Le streaming du jour #1199 : Sleepwalking Music - ’Drowning’
Sleepwalking Music aime (à moins que cette forme de protection ne constitue un besoin) entretenir le mystère autour de sa véritable personne. Elle ne communique donc que le minimum d’informations la concernant. L’essentiel est de toute façon ailleurs.
Avant d’utiliser ce pseudonyme, c’est sous celui de Lo-Fi Somnambulism que l’Américaine œuvrait. Marjana sélectionne donc ses noms d’emprunt en fonction de leur capacité à décrire le contenu des mélodies qu’elle crée. Si les morceaux composés se centrent essentiellement autour du piano et de sa voix, il réside dans les sonorités une forme brute assez en phase avec l’esthétique lo-fi. Quand à la notion de somnambulisme (toujours d’actualité avec le "sleepwalking" de son nouveau pseudonyme), elle est prégnante au regard de la dimension onirique véhiculée par la voix de la musicienne et le jeu au piano à la fois sérieux et léger, en tout cas toujours épuré.
Cela dit, plus encore que cette dimension relative au rêve, c’est par sa tristesse que sa caractérise ce Drowning. L’artiste a évidemment la tête sous l’eau et ne s’encombre pas du détail. Tout ici est essentiel, si bien que, malgré ses dix titres, le disque dure seulement dix neuf minutes.
De cette essentialité se dégage également un sentiment d’urgence, celle d’effectuer le deuil de Wilhelm, celui qui était devenu un ami mais également le patron de Khrysanthoney. Suffisamment séduit par le talent de l’Américaine, il lui avait proposé d’étoffer les rangs du label. A défaut, c’est de manière indépendante que l’artiste a diffusé ces morceaux, qu’elle dit avoir "enregistrés à la maison quand [elle] reste seule le soir".
Vocalement parlant, on croisera, ici et là, les fantômes de Björk (Decade On Pollux) et Natasha Khan. Quand à la tonalité globale des morceaux de Sleepwalking Music, s’ils pourront justement faire penser à la veine la plus épurée de Bat For Lashes, c’est plus souvent à la Danoise Agnès Obel (Cut It Out From The Soil) que l’on pensera pour son habileté à transcender des atmosphères et émotions d’infinie tristesse. Mais la singularité de Marjana tient dans cette immédiateté et ce son brut que dégage l’ensemble. Cette dernière trace son propre sillon et ne cherche à suivre les pas de personne d’autre. A l’exception peut-être de Wilhelm ("Il m’a fait croire à ma musique. Je ne sais pas comment je vais continuer sans lui... Jusqu’à ce que l’on se retrouve"). Espérons que ce soit le plus tard possible pour profiter d’autres ritournelles désespérées qui, paradoxalement, nous aident à relativiser les petites contrariétés du quotidien.

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