Étoiles filantes et digressions astrales dans la constellation Rachel Evans

Citée en bonne place dans cette liste fort pertinente (à laquelle on aurait volontiers ajouté Julia LaDense, Marielle V Jakobsons, Alicia Merz et quelques autres mais sinon pas grand chose à redire), Rachel Evans est non seulement l’une des compositrices les plus intéressantes à l’heure actuelle dans le très vaste et nébuleux "champ expérimental" - en solo comme au sein de Quiet Evenings avec son mari Grant qui vient lui-même de lâcher deux albums via Bandcamp - mais également l’une des plus productives, de quoi se perdre comme souvent lorsqu’il est question d’ambient dans les méandres d’une discographie qui nous gratifiait en mai dernier de pas moins de trois nouveaux opus signés Motion Sickness Of Time Travel.

On ne reviendra pas outre mesure sur le gargantuesque éponyme (90 minutes tout de même) sorti chez Editions Mego via le sous-label Spectrum Spools, si ce n’est pour répéter que c’est un chef-d’oeuvre absolu d’onirisme rétro-futuriste aux boucles hypnotiques, comme nous le dit si bien Riton du côté de son blog Indie Vaut Mieux Que Deux Tu l’Auras.

Un album mastérisé par Lawrence English, patron du label australien Room40 et voilà justement l’occasion rêvée pour une transition vers le tout aussi immersif Traces, première sortie officielle de sa nouvelle étiquette A Guide To Saints consacrée à l’édition de cassettes, limitée ici à 100 exemplaires déjà sold out. Au programme, deux longs titres tout en harmonies éthérées et vagues de synthés modulées que l’on peut également se procurer au format digital ou écouter ci-dessous via Bandcamp comme toutes les réalisations de l’Américaine :


... y compris la troisième et dernière pour ce même mois de mai, j’ai nommé Chinaberry et ses envolées pulsatoires aux allures de "paradis flottant pour oiseaux ivres" dixit Hooker Vision, le propre label du couple Evans :


C’est donc logiquement à cette même structure que l’on doit le récent et flottant Patience Folding Waters de Quiet Evenings, projet encore plus minimal et contemplatif mais tout aussi magnétique dont on peut retrouver depuis hier - et sur cassette toujours - un titre inédit au tracklisting de la compilation Duets du label Tranquility Tapes, consacrée comme son nom l’indique aux duos adeptes des rêveries analogiques (cf. ces quelques extraits) :


Précisons enfin qu’une offre spéciale nous est proposée par Lawrence English pour le lancement de ce nouveau sous-label, regroupant les cassettes des trois premières sorties avec téléchargement inclus. C’est à commander ici pour la modique somme de 30 dollars soit environ 24 euros au cours actuel, et en plus du sus-mentionné Traces dont quelques exemplaires ont été réservés pour l’occasion, vous aurez droit à l’excellent Submarine Love Songs EP du collectif électro-pop Tralala Blip déjà chroniqué dans nos pages, ainsi qu’au nouvel album tout aussi recommandable du vétéran autrichien Heinz Riegler, dont l’extrait qui suit devrait amplement suffire à vous envoûter :


Le disque en question s’intitule Survey #2 (One Thousand Dreams I Never Had) et flirte avec le drone, le krautrock versant kosmische, l’acoustique ou la musique de chambre sans jamais se départir d’une certaine sensibilité isolationniste inspirée des cimes alpines vues de la cabane où le musicien s’est enfermé trois mois durant pour enregistrer ces instrumentaux à la fois luxuriants et minimalistes dont les guitares, claviers et autres choeurs réverbérés font la part belle aux harmonies saisies par le givre.

Mettant à profit son expérience au sein du trio d’improvisation I/O3 dont il partagea le line-up avec Lawrence English en personne le temps d’une paire de sorties chez Room40 il y a une dizaine d’années, l’ex guitariste du trio indie rock Not From There s’y affranchit ainsi des codes classiques de la composition pour livrer 13 vignettes tantôt propices à la méditation ou touchées par la fièvre des sommets. En bonus, une version longue du brumeux et majestueux Dissolve, qui fait ouvertement partie de la première catégorie :


Et pour boucler la boucle, on se quitte sur la nostalgie non moins embrumée de Fleeting Talisman, enregistré par Grant Evans sous le pseudo de Crippling dans une veine proche des fragiles récollections transformatives de The Caretaker :