Black Francis - The Golem

Parue en édition limitée de luxe en début d’année, cette BO rock ’n’ roll expressionniste est désormais accessible à tous sous forme condensée.

1. Miriam and Florian Theme (version 2)
2. Makanujo
3. Bad News
4. The Flower Song
5. (Oh How I Wish I Could) Stay
6. The Word
7. Astaroth
8. The Obedient Servant
9. The Maharal
10. Little Stars Theme
11. Miriam and Florian
12. The Conjuring
13. Meet Me at the Ghetto Gates
14. Stars
15. Custom All the Way
16. You’re Gonna Pay
17. The Word (reprise)
18. The Maharal (reprise)

date de sortie : 16-11-2010 Label : Autoproduction

Écrit pour accompagner un film expressionniste allemand de 1920, à l’occasion du festival du film de San Francisco, The Golem avait été publié en début d’année 2010 en édition limitée de luxe à 90 dollars. L’album lui-même avait été bien accueilli des fans, malgré les réserves que certains pouvaient exprimer à l’idée de voir des chansons rock servir de BO à un film muet.

Reste que seuls les fans avaient pu l’entendre. Injustice aujourd’hui réparée avec cette version "rock album", condensé en 18 chansons que Black Francis, qui semble de plus en plus décidé à se passer des labels, vend directement sur son site Internet. Alors, est-ce que ça vaut ses douze dollars ? La réponse est "oui".

The Golem est une belle surprise de la part de Black Francis. Le bonhomme a montré ces derniers temps qu’il n’avait pas perdu l’envie d’explorer de nouvelles pistes musicales ; il nous livre ici ce qui se présente au premier abord comme un album rock finalement réminiscent des années Catholics, bien qu’aucun des membres de ce groupe n’ait participé à l’enregistrement.

Les musiciens qui accompagnent Charles Thompson apportent chacun sa couleur particulière à un album qui prend du coup des tournures plus inattendues et intéressantes. On note en particulier la présence de l’imposant Ralph Carney, surtout connu pour ses collaborations avec Tom Waits. De la flûte prophétique de Little Stars Theme au saxo presque free de Makanujo, en passant par le hautbois délicat de (How I Wish I Could) Stay, Carney fait plus qu’accompagner les chansons rock ’n’ roll de Black Francis, il puise dans tout son arsenal de saxos, flûtes et autres piccolos pour les entraîner en territoire inconnu, leur donnant souvent une aura mystique qui colle au sujet du film.

Notons au passage que la présence de Ralph Carney n’est pas la seule connexion possible avec Tom Waits, dont l’influence se fait notamment sentir sur les rythmes déjetés de Meet Me At The Ghetto Gates.

L’autre pilier du son de ce Golem, c’est bien entendu le producteur multicartes Eric Drew Feldman, qui renoue avec son ami Francis après quelques années de hiatus. Comme sur le récent Nonstoperotik, Feldman produit l’album et y joue des claviers et autres effets électroniques non spécifiés. Comme Carney, il joue un rôle essentiel dans la définition du caractère de chaque chanson, n’hésitant pas à ressortir du grenier un vieux Mellotron pour produire un son de cordes approximatif, comme sur le superbe Bad News ou le nostalgique et charmant Miriam and Florian. Ainsi ce qui pourrait être un album hommage à Frank Black & the Catholics, voire aux Rolling Stones (Astaroth et son piano boogie), ou même au Boss de la grande époque (The Maharal et son orgue) se trouve propulsé, par la grâce des sons étranges semés par Feldman, dans une interzone inquiétante et mystique, en accord avec les thèmes du chef-d’œuvre de Boese et Wegener. Du rock ’n’ roll expressionniste en somme.

La présence de Feldman, c’est aussi la garantie de retrouver, si furtivement que ce soit, un écho de la grande période du début des années 90 où Frank et lui faisaient les 400 coups à la faveur d’une série d’album magiques ( Trompe Le Monde, Frank Black, Teenager Of The Year ). Réalité ou illusion d’un esprit embrumé par la nostalgie, l’écoute de (How I Wish I Could) Stay m’expédie illico sur une certaine autoroute du Nouveau-Mexique, sur le chemin de Roswell...

Il faut citer aussi le regretté Duane Jarvis aux guitares, qui produit quelques solos mémorables. Derrière les fûts, on retrouve le fidèle Jason Carter et à la basse, Joseph Pope, cofondateur du groupe culte californien Angst, dont l’influence sur Black Francis et les Pixies a été maintes fois relevée.

Si cette version condensée du Golem n’est plus à proprement parler une bande originale de film, elle reste un album concept qui déroule, dans le désordre, l’histoire du rabbin praguois et de son esclave d’argile, la romance de Miriam et Florian, les sombres présages et les catastrophes annoncées. Ce qui donne à Black Francis l’occasion de varier les angles d’attaque, alternant quelques très jolies mélodies (l’histoire de Miriam et Florian l’a manifestement inspiré), des atmosphères menaçantes et des moments de pur rock ’n’ roll fiévreux. Vocalement, il montre également toute l’étendue de sa palette, de la basse retenue de The Conjuring à des grognements sauvages figurant l’invocation du démon Astaroth.

Reste que je vous encourage fortement à voir le film (un DVD est également en vente sur le site de Black Francis), non seulement pour mieux comprendre de quoi il retourne, mais surtout parce que c’est une œuvre magnifique, qui contient quelques moments de cinéma inoubliables.

The Golem - Black Francis from Black Francis on Vimeo.

Chroniques - 14.11.2010 par jediroller
 


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vendredi 20 septembre 2019


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