Top albums - janvier 2018

On a échappé à l’hiver nucléaire mais les bombinettes musicales continuent de pleuvoir. Bon pied bonne oreille dès l’entame de cette année du chien bien partie pour nous rendre chèvres (il n’y a qu’à jeter un œil aux agendas de février ou mars pour commencer à s’arracher les cheveux), on vous a donc synthétisé le meilleur de janvier avec des soundtracks fantasmés, du hip-hop DIY, du rock psyché libertaire et cosmique, de l’ambient expérimentale et poétique, du black metal électronique, de l’abstract mélangeur et quelques joyaux islandais, seuls à briller au rayon pop en ce début d’année. Bon rattrapage si vous étiez restés à l’heure de 2017 et rendez-vous début mars pour la suite !




Nos albums du mois






1. Bronnt Industries Kapital - Arsenal


Rassurez-vous, il n’est pas question ici de football. C’est plutôt dans l’acceptation militaire du mot qu’il faudra aller voir. Le Bristolien Guy Bartell poursuit ses travaux de documentariste ambient de l’ère soviétique, plus particulièrement du cinéma russe de la fin des années 20. Après Turksib, bande son de l’exploration du projet ferroviaire reliant la Sibérie à l’ancien Turkestan, c’est au tour de lArsenal d’Oleksander Dovyhenko, relatant la révolte ouvrière de Kiev de 1918 contre le régime, de bénéficier des services du musicien anglais. La recette reste inchangée, l’histoire défile à travers une série de miniatures sonores poignantes plus grandes qu’elles n’y paraissent sur le papier, introduites par les gongs funestes et les cordes de la désolation, où le destin tragique d’enfants sur le front arrachés à une mère souillée par le pouvoir résonne. La mélancolie, symbole de tout un pays en crise pris dans l’étau, est couverte par le tumulte des machines qui s’emballent sous l’impulsion de Tymish le déserteur partisan de la Révolution. De fracas travailleur en rythmiques martiales, de coups sur l’acier en motorik, la musique progresse vers un post-rock proche du lyrisme. Ça y est, l’Arsenal est libre ! Encore un disque superbe !


(Riton)





2. Pruven - Tarnished Shrines


Avec Pruven, on peut dorénavant y aller les yeux fermés, les albums se suivent, le résultat est toujours au rendez-vous et la discographie de l’emcee du Connecticut commence même à avoir une gueule incroyable. Après un excellent Blood From Ancestors l’année dernière, Pruven revient avec son hip-hop sombre et dense épaulé sur une moitié d’album par Mainiakist, Mus One, Alexander Metaphore et Bryce Quiz, et sur l’autre par Jak Progresso, son producteur en passe de devenir attitré et accessoirement l’expert new-yorkais en canevas de samples crades, triturés et découpés à la scie circulaire. Blood From Ancestors se voulait politique, Tarnished Shrines quant à lui lorgne vers le mysticisme et la philosophie en empruntant des chemins limite fantasmagoriques et occultes. Pruven épate toujours par sa maîtrise du verbe, son aisance stylistique et la qualité de son écriture, son flow régulier ressemblant de plus en plus à ce qu’a pu faire Illogic quand il était au sommet de son art. On prend un pied de dingue à se perdre dans ce dédale de rimes et dans l’esprit de l’emcee qui tout en étant fondamentalement DIY (regardez le clip de Dramatic Leo), sait toujours s’entourer des bons invités : Babblez, Mike2Twenty et surtout Boxguts ou Vast Aire des cultissimes Cannibal Ox (dont la participation à 777, le futur album de Pruven, a été confirmée, bonne nouvelle, hein !). Pour l’anecdote et pour finir, Pruven nous avait fait cadeau d’une piste pour nos compilations en hommage à Twin Peaks, l’idée a dû faire plus que son chemin puisqu’un sample minimaliste de la B.O. de la série culte de David Lynch figure sur ce grand Tarnished Shrines ! Saurez-vous le retrouver ?


(Spoutnik)





3. Kira Kira - Alchemy & Friends


Artiste incontournable de la scène électro-expérimentale de Reykjavík, notamment grâce à son collectif Kitchen Motors, dont elle est co-fondatrice avec Hilmar Jensson et le regretté Jóhann Jóhannsson, Kira Kira revient avec un quatrième album de toute beauté. Fidèle aux bidouillages et arrangements classiques et entourée d’autres artistes non moins talentueux - parmi lesquels Dustin O’Halloran, Valgeir Sigurðsson, Gyða Valtýssdóttir, Hermigervill, Hildur Guðnadóttir ou Úlfur Hansson - l’Islandaise produit une électro organique toujours aussi séduisante et efficace dont certains extraits ont été composés pour l’illustration sonore du film Summerchildren (Forsæla, Courage Walks At Night). L’ambiance ici est feutrée, délicate, avec comme point d’orgue Pionneer Of Love qui, dans le dosage parfait de ses expérimentations post-classiques, permet une montée en puissance à la fois fragile et épique.
Probablement plus mature que ses prédécesseurs et gagnant tant en lyrisme qu’en relief, Alchemy & Friends est certainement l’album le plus abouti de sa discographie.


