2017 - une année de hip-hop (par Spoutnik et Rabbit)

Pour vous concocter un bilan hip-hop, nous nous y sommes mis à deux, d’une part pour maximiser l’évidente diversité de cette culture plurielle qui dans un honnête top albums 2017 ne peut pas se résumer à un seul album de Kendrick Lamar noyé dans un fouillis pop/rock plus ou moins évident, nous ne balancerons pas les confrères mais c’est quand même souvent la honte. Comme si la crédibilité de la rue s’achetait en calant un album de rap racoleur sur les bords entre un revival d’Etienne Daho et le dernier duo de hipsters à la mode qu’on aura oublié dans 6 mois, mais passons.

D’autre part, nous nous y sommes mis à deux car même si nos goûts divergent, il y a des albums qui nous ont mis d’accord et même si on ne peut pas parler d’unanimité à deux, c’est déjà un bon début. Donc au programme, voici nos (plus ou moins) 20 albums hip-hop de 2017 suivis de nos 5 EPs et en bonus un petit florilège des 5 choix perso que nous aurions aimé ajouter à la liste mais qui n’ont pas fait consensus. Bonne lecture et surtout bonne écoute !


Nos 20 (+2) albums






1. Vas x Ill Clinton - V for Vigoda


"C’est comme ça, le truc est sorti le 1er janvier 2017 et ce 1er janvier, on avait déjà trouvé notre album hip-hop de l’année 2017 ! Concernant le beatmaking, on savait le gars d’US Natives Records doué (Skywalken III et Juniper EP l’année dernière, wahou !), mais là Ill Clinton n’est pas loin du sommet de son art. Des intrus sombres ou bondissantes, théâtrales ou martiales, riches d’une intensité époustouflante, déjà rien qu’avec ça on pourrait être comblé ! Cerise sur le gâteau, il y a le flow de Vas en clone de Method Man, un flow unique, un peu ragga, très technique, athlétique et lourd en même temps, bourré de gimmicks barrés, le tout servi avec la voix grave et éraillée de l’emcee. Une voix qui s’est assurément teintée à trop tirer sur les sticks, les bangs, les bières et les battles… Un album de rue avec sa dose de crasse mais aussi sa dose de grâce et donc déjà un monument !"


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(Spoutnik)




2. Strange_U - #LP4080


"Le retour de Strange_U s’annonçait bouillant ! Bouillant car le duo londonien fait maintenant partie de l’écurie/crew High Focus, et car quand on voit Lee Scott, Jehst ou Cappo en guests, on a les yeux qui pleurent ! Sur un fond de théories du complot, de sci-fi, de drogue, de délires, de sexe et de sauvagerie version comics à la Kool Keith du turfu, les beats colossaux de Dr. Zygote et ses incrustations de jeux d’arcade extraterrestres inventent le Nintendocore version rap psychédélique. Et puis, il y a la puissance de Lord Rao au bord de la saturation à chaque rime et son flow d’éléphant à la MF Doom biberonné à coup de grime, eskibeat et autre sublow ! #LP4080 est une agression sonore pleine de dinguerie, un album en mouvement plein de morgue et d’arrogance fait d’expérimentations 8-bit massives et pourtant tellement dynamiques et bonnardes, de titres avec des productions pétries d’énergie sombre et d’une violence presque palpable comme constante cosmologique. Les deux Strange_U impressionnent par leur maîtrise, un peu comme s’il y avait un chef d’orchestre dans le ballet massif et inquiétant des étoiles d’une galaxie située de l’autre côté de la Manche."


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(Spoutnik)




3. Thavius Beck - Technol O​.​G.


"Renaissance pour le beatmaker de Los Angeles, Technol O.G. monte encore d’un degré dans ce futurisme que Dialogue continue d’incarner pour tout un versant électronique et abstrait du hip-hop d’aujourd’hui, sûrement inspiré par la vitalité de Brooklyn, New-York où il s’est récemment installé. Les deux gros morceaux que sont Spectacular Vernacular et Further From The Truth donnent le ton : hypnotisme techno-dub-hop deep et dark quelque part entre Massive Attack et Captain Murphy pour le premier, rouleau-compresseur glitch maximaliste et dystopique pour le second, difficile de se remettre de ces claques initiales et de toute façon Thavius Beck ne nous en laissera pas le temps. De missives ultra-condensées en uppercuts rappés à toute allure sur fond de polyrythmies déchaînées, Technol O.G. symbolise la déshumanisation paradoxalement grisante des mégapoles modernes et des sociétés virtuelles où tout va trop vite pour vraiment accrocher la rétine et encore moins les neurones."


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(Rabbit)




4. Jam Baxter - Mansion


"Jam Baxter s’est créé un monde et une esthétique qui lui est maintenant propre, bien épaulé en cela par un Chemo à la production toujours au bord de la perfection, investissant des contrées plus psychédéliques et alternatives pour nous livrer .​.​.​so we ate them whole il y a 2 ans et donc ce magique Mansion 38. Un hip-hop abstrait fait d’expérimentations et portant haut la face grise et austère d’une Angleterre urbaine, un hip-hop froid et éthéré mais où Chemo, à coup de beats sophistiqués et de synthès hantés, colore l’espace avec une finesse et une précision magistrales. Jam Baxter quant à lui avance masqué derrière sa voix rauque et un flow faussement décontracté oscillant entre léthargie et palpitation. Une approche intransigeante qui fait de Mansion 38 un nouveau bijou sur la couronne High Focus Records !"


