Top albums - janvier 2019

C’est la rentrée de l’album du mois, le temps de ressortir le masque à gaz de la penderie pour affronter le brouillard des sorties, environ 75 pour janvier dans notre agenda à l’heure où l’on écrit ces lignes mais on vous rassure, en février c’est pire ! Heureusement il y a notre petit guide collégial toujours aussi propice à la diversité, de l’ambient au noise rock en passant par le hip-hop, l’électronica et même un soupçon de garage pop, histoire de bien commencer l’année loin de ce dogmatisme indie qui finira bien par rendre l’âme.




Nos albums du mois






1. Black To Comm - Seven Horses For Seven Kings


A chaque nouvel album de Marc Richter, le chroniqueur est soumis à rude épreuve. De l’éponyme sorti il y a 4 ans chez Type, je n’avais su dire plus de quelques mots succincts, de peur d’échouer à rendre justice à ce disque-monde en m’aventurant plus avant à tenter d’évoquer ses indescriptibles méandres soniques auxquelles les fantasmagories de ce Seven Horses For Seven Kings, première sortie chez Thrill Jockey, font suite sans pour autant leur ressembler. Les aficionados de Kreng auront bien ici quelques clés, tant l’Allemand semble prêt à pencher du côté d’un darkjazz aussi martial et décadent qu’insidieux, arrangements de cuivres cinématographiques et malaisants à l’appui sur l’intro Asphodel Mansions, le dissonant A Miracle No-Mother Child at your Breast à l’imposant crescendo de stridences et grouillements asphyxiants, le mystique Lethe, l’inquiétant Double Happiness in Temporal Decoy au piano sépulcral ou encore un If Not, Not flippant comme une BO de giallo de Morricone arrangée par Ligeti. Mais ils ne seront pas pour autant au bout de leurs surprises, et de complaintes gothiques pour chœurs de goules suppliciées (Ten Tons of Rain in a Plastic Cup) en cavalcades hypnagogiques (Semirechye), ou des freejazzeries hantées et martelées de Licking the Fig Tree aux liturgies dronesques en déréliction d’Angel Investor, il n’y aura guère eu que le Coil de la grande époque (cf. les 10 minutes du final The Courtesan Jigokudayū Sees Herself as a Skeleton in the Mirror of Hell) ou le Third Eye Foundation des chefs-d’œuvre Ghosts et You Guys Kill Me pour avoir su préfigurer pareil abîme de visions livides et cauchemardées, véritable géhenne musicale dont les hallucinations culminent notamment sur l’épique Fly on You, percussions paniquées et trompettes déliquescentes en avant, ou sur la tension horrifique du court mais saisissant Rameses II.


(Rabbit)





2. Some Became Hollow Tubes - In 1988 I Thought This Shit Would Never Change


Après Hypnodrone Ensemble au côté d’Aidan Baker et d’une triplette de batteurs, les fûts ont de nouveau la part belle chez thisquietarmy via cette collaboration avec Aidan Girt aka OSB, batteur historique de Godspeed You ! Black Emperor depuis F♯A♯∞ il y a plus de 20 ans. Il fallait bien que nos projets montréalais préférés finissent par se croiser, c’est donc chose faite et si côté guitares ce premier opus de Some Became Hollow Tubes sonne comme du grand thisquietarmy dense et tempétueux entre reverb radiante et saturations apocalyptiques, l’apport de la rythmique confère à ces deux titres-fleuves une dimension épique qui devrait faire son petit effet sur scène tout en cultivant la spontanéité du jam, avec un crescendo post-rock aux textures denses et aux accents kosmische sur le premier tiers d’In 1988 - Side B tel un décollage qui nous laisserait 3 minutes en orbite à contempler le néant sidéral avant une rentrée en atmosphère incandescente à l’issue chaotique, tandis que sur la face A, nettement moins martiale, la belle impression résidait davantage dans un va-et-vient constant entre déluge, tension larvée et syncopations psyché. Dans un cas comme dans l’autre, ça claque.


(Rabbit)





3. Pruven - Build Pillars


De beaux reste boom bap, des beats lo-fi, des samples acoustiques tantôt mélancoliques, soulful ou inquiétants (piano jazzy sur Blonde Justice ou suranné sur Get The Skeleton, sérénade de guitare sur Barbwire Regrets, violons affligés sur Realms Entered ou cascades de claviers sur Better Things To Do notamment), les potes carnassiers Jak Progresso et Boxguts jamais très loin (le premier signant les deux titres insidieux sur lesquels son flow rauque apparaît), des producteurs différents sur chaque track ou quasiment, Build Pillars a tout de l’album-somme, permettant au MC ricain de démontrer s’il était encore besoin toute l’étendue de son talent, de diatribe engagées en introspections désinhibées, avec passion (Fist In The Air) ou détachement (Pruven Funk), tantôt touchant (Sitting Here Thinking), épique (Energetic Theatre) ou menaçant (Green Light). Un léger manque de cohérence forcément, mais il y a ce thème sous-jacent pour servir de liant, ces piliers de la mythologie à reconstruire qui sait en ces temps sans repères.


