2017 dans l’oreillette - 20 chansons (+ 20 bonus)

En guise d’avant-goût d’une avalanche de bilans sans barrière ni arrière-pensée autre que célébrer notre amour pour toutes les musiques sincères et singulières qui nous ont passionnés au cours de l’année écoulée, voici mes 20 + 20 chansons de 2017 au sens le plus large (du moment qu’il y a des paroles et une voix, on est bon), toujours un exercice plus récréatif qu’autre chose pour le fondamentaliste du format album que je suis et reste après 12 ans à IRM, mais il fallait bien au moins une playlist dans mon nouveau smartphone chinois donc la voilà - avec un accent tout particulier sur le hip-hop (15 titres sur les 40 du classement étendu, cherchez pas à comprendre, c’est arrivé comme ça) et sur les compils IRMxTP dont les plus belles contributions chantées ou rappées, à force de réécoutes béates, m’ont forcément accompagné plus que tout autre morceau cette année. Allez, un peu de pop aussi mais c’est promis, soyons sérieux, dans le prochain article je me remets au drone-ambient !




- 1. Monsieur Saï - La Loge Blanche [IRMxTP Part IX - The Gifted and the Damned (Great Players Are Either Far or Few)]

La Loge Blanche, c’est à la fois le meilleur morceau de Dälek et - de loin, hein - le meilleur épisode de Twin Peaks en 2017, suite imaginaire au fameux cliffhanger de la fin de la saison 2 où la plume du Manceau, entre tension insoutenable d’un storytelling elliptique - sur fond de discordances lancinantes et de beats cinématographiques - et fantasmagorie hallucinée des visions de la Loge Noire, rend le plus bel hommage possible aux grandes heures de la série, la note de dérision des samples factices participant pleinement au fan service jouissif d’une claque de première écoute dont je ne me suis jamais vraiment remis. Et bien évidemment, que le morceau ait été enregistré tout spécialement pour IRM rend l’expérience encore plus belle, s’il en était besoin. Donc doublement merci, Monsieur Saï !



- 2. Open Mike Eagle - Brick Body Complex [Brick Body Kids Still Daydream]

Je l’ai chantonné dans les rues de Shanghai casque vissé sur les oreilles pendant le plus clair de l’automne, c’est sans surprise que le single collant comme un chewing-gum du Californien d’adoption sur les nerds attachants de son HLM de Chicago, qui ont su déjouer le déterminisme social des quartiers, se hisse tout en haut du classement ou pas loin. "We grew up in hazes, projects, dungeons / Graduation lunches, tried to make us something / See what we’d become." Ben voilà, dans le cas d’Open Mike Eagle, traverser l’océan pour devenir un favori d’IRM.



- 3. Portugal. The Man - Feel It Still [Woodstock]

"Quelque part entre les Kinks, Gainsbourg, la Motown et Beyoncé" disais-je dans ma chronique d’un Woodstock très décevant pour les fans de la première heure du groupe pop/rock mainstream le plus brillamment mélangeur des 10 dernières années, Feel It Still valait tout de même à lui seul de s’infliger le reste tant ce hit à la limite du plaisir coupable fait vibrer les corps autant que les cœurs.



- 4. Fallows - Sycamore Trees [IRMxTP Part VI - The Full Blossom of the Evening (The Most Beautiful Dream and the Most Terrible Nightmare All at Once)]

La reprise ample et hantée du Sycamore Trees de Twin Peaks par les Britanniques Anne Garner (chant d’ange déchu et flûte façon ambient-jazz norvégien) et Jeff Stonehouse (nappes fantomatiques et piano neurasthénique) est tout simplement l’une des plus belles choses que j’ai entendues cette année, et qu’elle ait été composée pour notre projet hommage à la série-culte n’a pas eu grande incidence sur ce choix, tant la majesté impressionniste et tourmentée d’un David Sylvian irrigue autant que les sombres rêveries de Badalamenti les 5 minutes en suspension de ce joyau ambient poignant et envoûtant.



- 5. Ecid - Placebo FX [HowToFakeYourOwnDeath]

Le rappeur/beatmaker et patron du label Fill In The Breaks prend sur son dernier album le meilleur d’Anticon - du temps où le label à la fourmi nous emballait à chaque sortie - et en particulier de Why ? pour éclater les frontières de l’alt-rap, avec un goût de l’introspection mélodique et de l’hybridation sonique qui culmine sur les beats très deep et synthés dystopiques de cette ode sarcastique à l’acceptation de nos travers d’hyperconnectés désocialisés.



- 6. Ghostpoet - Many Moods At Midnight [Dark Days + Canapés]

Oubliez vos préjugés si vous en aviez, le Britannique n’a vraiment plus rien de hip-hop et le rock feutré de ce joyau noir sur le crépuscule d’un couple s’inscrit bien davantage dans la lignée des Tindersticks, de Nick Cave ou du Pulp du tournant des 00s, la fausse nonchalance tourmentée du chant d’Obaro Ejimiwe aidant.