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(Spoutnik)




5. Open Mike Eagle - Brick Body Kids Still Daydream


"Les HLM qui ont vu grandir le natif de Chicago retrouvent visage humain sous la plume intello cool du Californien d’adoption, des trombines d’enfants aux yeux pleins de rêves et de geeks de l’alt-rap aux visions bien trop larges pour rester enfermées longtemps entre quatre murs de béton, super-héros ordinaires du tubesque Brick Body Complex animé par un bestiaire qui brandit sa différence telle un étendard. En surplomb des beats trap dégraissés et des basses massives, la douce vélocité du flow smooth et les synthés pastel aux distos oniriques équilibrent les forces, une balance qui penche davantage sur l’ensemble du disque vers la bienveillance des syncopations éthérées ou jazzy, à l’image du tout aussi magique Daydreaming In The Projects, cuivres affables en avant sur le refrain, ou du merveilleusement réconfortant et cristallin 95 Radios, "entre P.M. Dawn et Sun Ra" ponctue l’intéressé."


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(Rabbit)




6. Insight & Damu The Fudgemunk - Ears Hear Spears


Grand bonhomme méconnu du hip-hop ricain, Insight donnait de la voix sur deux albums cultes et indispensable des années 2000, le I Phantom de Mr. Lif et surtout Beauty and the Beat de son copain Edan, un beatmaker/rappeur qui l’influence assurément ici sur un Gunnin’ aux allures de petit cousin de Funky Voltron avec son groove épique et le back and forth du MC... avec lui-même. Depuis cette période faste, le Bostonien avait multiplié les sorties sous le manteau, et s’était associé à Count Bass D sous le pseudo The Risktakers pour un LP remarqué il y a une demi-douzaine d’années, mais cette fois c’est au côté d’un inconnu au savoir-faire insolent qu’il explose à nouveau, Damu The Fudgemunk, un peu le DJ Shadow underground de cette année 2017 avec un Vignettes abstract aux compos démesurées (jusqu’à 18 min !) mais sans trop-plein d’ambition sur lequel on reviendra, à la fois superbement épuré, cinématiquement envoûtant et subtilement transgressif. Ensemble, les deux compères remettent le less is more au goût du jour, un boom bap classieux aux samples fabuleux tantôt dramatiques (les cordes d’All Human ou de Never Be The Same, classique instantané qui pourrait sortir tout droit dIllmatic avec son instru à la Large Professor) ou plus light (cf. la magie cristalline d’Aight If You Bite ou la classe soulful baroque de When Are We Gonna Get It Together) façonné par Damu via son talent inné pour la construction d’une ambiance et d’un beat avec un minimum de moyens pour un maximum d’effet, qui culmine sur You Couldnt See Me. Quant à Insight, sa verve humaniste à l’ancienne concurrence celle d’un Blueprint et fait des merveilles sur le généreux Rather Unique autant que sur le fataliste All Human, sommet de ce chef-d’œuvre atemporel à découvrir d’urgence.


(Rabbit)




7. Ichiban Hashface - Wolf Vs Snake / Swords For Hire - The Reign...


Côté Wolf Vs Snake, "la pochette crépusculaire annonce la couleur, sang (mêlé de larmes en l’occurrence) et patine du passé, allégorie d’un conflit intérieur "à une époque critique de ma vie" nous dit Ichiban. Comme à l’accoutumée, ces réminiscences prendront la forme d’une épopée dans le Japon des samouraïs et encore plus que d’habitude les cendres du temps et la rigueur d’un hiver sans fin s’enlacent pour engourdir le cœur de l’auditeur, entre froideur d’un beatmaking aussi désincarné que le flow exsangue du MC et tristesse lancinante des boucles souffreteuses et déliquescentes, samples de synthés vintage (Universal Law), de violons crève-cœur (le sommet Isolation ou encore Pack of Wolf), de piano tragique (War Inside the Mental, Snake Jump) ou même de bossa cafardeuse (Guard Ya Meal et surtout The Food Got Poison In It !, entre fatalité et tendresse pour les âmes brisées) vous tirant un peu plus le moral vers le bas à chaque instant sans jamais vraiment donner le coup de grâce."


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Quant à The Reign, offert en fin d’année sous l’alias Swords For Hire, il voit le beatmaker et rappeur de Lincoln, Nebraska rendre un peu de vie et de smooth jazzy à son flow et à ses instrus (Good Night), entre deux passages au spleen plus ambient (de l’éthéré Mudslide au sombre Overdose). On n’est pas dans la franche gaieté pour autant, comme en témoignent l’insidieuse atmosphère lynchienne de Poi$on Virtue$, les nappes orchestrales samplées sur Morricone du funeste The Flood ou le piano désespéré de Good Luck, mais les loups ne font pas des pinsons et on n’en espérait pas moins de la part de l’un des plus grands pourvoyeurs d’atmosphères du hip-hop d’aujourd’hui.


