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Entretiens à Twin Peaks : #7 - Wizards Tell Lies & Isobel Ccircle - Interviews | Indie Rock Mag

Entretiens à Twin Peaks : #7 - Wizards Tell Lies & Isobel Ccircle

Retrouvez chaque semaine dans nos pages les interviews des contributeurs à la future compil’ Twin Peaks d’IRM. Une interview croisée aujourd’hui, avec deux morceaux à la clé puisqu’en plus de participer en solo avec son projet kraut/électro/post-rock occulte Wizards Tell Lies aux avatars animaliers, l’Anglais Matthew Bower a retrouvé sa collaboratrice d’Isobel Ccircle (dont on parlait tout récemment ici), l’Américaine April Larson, pour l’un de ces bijoux de dark ambient déliquescent et habité dont ils ont le secret.

Tous deux admirateurs de Lynch et Twin Peaks addicts de la première heure, on sent la passion lorsqu’ils nous parlent de l’utilisation du son dans la série, de leurs personnages préférés ou encore des scènes qui les ont marqués, et inspirés pour ce projet.


L’interview



IRM : Comment résumeriez-vous votre rapport à Twin Peaks ? A l’univers de Lynch en général ?

April Larson : La série a été diffusée pour la première fois quand j’avais cinq ou six ans, alors quand mes parents l’ont regardée, je n’avais pas vraiment idée de ce qui se passait, sauf que Laura était morte et puis j’aimais Kyle MacLachlan parce qu’il était dans Dune. Ma mère est une grande fan de films d’horreur et j’avais vu Elephant Man, Dune, Eraserhead, et finalement Lost Highway, qui reste l’un des films les plus glauques de tous les temps avec une bande-son phénoménale. J’ai toujours aimé l’idée des doppelgangers et la Bizarrerie dans l’horreur et Lynch est assez bon pour ça, et ses bandes-son sont toujours remarquables.

Matthew Bower : J’ai vu Twin Peaks dans les années 90 et ça m’a immédiatement attiré. La première saison est stupéfiante. Les personnages, le décor, la nature apparemment insoluble de l’intrigue s’additionnaient pour donner quelque chose de vraiment unique. Lynch lui-même a eu une énorme influence sur ma vie d’artiste. Il y a beaucoup de choses que je pourrais mentionner ici - les animations, le visionnage dElephant Man et dEraserhead (sans doute grâce à Channel 4), l’art etc. Mais, pour moi, le son de ses films surtout est incroyablement attrayant - des BOs fabuleuses jusqu’au sound design. Le moment derrière le restaurant Winkie’s Diner dans Mulholland Drive en est un exemple incroyable. La façon dont le son est utilisé pour dépeindre la peur est phénoménalement efficace. Les lapins dans Inland Empire ont cette qualité magnétique qui, en grande partie, est due au son. Et puis il y a le bruit des arbres dans Twin Peaks - la façon dont ces plans étaient utilisés tout au long de la série, presque comme des virgules. J’ai toujours senti que les arbres agissaient presque comme des commentateurs sur les événements de la ville, mais que personne ne les écoutait.

Votre personnage préféré dans la série ?

Matt : L’un des talents exceptionnels de Lynch est la caractérisation et son casting est de premier ordre, tous les acteurs sont parfaits dans ces rôles. Je doute que quelqu’un ait vu quoi que ce soit qui ressemble aux personnages de Twin Peaks dans une série télé auparavant. Il y a tellement de personnages fantastiques dans cette série qu’il est vraiment difficile de choisir. Tout le monde adore Dale Cooper ceci dit. Leland Palmer est phénoménal aussi. Ce sont deux pôles opposés, mais ils occupent un "autre" espace similaire. Pete Martell est également un favori.
J’aime vraiment Fire Walk With Me aussi, surtout la première moitié. L’agent Desmond est un personnage fascinant et brillamment interprété par Chris Isaak. Ce serait bien de savoir ce qui lui est arrivé. A moins qu’il ne s’agisse de l’identité de Cooper dans ses rêves. Qui sait ?

April : Cooper. Il était l’un de ces misfits qui peuplent les films de Lynch, mais MacLachlan a un attrait naturel qui pique l’intérêt d’une jeune fille. (Lynch a un bon instinct de casting pour ça - voir aussi Laura Harring dans Mulholland Drive, ou Patricia Arquette dans Lost Highway.)

Une scène qui vous a particulièrement touché... ou fait flipper ?

April : Les plus évidentes : la scène finale, quand le reflet dans le miroir est Bob, reste dans la mémoire. Les scènes de la Black Lodge. Et puis j’étais si jeune que voir la réaction au cadavre de Laura, plus que le cadavre lui-même, était troublant.



Matt : Sans aucun doute, les premières 14 minutes et demie de l’épisode pilote constituent l’un des plus grands moments de télévision jamais tournés. C’est tellement émouvant, le sérieux et la gravité avec lesquels est traitée la mort d’une jeune femme dans une petite communauté soudée, tout est parfait à la note près. Ce moment à 14 minutes et des poussières quand Leland dit, "Ma fille est morte" est absolument déchirant.

