Top albums - mars 2018

"I heard it through the scrapyard"... tel pourrait être le credo de ce premier bilan printanier, tant des field reports habités de l’Anglais James Reindeer aux collages barrés de récups en tous genres orchestrés par les Two Left Ears en passant par la nonchalante énergie brute et déglinguée des Breeders ou le hip-hop narco des bas-fonds de Bisk, cette sélection mensuelle aussi courte qu’essentielle fleure bon le DIY tout-terrain.




Nos albums du mois





1. Reindeer - Field Reports From The Western Lands

Vénéneux, suintant par tous les pores d’une mélancolie acerbe chevillée à une bonne grosse dose de colère, Field Reports From The Western Lands replace immédiatement James Reindeer au centre de l’échiquier qu’il n’avait de toute façon jamais vraiment quitté depuis la fin de Decorative Stamp en 2013. Son flow toujours singulier, tout à la fois chirurgical et malléable, à la scansion transparente et travaillée par les émotions qui le taraudent au plus profond épouse parfaitement un parterre de productions venimeuses où s’entrechoquent boucles angoissées, guitare élégante, basse arachnéenne (les deux tenues par Nimrod), field recordings et samples énigmatiques. Les seize morceaux sont autant de vignettes saisissantes qui construisent un paysage désolé derrière les yeux : très minéral, très urbain aussi, chargé d’une tension permanente qui ne se contente pas d’habiller le disque en se diffusant à l’extérieur, Field Reports From The Western Lands a tôt fait de remodeler tout ce qui l’entoure une fois expulsé des enceintes. À quelques encablures des expérimentations captivantes d’Iron Filings And Sellotape, tout près aussi des enluminures spleeniques de lmntl819 & Reindeer, ce nouveau disque de Reindeer tient autant du manifeste politique que du carnet de bord - sans fard et n’épargnant rien, pas même lui-même - sans se montrer le moins du monde impudique. On a souvent l’impression de rentrer dans la psyché de son auteur et celle-ci a beau se montrer renfrognée, froide et tourmentée, rien à faire, on s’y sent irrémédiablement bien. Sans doute parce qu’elle ressemble fortement à la nôtre. Un grand disque dont on sait qu’il nous accompagnera longtemps.

(leoluce)




2. The Breeders - All Nerve

"En octobre 2017, Wait In The Car sortait pour nous faire patienter durant les 6 mois qui restaient avant l’arrivée du long format. Ce fut également l’occasion de nous rassurer : le quatuor était bel et bien là, et n’avait rien perdu de sa superbe d’antan ! Guitares acérées et voix rocailleuse mènent, tambours battants, les 2 minutes de ce titre de bel augure pour la suite. Ce son brut constitue d’ailleurs la marque de fabrique du groupe, accompagné par leur producteur de toujours, Steve Albini. Pourtant, The Breeders ne sont pas du genre à se contenter de linéarité, quitte à surprendre (on se souvient du fabuleux Drivin’ On 9 aux forts accents country). C’est donc avec brio que le groupe se renouvelle. Parfois, le rythme s’apaise et le chant se pose, comme All Nerve à la nostalgie teintée d’espoir, mais rapidement désillusionné par les guitares dissonantes de MetaGoth, et il ne faut pas compter sur un Spacewoman à la production subtile et ravageuse pour remonter le moral des troupes.
Ce renouvellement permanent, donc, se retrouve également en ce que le groupe n’a pas chercher à faire un Last Splash bis - qui n’aurait de toute façon pas eu la même magie. Alors évidemment, chaque note de cet album est estampillée "Breeders" tant le groupe s’est créé un son particulier, tellement identifiable mais c’est justement là où l’histoire devient belle : presque 30 ans après, les quatre musiciens ont conservé cette symbiose leur permettant de produire, à nouveau, un très grand disque. Car avec All Nerve, The Breeders confirment un peu plus leur statut de figure incontournable et intemporelle du rock alternatif."