(Rabbit)




8. Asbest The Moor King - Mind Of A Few


Venu de Brighton, l’emcee/producteur Asbest The Moor King signe avec Mind Of A Few une sublime réminiscence des 00s à la sauce Juggaknots ou Company Flow, rien que ça ! L’album évolue dans une veine assez classique, mais travaillant leurs ambiances à base de samples jazzy variés, subtils et atmosphériques, Asbest et Leplezett, les gars derrière les productions, agencent des samples millimétrés et inscrivent clairement ce Mind Of A Few dans la lignée de ce qui se fait de mieux de l’autre côté de la Manche tout en plantant les germes bien vivants d’un hip-hop actuel. Et pour ce qui est du flow labyrinthique d’Asbest (et de ses invités James Reindeer, Invokal, St Jude ou le frenchie Dooz Kawa), il régale autant qu’il impressionne, propulsant le beat en avant pour mieux s’immiscer dans ses méandres et ouvrant de nouvelles portes dans nos esprits à coup de tracks tous plus immersifs les uns que les autres.


(Spoutnik)




9. Ol’ Burger Beats - Mind Games


"Quelle découverte ! Le producteur osloïte assure le cachou avec les félicitations du jury ! Dans des tonalités jazzy avec des loops délicieux de piano ou de cuivres, des beats suaves et des basses délicates, il assure des sommets de beatmaking moderne en version introspective, élégante et minimale. Et les rappeurs présents ? Jeremiah Jae, Jalal Salaam, Chester Watson, Quelle Chris, Denmark Vessey, Oliver The 2nd, Pink Siifu... On va juste dire qu’ils sont tous fidèles à eux-mêmes dans l’excellence, leurs particularités verbales et stylistiques s’accordent ici parfaitement et cette union nous amène à des summums de chillitude. A écouter jusqu’à l’overdose !"


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(Spoutnik)




10. 7’Rinth - Multiple Armz


"Un monumental château de cartes lo-fi à l’équilibre précaire fait de 12 pistes aux mélodies tour à tour labyrinthiques et flippantes. 7’Rinth et sa clique de malades mentaux avec en tête Menes The Pharaoh, Sea/Swordz ou Anubis Dohji vont à l’essentiel et sympathisent avec le malin avec une classe glaciale, oppressante, chargée et radicale. DIY, ultra-lo-fi, drogues en tous genres, ambiances anxiogènes, flows de dingues, boom-bap des bas-fonds et productions trippantes. Le résultat est immense, malsain, magistralement simple, ouvertement bizarre et narcotiquement parfait !"


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(Spoutnik)




11. Pedestrian - unIndian II


Après 12 ans d’absence, le con-fondateur le plus méconnu du label Anticon - auquel on doit pourtant le nom du cultissime label à la fourmi rénovateur de tout un pan du hip-hop indé au tournant des années 2000 - revient aux affaires avec une suite inattendue à son UnIndian Songs : Volume 1 qui en lieu et place des collaborations de l’époque, perpétue ses réflexions sur la mort et la transmission en recyclant, déconstruisant et réorganisant des bouts de morceaux et d’interventions au micro par Sole, Jel, Odd Nosdam, Josiah & Yoni Wolf de Why ?, Walter Gross (qui signe aussi l’artwork dans une veine abstract et éclatée qui va bien) ou encore Bomarr et Telephone Jim Jesus des Restiform Bodies. Poussant dans ses retranchements l’esprit de collages post-modernes parsemés de références old school de l’opus précédent dès Oakland Hosanna, ouverture qui saute allègrement de la drum’n’bass -> à un électro-hip-hop gothique estampillé 80s -> à un dub d’accordéoniste (Matt Harrison de Lorna est à l’instrument) -> à une ambient de désolation -> aux mixtures rap/rock à la Beastie Boys des débuts -> à la folk d’un Woody Guthrie qu’on aurait drogué jusqu’au béret, unIndian II réinvente ensuite sur Volume of the Seven Seas un instru de Jel électrisé par un Sole vénère et des références malmenées au tube de M|A|R|R|S, Pump Up The Volume, puis vire presque tribal sur un Anything tout aussi fou et enflammé sur fond des beats de Jel et des saturations d’Odd Nosdam. Mais le plus grand reste à venir avec l’entame drone mystique du crépusculaire et contestataire Resurrecting Morning (avec le flow de Sole encore) et surtout le quart d’heure fantasmagorique du final Songs Not Songs aux méditations ambient liturgiques et crépitantes. Unique !


(Rabbit)




12. Billy Woods - Known Unknowns


"Loin de l’avant-gardisme sonore monolithique apporté par ses potes du Backwoodz Studioz, ce 6ème album de Billy Woods se veut plus distractif. Les mélodies délicates et le hip-hop teinté de psychédélisme de Blockhead tentent de concilier la terreur et la fureur de l’un des emcees les plus importants de la scène ricaine actuelle. Le flow de Billy Woods sonne toujours aussi frénétique, comme obsédé par la représentation des problèmes de la société américaine. Homeboy Sandman, Aesop Rock et Elucid (mais aussi les samples de Ghostface Killah et MF Doom) ne calment pas la bête, Blockhead apporte juste un peu de couleur au monde en noir et blanc de Billy Woods, le combo est gagnant et ce dernier album au final très varié en devient passionnant et indispensable !"