(Rabbit)





4. Helium Horse Fly - Hollowed


"Deuxième album d’Helium Horse Fly, Hollowed est infiniment personnel et exacerbe tous les traits de la formation : les accalmies sont calmes, les explosions très chaotiques et le ciel de traîne s’assombrit. De l’imagerie à la musique, le noir partout. Des titres parfois très courts mais souvent très longs. Complètement pelés mais encore plus foisonnants, passant sans prévenir d’une brise agréable frôlant le visage à l’orage tellurique qui martèle le cuir de ses gros grêlons. Toujours sur le qui-vive, une tension extrême irrigue le disque et maintient ensemble des choses qui, sans elle, déborderaient : du jazz, du progressif, de l’incantation entre autres suspectes joyeusetés. Et pourtant, on ne sait trop comment, Hollowed ne sonne jamais boursouflé alors même qu’il vibre de partout. Helium Horse Fly semble avoir dompté complètement l’intensité qui l’habite, la malaxant, la sculptant pour en déployer toute l’envergure. Le disque est abstrait, expérimente pas mal de chemins, amalgame beaucoup (du noise-rock au drone, du metal à l’ambient et j’en passe) et offre in fine une musique infiniment personnelle."


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(leoluce)





5. Dr.Nojoke - Reconstructed Electric Bass-Guitar


Aux manettes du récent projet rand en compagnie du pianiste Jan Gerdes, dont les premiers extraits laissent augurer d’une passionnante hybridation entre électronique et ambient organique d’un côté, et jazz impressionniste et modern classical de l’autre, quelque part entre Dictaphone et les collaboration d’Alva Noto et de Sakamoto en somme, l’Allemand Frank Bogdanowitz est avant tout actif depuis une quinzaine d’années sous l’alias Dr.Nojoke. Un projet qui le voit ici entreprendre de déconstruire les sonorités de la basse électrique qu’il désintègre en glitchs disrythmiques (#8), en drones rampants (#3) et autres distorsions amniotiques (#5) au gré de ces dix titres à l’onirisme étrange et inquiétant flirtant parfois avec une ambient ultra-minimaliste, qu’elle crépite dans les ténèbres (Trans) ou pulse dans le cosmos (#8), avec une abstraction microsonique digne des grandes heures de Raster-Noton (Inter) ou encore une dubtronica découpée au scalpel (#7). Mouvant, mutant et volatile, Reconstructed Electric Bass-Guitar esquisse ainsi un univers auquel il fait bon s’abandonner jusqu’à en perdre tout repère, faisant oublier son concept dès les premières secondes au profit d’une immersion de tous les instants.


(Rabbit)





6. Blockhead - Free Sweatpants


Même dans les couloirs de la rédaction, nous avons entendu ces voix qui regrettaient que Free Sweatpants ne soit pas au niveau de Funeral Balloons. Certes, le disque produit en 2017 par le New-Yorkais faisait partie des sommets de sa discographie, mais cette dernière a ceci de particulier que même lorsque Blockhead n’excelle pas, le résultat dépasse toujours de loin l’honorable. S’il rentre (légèrement) dans le rang avec Free Sweatpants, l’Américain se dresse toujours bien au-dessus de la mêlée et les beats hachés et hypnotiques autant que les nappes labyrinthico-dramatiques qui les accompagnent rappellent qu’en matière d’abstract hip-hop (ici avec des rappeurs invités), il est difficile de trouver plus doué et aventureux que lui.


(Elnorton)





7. Banabila & Machinefabriek - Entropia


"Entre la dystopie à ressorts d’Entropia, l’ambient mélodique glissant vers des saturations étouffantes de Unearth, les expérimentations électroacoustiques de Minimals ou les résonances granuleuses s’étirant sur près d’un quart d’heure d’Anima, Machinefabriek et son aîné Michel Banabila – qui a publié ses premiers disques lorsque Rutger Zuydervelt n’était âgé que de cinq ans – usent de drones et field recordings déstructurés pour composer une bande sonore hypnotique explorant le spectre de la luminosité, de l’aveuglement aux frontières du blackout."


