DJ Q-Bert - Extraterrestria

A la préhistoire du hip-hop, du temps de Grandmaster Flash et d’Afrika Bambaataa, le DJ, le type qui passait les disques était central et célébré comme il se doit, mais progressivement grâce à un ego trip surdimensionné, une visibilité plus directe et un public qui préférera toujours le lumineux à l’obscur, l’emcee a pris le dessus. Pire, la technique et l’informatique avançant, le beatmaker et le producteur ont encore un peu plus fait disparaître le DJ pour finalement (ironie de l’histoire) l’envoyer aux oubliettes d’une musique qu’il avait pourtant créée au début des années 80. On ne l’entraperçoit plus que par bribes au détour de quelques scratchs grâce au hip-hop new-yorkais ou au trip-hop bristolien des années 90. Le turntablism n’est plus ce qu’il était, le DJ est devenu un animateur de soirées ou une bête de concours. Le sampler a tué la double platine...

1. Moth-Rah (Mothmen)
2. Medusa (Nagas)
3. Ascender (Agartha) [feat. Chad Hugo & Tipsy]
4. Draconian (Reptilian)
5. Bloom (Plantoids) [feat. Craig Abaya & Tipsy]
6. Spectre (Moon Men) [feat. Tipsy]
7. HuverKraft (Greys) [feat. Dana Leong, DJ Zeke & Coppe]
8. Astro Frog (Mintakan)
9. Broken Butterflies (Orion Hybrids)
10. Nautilus (Pleiadian)
11. Jiu-Jitsu (Gaian) [feat. DJ Iq]
12. Labyrinth (Pegasian) [feat. Dana Leong]

date de sortie : 01-07-2014 Label : Thud Rumble

Et pourtant les DJs ont marqué l’histoire du hip-hop et DJ Q-Bert puisque c’est de lui dont il est question en est une des légendes. D’origine philippine, Q a commencé sa carrière à la fin des années 80 à Oakland au sein de F.M.2.0., le trio qu’il créa avec DJ Apollo et Mix Master Mike, une autre légende du hip-hop qui explosera à la face du monde en tant que DJ résident au sein des Beastie Boys. A eux trois, ils inventent un style en superposant beats, lignes de basse et solos de scratch, et par là même ils inventent le concept de turntablist band.
Rapidement Crazy Legs (encore une légende mais cette fois-ci du breakdance) les enrôlent dans son Rock Steady Crew, ils forment les Rock Steady DJs et vont permettre de populariser la culture hip-hop du début des années 90. Parallèlement, en 1992, ils deviennent champions du monde DMC, la coupe du monde des DJs.




S’en suivront deux autres victoires en 1993 et 1994 avec DreamTeam, le duo formé de Q-Bert et Master Mike. Ils dominent tellement les débats qu’ils se retireront ensuite de la compétition pour ne plus ridiculiser les autres participants.

Encore assez confidentiel, le génie de Q va être propulsé par les lives au sein de Shadow of the Prophet, rapidement rebaptisé Invisibl Skratch Piklz, un crew de DJs comptant Mix Master Mike, DJ Apollo et une flopée d’autres comme les excellents D-Styles ou Shortkut, tout deux membres avec DJ Babu (Dilated Peoples) de la clique californienne des Beat Junkies qui forment avec les X-Ecutioners ce que le turntablism a fait de meilleur.

Des concours, des lives, il manque des albums pour la postérité de Q-Bert. Le DJ scratche pour Peanut Butter Wolf, Handsome Boy Modeling School ou dernièrement pour Run The Jewels, mais la postérité, ce sera chose faite avant tout avec le futuriste Dr. Octagonecologyst de Dr. Octagon aka Kool Keith. Avec Dan the Automator et KutMasta Kurt à la production, Q y signe une ribambelle de scratchs innovants, tordus et surtout sacrément dévastateurs (Bear Witness en tête) et propulse l’album comme un des monuments du hip-hop indépendant.






Et en solo me direz vous ? S’il ne fallait garder qu’un album de Q-Bert, ce serait Wave Twisters, Episode 7 Million : Sonic Wars Within the Protons sorti en 1998 et assurément un des meilleurs albums de turntablism canal historique avec Phantazmagorea de D-Styles et Anti-Theft Device de son pote Mix Master Mike. En 2001, un film d’animation assez génial en sera même tiré montrant encore plus le génie de Q.






Et en 2014 ? 16 ans après Wave Twisters, DJ Q-Bert revient avec un double album, Extraterrestria / GalaXXXian. Double avec deux parties bien différentes sans être vraiment opposées, Q dira (en exagérant un peu) que GalaXXXian c’est la Terre alors que Extraterrestria c’est l’espace. Explication : Extraterrestria est la face instrumentale du projet alors que GalaXXXian est rappée et regorge de featurings. Q-Bert est d’ailleurs un des derniers DJs capable de fédérer autant de monde sur un projet et du beau monde ! Kool Keith, Del The Funkyhomosapien, Mr.Lif, El-P, Soul Khan, Bambu, Madchild, DZK, Roscoe Umali, Tassho Pearce... Quand même ! GalaXXXian est conçu pour les oreilles occasionnelles peu habituées au hip-hop instrumental et au turntablism de haute volée qui peut parfois être indigeste ou paraître redondant. Laissons donc de coté cette face, non pas pour sa qualité, mais plutôt qu’elle fera l’objet d’un comité d’écoute IRM ultérieur.






Allons y pour les superlatifs, Extraterrestria est immense ! Q-Bert redonne au scratching ses lettres de noblesse et presque une vitrine du pourquoi du comment de la vénération légitime que les fans vouent à Q ! Sans paroles, le DJ arrive à raconter des histoires, il fait de la musique pour notre cerveau et notre imagination, son génie est là, chaque piste raconte une scénette comme sur le western Bloom (Music of the Plant People) ou le reggaeton batracien Astro Frog (Mintakan Music of the Toad People). Entre scratchwork incroyable et coups de folie, Q-Bert digère ses samples, les triturent et nous les livrent tous comme quelque chose de systématiquement nouveau en y ajoutant technique et inspirations diverses. Q met ainsi tout le monde d’accord à coups de paléo-hip-hop (Jiu-Jitsu (Gaian Music from Your Planet)) ou de drum’n’bass futuriste (Spectre (Soundtrack from a Race on Your Moon)). Tout y passe, des titres fleuves de 10 minutes même pas longues (Broken Butterflies (Birthing Sounds of Various Orion Hybrids)) à l’électronica chill (Nautilus (Pleiadian Dream Song)). Extraterrestria est immense et salvateur, un album essentiel et une pierre angulaire dont on pourrait peut-être bien encore parler dans 50 ans.



Chroniques - 19.08.2014 par Spoutnik
 



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