(Sydermonkey)





4. Vigri - NÚNA


"Il aura fallu patienter près de sept ans pour découvrir, non sans fébrilité, le successeur de Pink Boat. Enregistré en studio mais également dans différentes églises du pays et dans le bar Kaffibarinn 101 à Reykjavík, NÚNA n’a pas l’immédiateté de son grand frère mais on y retrouve toutefois une ambiance vaporeuse chère au groupe et cet attachement à l’environnement naturel qui l’entoure. Aujourd’hui, exit - ou presque - cordes et cuivres, le groupe a cette fois opté pour une direction davantage synthétique.
Malgré ces nouvelles sonorités, Vigri ne perd toutefois rien de son sens de la mélodie et demeure fidèle à son univers mélancolique, la voix des deux frères restant le vecteur principal des émotions transmises dans les compositions. Gamalt Lag, qui suit la courte introduction Einhvern veginn fer það, pose ainsi les fondations dans ce sens : des nappes de claviers, telle une force tranquille, sur lesquelles se pose le chant vaporeux. Ces ingrédients constituent la base de l’album, à laquelle chaque titre ajoutera sa variante. NÚNA est sans aucun doute indispensable aux amateurs de pop onirique et subtile, où les envolées lyriques ne tombent jamais dans une grandiloquence inutile."


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(Spydermonkey)





5. Le Réveil des Tropiques - Big Bang


"Particulièrement attendu par tous ceux qui avaient déjà fait du Réveil Des Tropiques une formation essentielle d’un courant tout à la fois psyché, expérimental, libre et survolté, le caractère hautement hallucinatoire de Big Bang se révèle immédiatement, dès les premiers souffles de Synchrotron : rythmique évoquant un galop métronomique, saturations électriques liquéfiées et effets sonores bien sentis jouant sur la polarité des enceintes. La pulsation maousse a tôt fait d’envoyer les synapses au fin fond du cosmos et les étoiles explosent puis implosent et explosent à nouveau avant de se recroqueviller sur elles-mêmes dans un mouvement ample et illuminé. Certes, les quatre morceaux de ce disque s’ancrent dans la continuité du précédent, assumant et digérant toujours aussi impeccablement des influences allant du krautrock de Neu !, Can ou Faust aux expérimentations noisy d’un Sonic Youth, conférant du coup un certain confort d’écoute puisque l’on avance en territoire connu. Or, c’est précisément ce que les Français cherchent - et parviennent sans le moindre doute - à éviter. Ainsi sur L’Effet Casimir, les oscillations acides et la rythmique pulsatile, s’étoffant au passage pour percuter un mur final irradié par des claviers transcendants et illuminés façon Ray Manzarek, interpellent et sidèrent complètement. Matière Noire incarne ensuite une - relative puisque s’étendant sur près de huit minutes - transition à base de drones post-apocalyptiques. Enfin, plus que la matière, c’est la magie qui semble être noire sur HyperNova, lequel avec ses douze minutes d’expérimentations entre résonances minimalistes, art brut et noise, vient conclure de la plus belle des manières une œuvre toujours aussi chamanique et hallucinatoire, basée sur un psychédélisme à l’aspect dédaléen qui constitue déjà l’un des plus formidables antidotes à la prévisible routine des balbutiantes 2018."


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(Elnorton & leoluce)


Nos EPs du mois



1. Containor - ASSHOLE


"Sorti en catimini sur le "non-label" new-yorkais de Colin Marston, Hathenter (nommé d’après le duo qu’il forme avec Mick Barr son compère de Krallice), ce premier EP de Containor est un machin post-moderne de drummer fou sur fond de grouillements d’effets et de synthés irradiés, comme si on avait fait jouer la section rythmique d’un album black metal par un batteur de free jazz en roue libre et qu’un descendant dégénéré de John Zorn et Klaus Schulze en avait badigeonné le squelette de nappes ténébreuses, de tournoiements kosmische, d’échardes noise et de guitares déstructurées." Résultat : une "fausse bouillie sonique assez génialement déglinguée."


