs évoquent discrètement ELO ; la ballade End Of The Road entre introspection dépouillée et pics d’intensité orchestrés), ces huit titres rendent ses lettres de noblesse depuis longtemps perdues à un classic rock taillé dans l’americana et la pop psyché d’outre-Atlantique les plus mélangeuses des 60s/70s, de Nilsson à The Band, au diapason d’un timbre de voix vieillissant aux intonations parfois presque dylaniennes. Un futur classique, qui gratte certes dans le fond des vieux pots mais les accommode à sa sauce, cette fois moins alambiquée que superbement étoffée."


(Rabbit)


< streaming du jour >




Other Lives - Rituals




Après deux albums remarqués pour leur intensité baroque et finement arrangée à la croisée de l’économie de moyens d’un The National au top de son inspiration et des fleurons de la chamber folk moderne tels que Midlake ou Bowerbirds, le trio de barbus de Stillwater, Oklahoma s’est affranchi pour de bon de l’étiquette indie rock au point de se mettre une bonne poignée de fans à dos avec ce Rituals élégiaque porté par une production subtile aux confins de l’électronique et du post-rock. Qu’importe, le temps donnera raison à ce chef-d’œuvre de pop impressionniste aux épopées plus feutrées dont l’ensemble dépasse largement la somme des parties, rivalisant de lyrisme aérien et de grâce saisie dans le givre avec les plus belles réalisations d’Efterklang et de Sigur Rós. Mélodies mouvantes et vocalises acrobatiques se mêlent sans jamais verser dans le trop-plein aux rythmiques païennes et aux orchestrations et chœurs majestueux, cordes, piano, synthés et cuivres étayant la dynamique répétitive façon Philip Glass ou Steve Reich des beats et percussions pour générer un souffle cinématographique assez irrésistible, qui n’a jamais besoin d’éclater véritablement pour nous emporter dans ses élans d’émotion séraphique.


(Rabbit)






The White Birch - The Weight of Spring




"Dix ans après Come Up For Air, les Norvégiens de The White Birch sont de retour et, au lieu de trois Scandinaves (ils étaient même quatre jusqu’en 2000), il n’y en a plus qu’un seul aux manettes du projet. Un piano délicat, une voix qui hésite entre la volonté de s’affirmer et la peur de déranger si bien qu’elle intervient fréquemment en susurrant, la présence rarissime de percussions et, ici et là, quelques accords de guitare : la recette n’évolue pas beaucoup au cours du disque. Mais ne sont-ce pas la fraîcheur des ingrédients et le savoir-faire du cuisinier qui assurent la qualité du plat ? En ce sens, les spectres de Sophia et Mark Hollis planent sur The Weight of Spring, disque homogène qui ne cherche pas à attirer le chaland par de quelconques tours de passe-passe. La fragilité et la délicatesse de l’ensemble pourront nécessiter quelques écoutes pour que l’auditeur se les approprie."


(Elnorton)




< chronique >




Chelsea Wolfe - Abyss




A l’exception de ses Acoustic Songs néanmoins bien fantomatiques de 2012, on aurait du mal à qualifier de pop l’univers torturé de la pythie californienne sans tiquer. Déjà aux frontières de l’indus et de la noise sur ses deux premiers disques aux invocations goth volontiers eschatologiques, le fabuleux Pain Is Beauty ne nous aura pas bien longtemps trompés avec sa dark wave nimbée d’arrangements plus lyriques et de nappes synthétiques éthérées. Dès le martial et saturé Carrion Flowers, le bien-nommé Abyss rétablit en effet la balance en convoquant de nouveau les tourments atones et hantés des débuts dans une veine moins lo-fi aux murs de guitare imposants. Entre deux progressions doomesques, l’héritage de l’opus précédent a néanmoins fait son chemin et ces couplets acoustiques susurrés çà et là comme autant d’éclaircies (Iron Moon, Maw, Crazy Love) expliquent certainement la présence ici, plus ou moins par défaut, d’un album non dénué d’émotion immédiate sous ses atours fondamentalement misanthropes de bande-son pour avènement des harpies de l’Apocalypse.


(Rabbit)






Bonus : Daniel Bachman - River




"Le primitiviste ricain s’était ouvert à un lyrisme légèrement plus démonstratif à la mesure de son jeu de guitare magique à 25 doigts sur Seven Pines et Oh Be Joyful en 2012. Reprenant Jack Rose (Levee) et le bluesman afro-américain William Moore (Old Country Rock), l’ex Sacred Harp ne change pas de direction sur River mais continue de creuser brillamment son sillon, avec une maîtrise de plus en plus poussée de l’instrument qui lui permet d’ouvrir ce nouvel opus sur près de 15 minutes épiques partagées entre ferveur mélodique et harmonies de mauvais augure, picking limpide en flux tendu et riffs steel lancinants. La branche qui nous est tendue par cet inconnu sur la rive, guitare en bandoulière et sourire austère mais sincère, a les allures d’une seconde chance qui donnera au moindre brin d’herbe un éclat neuf et sans équivalent. C’est là tout l’enchantement de ce grand album hors du temps."


(Rabbit)


< streaming du jour >



indie rock mag - IRM des musiques actuelles


mercredi 16 octobre 2019


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