100 artistes, 100 albums : les incontournables (Part. 1)

Été 2008, Indie Rock Mag vous propose un dossier incontournable, inédit et indispensable. Prenez un sujet du Forum Indie Rock intitulé "vos 100 meilleurs disques de tous les temps", ajoutez-y une poignée de formules validées par l’INSEE, mixez le tout avec des choix de la rédaction intercalés en parfaite cohabitation et vous voici face à ce que l’on peut considérer comme 100 artistes, 100 albums incontournables (des temps modernes).

50. Pulp - This Is Hardcore (UK - 1998)

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Pulp - This Is Hardcore dispo sur amazon.fr

Sauvetage admirable et disque de la crise de nerfs pour le grand (1m90) Jarvis Cocker, This Is Hardcore sera pourtant à sa sortie l’album ultime de Pulp et celui dont on se souvient le mieux aujourd’hui, occultant tous les tubes précédents qui surfèrent sur la vague brit-pop sans en avoir l’air. Parce que le groupe de Sheffield, c’était bien plus que ça. Partis au début des années 80 dans un berceau pop-guimauve baigné à l’XTC puis traversant les années 80 dans les eaux glauques mais magnifiques du rock sombre et torturé (réécouter Freaks aujourd’hui fait froid dans le dos), avant de se réinventer sur Separations en pop glam, entre synthés disco et arrangements kitsch mais toujours inspirés, les compagnons de route de Jarvis signaient alors leur disque le plus lumineux dans les arrangements mais aussi le plus sombre. C’est que le succès, longtemps attendu (1981-1992, quand même) aura cet effet pervers qui sera la défection soudaine des capacités mentales de leur leader. Celle-ci entraînera à son tour le départ de Russell Senior, guitariste/violoniste emblématique, à cause de l’incapacité qu’avait Jarvis de trouver une suite à Common People. Tout cela pouvait faire peur. Mais le phénix renaquit de ses cendres avec le premier simple extrait de l’album, This Is Hardcore, nourri à toutes les influences cinématiques les plus honorables (un clip magnifique l’accompagnait, dont nous présentons la version intégrale ci-dessous), et dont les textes allaient taper au fond des angoisses existentielles de Jarvis Cocker. L’album, plus profond et sérieux que tout ce que le groupe avait fait auparavant, sera une merveille de pop-rock intelligente et mature. Puis viendra la grande rencontre avec Scott Walker, mais c’est une autre histoire... et puis, Pulp sur scène, c’était quelque chose, aussi...

Lloyd_cf


XTC - Apple Venus Vol. 1 (UK - 1999)
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Adoubé par la plupart des groupes de la scène brit-pop, Blur en tête, XTC est en hibernation durant l’apogée du mouvement au milieu des années 90. En conflit avec son label d’origine Virgin, Andy Partridge est contraint de s’isoler et voit s’accumuler les problèmes personnels (ennuis de santé, rupture sentimentale, dépression...). En 1998, la brit-pop s’essouffle définitivement et XTC revient après sept années d’absence, resserré autour du noyau dur Andy Partridge/Colin Moulding et sur leur propre label Idea Records. Enfin libre de toutes obligations vis-à-vis d’une maison de disques, Andy Partridge va en profiter pour donner un second souffle à son songwriting déjanté, délaissant les influences des débuts (Kinks, Beatles) qu’on lui avait un peu trop vite collé sur le dos pour se tourner vers une pop orchestrale aux arrangements d’orfèvrerie. De la musique répétitive à la Steve Reich (le superbe morceau d’ouverture River Of Orchids) aux orchestrations easy-listening d’un Burt Bacharach, XTC élargit sa palette d’influences pour donner à ce premier volume de la série des Apple Venus des allures de chef-d’oeuvre. Andy Partridge nous gratifie peut-être même de son plus beau morceau avec Easter Theatre, son Eleanor Rigby à lui tandis que Colin Moulding est responsable de deux chansons loufoques et barrées dont il a le secret (Frivolous Tonight et Fruit Nut). Au sein d’un parcours discographique qui compte pléthore de sommets ( Drums And Wires, Skylarking, Nonsuch ), Apple Venus Vol. 1 est définitivement le col hors-catégorie pour ceux qui ont choisi de se doper à XTC.