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(Spoutnik)




13. Armand Hammer - ROME


Pour couronner une année dense pour Billy Woods (Known Unknowns juste au dessus) et Elucid (Valley Of Grace et l’instrumental Horse Latitude), les deux emcees new-yorkais ont encore une fois fusionné en l’entité Armand Hammer. Trois ans après Furtive Movements EP et 4 après l’immense Race Music, le ton général de ROME est exactement ce que l’on attend d’un nouvel album d’Armand Hammer : un scénario de fin du monde entre nihilisme et rap social contestataire, des beats tordus et des samples sans précédents signés Messiah Musik, August Fanon, Kenny Segal et JPEGMAFIA, des flows énormes proclamés, presque parlés, sans tentatives délibérées de rester sur le rythme tellement que les tracks semblent presque non-planifiés et surtout cette audace stylistique, véritable marque de fabrique pour Billy Woods et Elucid ! ROME est un album sale, coloré, ambitieux, sincère, puissant et intelligent, mais en même temps pétri de maîtrise et de sérénité. Encore un pièce majeure dans la discographie du Backwoodz Studioz !


(Spoutnik)




14. Pruven - Blood From Ancestors


"La volonté de ramener le discours social dans le hip-hop ricain n’a jamais été aussi présente que depuis quelques années, peut-être en contre-coup de la mandature Trump ou alors face à la débilité abyssale des Lil Yachty et autres Lil Uzi Vert ; Pruven s’inscrit en droite ligne (un peu comme Billy Woods dont nous parlions plus haut) dans cette optique là. Un Blood From Ancestors politique et engagé donc, qu’on aurait pu croire casse-gueule surtout à la vue de Jak Progresso aka Jak Tripper qui signe les deux tiers des productions (et apparaît aussi au micro sur l’énorme Stone Divers). Un coup de flippe car l’horrorcore total et impartial que le New-Yorkais nous avait offert sur Hideous aurait pu mal coller avec le flow athlétique de Pruven. Hé bien non ! L’alchimie fonctionne, Jak Progresso adoucit son beatmaking (même si ça reste relatif, hein !) et Pruven glace son flow. L’album est une avalanche de pépites froides où le flow martial d’une incroyable maîtrise de l’emcee prend une ampleur rarement atteinte."


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(Spoutnik)




15. Meyhem Lauren & DJ Muggs - Gems from the Equinox


Alors que son pote B-Real amasse les billets avec les Prophets of Rage, son super-goupe (de merde), DJ Muggs se la joue comme d’habitude plus discret et claque un énorme album avec un Meyhem Lauren lui aussi plutôt habitué à se démener dans l’ombre (d’Action Bronson). Du coup, on se dit que ces deux-là se sont bien trouvés. Sorte de chaînon manquant entre les Vs. Series (avec un emcee en chef) et les Soul Assassins (des featurings dans tous les sens : Roc Marciano, Mr. Muthafuckin’ eXquire, Conway, Sean Price, B-Real et Action Bronson, tiens tiens), Gems From The Equinox s’impose par la maîtrise de Muggs qu’on n’avait pas vu aussi en forme depuis presque 10 ans et son Pain Language avec Planet Asia. A coups de beats poussiéreux et sombres, de guitares crasseuses et de bouts de films d’horreur, DJ Muggs nous fait nous rappeler qu’il a de l’or dans les mains, et que même si l’album porte fièrement son héritage des années 90, il est bien ancré en 2017 (en attendant Kaos avec Roc Marciano et Elephants On Acid, un nouveau Cypress Hill, prévus pour 2018). Quant à Meyhem Lauren, son gros flow occupe enfin la place qu’il mérite, c’est à dire tout en haut ! Quant on vous disait que les deux s’étaient bien trouvés !


(Spoutnik)




16. Touch - Journey to the West


Produit par T. Perk à partir de vieilles cassettes de musique traditionnelle chinoise récupérées sur des marchés locaux, cette transposition de l’histoire du Roi-Singe (La Pérégrination vers l’Ouest, un roman du XVIe siècle vaguement connu chez nous pour son adaptation comique au ciné par Stephen Chow en 95 et ce superbe dessin animé des Studios de Shanghai), qui avait déjà inspiré à Damon Albarn un opéra en 2008, aligne les tubes asiatisants entre quête de soi et prises d’armes contre l’industrie du hip-hop. Réinventant les aventures de l’un des héros les plus contestataires de la littérature chinoise à l’ère du business roi et des ravages de la drogue au fil d’un véritable album-concept dont le storytelling se poursuit du premier au dernier morceau, Touch joute et bondit sur les capiteuses cordes folkloriques des instrus avec le même mélange de force et d’agilité dont fait preuve la divinité déchue Sun Wukong en maniant son fameux Bâton Cerclé d’Or, une verve indestructible qui culmine sur le rédemptoire Great Sage Equalling Heaven.


(Rabbit)




17. ECID - HowToFakeYourOwnDeath


"Il manquait toujours à Jason Mckenzie un vrai magnum opus, un truc puissant et intelligent, épuré et percutant, cool et ténébreux, mélangeur et idiosyncratique à la fois qui laisserait une trace sur le hip-hop des années 2010. Bonne nouvelle, avec ses lignes hypnotiques de basses/beats ultra-deep et de guitares lo-fi, ses arrangements électro clairs-obscurs évoquant Restiform Bodies, ses mélodies rappées/chantées dignes du Why ? d’antan, ses samples vocaux baroques à souhait et un storytelling aussi jouissif de nonchalance affichée que touchant d’humanisme sous-jacent HowToFakeYourOwnDeath, blindé de tubes underground en puissance (Placebo fx, Grieving Mantra, Breaking Up With Death et Guru en tête), parvient à sonner dans le même temps comme la quintessence de la disco du MC et producteur alt-rap ricain et l’héritage le plus crédible d’un label Anticon aujourd’hui moribond. Grand."


