2014 sans (trop de) bla bla

Loin des argumentaires à rallonge, une liste en vrac, non exhaustive, sans podium et sans fioritures des disques qui ont marqué mon année 2014.

(nono)


Yob - Clearing The Path To Ascend



En quatre interminables morceaux hypnotiques et itératifs, Yob passe du statut de groupe de stoner/doom lambda à celui de grand chaman d’une nouvelle secte dévouée au dieu serpent.

Soutenue par une rythmique impressionnante et macabre, la musique de Yob s’intensifie et gagne en relief, alternant hymnes affligés, cantiques épiques et morceaux de pure terreur.

Riffs venimeux, rythmiques puissantes et monolithiques sont ici au service d’une sombre descente aux enfers … Doom Doom Doom




PORD – Wild



Pord balance un rock lourd, puissant et implacable influencé par des grands noms comme Keelhaul, Breach ou Dazzling Killmen. Un savant mélange de noisecore furieux aux rythmiques épileptiques et aux vocalises torturées. Un beau bordel qui se joue à trois, de préférence les potards dans le rouge, la rage irradiant au creux des tripes et la bile au bord des lèvres.

Comme son nom l’indique Wild est sauvage, et comme l’artwork (du talentueux Rica) le suggère Pord a les crocs. Un album en tout point réussi, semblable à un sociopathe à sang froid, une créature primitive et affamée, un reptile qui vous chope à la tête et vous entraîne vers les abîmes en décrivant ce que les scientifiques (qui ne sont pas les derniers pour la déconne) appellent une vrille de la mort. On aura rarement entendu plus définitif cette année et en réchapper vous laissera un arrière-goût de vase au fond de la gorge.




American Heritage – Prolapse



Le qualificatif qui vient à l’esprit assez naturellement à l’écoute de Prolapse  : ultime.

Lourd, monstrueux, saignant, l’album combine avec succès riffs ravageurs, vocalises ultra agressives et rythmiques pachydermiques.
Prolapse n’est rien de moins qu’une demi-heure d’un rouleau compresseur de distorsions, de martèlements frénétiques, de vrilles vicieuses et de complaintes visqueuses. Une série de morceaux enragés et rugueux exécutés avec brio, preuve s’il en est que du chaos peut naître un éclat de pure émotion.

Bref, Prolapse a la légèreté et la douceur d’un coup de machette dans la tête.

Un album qui se conclut en beauté par une sélection de reprises (Descendents, Black Flag) dont on retient une interprétation toute nauséabonde du Bulletproof Cupid de Girls Against Boys qui se hisse directement dans mon top des meilleures reprises jamais réalisées.




Earth - Primitive & Deadly



Pionnier du drone, véritable légende vivante, Dylan Carlson et son projet Earth sont de retour avec le dixième album d’une carrière entamée il y a presque 25 ans, au tout début des eighties.
Inutile de souligner la qualité rare, jamais démentie, de la discographie de Earth en constante et lente mutation.

Le retour de riffs lourds et plombés dès le morceau d’ouverture, flirtant quelquefois avec le heavy, semble suggérer que Carlson reprend un chemin abandonné lors de son hiatus de presque 10 ans successif à la sortie de Pentastar : In the Style of Demons. Sentiment conforté par le retour des vocalises, abandonnées à la même époque, sur quelques morceaux.

En fait, sur Primitive & Deadly, Earth semble avoir l’ambition de s’attaquer à la purification totale et sans complexe du rock. Totalement débarrassé de tout élément superflu, compressé à la limite du soutenable, Carlson crée un monument à la gloire de 25 ans de vie consacrés au drone metal. Une sorte d’album anniversaire consommant le cycle éternel de l’Ourobore et laissant présager énormément.




11 Paranoias - Stealing Fire From Heaven



Cocktail diabolique de riffs chargés de fuzz et de rythmiques incantatoires, le doom chamanique de 11 Paranoias bourdonne comme une nuée de moustiques au fond du bayou.
Mélange étrange et improbable d’improvisations psychédéliques et d’occultisme vaudou, Stealing Fire From Heaven a la grâce et la nonchalance de l’anaconda, il en a aussi le pouvoir hypnotique et la dangerosité.

Un album étouffant et moite où les rythmiques, lourdes et torrides, tourbillonnent comme les émanations fétides d’un marais fangeux, assises aux riffs et vocalises chthoniennes.
Un album extraordinaire, illustré comme il se doit par une œuvre admirable du génie surréaliste Max Ernst intitulée La Tentation de Saint Antoine.




Jucifer - District of Dystopia



Chaque sortie d’album de Jucifer se vit avec fébrilité. Nos "hobos" du metal ont fait de la liberté (artistique, d’expression, individuelle, de déplacement) le leitmotiv de toute leur existence et chaque nouvelle création du duo amène son lot de surprises. En effet, le couple a fait le choix de vivre, jouer et composer sur la route et cela se ressent tout au long de l’évolution artistique de Jucifer via une succession d’albums conceptuels et de prestations live saignantes.

