Jean-Louis Murat - Morituri

C’est qu’il est agaçant le Jean-Louis. Avec sa mine bourrue, sa tendance à ne sourire que lorsqu’il se pince et ses avis parfois (souvent trop) tranchés, il n’a pas tout à fait le profil du joyeux-drille.

1. French Lynx Voir la vidéo Jean-Louis Murat - French Lynx
2. Frankie
3. Tarn Et Garonne
4. La Pharmacienne D’Yvetot
5. Le Chant Du Coucou
6. Interroge La Jument
7. Tous Mourus
8. La Chanson Du Cavalier
9. Nuit Sur L’Himalaya
10. Morituri
11. Le Cafard

date de sortie : 15-04-2016 Label : PIAS

Cela dit, il est acté depuis longtemps que la majorité des albums que nous défendons dans nos colonnes ne sont pas produits par des individus respirant la joie de vivre d’un animateur de village vacances. Pas par choix, non, mais il est probablement nécessaire d’avoir l’esprit légèrement hanté pour s’infliger la torture que constituent la construction, la réécoute perpétuelle et le peaufinage de la même dizaine de morceaux pendant un an.

Jean-Louis Murat, donc. On ne présente plus le bougre, déjà auteur d’une vingtaine de disques qu’il publie à un rythme effréné. Morituri s’est en ce sens fait attendre puisque 2015 n’était que la troisième année du millénaire durant laquelle l’Auvergnat est resté mutique, cette trêve faisant suite à l’unanimement salué Babel réalisé en collaboration avec le Delano Orchestra.

Si ce prédécesseur s’orientait vers une pop jazzy mettant en scène cordes et cuivres, Morituri ("ceux qui vont mourir" en latin) voit le Français revenir vers une épure plus habituelle. Et comme souvent avec lui, la première écoute laisse à l’auditeur un certain goût d’inachevé. L’artiste ne tourne pas en rond mais, après autant de disques, il est forcément difficile de dessiner des trajectoires non redondantes.

Cependant, et c’est encore une constante avec lui, l’attrait de la réécoute n’est nullement impacté si bien que l’on revient rapidement vers ce disque et que, très rapidement, le charme opère. Jean-Louis Bergheaud est taquin et il a placé un "faux ami" en ouverture de l’opus. French Lynx, duo entraînant et malgré tout plus subtil qu’il n’y paraît sur lequel Morgane Imbeaud assure les chœurs et single déjà désigné, fait partie de ces morceaux envoûtants et dynamiques dont l’auteur de Mustango a depuis longtemps le secret.



Morituri est en réalité plus sombre, et si Jean-Louis Murat ne s’affranchit pas tout à fait de la veine jazzy expérimentée sur Babel, il est ici question d’une pop-jazz minimaliste et downtempo, qui lui permet d’accoucher de grands moments comme la reprise déroutante du refrain de Tarn Et Garonne, le sommet Tous Mourus ou la La Chanson Du Cavalier. L’artiste nous décrit de nouveau le quotidien d’anonymes ("Marguerite" ou "Francky", sans occulter "La Pharmacienne d’Yvetot") mais c’est pour mieux aborder le prisme du monde à un niveau macro-structurel.

En effet, si ce nouveau disque est moins allègre, c’est qu’il porte le sceau des événements de 2015. En ce sens, il ne renoue pas avec l’épure de Grand Lièvre ou celle de Toboggan, pour reprendre les œuvres récentes de l’artiste. Non, Jean-Louis Murat ajoute un nouveau chapitre singulier dans sa discographie.

Cependant, s’il fallait chercher une certaine similitude dans le ton, ce serait davantage vers Taormina, de dix ans l’aîné de ce nouveau chapitre, que l’on se tournerait. Le monde a toutefois évolué en une décennie, et Murat ne peut plus se contenter d’évoquer la chaleur des roches d’une ville sicilienne, aussi formidables en furent les extraits retirés (Au Dedans De Moi).

Non, ce monde occidental qui découvre à peine que la violence peut s’inviter sur son territoire ne peut qu’influencer, par contagion, le regard désabusé et cinglant du français, capable de partager son pessimisme sur la société lors d’un Nuit Sur L’Himalaya empli de ce spleen si caractéristique ("Tout est d’impuissance et de fausseté") qui apparaît également de manière plus directe sur Interroge La Jument" ("Sur la terrasse/Sur les cimes/Où tout bien pesé/On t’assassine").

Jean-Louis Murat joue avec les mots comme certains jonglent avec les obus. Ses missives sont des armes de destruction massive, lancées à la figure de politiciens dépassés auxquels il reproche leur manque d’étoffe. La démarche n’est pas particulièrement courageuse par les temps qui courent, mais l’on ne pourra pas reprocher à l’auvergnat d’avoir changé on fusil d’épaule, lui qui regrettait déjà la perte de substance de la première fonction étatique au début du siècle. Comme quoi, les avis trop tranchés de celui qui ne sourit que lorsqu’il se pince - mais quelles autres raisons y aurait-il de le faire ? - ne sont pas toujours erronés. On peut être bourru et agaçant sans être - systématiquement - dans le faux. Telle est toute la complexité du personnage Murat, que l’on aimerait détester s’il ne nous gratifiait de titres et d’albums aussi majeurs et justes sur ce qu’ils renvoient de l’image du monde.

Chroniques - 14.04.2016 par Elnorton
 


Jean-Louis Murat & The Delano Orchestra

Avant chaque album, Jean-Louis Murat assure l’exercice de promo qu’il aime détester. Il rencontre ainsi les journalistes, leur donne la pâtée et la phrase choc qu’ils sont venus chercher en lui tendant un micro et s’en va en tournée. Avec la sortie de Babel, le natif de La Bourboule ne déroge pas à la règle si ce n’est qu’aussi désabusé soit toujours (...)




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jeudi 24 janvier 2019


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