The Brian Jonestown Massacre - And This Is Our Music

1. Introesque
2. Starcleaner
3. Here To Go
4. When Jokers Attack
5. Prozac Vs. Heroin
6. Geezers
7. I Never Told You So
8. You Look Great When I’m High
9. Here It Comes
10. Prozac vs. Heroin Revisited
11. New Low In Getting High
12. Somethings Go Without Saying
13. Tschuss
14. The Pregnancy Test

2003 - Tee Pee Records

Sortie le : 7 octobre 2003

And This Is Our Music (2003)

Il est vrai qu’il est assez déroutant de mettre le CD sur la platine pour la première fois et de s’assoir dans son canapé en écoutant attentivement le dernier pondu du BJM. D’abord, cette Introesque plus qu’étrange, mais plus loin, à l’expérience sonique complètement nouvelle, ce n’est pas l’intro de cet album, c’est l’intro du nouveau BJM, celui d’un Anton qui s’est formé un groupe efficace et gagne en soutien (Ed Harcourt prête sa voix sur Here It Comes).

Après cette minute salivante arrive la deuxième piste, nommée Starcleaner... de la boîte à rythme ?! C’est de la boîte à rythme ?! Eh oui, Anton n’a pas fini de vous surprendre, et il montre ici avec génie qu’il n’est pas un de ces revivalistes puristes mais qu’il sait aussi bien maîtriser les nouvelles tendances électro. A peine remis de ce choc, déjà la troisième chanson Here To Go. Encore une surprise ! On savait qu’Anton appréciait particulièrement de reprendre des riffs des Dandy Warhols ou de groupes des sixties, mais là c’est un de ses riffs à lui, à la manière d’Archive pourrait-on dire. L’effet recherché est réussi puisque la chanson rappelle inévitablement Their Satanic Majesties’ Second Request et son ambiance d’indo-folk hippie. Sans prévenir arrive ensuite When Jokers Attack qui s’impose dès la première écoute comme la chanson de l’album, et plus largement, comme une des meilleures chansons du groupe. Sa progression d’accords, qui ressemble à s’y méprendre au Godless des Dandys sorti 3 ans plus tôt, couplée au riff infini de la guitare électrique est un véritable bonheur. Enfin un riff, qui dure et est torturé jusqu’à n’en plus pouvoir, enfin une chanson qui accroche, une mélodie intéressante portée par la voix si simplement particulière d’Anton. Il est vrai que jusque là, les titres étaient certes déroutants, mais ils n’atteignaient pas le niveau de ceux de Bravery, Repetition & Noise .

Bizarrement... on se demande comment une chanson qui démarre aussi bizarrement peut sonner comme du Take It From The Man ! (il n’est pas étonnant d’y retrouver un riff lui appartenant), Prozac Vs. Heroin vient de commencer sur sa nappe de synthé bizarrement adaptable à l’esprit folk-rock enragé qui parcours la chanson. Mais qu’est-ce que cet album ? Une rétrospective ? Un recueil ? Un jubilé en guise d’adieu ? Pourquoi tant d’« auto-reprises » ? Pas le temps de répondre, déjà arrive Geezers, qui ressemble à son prédécesseur, la rage en moins. La tentative de faire renaître des morceaux tout en en créant de nouveaux et en explorant des territoires sonores jusqu’alors inconnus est plus particulièrement palpable sur ce Geezers. On retrouve les ingrédients traditionnels, accompagnement répétitif, petite guitare solo dans le fond, et même cette basse qui n’est pas sans nous rappeler Matt Hollywood. La chanson semble se terminer dans un chaos sonore digne des plus anciens morceaux du groupe, mais elle repart sur son refrain entêtant : “Believe us, keep believe everything that you know” finira par dire Anton avant de céder l’outro aux claviers qui deviennent omniprésents.

Cette « rénovation » devient presque agaçante avec I Never Told You So, synonyme de Thank God For Mental Illness , et le ton d’Anton difficile à déterminer ; est-ce de l’ironie ou tout simplement sa nouvelle façon de voir ses anciens morceaux ? Ah oui, là ! Servo ! Mais non, pas tout a fait, on dirait pourtant, mais la chanson part sur une atmosphère totalement moribonde. Précipitation sur le boîtier du CD, comment s’appelle ce morceau qu’on dirait destiné à établir une liaison entre la Terre et Mars ? You Look Great When I’m High. On comprend tout de suite, l’ambiance trip psychédélique renforcée par l’absence de voix et ce son de guitare totalement nouveau (en dehors des expériences sur les synthés) ; où va Anton ? Les fans puristes seront déçus, ceux qui n’en attendaient rien apprécieront l’album sûrement pour sa quasi-conceptualité. C’est à partir de ce moment-là que l’opinion se fixe déjà.

Et puis la machine repart lentement avec la lancinante intro de Here It Comes, reprise de la chanson du même nom. Anton y va carrément cette fois-ci et ne prend pas de pincettes. Pourtant, l’aspect qui rendait ce morceau génial, c’était le mouvement qu’il y avait après les paroles d’Anton, ce coup de génie qui éclairait les albums du BJM ; ici tout est enlevé au profit de la répétition pure et dure. Et c’est sûrement pour ça que la reprise est une tentative ratée. On ressent un certain essoufflement des compétences d’Anton qui se repose un peu trop sur les qualités sonores nouvellement acquises, notamment sur le Prozac Vs. Heroin Revisited suivant, presque totalement électro et qui n’a plus que peu de rapport avec son inspiration. Un peu de frustration pour ceux qui attendaient de la variation dans ce morceau de presque 5 minutes, beaucoup pour ceux qui espéraient vainement retrouver des points d’attache avec ce qui était le groupe le plus dingue de San Francisco, car essayer d’imaginer Joel Gion ou Matt Hollywood en plein milieu de ce morceau est totalement impossible.