District Of Dystopia est ainsi consacré à l’histoire des États-Unis et s’accompagne d’un petit livret contenant les paroles des morceaux et des annotations historiques. En ce qui concerne la musique, c’est au Jucifer jusqu’au-boutiste et exaspéré que l’on a affaire. Enregistré, mixé et masterisé par le couple dans son camping car, District Of Dystopia peut se résumer à 25 minutes de grind noise lo-fi teinté de black metal. Une demi-heure de terreur basée sur les riffs de guitare de Gazelle Amber Valentine, tellement saturés qu’ils vous déchaussent les dents, pendant que les martèlements d’Edgar Livengood vous pilonnent le crâne aussi efficacement qu’un tir de DCA.




Charnia - Dageraad



Les Belges de Charnia font leurs armes avec un album lent, implacable et organique.

Mélange de sludge et de post-hardcore, teinté de drone, Dageraad c’est avant tout 35 minutes d’émotions pures, un voyage introspectif et éprouvant dans un univers musical sombre qui n’est pas sans rappeler celui de Isis et surtout de Amenra.

Cinq morceaux qui alternent avec souplesse grands passages aériens, riffs telluriques et vocalises accablantes et massives.
En d’autres termes, Dageraad est pesant, mélancolique, primal mais incontestablement admirable.

S’immerger dans Dageraad est une expérience intense, quasi physique, qui se renouvelle à chaque écoute. Charnia est un groupe incroyablement talentueux.




Daggers - It’s Not Jazz It’s Blues



Complètement à contre-courant des productions actuelles du genre, Daggers balance dans ce nouvel opus douze morceaux audacieux. Oubliez les errements crust/black metal/postHC de la majorité des productions actuelles, le groupe s’attache aux fondamentaux de l’expression d’une certaine forme de malaise populaire, de l’angoisse et des déboires du quotidien.

Vocalises éraillées, basses ronflantes et hypnotiques, riffs corrompus : dans le fond comme dans la forme It’s Not Jazz It’s Blues rappelle les univers tourmentés et claustrophobiques de Helms Alee ou Cowards.

Parfait exutoire au stress urbain, savant mélange de hardcore, de noise et de punk, It’s Not Jazz It’s Blues opte pour l’excès d’analgésique fracassant comme unique médecine.




Monarch – Sabbracadaver



Cela fait déjà une dizaine d’années que Monarch met en musique nos angoisses et s’évertue à engendrer la bande-son de nos plus infects cauchemars.

L’artwork de Sabbracadaver, cette main qui occulte la faible lueur de quelques chandelles, m’a naïvement laissé croire que ce nouvel opus serait du même acabit que les productions précédentes et que je serais bon pour quelques crises de tachycardie.

Dans un excellent article, l’un de mes confrères a évoqué une métamorphose dans la musique de Monarch, je ne serai pas aussi catégorique. Depuis Sabbat Noir, et encore plus avec Omens leur précédente œuvre, le terme de doom est devenu beaucoup trop réducteur pour évoquer la musique du groupe. De plus, l’immuable lenteur et la constante puissance évocatrice de leurs complaintes persistent.

Mais la musique de Monarch se veut désormais définitivement purifiée de la majeure partie des gimmicks d’un style qui leur semblait certainement un peu étroit.

De plus en plus ensorcelantes, les litanies du combo sont désormais plus éthérées et moins morbides. Les drones et complaintes de Sabbracadaver ont le pouvoir hypnotique d’une flamme dans le noir.

Monarch n’est pas, ou plus, cette main malfaisante sur la pochette, mais bien l’acte protecteur, dernier rempart devant la faible lueur d’attente d’un éveil salvateur.

Sabbracadaver confirme l’avant-gardisme de Monarch et sa position privilégiée dans ma discothèque aux côtés d’artistes comme Horseback, Amenra ou même Thisquietarmy.




Kruger – Adam & Steve



Depuis 2002 les Lausannois nous proposent un mélange baroque de post-hardcore, de sludge et d’une grosse dose de noise rock d’une grande qualité technique. Une musique obsessionnelle que la densité pourrait rendre complètement écœurante si elle n’était pas teintée d’un solide humour très 3ème degré allégeant le propos et donnant à l’ensemble une patine légèrement punk.

5ème opus du groupe, Adam And Steve reste dans la droite lignée des galettes précédentes et, a défaut de surprendre le fan, ne déçoit pas.

Un album comme toujours ultra maîtrisé, à la limite de l’obsession compulsive du détail, et qui alterne morceaux féroces (Bottoms Up), plages mélodiques presque éthérées (Farewell) et s’autorise même de vrais moments d’expérimentation rock (Charger, Mountain Man).

Pour faire court, Adam And Steve c’est du Kruger pur jus, dense, tortueux et passionné, avec un petit bonus : des références à Breach plus discrètes, ou du moins mieux maîtrisées, qui en font l’album le plus mature du groupe.


Articles - 23.01.2015 par nono
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lundi 24 février 2020


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