Aurélien

49. Sparklehorse - It’s A Wonderful Life (US - 2001)

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Tel un train au ralenti, Mark Linkous chante de manière désabusée et monotone It’s A Wonderful Life en ouverture. L’ambiance est posée. Sur ce troisième album, il a mis quelque peu au placard les mélodies lo-fi rageuses de son premier album enregistré seul, une merveille au nom bien étrange qu’est Vivadixiesubmarinetransmissionplot. Quelques années auparavant, Mark Linkous a connu la dépression et a failli perdre la vie suite à une overdose. Et pourtant sur cet album cotonneux et délicat, la lumière est vraiment évidente. L’homme qui se cache derrière Sparklehorse est sorti de sa solitude et se fait accompagner d’une liste d’invités prestigieux. Et autant le dire d’emblée, la magie opère à chaque fois, car c’est bien de magie qu’il faut parler. Avec cette succession de ballades folk en l’agréable compagnie féminine de Nina Persson des Cardigans (Gold Day, idéale pour un réveil en douceur) ou PJ Harvey (Eyepennies, belle à pleurer), Mark Linkous émeut toujours autant et exprime sa profonde mélancolie et sa nostalgie comme rarement. Il ne faut toutefois pas oublier la moins connue et tout aussi admirable Sophie Michalitsianos qui l’accompagnait déjà sur le précédent album et qui a récemment pris son envol en tant que Sol Seppy avec déjà deux très belles réussites sur album ( The Bells of 1 2 et le mini-album Pssscheeow ).

Une version alternative de Piano Fire avec PJ Harvey

Avec l’aide de John Parish (PJ Harvey, Eels, 16 Horsepower...) à la production, Mark Linkous a su trouver des arrangements superbes et nuancés et les mettre au service de mélodies simples et renversantes. Autre invité de marque, Dave Fridmann (Mercury Rev, The Flaming Lips…) a contribué à cet album en tant que co-producteur et musicien. Et on pourra également parler de Dog Door qui voit échanger Linkous au chant avec Tom Waits, l’une de ses idoles. Finalement, on peut affirmer avec certitude que tout ce joli monde a permis de sortir l’un des albums les plus beaux et intimistes de ce début de siècle.

Darko


The Cardigans - Gran Turismo (Suède - 1998)
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Il n’y a pas grand monde, parmi ceux qui écoutaient de la musique dans les années 90, qui n’ait pas entendu au moins un titre des Cardigans dans sa vie. Il faut dire qu’avec la surmédiatisation de Lovefool, My Favourite Game voire de Erase/Rewind, il était difficile de passer à côté de ce groupe suédois, présentant une pop rafraîchissante et efficace. En revanche, ils sont déjà beaucoup moins nombreux (et cela se vérifie en concert) à s’être penchés sur leur discographie. Le groupe a explosé grâce au single phare de son troisième album First Band On The Moon, qui bien que comportant quelques longueurs, était déjà annonciateur de grand talent. Gran Turismo le confirmera dès son morceau d’ouverture, Paralyzed, chanson ténébreuse et torturée aux guitares dissonantes introduite par un sifflement inquiétant. Et que dire de de l’intensité de Hanging Around ? Tourmenté, sombre, désabusé, voire cynique avec Do You Believe, c’est l’impression qui ressort de l’écoute de ce disque, tranchant radicalement avec l’ambiance légère quoique déjà ironique de son prédécesseur. Mais, ici encore, le single a trompé l’auditeur et à force de passage en boucle sur les ondes FM, a fini par lasser... et faire des Cardigans un groupe tristement sous-estimé, malgré le chef-d’oeuvre qu’il venait de livrer.

Après ça, chacun des membres partit dans sa propre direction. Peter Svensson, le guitariste et principal compositeur du groupe, a produit la chanteuse suédoise Titiyo avec un éphémère succès international, Magnus Sveningsson a enregistré un bel album d’indie pop aux accents de soul moderne ( I Sing Because Of You ) sous le pseudo Righteous Boy et Nina Persson a ouvert sa musique à l’americana en faisant appel à Mark Linkous de Sparklehorse pour produire le superbe premier album de son projet solo A Camp, qui montre toutes les facettes de son talent de songwriter avec une palette musicale allant du rock noisy à la ballade astrale en passant par la country (sa suite, annoncée comme très différente, sortira vraisemblablement cet l’automne). On aurait pu dès lors croire en la fin des Cardigans mais il n’en fut rien. Et bien que leur avant-dernier album, à l’inspiration plus folk, soit de toute beauté (cf. la chanson Please Sister, peut-être bien le sommet du groupe), ils n’ont toujours pas connu les faveurs de la critique, et sans tube évident, Long Gone Before Daylight est malheureusement resté dans l’ombre, tout comme son successeur Super Extra Gravity.