Vous avez enregistré deux morceaux pour notre future compilation Twin Peaks, l’un signé Wizards Tell Lies, projet solo de Matthew, et l’autre en collaboration en tant qu’Isobel Ccircle. Quel aspect de la série vous a inspiré ? Des anecdotes ?

Matt : Le morceau de Wizards Tell Lies était une tentative d’entremêler mon amour pour ces arbres dans Twin Peaks avec l’obscurité et l’occultisme de la Black Lodge, tout en me référant très librement à la piste Pink Room de la BO de Fire Walk With Me.
Le morceau d’Isobel Ccircle, April et moi y avons travaillé pendant un moment. April a parfaitement capté l’humeur onirique de la série en trois morceaux qu’elle m’a envoyés, et nous l’avons construit à partir de là, vraiment. J’ai constamment gardé à l’esprit ces 14 premières minutes du pilote pendant l’enregistrement, les utilisant comme trame pour le morceau. L’Homme Venu d’Ailleurs, BOB, les arbres, le moulin, la rivière, le corps enveloppé dans du plastique... tout est là. Quelque part.

April : Nous avons utilisé des aspects de Dance of the Dream Man, qui a toujours été l’un de nos morceaux favoris, et du thème de Laura Palmer, qui est tellement reconnaissable, mais nous avons souhaité y ajouter notre propre interprétation. L’atmosphère onirique de la série a servi de principale inspiration.

Vous avez eu vent de quelques-uns des musiciens impliqués dans ce projet. Duquel êtes-vous les plus curieux d’entendre la contribution ?

April : Moss Covered Technology.

Matt : Aidan Baker est toujours génial et je suis aussi impatient, comme April, d’entendre le morceau de Moss Covered Technology.

Un album vers lequel vous revenez quand il vous faut votre dose de Garmonbozia ?

Matt : Douleur : Slayer, Christ Illusion.
Peine : Lisa Gerrard, Sanvean (I Am Your Shadow) ou Max Richter, On The Nature of Daylight.

April : Liquid, par Recoil.

En 2016 Isobel Ccircle a sorti deux albums, The House in Harbour Park et Lullaby of the Drowned. Quelques mots à leur propos ? D’autres projets sur les rails ?

April : The House in Harbour Park a été construite peu à peu dans mes rêves au fil des ans, et je pense que l’album reflète cela ; pas vraiment un lieu cauchemardesque, mais certainement pas un endroit où vous voudriez vous trouver après la tombée de la nuit. Lullaby of the Drowned a été influencé par les phares abandonnés et autres fantômes naufragés ; je pense qu’être perdu en mer et y mourir doit être à la fois immensément isolant et un peu comme retourner chez soi, au sens évolutionnaire. Nous sommes actuellement au début d’un nouveau chapitre dans l’univers de The House in Harbour Park.

Matt : Nous changeons en quelque sorte de géographie à chaque album que nous faisons, inventons des histoires et des mythologies qui "collent" avec l’histoire d’Isobel et comment "elle" est connectée à ces endroits - Fluttercage se déroulait dans une forêt, Asterism portait sur l’espace - Lullaby of the Drowned se passe dans un phare hanté par les marins et les bateaux perdus aux alentours. Quant à The House in Harbour Park, il se tient dans cette étrange maison qui est une accumulation des récits qu’April a écrit pendant des années dans ses journaux intimes de rêves. Un lieu déplaisant mais fascinant. Comme April l’a dit, nous allons revisiter Harbour House très bientôt.




Wizards Tell Lies sur Bandcamp / Facebook / Soundcloud


April Larson sur Bandcamp / Soundcloud


Isobel Ccircle sur Bandcamp / Soundcloud



Original english version



IRM : How would you describe your relationship with Twin Peaks ? With the work/world of David Lynch in general ?

April Larson : It first aired when I was five or six years old, so when my parents watched it, I didn’t have much of an idea what was going on, except Laura was dead and I liked Kyle MacLachlan because he was in Dune. My mother is a big horror buff and I’d seen The Elephant Man, Dune, Eraserhead, and eventually Lost Highway, which remains one of the creepiest movies ever with a phenomenal soundtrack. I’ve always loved the idea of doppelgangers and the Weird in horror and Lynch is quite good for that, and his soundtracks are always remarkable.

Matthew Bower : I saw Twin Peaks in the 90s and it instantly appealed to me. The first season is astonishing. The characters, the setting, the seemingly unsolvable nature of the plot all added up to something truly unique. Lynch himself has had a huge influence on my creative life. There’s a lot I could mention here - the animations, seeing The Elephant Man and Eraserhead (no doubt thanks to Channel 4), the art etc. But, for me, the ’sound’ of his films is incredibly attractive - from the incredible soundtracks to the sound design. The moment behind Winkie’s Diner in Mulholland Drive is an incredible example of this. The way sound is used to depict dread is phenomenally effective. The Rabbits in Inland Empire have this mesmeric quality which, in no small part, is due to the sound. Then there’s the pure sound of the trees in Twin Peaks - the way those shots were used throughout the series, almost acting as commas. I always felt that the trees were almost acting as commentators on the town’s events but no one was listening.