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(Elnorton)


Nos EPs du mois



1. Ben Chatwin - Live at The Priory Church


Nous avions déjà eu un aperçu en vidéo, avec Black Castle, de ces versions live avec quatuor à cordes magnifiant encore les compositions déjà densément orchestrée des superbes Staccato Signals et Drone Signals de l’an passé, c’est désormais toute une session enregistrée en compagnie du Pumpkinseeds String Quartet dans cette petit église proche d’Édimbourg que l’Écossais Ben Chatwin nous offre de télécharger à prix libre. Du lyrisme d’un Silver Pit à mi-chemin de l’hédonisme et de la tragédie à la tension cinématographique du Black Castle en question en passant par le crescendo plus progressif d’un Unravel fidèle à son titre ou les pulsations et saturations du sommet Fossils aux arrangements tantôt atmossphériques ou poignants, ces quatre réinterprétations rivalisent d’ampleur et d’intensité sans jamais verser du mauvais côté de l’emphase. Magistral !


(Rabbit)

2. Moodie Black - MB I I I


Qu’on se le dise, je regrette amoureusement les promesses initiales de Moodie Black, tant les débuts rapgaze (ou shoehop ?!), et surtout le chef-d’œuvre qu’est Nausea (2014), parlaient si bien à mon petit cœur. Ainsi balayer les structures aérées et aériennes, voire lyriques, au profit d’un cynisme relatif à un flow bien tranchant mêlé de beats presque indus et d’engelures distordues, avait l’effet d’un revers bien glacial. Qu’on se le dise, MB I I I, en quatre titres, ne va pas briser la glace mais plutôt l’entretenir. Violence accrue, malaise intact, ce nouvel EP, c’est l’essai transformé et jubilatoire d’un Lucas Acid sorti l’année dernière, bien bon mais franchement un peu long. Ici on se réconcilie et on écoute en boucle.


(Riton)

3. Alexandre Navarro - Pneuma


"Dans la lignée de l’EP Imaginations publié l’an dernier, c’est un Alexandre Navarro libéré qui s’exprime. Comme toujours apparaît un attrait évident pour les grands écarts entre le microscopique et l’infiniment grand. Et sur Pneuma, c’est plutôt vers cette dernière orientation que l’artiste penche. Volontiers onirique, l’EP s’ouvre avec les manipulations subaquatiques de Pneumatiques pour se poursuivre avec le petit chef-d’oeuvre qu’est ce Diverses offrant le sentiment d’une plongée dans une matière inconnue autour d’un thème qui pourrait être l’improbable point de rencontre entre abstract hip-hop minimaliste et musique concrète. Au Rythme Des Rêves est ensuite le reflet d’inquiétantes rêveries hantées par des voix enfantines déformées rappelant le Boards of Canada des débuts et précède un Stellaire Dub qui permet à l’hyper-productif Parisien de couper l’herbe sous le pied du chroniqueur qui ne peut le décrire autrement que par son titre déjà suffisamment explicite."


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(Elnorton)

4. Kingbastard - Dark Fluid


Fidèle à sa passion pour l’astronomie, le Britannique Chris Weeks illustre ici une théorie quantique selon laquelle la matière noire et l’énergie sombre seraient en réalité deux facettes d’une même matière, le fluide sombre, fluide cosmologique de masse négative qui jouerait donc un rôle majeur dans l’expansion de l’univers et dans la cohésion des galaxies. En résultent l’IDM météoritique de Dark Energy et celle, plus déstructurée, d’un Dark Matter télescopant entre les beats nappes ambient, guitare et onomatopées digitalement manipulées, deux titres qui viennent logiquement fusionner en une épopée stellaire de près de 12 minutes avant de se liquéfier dans leur propre background impressionniste de claviers luminescents, de percussions fugaces et de textures organiques aux ondes grouillantes le temps d’une version ambient encore plus magnétique.


(Rabbit)


Les bonus des rédacteurs



- Le choix de Rabbit : Machinefabriek - With Voices


Encore un chef-d’œuvre ce mois-ci pour Rutger Zuydervelt, qui manipule des voix de musiciens amis que l’on adore aussi tels que Chantal Acda, Terence Hannum de Locrian, Marissa Nadler, Richard Youngs ou encore son vieux complice Peter Broderick. Peu de chant à proprement parler hormis les canons plus lyriques de Marianne Oldenburg sur le court IV, mais des chœurs et incantations qui se fondent dans les nappes futuristes, crépitements saturés et autres basses fréquences grondantes du Néerlandais, instaurant une sorte de dialogue entre abstraction sonique et chaleur organique. Encouragés à improviser, lire, parler, chanter ou émettre simplement des borborygmes indéfinis, chaque participant (à commencer par la Taïwanaise Wei-Yun rencontrée lors d’une création musicale pour une compagnie de danse à Taipei) a ainsi indirectement dicté le destin de son morceau, des liturgies éthérées d’Hannum et Nadler aux conjurations lancinantes de Richard Youngs en passant par les onomatopées robotiques et déstructurées de Chantal Acda, les mantras murmurés de Broderick sur le très beatbox III ou le chamanisme opiacé de Zero Years Kid sur l’étrange et distordu V.



