Ray Lamontagne - Ouroboros

Ouroboros est un disque à l’ancienne. Vraiment. Que ce soit sur le fond ou la forme, il nous ramène près d’un demi-siècle en arrière, à l’époque des Nick Drake et Tim Hardin, dont l’influence est évidente sur Ray Lamontagne.

1. Homecoming
2. Hey, No Pressure
3. The Changing Man
4. While It Still Beats
5. In My Own Way
6. Another Day
7. A Murmuration of Starlings
8. Wouldn’t It Make a Lovely Photograph

date de sortie : 04-03-2016 Label : Stone Dwarf

L’histoire est connue : fils d’un musicien relativement instable, le natif du New Hampshire se fait la promesse de ne jamais embrasser la même carrière, jusqu’à ce qu’il n’entende le superbe Tree Top Flyer de Stephen Stills à 4 heures un matin précédant une journée de travail dans une usine de fabrication de chaussures.

Déclic qui, conjugué à une bonne dose de talent, le pousse à enregistrer une première démo de dix titres aux confins des deux millénaires, puis un premier album, Trouble, en 2004. Quatre autres disques succéderont avant cet Ouroboros qui, disons-le tout net, ne le voit pas effectuer un virage à 180 degrés.

Mais est-ce ce que l’on demande à un compositeur jamais aussi à l’aise pour convoquer une authentique émotion que lorsqu’il évolue dans un registre dépouillé ? Assurément, non. Les brillants aînés évoqués dans l’introduction n’ont pas eu besoin de multiplier les contrepieds pour s’affirmer – bien que la critique ne le reconnaîtra que trop tardivement – comme des artistes majeurs de leur époque.



Ray Lamontagne en est-il là ? Il est assurément trop tôt pour le dire, mais il dispose du potentiel requis pour s’affirmer comme tel. Il possède déjà un organe vocal désarmant, capable de tirer des larmes à bien des cœurs de pierre sans jamais forcer ni son talent, ni l’émotion dégagée. Pour citer également des artistes contemporains – car Ouroboros est tout sauf un disque passéiste, il est simplement intemporel – il y a du Damien Jurado à ce niveau, accointance particulièrement évidente sur Homecoming, le titre d’ouverture de cette nouvelle livraison.

Mais pour un artiste déjà expérimenté, il pourrait être légèrement déshonorant d’être sans cesse comparé à ses compères. Ray Lamontagne a suffisamment de bouteille pour qu’on évalue Ouroboros à l’aune de sa propre œuvre. Comme sur Supernova, sorti il y a deux ans, l’Américain refuse de ne s’adonner qu’aux ballades. En ce sens, un titre tel que Hey, No Pressure s’avère être particulièrement électrique, sans pour autant céder à l’accumulation de couches sonores, ce qui constituait probablement le principal écueil de ce prédécesseur qui voyait pour la première fois le quadragénaire (légèrement) décevoir.

Non, Ouroboros est plutôt l’album d’un retour aux sources. Il fait apparaître une réémergence des sonorités des deux premiers – et jusqu’alors inégalés – disques Trouble et Till The Sun Turns Black sans renier les virages plus électriques et rythmés (The Changing Man) permis notamment par la collaboration avec Dan Auerbach il y a deux ans.

Un album à l’ancienne, disions-nous donc. Oui car, comme à la réelle époque du vinyle, cet opus se compose de deux faces. Et il ne s’agit pas seulement d’un argument commercial ou d’un artifice. Les quatre morceaux de la face A se font plus électriques, trait d’union des derniers travaux de l’artiste, laissant place après une césure, de manière parfaitement cohérente, à une face B plus dépouillée, contemplative et propice aux ballades. On s’étonnera ainsi de voir le formidable In My Own Way receler un petit quelque chose du Felt Mountain de Goldfrapp, sans que la comparaison ne puisse résister à une analyse fine des différentes composantes instrumentales (à l’exception peut-être de l’utilisation de la voix). Il s’agit là davantage d’une question d’état d’esprit. Another Day et son piano réaffirment ce ralentissement du débit – mais jamais de la tension – confirmé par les deux derniers titres.

Dans les mythologies antiques et nordiques, l’ouroboros est le dessin d’un serpent se mordant la queue et, mélangeant les représentations du mouvement et de la continuité, symbolise l’éternel retour. Comment définir plus brillamment ce que représente Ray Lamontagne pour un amateur de musique en 2016 ? Une identité réelle qui revendique toutefois l’influence d’un héritage si lourd à porter que bien d’autres se seraient effondrés avant même de pouvoir l’assumer. A l’heure où certains multiplient les superproductions pour séduire les canaux auditifs les moins exigeants, il est rassurant d’observer que la simplicité d’une chanson dépouillée au songwriting parfait s’avère toujours aussi désarmante. Rien que pour cela, merci Ray !


Chroniques - 01.11.2016 par Elnorton
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