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(Rabbit)




18. Menes the Pharaoh & Golden Mask’ - Party in a Pyramid


Après un excellent Galaxy Cloak avec le non-moins excellent Sorcery Orchestra l’année dernière, puis cette année des featurings dans tous les sens (notamment avec 7’Rinth ou sur l’énorme compilation du Dead Orchard Records), Menes The Pharaoh est allé chercher Golden Mask’ pour mettre le feu aux pyramides ! La liste des potes invités (El Da Sensei, 7’Rinth, Maximus Da Mantis, Basement Dwellaz, Sea/Swordz ou Purple Dialect) présage que la fiesta sera bonne avec beaucoup de drogue et d’alcool, hé ben, pas manqué ! Party in a Pyramid est un truc à se désarticuler les membres ! Servi par le gros flow malade et puissamment proto-ragga de Menes The Pharaoh et par les productions simples et inventives de Golden Mask’, on est là pour bouger la tête et ça marche du feu de dieu !


(Spoutnik)




19. Uncommon Nasa - Written at Night


Avec 2 albums aussi massifs que Mink Swimming Pools et ce Written at Night, Uncommon Nasa aurait mérité sa place dans notre article sur les artistes incontournables de 2017 ! Mea culpa, du coup on se rattrape en parlant de ce Written at Night qui aura marqué notre année et théorisé l’holisme, car oui, avec Nasa, le tout n’est pas la simple somme de ses parties. Inviter Open Mike Eagle, Billy Woods, Mike Ladd, Lord Rao des Strange_U, Guilty Simpson, Brzowski, Oh No, Gajah, Curly Castro, Short Fuze ou Quelle Chris, c’est déjà magnifique, mais cela ne suffit pas à définir pleinement Written at Night. L’album se veut être un recueil de journaux intimes de pensées nocturnes avec grosso modo une piste par artiste et Uncommon Nasa plutôt discret au micro n’en serait que le ciment, mais son rôle est plus profond que cela, Written at Night est un concentré du génie créatif new-yorkais actuel et Nasa en est l’alchimiste !


(Spoutnik)




20. milo - who told you to think​ ?​ ?​ !​ !​ ?​ !​ ?​ !​ ?​ !


Depuis 4 ou 5 ans, il n’est plus possible de zapper milo d’un top albums. Et cette année encore avec over the carnage rose a voice prophetic sous le blase de scallops hotel, puis avec who told you to think​ ?​ ?​ !​ !​ ?​ !​ ?​ !​ ?​ !, l’emcee/producteur sait se rendre indispensable tout en restant honnête. Personnel et intime, ce dernier LP (qui est peut-être son album le plus facile d’accès et peut-être même son meilleur) en est le parfait exemple. Milo y assure lui-même pas mal de productions, mais son pote Kenny Segal n’est pas loin, tout comme Illingsworth, DJ Nobody du Low End Theory ou CoryaYo et Harris Cole, deux blases émergents de la scène underground de Chicago et ce travail à plusieurs est admirable. Avec son délicat assemblage d’abstract boom-bap du futur teinté de cloud rap créatif, d’échantillonnage, d’effets et de glitch dans tous les sens, who told you to think​ ?​ ?​ !​ !​ ?​ !​ ?​ !​ ?​ ! est indispensable parce que singulier et tellement rafraîchissant. Vivement l’année prochaine !


(Spoutnik)




20. Boxguts - Hot Bref Boy Volume 5 : Legend Of The Braggin’ Dragon


"23 titres tendus faits de la collision des sons, du martelage des beats et du démolissage de toute idée préconçue sur ce qu’est le rap en 2017. Si cette collection de featurings peut faire peur (même si les noms font envie : Yokes, Tame One, Jakprogresso, Doctor Evazan, Mike2Twenty, Bliss, Cplex ou LoDeck par exemple), il s’en dégage une quantité de tueries assez dingue allant du rap le plus canal-historiquement underground aux aventures plus actuelles (et même autotunées). Pour le reste, le flow rocailleux de Boxguts est toujours à la hauteur du challenge et il suffit de poser l’oreille sur la glace de Blaze On ou Narco Sub, le futurisme de Martian Skin, sur l’acrobatiquement asiatique Living Being Squashers, le beat malade de Sharp Chedder ou l’engin de destruction massive qu’est Gutter Science pour s’en rendre compte !"


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(Spoutnik)


Nos 5 EPS



1. Strangelove - EP 1


"On avait lâché les trois Strangelove en 2013 avec les 10 minutes d’une Chango Tree Tape et surtout un Purple EP composé de juste 5 titres qui à l’époque nous avait immédiatement et littéralement bluffés. EP 1, c’est là aussi juste 5 titres avec le même trio au micro et un Chango qui assure l’ensemble des productions. Un EP plus mûr, moins frontal que Purple, plus délicat et réfléchi qui commence sublimement avec Lonely Souls pour chiller au ralenti, qui revient vers le narcotique avec un Afterlude comme enregistré à l’intérieur d’une pipe à eau, qui lorgne vers le jazzy avec Stumbling, qui s’élève avec Kisses et ses flows délicatement déformés, aériens et contemplatifs et qui se termine avec Time, un titre dont on a l’impression qu’il démarre après 4 minutes 30 d’ambiances hésitantes, un titre minimal, mais une petite merveille comme seuls les Strangelove savent le faire."