< lire la suite >

(Spydermonkey)




3. Two Left Ears - Mélodies Bourgeons/Fourrure Musique (& Tuning Tambours)

"Six ans déjà depuis le génialement post-moderne *divAAAtion* dont les abstractions syncopées s’attaquaient à l’héritage du classique contemporain, et voilà Mathieu Adamski de retour aux manettes de notre projet électro français favori. Fort de ses parenthèses en tant qu’Extra Pekoe ou à la tête du quintette polyrythmique aux humeurs plus dark The Barfly Drummers, le bidouilleur parisien et son compère contrebassiste Mathieu Deprez synthétisent le meilleur des serpentins glitch organiques d’un Lazy Trace qui n’a pas pris une ride et des influences musicales des trois projets sus-mentionnés : les samples orchestraux baroques de *divAAAtion* viennent ainsi interférer avec les distorsions et les pulsations décadrées du stellaire A Bunch Of Mermaids On Mustangs tandis que l’inimitable Mike Ladd entendu sur le Air Balloons Also Rise d’Extra Pekoe invite son flow insidieux sur le déliquescent Rio Ragoût [They !They !?!] aux syncopations percussives et fantomatiques dignes du meilleur de Flying Lotus et sur le plus funky mais tout aussi barré Fingers On Synth Bouncing Like Fools With The Madness Sprawled On The Couch Behind. Entre-temps, le single Cul-De-Jatte Ballerine explore le groove à danser sur la tête d’une wonky aquatique et vaguement jazzy faite de bric et de broc, tandis que les concassages rythmiques rétro-futuristes et abrasifs du bien-nommé Noisy (Talky) Jacquie font le lien entre les fantasmagories martiales des Barfly Drummers et l’influence hip-hop d’Extra Pekoe sur fond de triturages vocaux hypnotiques et planants, pour se liquéfier dans l’éther d’une seconde partie étonnamment mélancolique. Toujours défendu par l’excellent Laybell, Mélodies Bourgeons/Fourrure Musique (& Tuning Tambours) est en somme un nouvel ovni à la mesure de son titre : surréaliste et collagiste, agité du bocal et pourtant physiquement stimulant, tel un chaînon manquant entre deux des formations les plus regrettées des années 2000, Depth Affect et The Books."

< lire la suite >

(Rabbit)




4. Bisk - AURAL FM

Dernière sortie en date pour Bisk, AURAL FM signe l’avènement de l’emcee/producteur londonien comme la valeur montante du hip-hop rosbeef inventif et précurseur ! Actif depuis le milieu des années 2010 au sein des Swamp Harbor puis en solo, Bisk vient de lâcher 5 albums en 3 mois, rien que ça et pourtant que du bon : le contemplatif SAUCEMONEY, le crasseux Gutter City, le plus détendu Rawson’s Creek et enfin 2 claques en mars : le boueux AURAL FM donc et le plus soul (mais tout est relatif) NEVAFINKANYFING. Une folie créatrice qui ne va pas s’arrêter là puisque affilié à l’excellent label Blah Records, Bisk est aussi présent sur la Part Deux : Brick Pelican Posse Crew Gang Syndicate des Cult Of The Damned (anciennement Children Of The Damned), le crew de dingues dont on reparlera fatalement le mois prochain. Pour faire simple, Bisk c’est un peu le chaînon manquant entre Cracker Jon et Lee Scott, une dextérité verbale au venin corrosif plein de cool stellaire et de rudesse urbaine. Les 10 pistes dAURAL FM vont dans ce sens, aliénation droguée pour SETTINGS et SKUM, folie lente bad-trippée pour GAME, SLIPPIN’ PT. 2 et YOSHI, mais aussi froideur bitumineuse pour GOOSE et VANILLA et puis au milieu de tout ça il y a la bombe atomique tirant vers le grime trappisant qu’est SKET et l’énorme eskibeat sur REDRUM avec l’excellent Stinkin Slumrok en featuring ami. Un album fait de fantasmagorie urbaine et narcotique, avec un son et un style uniques fabriqués par Dan Oddysee, Drae Da Skimask, Kiyani et surtout Sam Zircon, qui, au même titre que Bisk, est lui aussi à suivre de près pour qui pense que le futur du hip-hop se dessine actuellement en Angleterre !