Spydermonkey

48. The Dandy Warhols - Thirteen Tales From Urban Bohemia (US - 2000)

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Dandy Warhols - Thirteen Tales From Urban Bohemia dispo sur amazon.fr

Voir ce Thirteen Tales From Urban Bohemia pointer à la 48ème place constitue sans doute l’une des surprises de ce classement. Certes, il avait dès sa sortie reçu de belles critiques, mais de là à le voir figurer dans un top 50 des meilleurs albums, il y avait du chemin. Attention, qu’on ne me fasse pas dire ce que je ne pense pas : il mérite tout à fait sa place ici. Car si on peut dans un premier temps regretter le côté brut de son prédécesseur, The Dandy Warhols Come Down, ce n’est que pour apprécier davantage ensuite la production du disque qui révéla le combo de Portland au grand public et mit un terme à l’amitié qui les liait à un autre groupe américain, sûrement plus culte mais demeurant dans l’ombre, The Brian Jonestown Massacre.

Il est vrai qu’ils n’ont rien révolutionné. Cependant, l’efficacité et l’homogénéité de cette quatrième galette n’en demeurent pas moins réelles. Les cuivres (Godless), les airs country (Country Leaver), les harmonies vocales (The Gospel) et même des scratches hip-hop (Shakin) côtoient de manière impertinente les larsens d’un rock parfois noisy (Nietzsche) rappelant souvent les 70’s (Get Off, Bohemian Like You). Le tout sans tomber dans un mauvais remake de la "grande période du rock" même s’il est vrai que les références aux Rolling Stones ou à Lou Reed sont ici plus qu’évidentes.

Magistralement construit comme un récit aux saynètes emboîtées chroniquant avec humour et tendresse cette bohème urbaine du titre que le groupe a bien connu avant son succès, Thirteen Tales From Urban Bohemia est peut-être le disque le plus abouti du combo mené par Courtney Taylor-Taylor. Welcome To The Monkey House est réussi, c’est vrai, il contient de très jolis morceaux, notamment le tubesque We Used To Be Friends, l’électro I Am A Scientist (en collaboration avec David Bowie que le groupe accompagnera ensuite en tournée), le mélancolique et dansant You Were The Last High et le bouleversant Heavenly, seuls titres pouvant finalement prétendre égaler son illustre prédécesseur. En ce qui concerne la suite, au moins on ne pourra pas reprocher aux Dandy ricains les plus british de ne pas vouloir se répéter...

Spydermonkey


Sebadoh - Bubble & Scrape (US - 1992)
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Tout est là, résumé et concentré dans la première chanson de ce disque, Soul And Fire. L’esprit et le feu, la volonté et la passion. Parce que cette chanson de Lou Barlow, ancien bassiste des Dinosaur Jr. parti à la recherche de nouvelles aventures avec un budget minimum, en a concentré tout l’esprit lo-fi. La production est minimale, la formation aussi, mais les paroles sont d’un poignant au-delà de l’imaginable, et le tout semble juste, mais sur le fil du rasoir, pas à l’abri d’une fausse note ou du capharnaüm, comme en témoignent d’ailleurs certains titres carrément bordéliques du disque ou de ses prédécesseurs, encore plus barrés et tordus.

C’est d’ailleurs à partir de ce disque que Lou apparaîtra comme le meilleur songwriter du trio, à la fois puissant et doux, comme sur l’extraordinaire Cliché ou sur l’album suivant, Bakesale, tout aussi lumineux mais résolument plus propre.

Bubble & Scrape est donc le point d’orgue entre rock lyrique et poignant et bordel potache et improbable, le discret et délicat équilibre qui n’est que l’apanage des meilleurs.

Lloyd_cf

47. The Flaming Lips - The Soft Bulletin (US - 1999)

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Leader des Flaming Lips, Wayne Coyne est un grand gamin qui a une imagination parmi les plus débordantes et délirantes que l’on ait aperçues ces vingt dernières années. Autant le dire, ce foisonnement d’idées plus ou moins farfelues ou géniales peut tout aussi bien laisser perplexe que forcer l’admiration, mais c’est cette deuxième vision qui l’emporte évidemment le plus souvent. Il fallait oser notamment sortir un album dans le genre de Zaireeka composé de 4 CDs que l’on devait écouter simultanément pour pouvoir entrer dans l’univers psychédélique du groupe, ce qui ne fut pas chose simple à l’époque il faut bien l’avouer.