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(Rabbit)

2. Phon.o - Slow As Fog


"Carsten Aermes fit ses premières armes il y a plus de 15 ans du côté de Cyrtax ou de Shitkatapult avant de passer par les rangs de 50Weapons ou BPitch Control (écurie de son pote Apparat) avec le même genre de minimal techno claire-obscure typique de son fief berlinois. C’est pourtant aujourd’hui dans un tout autre genre d’univers que l’on retrouve Phon.o, autoproduit cette fois. Slow As Fog démarre en effet sur les 10 minutes d’ambient aux nappes stratosphériques d’un Leaving Khidi dont le spleen onirique et nuageux est ramené sur terre par des beats post-industriels rampants et martiaux, avant de laisser place aux tâtonnements brumeux de Snapchat Soliloquy, sommet de cet EP avec sa douce confrontation entre martèlements lointains et textures de plus en plus radiantes et éthérées. Enfin, I Am Tired So How Are You et ses drones évanescents aux faux airs de chorale cosmique entérinent une évolution cinématographique assez passionnante pour l’Allemand, loin des DJ sets extatiques dont il est coutumier."


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(Rabbit)

3. Dlght & Peow Beow - Source


Après les collages nostalgiques dAvec Plaisir et le trek dans la neige de Trappeur Amateur, le Parisien Dlght continue d’explorer des contrées chill oniriques et narcotiques en format court, cette fois en compagnie d’un certain Peow Beow. C’est planant et kaléidoscopique comme du cloup rap instru sous un mélange de lexomil et de LSD, avec des petites infusions de jazz et de trap dedans, un rafraîchissement fait de bouts de voix échantillonnées, de synthés oniriques, de field recordings bucoliques et de samples pianistiques scintillants pour faire durer la fraîcheur de l’hiver encore un peu plus longtemps dans le creux des tympans.




(Rabbit)

4. Sleep Sinatra - XMXTHXST


Naviguant dans une constellation de potes souvent teintée de couleurs sombres (Ichiban Hashface et le crew de 7’Rinth en tête), Sleep Sinatra a toujours fait sa place avec plus de smooth et de technique que les autres. Dans la même veine que Portals sorti avec les Jazz Spastiks en 2016, les 5 titres de XMXTHXST
EP
entièrement produits par Kendall Carter (déjà croisé sur l’excellent Shamaniq) le prouvent pour qui en douterait encore. Les beats, les rythmes hypnotiques et les ambiances ouvertement jazzy font mécaniquement bouger la tête et le flow de l’emcee du Nebraska parachève l’affaire avec classe.




(Spoutnik)


Notre beat tape du mois



Aoi - Negative Departures


On avait croisé le blase d’Aoi sur des sorties du début des années 2010 : des productions par ci par là comme avec l’excellent Lukey Cage (il faut écouter son dernier Power Man on Super Soldier Serum où le Melbournien est par ailleurs présent sur 2 pistes) ou des albums en duo comme avec NoEmotion ou GDP, mais en toute honnêteté nous n’avions pas approfondi le travail du beatmaker australien. Quelle erreur ! Son Negative Departures LP est une petite merveille (comme Piggies Glasses ou IXHA​-​94 LP) ! Les 20 tracks du bazar ne dépassent que très rarement les 3 minutes, mais paradoxalement ils se présentent tous comme des œuvres singulières et complètes, presque totales, comme des petits mondes éphémères plutôt que comme des vignettes éparpillées. La magie vient de ce bouillon de culture abstrait allant du breakbeat au breakcore costaud, du futurisme froid à des moments boom-bap plus enjoués ou d’autres tirant vers un petit côté western du turfu, de la sci-fi conquérante et martiale au dub drogué (pléonasme..) ou à la D’n’B au ralenti, on pense au El-P d’avant, à Daedelus, Edan, DJ Shadow, L’Orange, on pense à plein de trucs puisque Negative Departures est gavé de gimmicks. Est-ce qu’on n’aurait pas déjà là une des meilleures sorties instrumentales de l’année 2018 ? Mon petit doigt me dit que oui !




(Spoutnik)


Les bonus des rédacteurs



- Ljerke - Ljerke


"Fruit de la rencontre entre trois musiciens norvégiens et autant de Néerlandais (parmi lesquels les frères Kleefstra, membres de Kleefstra Bros, Piiptsjilling ou The Alvaret Ensemble), le projet Ljerke est d’abord né sur scène avant que les expérimentations du combo ne se prolongent en studio. C’est un mélange des genres, entre art brut et poésie chamanique, qui résulte de cette collaboration. Aux ambiances expérimentales avant-gardistes et minérales de Muurv s’ajoutent ainsi alternativement percussions tribales, guitares électriques étirées et étriquées à la fois, spoken word grave et hanté, puis cordes frottées menaçantes en guise de conclusion. La recette est répétée à l’envi tout au long du disque mais, évidemment avec un champ des possibles aussi larges que celui offert par ces éléments hétérogènes, le résultat n’est jamais similaire ou redondant."




