Les héros visionnaires du hip-hop californien jouent les prolongations (Part 1*)

On vous parlait il y a quelques jours du retour annoncé de Deltron 3030, dont le deuxième album tant espéré sera vraisemblablement enregistré courant 2008. Une année chargée donc pour son frontman Teren Delvon Jones aka Del Tha Funky Homosapien, dont un cinquième album solo autoproduit, le très réussi Eleventh Hour, était sorti début mars sur la label new-yorkais Def Jux, et l’occasion rêvée pour remonter le temps de dix ans jusqu’à la grande époque des Hieroglyphics.

Fondé au début des années 90, le collectif d’Oakland, vaguement connu pour son logo à trois yeux (créé justement par Del dont le père était un peintre abstrait), avait en effet attendu 1998 pour livrer son premier album, et quel album. 3rd Eye Vision, chef-d’oeuvre gargantuesque aussi obscur de ce côté-ci de l’Atlantique que capital dans l’évolution du hip-hop américain de ces dix dernières années, posait ainsi sur la coolitude jazzy et le groove psyché/cosmique des précurseurs new-yorkais d’A Tribe Called Quest, la verve vindicative et la conscience sociale du Wu-Tang des débuts et les ambiances de danger urbain des bandes originales de Lalo Schifrin les fondations paradoxales, entre narration et abstraction, old school et futurisme, de l’univers épique, cinématique et métaphorique de Deltron, influençant au passage les futurs Cannibal Ox autant que Blackalicious ou Kanye West, mais surtout deux blanc-becs en passe de devenir les plus passionnants rénovateurs du hip-hop des années 2000, Sole et El-P.

Il faut tout de même attendre The Who, cinquième morceau de l’album, pour voir enfin sortir du lot le flow caractéristique de Del, sans doute le plus nonchalant, élégant et singulier jamais entendu après celui de Q-Tip, mais c’est à peine si l’on s’en soucie tant la complémentarité des rappeurs de Hieroglyphics, fondue dans l’écrin des productions visionnaires de Damian Siguenza aka Domino, fait merveille dès You Never Knew (sur lequel Del assure tout de même un couplet discret) et surtout l’extraordinaire All Things, peut-être le morceau hip-hop le plus renversant des années 90 à ne pas avoir été signé par les Beastie Boys, Dr. Octagon, ou le collectif Anticon naissant qui prendra justement racine à... Oakland.

Plus loin, le single At The Helm, interprété en solo par Del, sera pratiquement du même acabit avec son riff saturé piqué au So What’cha Want des Beastie Boys justement, son gimmick de clavier psyché à la Odelay et l’envolée mélancolique d’une guitare acoustique presque irréelle en milieu de morceau :


On imagine dès lors la difficulté d’enregistrer une suite à la hauteur, et d’ailleurs le groupe prendra 5 ans pour y parvenir sans trop démériter. Full Circle sort donc en 2003, et si l’album dans son ensemble reste bien en deçà de son brillant prédécesseur, une poignée de sommets mélancoliques, spectraux et/ou épiques viennent nous rappeler que l’on a toujours affaire au collectif hip-hop le plus important de la décennie passée devant même le Wu-Tang Clan, malgré une reconnaissance et un succès tardifs aux USA. Le groupe va même jusqu’à rejouer aux cuivres et au clavier les boucles de percussions martiales et libertaires du Human Behaviour de Björk sur le groovy Let It Roll, un pari osé mais réussi.

Hieroglyphics : Powers That Be (extrait de Full Circle ) - live @ Rock The Bells, San Francisco, 2007

On attend toujours depuis un hypothétique troisième album des Hieroglyphics, mais si rien de neuf n’est encore prévu le collectif continue néanmoins de tourner et de sortir régulièrement sur son propre label Hieroglyphics Imperium Recordings des albums live et autres compilations d’inédits et remixes de haute volée, la dernière en date, Over Time, datant de l’an dernier et comptant la participation du metteur en son de Deltron, Dan The Automator (Dr. Octagon, Handsome Boy Modeling School, Lovage, Gorillaz...), sur un morceau... d’ailleurs on ne peut que vous conseiller de vous la procurer d’urgence tant son futurisme baroque confine au pur génie, au point d’en faire plus qu’un album à part entière de la disco des Hieroglyphics, un aboutissement de Full Circle et l’un des manifestes hip-hop les plus indispensables de 2007 avec des productions fantomatiques et délétères à faire passer les excellents Ratatat pour un duo de bras cassés. Par ailleurs, les projets solo des membres de la formation se multiplient sur le même label ( Vulture’s Wisdom, le nouvel album d’Opio produit par Architect - ancien DJ d’un autre groupe californien remarquable, le grand duo oublié des débuts de Stones Throw auquel beaucoup ont tout piqué, Homeliss Derilex - sortira ainsi courant avril avec un DVD contenant pratiquement une vidéo pour chaque chanson) et quatre d’entre eux, à savoir A-Plus, Opio, Phesto et Tajai, seraient depuis fin 2006 au travail avec le mythique Prince Paul (membre de Gravediggaz, Handsome Boy Modeling School ou encore à ses débuts du collectif pionnier du jazz-hip-hop Stetsasonic, et producteur, notamment, de De La Soul) sur le cinquième album de leur projet parallèle, qui n’est autre que... Souls Of Mischief.

Hieroglyphics : Virus (reprise de Deltron 3030) - live @ Rock The Bells, San Francisco, 2007

Site officiel : http://www.hieroglyphics.com
Myspace : http://www.myspace.com/hieroglyphics

* La seconde partie vous donnera bientôt des nouvelles d’un autre groupe capital du hip-hop californien qu’on croyait à tort mort et enterré, le duo Latyrx.


Blog - 06.04.2008 par RabbitInYourHeadlights

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