Your favorite character in the series ?

Matt : One of the things Lynch is exceptionally good at is characterisation and his casting is top notch, those actors are perfect in those roles. I doubt anyone had seen anything like the characters in Twin Peaks in a TV series before. There’s so many fantastic people in that series it’s really difficult to pick. Everyone loves Dale Cooper though. Leland Palmer is phenomenal too. They are polar opposites but occupy a similar ’other’ place. Pete Martell is a favourite too.
I really like Fire Walk With Me too, especially the first half. Agent Desmond is a fascinating character and brilliantly played by Chris Isaak. Be good to know what happened to him. Or is he just Cooper’s dream identity. Who knows ?

April : Cooper. He was that misfit sort of character that populates Lynch films, but MacLachlan has a natural allure that piques a girl’s interest. (Lynch has a good casting instinct for this - see also Laura Harring in Mulholland Drive, or Patricia Arquette in Lost Highway.)

A scene that particularly moved - or scared - you ?

April : The obvious ones : the final scene, when the reflection in the mirror is Bob, sticks in one’s memories. The scenes in the Black Lodge. I was so young that seeing the reaction to Laura’s corpse, more than the corpse itself, was unnerving.

Matt : Without doubt, the first 14 and a half minutes of the pilot episode is some of the greatest TV ever made. It is so moving, the very seriousness and gravity with how the death of a young woman in a small, close community is dealt with is note perfect. That moment about 14 and a bit minutes in where Leland says, "My daughter is dead" is utterly heartbreaking.

You recorded two pieces for our forthcoming Twin Peaks compilation, a solo track from Matthew’s project Wizards Tell Lies and a collaborative track as Isobel Ccircle. What aspect of the series inspired you ? Any anecdote about that ?

Matt : The Wizards Tell Lies track was an attempt to mesh my love of those Twin Peaks trees with the darkness and occult of The Black Lodge while very loosely referencing The Pink Room track from Fire Walk With Me.
The Isobel Ccircle track April and I had been working on for a while. April caught the dreamlike mood of the show perfectly in three pieces she sent to me, and we built it out from there really. I constantly kept that opening 14 minutes of the pilot in my mind while recording, using that as the track’s narrative. The Man From Another Place, BOB, the trees, the mill, the river, the body wrapped in plastic... it’s all in there. Somewhere.

April : We used aspects of Dance of the Dream Man, which was always a favorite, and Laura Palmer’s Theme, which is so recognizable but we wanted to put our own interpretation into it. The dreamlike atmosphere of the series was the main inspiration.

You heard about some of the musicians involved in this project. Which one are you the most curious to hear the contribution from ?

April : Moss Covered Technology.

Matt : Aidan Baker is always great and I’m also keen, as April is, to hear Moss Covered Technology’s track.

An album you often listen to when you need all your Garmonbozia ?

Matt : Pain : Slayer, Christ Illusion.
Sorrow : Lisa Gerrard, Sanvean (I Am Your Shadow) or Max Richter, On The Nature of Daylight.

April : Liquid, by Recoil.

In 2016 Isobel Ccircle released two albums, The House in Harbour Park and Lullaby of the Drowned. A few words about those ? Some other projects on the way ?

April : The House in Harbour Park was built up bit by bit in dreams over the years, and I think the album reflects that ; not quite a nightmare place, but definitely not somewhere you want to be after dark. Lullaby of the Drowned was influenced by derelict lighthouses and shipwrecked ghosts ; I think to be lost and die at sea would be both immensely isolating and like coming home, in an evolutionary sense. There are the beginnings of another chapter in The House in Harbour Park stirring.

Matt : We sort of shift geographies with each album we make, making up stories and mythologies that ’fit’ into Isobel’s story and how ’she’ is connected to these places - Fluttercage was set in a forest, Asterism was about space - Lullaby of the Drowned was set in a lighthouse haunted by the people and the vessels that had been lost near there. The House in Harbour Park was set in this uncanny house that was the accumulation of a narrative drawn from dream journals that April has been writing for years. An unpleasant but fascinating place. As April has said, Harbour House is due for a revisit soon.




Un grand merci à April Larson et Matt Bower. Leurs morceaux intitulés Laura’s Corpse (Isobel Ccircle) et Sycamore Swing/Black Lodge Stomp (Wizards Tell Lies) verront le jour (mais pas trop la lumière, quand même) sur notre compilation Twin Peaks au printemps prochain.


Interviews - 15.12.2016 par RabbitInYourHeadlights
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