Sløtface - Try Not to Freak Out

Formé en 2013, le combo norvégien Sløtface propose avec Try Not to Freak Out son premier album après quelques EPs, de Slutface quelques mois après la fondation du groupe à Empire Records en novembre 2016. Après s’être fait remarquer lors de lives exaltés, c’est donc le premier véritable test pour la formation défendue par Propeller Recordings.

1. Magazine
2. Galaxies
3. Pitted Voir la vidéo Sløtface - Pitted
4. Sun Bleached
5. Pools
6. Night Guilt
7. Try
8. Nancy Drew Voir la vidéo Sløtface - Nancy Drew
9. Slumber
10. It’s Coming to a Point
11. Backyard

date de sortie : 15-09-2017 Label : Propeller Recordings

Provocateurs, les Scandinaves proposent une musique rageuse ancrée dans les nineties. Ainsi, Hole et les Breeders apparaissent comme des influences majeures pour le quatuor mené par une Haley Shea que l’on imagine également bercée par l’énergie de Shirley Manson tant un rapprochement pourrait être fait avec la chanteuse de Garbage, sur le fond plus que sur la forme, pour ce charisme et cette capacité à fédérer autour d’elles l’énergie et la testostérone de leurs compères.

Les musiciens sont actifs sur le plan politique ("Avec Trump dans la place, il est très important d’être encore plus revendicatifs sur les droits des femmes car nous ne voulons pas faire un pas en arrière") et écologique à l’instar du clip du single Sponge State, paru sur un EP précédent, qui voyait le groupe faire le buzz au Førde Fjord, soutenant alors de jeunes activistes qui luttaient contre Nordic Mining, firme controversée pour déverser des tonnes de déchets chimiques dans ledit fjord.

Au-delà de cet engagement, la formation basée à Stavanger n’en est pas moins capable de nuances, en témoigne la modification de son nom initial Slutface en Sløtface. La différence est ténue, la prononciation est restée la même, mais malgré son goût pour la provocation, le quatuor est trop malin pour risquer de se brûler les ailes avec des détails qu’il parvient habilement à contourner.

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Cette ruse trouve un écho sur le plan musical. Directes, les compositions de Sløtface résonnent comme un adieu à l’adolescence qui prend forme sur des refrains accrocheurs. Cette énergie parfois sans concession opère sur la première partie du disque. Magazine et son riff électrique rappellent les Smashing Pumpkins de Gish, tandis que Pitted sonne comme un tube mid-nineties en puissance fortement référencé.

Pourtant, cet ancrage tend à diminuer dans la seconde partie du disque. Certains titres restent enlevés comme le sommet Nancy Drew, hymne de campus potentiel aux faux-airs de Courtney Barnett, mais c’est alors une tendance plus positive et mesurée qui apparaît sur un Night Guilt dont la caisse claire et le synthétisme rappellent Camp Claude pour atteindre son paroxysme sur un Slumber emphatique qui évoque, les chœurs masculins se lovant autour de la voix de Haley Shea, le Arcade Fire des débuts. C’est dire si l’on s’éloigne de la rage des nineties.



Il est presque frustrant que le disque ne s’achève pas sur ce titre, qui aurait parfaitement clôt ce volet de l’histoire de Sløtface, plutôt que d’enchaîner avec un Backyard renouant avec les atmosphères rencontrées au début de Try Not to Freak Out. Rien de rédhibitoire, mais cette petite faute de goût témoigne de l’insouciance d’un combo que l’on sent suffisamment brillant pour, dès qu’il aura gommé les quelques relents de naïveté encore présents, réussir des albums passionnants, mêlant cette rage adulescente à une aisance mélodique qui ne fera, n’en doutons pas, que s’étoffer. Pour autant, Try Not to Freak Out n’est pas qu’un disque annonciateur de lendemains palpitants. Il est un formidable recueil de tourments post-pubères, et la cure de jouvence qu’il procure suffit à en justifier l’écoute répétée.


Chroniques - 08.11.2017 par Elnorton
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