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(Elnorton)

- Ari Balouzian & Ryan Hope - Mood of the Era Vol. 1


L’ex Cliff Dweller s’associe avec un certain Ryan Hope, réalisateur de cet intense clip en burka sur un extrait (She Ran) de l’immense Western Medicine de l’an dernier, pour donner corps à des atmosphères urbaines crépusculaires et déliquescentes de monde sur le déclin (Citrus, ou le flippant Sour Tangerine à la croisée de John Carpenter et Mika Vainio), entre ambient expérimentale (Deceit, Flag, Fungus), électro minimale (Tabouleh, Pesticides), techno-indus tribale (Flesh, Lawyer) et néo-classique post-apocalyptique (Orchids). Complètement inclassable, d’où les adjectifs sans queue ni tête alignés précédemment, et c’est ça aussi qui rend ce Mood of the Era Vol. 1 très prenant.




(Rabbit)

- Servants of The Apocalypse Goat Rave - Queen of Darkness


Quand deux figures européennes de l’électro expé tapageuse, Bong-Ra et Sickboy, nous convient à une soirée batcave, ce n’est pas que pour le folklore. 2006 : l’affiche annonce une rave apocalyptique où le démon suinte à travers les pores de teufeurs endiablés. Puant la décadence outrancière, l’accouplement dérangeant entre breakcore, hardtek et IDM droguée aux productions de la Hammer, elle n’avait fait que rameuter une bande de gabbers décérébrés aux dents pointues. 2018 : la seconde édition s’organise sur des bases plus sérieuses d’influence black metal susceptibles d’éloigner les trouble-fêtes. On sent le meilleur d’Anaal Nathrakh et de Blacklodge ingurgités en shooter, déversés en déluge de double pédale synthétique et de nappes angoissantes.




(Riton)

- JPEGMAFIA - Veteran


Quand en 2016, JPEGMAFIA sortit Black Ben Carson, certains ont crié au génie, d’autres au foutage de gueule... En 2018, avec ce Veteran, nous ne sommes pas plus avancés, la bête est toujours aussi difficile à dompter, clivante même. Les 19 pistes pour 48 minutes partent dans tous les sens, c’est vrai, le gars de Baltimore expérimente beaucoup, ça ressemble à un mashup bizarre au bruitisme trap-soul, c’est vrai, mais magnétiquement on y retourne, comme attiré par cet aimant sombre mais tellement accrocheur ! Les ambiances sont toutes captivantes et certaines pistes sont même claquesques (et il y en a beaucoup). D’une créativité presque instinctive, JPEGMAFIA adoucit son nihilisme par des touches nu-soul comme si Danny Brown, D’Angelo et Death Grips faisaient copain copain avec un Kanye West post-Yeezus, un vaste bordel quoi ! En attendant, ça pique les oreilles, c’est fascinant et ça fait du bien !




(Spoutnik)

- Sunna Friđjóns - Enclose


Avec un titre introductif de presque 10 minutes qui lui même débute par des divagations de cordes, Sunna Friđjóns ne pouvait que piquer notre curiosité. Enclose se trouve finalement être un condensé de dream pop, qui emprunte à Sóley pour les envolées pianistiques. Toutefois, les orchestrations classiques apportent une dimension féérique, contrebalancée par les accents celtiques de certains morceaux insufflant ainsi un côté plus sombre aux compositions.




(Sydermonkey)


Les tops 5 des rédacteurs



- Elnorton :

1. Le Réveil des Tropiques - Big Bang
2. Vigri - NÚNA
3. Ljerke - Ljerke
4. Shame - Songs of Praise
5. scallops hotel - sovereign nose of (y​)​our arrogant face

- Rabbit :

1. Ari Balouzian & Ryan Hope - Mood of the Era Vol. 1
2. Phew - Voice Hardcore
3. Kira Kira - Alchemy & Friends
4. Le Réveil des Tropiques - Big Bang
5. Bronnt Industries Kapital - Arsenal

- Riton :

1. Bronnt Industries Kapital - Arsenal
2. Servants of The Apocalypse Goat Rave - Queen of Darkness
3. Fire ! - The Hands
4. Kira Kira - Alchemy & Friends
5. Aaron Martin - A Room Now Empty

- Spoutnik :

1. JPEGMAFIA - Veteran
2. Pruven - Tarnished Shrines
3. Bloody Monk Consortium - BMC Tribute Mix Maribor - Slovenia 7​.​12​.​09
4. Lee Scott & Black Josh (B-Movie Millionaires) - Attack of The 50​,​000 ft. Sweg Lawds from Outer Space
5. scallops hotel - sovereign nose of (y​)​our arrogant face

- Spydermonkey :

1. Vigri - NÚNA
2. Bronnt Industries Kapital - Arsenal
3. Sunna Friđjóns - Enclose
4. Kira Kira - Alchemy & Friends
5. Pruven - Tarnished Shrines


Articles - 17.02.2018 par La rédaction

indie rock mag - IRM des musiques actuelles


jeudi 13 décembre 2018


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