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(Spoutnik)

2. Le Crabe & OptimisGFN - S.A.H.D.


"Le beatmaker nantais Le Crabe est allé chercher OptimisGFN, l’emcee ricain habitué au hip-hop teinté d’EDM, pour faire un tour du côté de contrées ouvertement breakcore expérimentales. Les deux ont accouché d’une tuerie faite de piqûres dans les tympans et de mélodies. Les beats proposés par Le Crabe sont sans rémission, sans compromission et l’accord est parfait avec le flow d’OptimisGFN. Au menu : une boulimie de bruits et d’agressions sonores (Tetsuo Headaches avec k-the-i ???), des morceaux découpés au chalumeau (le putain de break sur S.A.H.D.), des compositions génialement boiteuses et effroyablement infrasonores (Majin Buu) et des rythmes industriellement martiaux (ONYX HEART). Expérimental, audacieux, radical ou juste un vaste défouloir, vous en penserez ce que vous en voulez, mais quel kif !"


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(Spoutnik)

3. The Dirty Sample - Tuesday Nights On Cardero


"Couronnement d’une très belle année pour le label Hand’Solo Records, ce retour du producteur canadien que certains connaissent peut-être sous les pseudos Apeface ou Josh Mandrake fera plaisir aux aficionados d’Antipop Consortium (Bangar et ses hachures futuro-psyché, les sombres abstractions électro de Crow’s Nest), Cannibal Ox (Our Music et ses samples d’orchestre apocalyptique, le flow de Fatt Matt réminiscent de Vast Aire aidant), Buck65 (le bluesy Catch You Lying) ou du nerdisme cinématographique du crew fétiche de l’écurie de Toronto, Backburner (Fly, ou le final First Dark et son sample déstructuré de la BO des Persuaders). Associé à des MCs échappés de Port Authority, Low Pressure (notamment l’excellent Tachichi, cf. plus bas) ou encore du plus obscur Wise Green Money (le Californien Lesk One, qu’on rêverait d’entendre chez Backburner justement), le beatmaker de Calgary fait merveille en ménageant sur les sommets de ce Tuesday Nights On Cardero suffisamment d’espace pour des refrains lyriques à coller le frisson (Buy Or Sell, Our Music, First Dark)."


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(Rabbit)

4. Nick R 61 & Kendall Wa - King’s Cross


Dans l’immense bordel désorganisé qu’est internet en 2017, il y a une évidence assez flippante pour qui aime dénicher de la musique, on cherche des trucs, oui, on cherche, mais statistiquement on passe fatalement à côté d’albums déments ! King’s Cross signé Nick R 61 et Kendall Wa aurait pu être de ceux-là mais trouvés par hasard à force de balades dans les internets, les 5 titres de King’s Cross sonnent immédiatement comme une évidence : ce trop court crescendo de puissance primitive est une entité marginale, mais magistralement exécutée. EP parfait pour backpackers version 2017, King’s Cross aurait pu être signé par un Jeremiah Jae énervé ou un k-the-i ??? calmé et son cheminement luxuriant vers le bruitisme fait de samples de dingos et de lyrisme hip-hop aurait pu disparaître dans l’anonymat de la multiplicité, mais merci qui ? Merci IRM !




(Spoutnik)

5. La Main Gauche - Ni le même, Ni un autre


Du Boucan sur les Braises fut sûrement que ce que le rap français a fait de meilleur l’année dernière et la même pour Derrière les Palissades l’année d’avant ; Dezordr Records s’impose et même si La Main Gauche, Stekri, Monsieur Connard, Dtracks ou DJ Sav sont des potes, on a le droit de dire que nos potes sont cool ! Ni le même, Ni un autre invite Baudelaire en 2017 et "quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle" pour l’un, "la foudre frappe parfois deux fois au même endroit" et "il pleut quelque soit la saison" pour l’autre, La Main Gauche, c’est du spleen, du verbe haut, décousu et magistral, une autre façon de faire du rap en France la tête haute et le moral en berne, l’idée n’étant pas de prendre un train en marche mais d’en inventer les wagons.




(Spoutnik)


Nos bonus perso



- Rabbit :

1. Dälek - Endangered Philosophies

Après la mue planante d’un Asphalt For Eden aux rêveries fantasmagoriques et lancinantes qui tirait le meilleur du goût du combo new-jersien pour les murs de son vaporeux proches du drone ou du shoegaze, ce relatif retour à la pesanteur oppressante et déjà bien bourdonnante de la grande époque pourrait faire figure de pas en arrière pour Will Brooks et sa bande. Mais si Dälek s’avère nettement moins dérangeant et carnassier sur Endangered Philosophies qu’à l’époque des géniaux Absence et Abandoned Language, les volutes sépulcraux voire déliquescents d’Echoes Of..., Straight Razors ou A Collective Cancelled Thought d’un côté et la mélancolie plombée de Beyond The Madness, Sacrifice ou Battlecries de l’autre créent finalement un bel équilibre entre réminiscences belliqueuses et quête de spiritualité, jusqu’aux vagues lueurs d’espoir d’un Numb qui semble vouloir libérer l’humain derrière le bruit.