- Le choix de lloyd_cf : Angelic Milk - Divine Biker Love


Angelic Milk c’est la rencontre improbable, il y a quelques années, entre Sarah Persephona, une jeune ado de Saint-Petersbourg qui se rêvait égérie grunge dans les années 90 à Seattle, et qui enregistrait dans sa chambre des albums lo-fi très bricolés et d’un intérêt uniquement anecdotique (même si il y a quelques titres qui promettaient déjà) avant de les balancer sur Bandcamp, et un collectif de graisseux hard-rock de la même ville au nom candide et improbable, Saint-Brooklynsburg, reflétant leur amour du rock new-yorkais. Repérés par le label suédois PNKSLM, leur premier véritable EP en commun, Teenage Movie Soundtrack, prouvera enfin le potentiel de ces deux forces combinées, une sorte de garage rock fantasmé, véhiculant toute la naïveté et les clichés possibles et imaginables, touchant dans ses paroles que seuls des Russes n’ayant pas l’anglais comme langue maternelle étaient capables de véhiculer, aux visuels oscillant entre l’art brut (la pochette douteuse de l’album, les clips en infographie rudimentaires) et le BDSM le plus débridé (le premier EP de 2016 avec son beau vinyle rose et sa pochette style bondage montrant la jeune Sarah (18 ans à l’époque) ligotée sur son lit couvert de peluches, la vidéo de Ball Gag Ki$$$). L’album confirme tous les espoirs mis en eux, grâce à un son vintage et parfait à la fois, et une production aux petits oignons, ajoutant à tout cela une bonne dose de mélancolie un peu folk-gothique, malheureusement reléguée en fin de face B du disque, après les gros rocks qui tachent, un choix de tracklisting un peu étrange qui pourrait faire croire que le disque s’essouffle, alors qu’en vérité, aucun titre n’est en deçà des autres et que la qualité est bel et bien au rendez-vous, et c’est dommage.
Un excellent album, bien que trop court et mal monté, avec une candeur et une vraie attitude rock’n’roll qui fait du bien à une époque où on prend peut-être un peu trop la musique au sérieux dans les cercles musicophiles, et pas assez dans le grand public où elle est devenue un produit de consommation. La force du rock, qui n’en finit d’ailleurs pas de ne pas mourir, c’est la subversion. Qu’elle soit naïve, brutale, fabriquée de toutes pièces ou authentique, tant qu’on ressent quelque chose d’un peu en marge, d’un peu dangereux derrière, assorti à de bonnes compos, c’est gagné. Un premier jet bien convaincant donc pour les Petersbourgeois qu’on suivra avec intérêt en espérant une belle suite, et, pourquoi pas ? un exemple à suivre pour les artistes russes qui sont encore trop méconnus.




La playlist IRM des albums et EPs de janvier







Les tops 5 des rédacteurs



- Elnorton :

1. 36 - Fade To Grey
2. Bertrand Belin - Persona
3. Blockhead - Free Sweatpants
4. Some Became Hollow Tubes - In 1988 I Thought This Shit Would Never Change
5. Bruno Bavota - RE_CORDIS

- leoluce :

1. Tropical Trash - Southern Indiana Drone Footage
2. Black To Comm - Seven Horses For Seven Kings
3. Helium Horse Fly - Hollowed
4. Total Victory - The Pyramid Of Privilege
5. No Vale Nada - Alter Ego

- Lloyd_cf :

1. Angelic Milk - Divine Biker Love
2. Rosie Carney - Bare
3. Pruven - Build Pillars
4. DJ Flugvel og Geimskip - Our Atlantis
5. Blockhead - Free Sweatpants

- Rabbit :

1. Black To Comm - Seven Horses For Seven Kings
2. Dr.Nojoke - Reconstructed Electric Bass-Guitar
3. Machinefabriek - With Voices
4. Some Became Hollow Tubes - In 1988 I Thought This Shit Would Never Change
5. Banabila & Machinefabriek - Entropia

- Riton :

1. Black To Comm - Seven Horses For Seven Kings
2. Helium Horse Fly - Hollowed
3. An Empty Room - The Palimpseste
4. Some Became Hollow Tubes - In 1988 I Thought This Shit Would Never Change
5. Cruel Diagonals - Pulse of Indignation

- Spoutnik :

1. Pruven - Build Pillars
2. GRIM MOSES - The Proletarii
3. Vic Spencer & Sonnyjim - Spencer For Higher 2
4. Burger Naps - Chiiill
5. Bisk - GUNSMOKE



indie rock mag - IRM des musiques actuelles


dimanche 24 mars 2019


Sulfure Festival

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