Sur The Soft Bulletin , le groupe s‘est pour ainsi dire calmé et revient à bien plus de simplicité. Ce sera la clé du succès en cette fin de siècle mêlée d’espoir et de crainte pour l’entrée dans un nouveau millénaire. Sans se poser de questions, le single d’ouverture Race For The Prize qui voit deux scientifiques se lancer dans une course effrénée à la distinction, ouvre les portes à l’imaginaire fantastique et exaltant des Flaming Lips. Sous une avalanche de symphonies enthousiastes et bancales, portées par une rythmique maladroite et brinqueballante, on se retrouve vite embarqué dans cette cavalcade insensée et passionnante, bien souvent amusante.

A travers cette incroyable odyssée composée de ballades oniriques et d’envolées psychédéliques, bidouillées et triturées, The Flaming Lips émerveillent et impressionnent, trouvant même le single idéal de cette fin de siècle avec Waiting For A Superman. Finalement, cette magie qui ne tient qu’à un fil doit également beaucoup à l’influent producteur Dave Fridmann, membre des Mercury Rev. Depuis, The Flaming Lips ont continué leurs extravagantes aventures cosmiques avec Yoshimi Battles The Pink Robots et At War With The Mystics qui sont également de belles réussites, des aventures qui valent vraiment le coup d’être suivies sur scène dans une ambiance bon enfant et parfois même féérique.

Darko


Spacemen 3 - Recurring (UK - 1991)
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Lorsque Recurring sort en 1991, le trio vient d’imploser et on n’en fait pas grand cas. L’album est d’ailleurs nettement scindé en deux parties, entre les titres répétitifs et hypnotiques de Sonic Boom et les chansons tristes et psychédéliques de Jason Pierce, qui deviendra bientôt Spiritualized, le tout lié par la basse tour à tour hypnotique et lancinante de Pete Bassman, qui partira bientôt fonder The Darkside.

Trois trajectoires différentes qui donneront par la suite encore pléthore de petits chefs-d’oeuvre psychédéliques et hallucinés, autant influencés par le Velvet Underground et les garage-bands des sixties que par les quantités de drogues hallucinantes qu’ils descendent.

Mais si on fait peu de cas du groupe qui ne connaît alors qu’un statut culte, on peut légitimement se demander s’ils ne furent pas plus importants qu’ils n’y paraissaient, finalement, lorsqu’on écoute aujourd’hui les Black Angels ou les Warlocks, ou quand on se remémore un certain soir de Novembre 1997, quand un petit groupe écossais inconnu reprenait leur titre Honey sur la scène du festival des Inrockuptibles. Ils s’appelaient Mogwai et on ne parlait alors que très peu de post-rock...

Spacemen 3, I Love You, un petit goût de Pierre Henry ?

Lloyd_cf

46. Blur - Think Tank (UK - 2003)

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Dernier album en date de Blur, Think Tank (lire notre chronique) marque encore plus que ses prédécesseurs ( Blur et 13 ) la rupture du groupe avec la brit-pop par laquelle il avait accédé au succès en 1994. 13 titres comme autant de terrains de jeux, où Damon Albarn et ses compères (Alex James et Dave Rowtree, Graham Coxon préférant désormais mener sa barque en solo) explorent sans complexe des sonorités multiples, mélangeant pop, électro, rock, dub, groove et ambiances arabisantes.

Le ton est donné dès le premier titre, Ambulance, morceau pour le moins bigarré, prémices du beau voyage qui nous attend. Think Tank ayant été enregistré pour partie au Maroc, le Groupe Régional de Marrakech s’invite sur le second titre, Out Of Time, premier single de l’album. Ici l’atmosphère se veut plus rassurante, apaisée, contrairement aux paroles, triste constat du monde qui nous entoure ("and you’ve been so busy lately that you haven’t found the time to open up your mind and watch the world spinning gently out of time"). Ce thème de la décadence de la société actuelle et par là même de l’être humain sera d’ailleurs récurrent tout au long de l’album, Albarn signant ainsi une sorte de manifeste contre les excès et dérives de la mondialisation, avec comme seul et éternel remède, l’amour, autre thème cher londonien. L’artwork confié à Banksy illustre d’ailleurs à merveille ce laboratoire d’idées.

