Le hip-hop a encore des couleurs

Ces dernières années, à mesure que les Beastie Boys, toujours en très grande forme, se trouvaient rejoints par les brillantes armadas des labels Anticon (Sole, Alias, Pedestrian, Jel, Doseone, Odd Nosdam et leurs multiples groupes, notamment Deep Puddle Dynamics, So-Called Artists, Themselves, 13&God, cLOUDDEAD, en plus de Subtle, signé chez Lex Records... ou encore, à leurs débuts, Sage Francis, Sixtoo et Buck65) et Def Jux (RJD2, El-P, Cannibal Ox, Aesop Rock), par une poignée d’autres ricains touchés par la grâce (Dälek, Astronautalis), par une jeune garde anglaise décomplexée (Day One puis The Streets et cette année Jamie T) ou même en France par les apocalyptiques Programme d’Arnaud Michniak (de retour en catimini le 18 juin dernier avec un mini-album solo intitulé Poing perdu ), moitié de feu Diabologum, ou par The John Venture, groupe héritier d’Anticon, le hip-hop qu’on aime changeait de couleur et continuait de s’ouvrir au rock, à la folk, à l’électronica ou encore aux musiques de films, abolissant les frontières et sondant de nouveaux horizons... à l’exacte opposée de celui des charts, de plus en plus envahissant et affligeant de régression et de médiocrité.

Ainsi, les génies d’hier disparus (A Tribe Called Quest, même si Q-Tip enchante toujours par ses apparitions ponctuelles, comme par exemple cette année sur l’inégale bande originale signée RZA du dessin animé Afro Samurai le temps du poignant Just A Lil’ Dude (Who Dat Ovah There)), moribonds (Public Enemy), en pré-retraite (De La Soul) ou en stand-by (le Wu-Tang Clan, du moins en tant que groupe), leurs successeurs en perte de vitesse (Roots Manuva, OutKast... voire même, dans une certaine mesure, Blackalicious), en stationnement (The Roots), en marche arrière (Jurassic 5), en hibernation (Saul Williams, ou encore Cannibal Ox, duo révélé par le label Def Jux justement), l’emballant Kanye West toujours un peu limité par ses dérives mainstream et le talentueux Madlib, comme le prometteur MF Doom (par ailleurs associés au sein de Madvillain) par un maniérisme parfois à la limite de l’esbrouffe, le hip-hop en tant que musique noire, privé tantôt pour le meilleur tantôt pour le pire de sa signification originelle, peine de plus en plus à rivaliser en intensité comme en inventivité.

RZA feat. Q-Tip & Free Murder : Just A Lil’ Dude (Who Dat Ovah There) (soundtrack Afro Samurai , 2007 - montage non officiel)

Toutefois, il demeure bien chaque année une poignée d’irréductibles capables de "résister" (du moins le faudrait-il aux yeux des puristes les plus acharnés) à l’"envahisseur". Ainsi, après son collègue du Wu-Tang, GZA (coaché tout de même par un autre "blanc-bec" de génie, DJ Muggs, ex-metteur en son de Cypress Hill), en 2005 le temps d’un Grandmasters de haute voléee, ce fut l’an dernier au tour de Ghostface Killah de faire son grand retour avec le gargantuesque Fishscale , sommet de hip-hop old school nourri à la soul et au R’n’B d’antan, doublé qui plus est d’une compil’ de faces-B, More Fish , et d’un EP, Fried Fish , également pleins à craquer de petites pépites qui n’auraient pas démérité sur un double album.

DJ Muggs Vs. GZA : General Principles (album Grandmasters , 2005)

Parallèlement, un autre new-yorkais faisait un come-back fracassant au plus haut niveau : Nas, auteur 12 ans auparavant du cultissime Illmatic , déjouait tous les pronostics en livrant avec Hip Hop Is Dead son chef-d’oeuvre à ce jour, culminant sur le brûlot Black Republican, véritable tube en puissance construit sur un sample dévastateur emprunté à la Marcia Religioso du Parrain , composée par Carmine Coppola.

Nas feat. Will.I.Am : Hip Hop Is Dead (album Hip Hop is Dead , 2006)

Mais pour en arriver à ce premier semestre 2007 écoulé, si la surprise est venue du londonien Dizzee Rascal, enfin libéré du carcan du grime qui limitait depuis ses débuts son indéniable talent, la palme revient néanmoins jusqu’ici à Mos Def, qui étrangement n’a pas bénéficié du même succès critique que les quatre artistes sus-cités. Chouchou de la presse depuis son premier album Black On Both Sides , manifeste soul/funk/hip-hop laché en 1999, l’artiste new-yorkais, révélé en 1998 au côté de l’excellent Talib Kweli au sein de Black Star et croisé ponctuellement en tant qu’acteur dans de petits films de studio réjouissants tels H2G2 ou encore Braquage à l’italienne , a pourtant sorti en janvier dernier, avec le bien-nommé Tru3 Magic , un nouveau chef-d’oeuvre à la hauteur du précédent, The New Danger , paru en 2004. Sur ce dernier, Mos Def samplait Marvin Gaye sur l’épique Modern Marvel et s’en révélait, plus encore que le Common de Be , le digne héritier par son ouverture, sa générosité, sa conscience socio-politique et des éclats de lumière et d’intensité absents d’un Black On Both Sides placé sous le signe du cool.

Cette coolitude, bien que doublée d’un certain engagement antimilitariste, demeure néanmoins l’une des principales caractéristiques de sa musique, toujours nourrie plus ou moins directement à la liberté du jazz. Une influence que l’on retrouve sur Tru3 Magic , pour lequel l’américain se tourne cette fois vers le hip-hop old school , les BO’s de films d’exploitation des 70’s et, dans ses plus beaux moments, vers la soul rythmique et lyrique d’Isaac Hayes et de Bobby Womack.

Mos Def : There Is A Way (album Tru3 Magic , 2007 - vidéo non officielle)

Plus concis (14 chansons pour 55 minutes, alors que les précédents dépassaient tous deux les 70 minutes), Tru3 Magic ne perd pas grand chose pour autant en richesse d’inspiration, et impressionne par sa cohérence et sa capacité à cerner l’essentiel (la "vraie magie" du titre, symbolisée notamment par l’artwork minimaliste et le dénuement du packaging de l’album, ce que beaucoup ont malheureusment pris pour la touche finale d’un bâclage volontaire), là où Black On Both Sides et même The New Danger , à lorgner par moments sur le punk, le métal, l’afro-beat ou la musique tribale, s’en retrouvaient victimes d’un trop grand éparpillement.

Bref, vous l’aurez compris, malgré l’excellent Finding Forever de Common sorti le mois dernier, indispensable quoiqu’inférieur à son céleste prédécesseur cité plus haut, Mos Def incarnera sans doute mieux que quiconque cette année l’excellence de la musique afro-américaine, dont il ne faudrait surtout pas oublier qu’elle continue d’influencer, outre le hip-hop, aussi bien l’électro que le rock ou la pop d’aujourd’hui.


Blog - 20.08.2007 par RabbitInYourHeadlights
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