Enfin arrive A New Low In Getting High, suivant la tendance de l’album, focalisé sur la réhabilitation des sonorités de la période des trois T (en 1996 : Their Satanic Majesties’ Second Request , Take It From The Man ! et Thank God For Mental Illness ), et finalement, cette volonté de replonger dans le passé du groupe rappelle à l’auditeur à quel point l’ambiance des albums des débuts était génialement orchestrée, mais aussi révolue, sûrement à jamais. Le bien nommé Some Thing Go Without Saying fera sourire par son instrumentalité mais aussi par sa légèreté, reprenant encore une fois un riff de Take It From The Man ! , encore et encore, mais il manque le reste, il manque Joel et son tambourin, il manque Matt et sa basse folle, il manque Jeff Davies et son jeu de guitare entraînant… Mais oh ! Tschuss nous sort des rêveries et nous ramène à la réalité avec sa mélodie portée par un synthé qui rappelle enfin le bon temps, tout en cherchant à être novateur. Enfin, l’album se réveille et prend une âme, qu’il avait perdue depuis When Jokers Attack, car c’est ce qui manque à cet album, une véritable âme, il est froid, presque frigide et sonne comme un terrible au revoir. Mais on veut s’accrocher, y croire, on veut revoir Matt, Joel et tous les autres, on voudrait retirer les mains d’Anton de ses machines et les remettre sur son sitar, lui coller un harmonica sur les lèvres et l’obliger à jouer, mais il cherche nettement à jouer le rebelle. The Pregnancy Test finalise l’album dans une outro électronique.

De la frustration, on en ressent encore. Qu’il y a-t-il à retenir de cet album ? Anton tire un trait sur le passé en l’enterrant pour de bon, laissant derrière lui ce qu’on pourrait appeler un recueil si les fans l’avaient apprécié. Mais déjà l’album s’est arrêté. Y en aura-t-il un autre ? Avec qui ? Quelle orientation ? Cet album soulève de lourdes questions. Si Bravery, Repetition & Noise sonnait différemment, c’était dans une moindre mesure, il n’était que le produit d’une mise en liberté totale d’Anton, mais dans la lignée des précédents albums. Celui-là est bien plus que ça, il est une note finale suivie d’un point sur ce qui a pu se passer de 1995 à 2001, And This Is Our Music .

Oui, mais on ne peut se lever du canapé. Pour quoi faire ? Remettre le CD dans l’espoir d’y trouver quelque chose de bon ? Non, cet album est décourageant, frustrant. Changer ? Mettre Give It Back ! ou Take It From The Man ! et maudire la personnalité d’Anton, saboteur du groupe ? Faire le point est plus judicieux. Qu’est ce qu’il y a à retenir du BJM, de ce groupe voulant faire sa révolution sans jamais y arriver, ce groupe à l’énergie démoniaque et au talent surpassant largement ses semblables actuels ? Des paquets de choses. Trois pour être précis. La première, c’est trois albums géniaux de la première à la dernière note (et ils pourraient être bien plus si on ne s’en tenait qu’à ce critère) : Take It From The Man ! , Give It Back ! et Bravery, Repetition & Noise .

La seconde chose à retenir, c’est quatre chansons qui auraient pu être de véritables tubes et lancer une nouvelle mode musicale (mais la quasi-totalité des chansons du groupe sont à écouter et réécouter encore et encore, sans jamais s’en lasser) : She’s Gone sur Methodrone , Straight Up & Down sur Take It From The Man ! , Servo sur Give It Back ! et Nevertheless sur Bravery, Repetition & Noise . Enfin, la dernière, c’est trois personnes, trois personnalités qui ont marqué une époque et une partie de la musique et qui continueront de le faire : Matt Hollywood pour son talent souvent sous-estimé et son jeu de basse très personnel, Joel Gion pour son humour, ses qualités et aussi, et surtout, sa présence comme "esprit du groupe" et puis, inévitablement, Anton Alfred Newcombe, véritable génie du revival sixties au talent presque inépuisable et à la personnalité fascinante. C’est terriblement réducteur de présenter le BJM ainsi, mais si on devait faire une synthèse, faire un point, ce serait celui-ci qu’il faudrait faire.

La différence avec aujourd’hui, c’est qu’on peut se lever du canapé, enlever le CD d’ And This Is Our Music , le ranger dans sa boîte et l’oublier dans sa discothèque et puis sortir l’EP We Are The Radio tout frais et se rasseoir, profitant de son renouveau talentueux, de ces nouvelles explorations, mais avec originalité cette fois-ci. Et puis s’évader sur Time Is Honey (So Cut The Shit), qui fait désormais partie des meilleures chansons du groupe. L’hibernation restera longue, aucune date de sortie du LP n’a été communiquée. En attendant, vous avez une discothèque de six albums et trois EP’s à constituer.

On ne peut clore un article sur le BJM. Il y a toujours quelque chose à raconter, à ajouter, et je me limiterai seulement à ceci : ce groupe est une source inépuisable de chansons géniales, d’extase musicale et d’expérience sonore.

Keep Music Evil !


( moiz )

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