- 7. Insight & Damu The Fudgemunk - All Human [Ears Hear Spears]

L’album qui m’a le plus accompagné en cette fin d’année finira sans doute en belle place de mon bilan perso mais comme je n’étais pas à quelques lignes près sur le chef-d’œuvre de l’ancien collaborateur d’Edan dont il croise le génie mélangeur avec une science du verbe digne de Nas et la conscience humaniste et philosophique d’un Blueprint à son meilleur, impossible de ne pas faire la part belle à cet All Human au sample de cordes obsédant et troublant, typique de l’économie de moyens pour un maximum d’effets dont fait preuve le beatmaker Damu sur ce disque aux relents 90s évidents - autant qu’avec le superbe Vignettes sur lequel on reviendra.



- 8. Helen Why ? aka Lonny Montem & Guillaume Charret - Blue Rose Case [IRMxTP Part VII - Where We’re From, There’s Always Music in the Air (Heaven Is a Large and Interesting Place)]

On vous l’a sans doute déjà dit mais on n’en est pas peu fier de ce morceau que Lee Hazlewood aurait pu écrire aux grandes heures de sa collaboration avec Nancy Sinatra. Au lieu de ça c’est Lonny Montem et Guillaume Charret du groupe Yules qui en ont accouché dans le cadre cette fois encore de notre compil IRMxTP, infusant de synthés rétro-futuristes leur americana lynchienne pour en faire le joyau de notre 7e volet dédié à la pop dans tous ses états.



- 9. Pierre Lapointe - La Science du Cœur [La Science du Cœur]

La parfaite intro dépressive à un nouveau bijou du Québecois, digression tragique sur la conscience de l’éphémère et du superficiel auxquels nos solitudes modernes s’accrochent malgré nous comme à des gilets de survie. J’aurais aussi bien pu choisir le touchant Retour d’un Amour ou Qu’il Est Honteux d’Être Humain, hymne existentiel au dégoût de soi, mais c’était la seule des trois en écoute.



- 10. The Clientele - The Neighbour [Music For The Age Of Miracles]

Sept ans après Minotaur, The Clientele coiffe sur le poteau ses compères britanniques Slowdive et Ride au rang des résurrections pop/rock les plus enthousiasmantes du cru 2017 avec le beau Music For The Age Of Miracles, dont l’élégance psyché 60s rivalise sur ce désarmant The Neighbour avec celle du Wild Pendulum des Trashcan Sinatras l’année passée.



- 11. Blonde Redhead - Golden Light [3 O’Clock EP]

Je ne donnais plus très cher des New-Yorkais après les tics arty et racoleurs de Barragán et voilà que l’EP 3 O’Clock, en particulier sur ce titre, revient aux sources de ce que Kazu Makino et les frères Pace savent faire de mieux : se lover dans un désespoir mélodique aux arrangements de cordes crève-cœur (avec pour le coup des allures de Air le temps d’un break enchanteur à 4’32), encore transcendé dans la tragédie intimiste par les tourments susurrés de la chanteuse d’origine japonaise.



- 12. Jam Baxter - For a Limited Time Only [Mansion 38]

Comme pour Insight et Damu The Fudgemunk on reviendra plus amplement sur le pensionnaire du label High Focus à l’heure d’un bilan hip-hop croisé qu’il risque fort de survoler, mais en attendant le Londonien est déjà au plus haut avec le futurisme introspectif de For a Limited Time Only, digne du meilleur de Roots Manuva ou des débuts de Ghostpoet en plus backpacker peut-être.



- 13. The National - The System Only Dreams in Total Darkness [Sleep Well Beast]

Matt Berninger et sa bande, sans m’emballer autant qu’à l’époque de leur pic d’inspiration il y a 10 à 12 ans déjà, se sont plutôt bien rachetés avec un Sleep Well Beast que surplombe ce petit classique instantané. Tout simplement ce qu’un indie rock moribond a eu de meilleur à offrir en 2017, circonvolutions mélodiques, arrangements désarmants, rythmique incandescente et riffs joliment digressifs au service d’un songwriting digne dAlligator sur la déchéance d’une relation.



- 14. Melanie De Biasio - Your Freedom Is the End of Me [Lilies]

Dans les couloirs virtuels d’IRM certains sont plus fans que moi de la Belge mais ce morceau d’ouverture de son dernier - et meilleur - album en date, qui semble croiser Peggy Lee et Nina Simone à l’ère du trip-hop ténébreux des 90s, est une petite merveille d’anachronisme classieux, en particulier pour ses arrangements de piano impressionnistes et ses chœurs vaporeux.