2. Mute Speaker - Buster Friendly

Le beatmaker de Brighton émigré au Cambodge nous en aura surtout mis plein les oreilles cette année par le biais de son album instru Ghost Machine, plein de vignettes abstract vaudou aux effluves futuro-ambient. Mais emmené par le sombre groove bluesy de New Territory avec Chris Clarke au mic, le nintendocore halluciné d’un Yoot susurré par Gajah ou les déambulations asiatisantes de Northern Lights feat. Express Fresh, les collaborations rappées du petit frère Buster Friendly entrecoupées d’intermèdes tantôt ethniques (Rocks Thrown, Kefa, U-Kid) tantôt extraterrestres (Snake In The Hole, Electric Shrimp) tantôt à la croisée des deux (Plug It In Turn It On, Bells & Whistles, Wake Up It’s Late) ne déméritent pas, avec à la clé un album aussi récréatif que créatif et décontracté autant qu’exigeant.



3. Teenburger - Hivemind

On ne s’attendait pas forcément à retrouver les compères Timbuktu et Ghettosocks de Backburner produits par les vétérans 90s The Herbaliser, groove jazz-hop, cuivres rondelets, vents chill et guitares funky en avant, et pourtant les Londoniens offrent aux Canadiens un écrin parfait pour leurs échanges de nerds férus de culture pop, un nouveau kaléidoscope où se téléscopent références au ciné SF et fantastique, aux comics de super-héros, aux jeux vidéo vintage et à la fanitude du duo pour les indépassables Beastie Boys comme sur la pochette au trombino culte de ce Hivemind, avec de gros bouts de Backburner dedans (la dystopie anxiogène du morceau-titre, la truculente épopée spatio-old school de The Weirding Way, le feat de Chokeules sur le décontracté du gland Bee Smilin’...) et surtout le back & forth irrésistible de deux des MCs les plus cool de l’univers.



4. Tachichi - Chico’s 90s Project

Ce tribute avoué aux 90s par Tachichi et son crew Sipset démarre sur une déconstruction trap assez plombée du hit de Sinéad O’Connor, Nothing Compares 2 U, heureusement la suite est à la fois moins sévère et moins référencée, car du groove redneck de Dive Bar Rap au faussement vénère Pick Up Game produit par The Dirty Sample (cf. nos EPs) en passant par le désarmant Light Skin (for the Win) dont je disais déjà tout le bien que j’en pense ici ou l’hédoniste Enjoy Yourself avec Ghettosocks au micro (la moitié des sus-mentionnés Teenburger signant également deux autres feats, quelques beats et l’artwork), c’est dans la légèreté et le second degré que brille le Canadien, jusqu’à flirter avec un trop-plein de dérision sur un Sippy Zombie où les morts se trémoussent sur fond de nu-soul romantique ou le G-Funk de Fuck Boy Burial. Ce qui n’empêche pas le bonhomme d’en sortir avec les honneurs sur des titres ironiques au propos plus sérieux tels que le Backburner-esque No Money, No Problems (pas étonnant c’est Uncle Fester qui produit) ou le féministe Kill the Patriarchy final avec une Nilla bien campée dans ses bottes à piétiner du macho rap.



5. Lucha Lonely - The Bobby Lonely Story

Introspective et soulful au diapason des beats des Arkeologists gavés de samples de chœurs rétro dont la magie vintage illumine les sommets Gold Bangles et Cheetah Skin Rugs (ou encore le très 70s et cinématographique Big Smoke), mais aussi et surtout crue et honnête jusqu’à la nausée, la dernière des 4 entrées du label Hand’Solo dans ce bilan commun (après Touch, The Dirty Sample et Tachichi donc) permet à Lucha Lonely, sous l’alias d’outlaw Bobby Lonely, de faire face aux démons de ses diverses addictions, de l’alcool au sexe en passant par la drogue, en quête d’un changement impossible et d’une âme enfin débarassée de ses tentations autodestructrices.




- Spoutnik :

1. bedwetter - volume 1 : flick your tongue against your teeth and describe the present.

Après Shawn Kemp, voilà encore un nouveau blase pour Travis Miller aka Lil Ugly Mane, car c’est bien le mystérieux emcee et producteur texan qui se cache derrière bedwetter et cet album au titre à rallonge. Selon moi, on a même là ce que Travis Miller a fait de meilleur ! Complètement dans la voie tracée avec Oblivion Access, c’est à dire un truc entre horrorcore du Sud (à la $uicideboy$ ou Three 6 Mafia), trap et expérimentation bruitiste, mais sans voix up ou down-pitchées (comme sur ses sorties d’avant 2015), le flow du Ricain est maintenant presque crié et son passé glitcho-metalleux avec Across nous pète tout d’un coup à la gueule ! On pense à Eyedea ou à Ol’ Dirty Bastard avec ce côté fou teinté de dépression, de désespoir, d’idéation suicidaire et de crise existentielle, on y pense fort aussi avec les instrumentations morbides, les samples inquiétants et les pistes instrumentales complètement dingues. Ce bedwetter s’écoute finalement comme un bad trip paranoïaque, il faut y être préparé, mais quel pied !