L’ovni Crazy Beat, second single dopé par Norman Cook (aka Fatboy Slim), vient perturber l’ambiance calme régnant tout au long de l’album et marque le retour du groupe avec le son électrique (teinté d’électro), tout comme We’ve Got A File On You, titre rapide, brut et sans détour comme sait si bien les faire Blur. Entre ces deux morceaux on notera une pépite qui brille plus fort que les autres, Caravan, morceau vaporeux et aérien où la voix "vocodée" d’Albarn rencontre les lignes fluides d’une multitude d’instruments, pour s’éclaircir le temps de "la la la la la la (la)", et nous emmène loin...

L’album se termine avec Battery In Your Leg. C’est beau, pur et puissant à la fois, "this is a ballad for the good times", comme un au revoir adressé à Coxon, seul titre de l’album sur lequel il collabore. Un titre à quatre, les mêmes avec lesquels l’aventure avait débuté en 1989, le dernier titre du dernier album de Blur, la boucle est peut-être bouclée, et de la plus harmonieuse des façons.

Pix


Deltron 3030 - Deltron 3030 (US - 2000)
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Deltron 3030 dispo sur amazon.fr

Quand le californien Dan The Automator - pionnier d’un abstract hip-hop cinématique et déviant avec Kool Keith au micro sous le nom Dr. Octagon en 96 le temps d’un chef-d’oeuvre à la croisée de la SF, du porno et de l’horreur mais paradoxalement d’une classe folle - s’associe avec le DJ canadien Kid Koala aux platines et le MC au flow élégant et singulier des visionnaires Hieroglyphics, j’ai nommé Del Tha Funky Homosapien, on peut s’attendre à quelque chose d’assez unique. On est en 2000, le bug n’a pas eu lieu, tous les fantasmes futuristes peuvent renaître de leurs cendres et ceux de Del feront de Deltron 3030 un véritable opéra SF dans l’esprit d’un Ziggy Stardust par exemple : les aventures homériques d’un astronaute nommé Deltron Zero propulsé en l’an 3030 et confronté au règne des corporations et aux étranges évolutions des moeurs et de la société humaine.

Dans la continuité du premier Handsome Boy Modeling School qu’il avait co-réalisé l’année précédente avec Prince Paul (ex-Stetsasonic ou Gravediggaz et producteur pour De La Soul notamment), Automator s’amuse à plier la pop, le jazz, le funk et même la musique classique à son univers d’une richesse unique, distribuant les rôles à des invités triés sur le volet : Hafdis Huld, chanteuse du groupe électro islandais GusGus qui interprète la transition The News dans sa langue maternelle, Sean Lennon qui venait tout juste de débuter en solo, Mark Bell aka LFO, également producteur pour Björk, le fondateur du label californien Stones Throw Peanut Butter Wolf, l’ex clavier des Beastie Boys Mark Ramos-Nishita aka Money Mark, Beans d’Antipop Consortium, Prince Paul bien sûr et surtout Damon Albarn en narrateur (également au chant et au melodica sur Time Keeps On Slipping), lequel sera tout particulièrement influencé par cette aventure pour son projet Gorillaz dont il confiera justement l’année suivante la production du premier album à Automator et le micro à Del pour les morceaux rappés (Rock The House, sommet de l’album largement inspiré du Memory Loss de Deltron, et puis évidemment le single Clint Eastwood qui a connu le succès que l’on sait). Quant au résultat, s’il demeure légèrement inférieur à l’ Ecologyst de Dr. Octagon, on pourrait tout de même vous parler des heures du lyrisme de 3030, de l’épique Positive Contact, du groovy Madness, de l’anxiogène Turbulence ou de l’influence de Lalo Schifrin sur les basses et les arrangements urbains d’un Battlesong d’anthologie, mais le clip de l’inquiétant Virus devrait suffire à vous faire un premier avis sur la question :

RabbitInYourHeadlights

Un dossier en 10 épisodes : part. 1 - part. 2 - part. 3 - part. 4 - part. 5 - part. 6 - part. 7 - part. 8 - part. 9 - part. 10



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dimanche 8 décembre 2019


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