(Spoutnik)




5. Anna Von Hausswolf - Dead Magic

Faisons fi de nos envies de printemps et plongeons la tête dans un bain froid, opaque et tortueux dont, à l’image rougie de cette jeune femme brune décomposée et recouverte d’un triste linceul rappelant quelque peu une Laura Palmer sortie des eaux, on ne peut ressortir que transformé. Cette cinquième cérémonie mystique et sépulcrale (précédée d’une énorme tournée en compagnie des Swans, qui semble avoir eu un impact non négligeable en terme de puissance et d’intensité) orchestrée par le génial Randall Dunn et une poignée de bons musiciens (Úlfur Hansson et son travail sur les cordes en tête) dépeint la décrépitude du beau et la beauté de la décrépitude dans un amas vertigineux d’émotions : l’effroi, le frisson, la jouissance... On repassera pour le chant des oiseaux et l’arrivée du soleil. C’est seul, prostré dans le noir silencieux, que s’écoute ce chef-d’œuvre.


(Riton)


La playlist IRM des albums de mars



La playlist IRM s’agrandit ce mois-ci avec 20 titres ! Et une seule petite entorse à la nouveauté, le superbe Odi Et Amo du regretté Jóhann Jóhannsson présent sur la réédition posthume Englabörn & Variations sortie, donc, en mars dernier.




Les tops 5 des rédacteurs



- leoluce :

1. Hot Snakes - Jericho Sirens
2. The Ex - 27 Passports
3. Coilguns - Millennials
4. Reindeer - Field Reports From The Western Lands
5. Bras Mort - Give Her This, She Takes That

- Lloyd_cf :

1. Anna Von Hausswolf - Dead Magic
2. The Breeders - All Nerve
3. Menes The Pharaoh & Kabuki Ninja Lofi - Present Pharaobi Ghouzi : Keepers of the Lofi Dojo
4. Lucy Dacus - Historian
5. Gwenno - Le Kov

- Rabbit :

1. Two Left Ears - Mélodies Bourgeons/Fourrure Musique (& Tuning Tambours)
2. Bonzo Speechless & Damien - Aberration
3. Cut Chemist - Die Cut
4. Reindeer - Field Reports From The Western Lands
5. Plaster - Transition

- Riton :

1. Reindeer - Field Reports From The Western Lands
2. Two Left Ears - Mélodies Bourgeons/Fourrure Musique (& Tuning Tambours)
3. Mount Eerie - Now Only
4. Bisk - AURAL FM
5. Anna Von Hausswolf - Dead Magic

- Spoutnik :

1. Reindeer - Field Reports From The Western Lands
2. Bisk - AURAL FM / NEVAFINKANYFING
3. Boxguts & Jakprogresso - G U T S 2
4. Cavalier - Private Stock
5. Czarface & MF DOOM - Czarface Meets Metal Face

- Spydermonkey :

1. The Breeders - All Nerve
2. Jóhann Jóhannsson ‎– Englabörn & Variations
3. Lord Pusswhip - Stationz ov the Puss
4. The Oscillation - U.E.F
5. Reindeer - Field Reports From The Western Lands


Articles - 15.04.2018 par La rédaction
... et plus si affinités ...
The Breeders sur IRM - Myspace
Anna Von Hausswolff sur IRM
Two Left Ears sur IRM - Myspace - Bandcamp
jamesreindeer sur IRM - Bandcamp
Bisk sur IRM