2. ANKHLEJOHN - The Red Room

Début 2017, on découvrait le démoniaque I Killed a Man, un des 6 EPs (quand même !) qu’ANKHLEJOHN sortira cette année, le choc fut violent mais rien en comparaison avec la monstruosité de ce The Red Room  ! Sorte de chaînon manquant entre Nacho Picasso et Westside Gunn, l’emcee washingtonien a une voix et un flow qui irritent ou qui régalent, c’est au choix. Ça rugit, ça rappe les dents serrées, ça pousse des cris, ça peut sembler forcé, mais bordel qu’est-ce que c’est bon ! ANKHLEJOHN a créé un personnage et il occupe tout l’espace, il gave chaque piste de sang et de violence primale. Trop ? Sûrement pas, car même sur les pistes plus décontractées, on sent que Lucifer est tapi dans l’ombre. Quant aux productions à la Gravediggaz du futur signées Big Ghost, HNIC, Camouflage Monk ou Nicholas Craven, elles assurent l’écrin noir parfait pour que la bête grandisse !



3. Lee Scott - SuperGod5000Plus / Earthworm Grim & Goosewater - Serotonin Plz

Encore une année faste pour l’emcee le plus méchamment cool que l’Angleterre nous ait pondu depuis David Niven. Alors oui, bien sûr, ce côté cool vient très certainement d’une consommation abusive de cannabinoïdes en tout genre, mais il n’empêche qu’après Tin Foil Fronts et surtout depuis Butter Fly, nous suivons les moindres featurings du gars de Runcorn. Avec 2 albums au compteur en 2017, Lee Scott a distribué du bonheur. D’abord avec Serotonin Plz qu’il signe avec Sam Zircon sous les blases de Earthworm Grim et Goosewater, plus cotonneux que narcotique l’album s’écoute comme une singulière introspection auditive bizarre et merveilleuse. C’est du hip-hop, mais comme toujours avec Lee Scott, on avance dans l’inconnu. Le sobrement intitulé SuperGod5000Plus quant à lui sonne plus malade et encore plus bizarre, les règles traditionnelles ont été brisées, l’emcee anglais accompagné par l’obscur producteur estonien Dew8 s’envole vers d’autres sphères et nous amène avec lui. On en redemande.



4. lojii & Swarvy - Due Rent

Sortir un album pour pouvoir payer son loyer, il n’en fallait pas plus pour aiguiser notre curiosité, et grand bien nous en a pris puisque le duo rappeur/producteur angeleno lojii et Swarvy signe avec Due Rent une pièce magistrale, sorte de pérégrination presque cinématographique d’un jeune homme noir pour trouver un taff dans les USA post-Trump. On pense à Ka ou à Roc Marciano à l’écoute du flow froid entre désespoir et résignation de lojii, mais il se dégage aussi une dimension calme et décontractée toute californienne que les productions magiques de Swarvy viennent embellir. Un album au final beaucoup plus complexe qu’il n’y paraît ; sophistiqué, réfléchi et inventif, Due Rent est la preuve que la créativité ne se développe jamais mieux que dans l’urgence.



5. Mike - May God Bless Your Hustle / Danny Watts - Black Boy Meets World

Pour finir, deux albums ex-aequo parce que fondamentalement similaires. D’une part le May God Bless Your Hustle de Mike et de l’autre Black Boy Meets World de Danny Watts. L’un est new-yorkais, d’autre est de Houston, sur le papier quoi de plus différent que le rap de la côte Est et celui du Sud. Mais passées ces différences culturelles, les deux se rejoignent par une sincérité à fleur de peau et une envie de transmettre des émotions rarement discutées dans le hip-hop actuel. Deux albums pas nécessairement révolutionnaires, mais deux voyages introspectifs authentiques et sans artifice mis à part celui de leurs productions, toujours soignées, mais dépouillées du superflu (merci Jonwayne). Du hip-hop sérieux me direz-vous ? Oui, peut-être bien et alors ?




Le top ten de Rabbit



1. Vas x Ill Clinton - V for Vigoda
2. Thavius Beck - Technol O​.​G.
3. Ichiban Hashface - Wolf Vs Snake
4. Insight & Damu The Fudgemunk - Ears Hear Spears
5. ECID - HowToFakeYourOwnDeath
6. Open Mike Eagle - Brick Body Kids Still Daydream
7. Dälek - Endangered Philosophies
8. Strange_U - #LP4080
9. Pedestrian - unIndian II
10. 7’Rinth - Multiple Armz


Le top ten de Spoutnik



1. Vas & Ill Clinton - V for Vigoda
2. Asbest The Moor King - Mind Of A Few
3. Jam Baxter - Mansion 38
4. Boxguts - Hot Bref Boy Volume 5 : Legend Of The Braggin’ Dragon
5. Strange_U - #LP4080
6. Ol’ Burger Beats - Mind Games
7. Swords For Hire - The Reign
8. bedwetter - volume 1 : flick your tongue against your teeth and describe the present.
9. ANKHLEJOHN - The Red Room
10. Open Mike Eagle - Brick Body Kids Still Daydream



indie rock mag - IRM des musiques actuelles


mercredi 19 décembre 2018


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