- 15. Tachichi - Light Skin (for the Win) Remix [Chico’s 90s Project]

Six ans après le Lifers de Backburner - et dans la foulée du Thirst Trap d’Ultra Magnus & DJ Slam ! en 2016 - c’est l’un des vétérans du même label canadien Hand’Solo (4 chansons dans ce top 40 tout de même) qui signe l’hymne alt-rap le plus irrésistiblement light et jouissivement hédoniste de l’année avec ce Light Skin (for the Win) très Daisy Age, justement produit par Uncle Fester du crew sus-mentionné.



- 16. Girls In Hawaii - Cyclo [Nocturne]

Les GiH reprennent le flambeau de leurs compatriotes dEUS en tant qu’homologues belges de Radiohead avec un Nocturne joliment mélangeur qui fait figure pour moi d’aboutissement discographique, même si les fans un peu trop dithyrambiques jusqu’ici n’ont bizarrement pas l’air d’acquiescer. Les tiroirs mélodiques d’un Cyclo aux envolées stellaires mélancoliques à souhait dignes du meilleur de Syd Matters en sont pourtant la preuve éclatante.



- 17. Chelsea Wolfe - Offering [Hiss Spun]

Le morceau le moins électrifié du dernier chef-d’œuvre en date de la pythie doom du label Sargent House en est aussi le sommet de songwriting à la Siouxsie, troublant de noirceur et de romantisme mêlés.



- 18. Vas x Ill Clinton - Blood of Issac [V for Vigoda]

Point d’orgue et conclusion de mon album hip-hop de l’année avec le flow carnassier de Vas et les cuivres menaçants d’Ill Clinton, Blood of Issac est un sommet de tension urbaine suintant la violence et le danger comme peu de rappeurs sont encore capables d’en produire aujourd’hui (citons aussi Boxguts qui n’est pas passé loin de cette liste avec ça).



- 19. Valparaiso - Marées Hautes (feat. Dominique A) [Broken Homeland]

En plus de nous livrer l’un des chefs-d’œuvre de rock feutré du cru 2017 avec l’intense et clair-obscur Broken Homeland, les ex Jack the Ripper et The Fitzcarraldo Sessions réussissent la gageure de rendre son lustre d’antan à un Dominique A dont on ne donnait plus très cher suite aux déceptions successives de Vers les Lueurs et dEléor, deux pas de côté vers la variété que cette interprétation habitée aux paroles dignes de L’Horizon suffirait presque à excuser.



- 20. Jacob Faurholt - Listening To Devil Town [A Lake of Distortion]

Si ce nouvel opus du Danois - qui aurait aussi très bien pu se retrouver ici pour cette collaboration lynchienne bien plombée - ne se mesure pas tout à fait au fabuleux Corners d’il y a trois ans, cet hommage au père spirituel Daniel Johnston est un peu la quintessence aussi jouissive d’ironie que troublante de sincérité d’un songwriting désespérément tourmenté par une anxiété à la limite de la paranoïa.




Et comme 20 chansons ça passe vite et qu’il y a eu tout plein d’autres pépites en 2017, voici par ordre alphabétique mes 20 choix alternatifs :

- Thavius Beck - Further From The Truth [Technol O​.​G.]
- The Brian Jonestown Massacre - Throbbing Gristle [Don’t Get Lost]
- Brzowski - Masking Fluid and Painter’s Tape [Enmityville]
- Le Crabe & OptimisGFN - Tetsuo Headaches (feat. k-the-i ???) [S.A.H.D. EP]
- The Dears - End of Tour [Time Infinity Volume Two]
- The Dirty Sample - Buy or Sell (feat. Kaboom Atomic, Tachichi, Chaka Boy & Fatt Matt) [Tuesday Nights On Cardero EP]
- Ichiban Hashface - Isolation [Wolf Vs Snake]
- Lucha Lonely - Gold Bangles [The Bobby Lonely Story]
- Man Meets Bear - Bizhaa [IRMxTP Part I - I Had the Strangest Dream Last Night (The Howls Were Silent)]
- Les Marquises - Following Strangers (feat. Matt Elliott) [A Night Full Of Collapses]
- Juana Molina - Cosoco [Halo]
- Moongazing Hare - Sundayland Lights (feat. Distortion Girls) [IRMxTP Part VII - Where We’re From, There’s Always Music in the Air (Heaven Is a Large and Interesting Place)]
- Marissa Nadler - Sara (Bob Dylan cover) [Covers]
- The Oscillation - Evil In The Tree [Evil In The Tree 7"]
- Red Space Cyrod - Boredom [Folks & Falls]
- Ride - Rocket Silver Symphony [Weather Diaries]
- Laetitia Shériff - And It’s Enough [IRMxTP Part VII - Where We’re From, There’s Always Music in the Air (Heaven Is a Large and Interesting Place)]
- Tadash - La Technique [Jachère EP]
- Touch - Great Sage Equalling Heaven [Journey to the West]
- Zoën - Septembre [Septembre EP]