Top albums - septembre 2018

Toute l’équipe s’y est mise au pas de course pour sortir suffisamment tôt ce premier bilan automnal en pas moins de 23 avis express et extraits de chroniques. Il faut dire que le mois d’octobre se révèle tout aussi chargé et qu’on a déjà la tête dans le guidon pour la suite !




Nos albums du mois






1. Sumac - Love In Shadow


L’album du mois ! Clairement ! Mais pourquoi ? Pas si évident... parce que des albums de metal progressif, il en sort à la pelle et celui-ci aurait pu passer inaperçu... mais l’originalité des riffs et le talent de soliste d’Aaron Turner l’a fait briller au-dessus de la mêlée. Ces quatre titres du trio Sumac, portés par le guitariste de Isis, Old Man Gloom et Mamiffer, qui s’ouvrent sur un assaut puissant, nous amènent, après plusieurs minutes d’uppercuts rapides, dans des aventures imprévisibles, pleines de balades méditatives sur des gouttelettes de guitare distordues et d’orgues cérémonieux, avec une voix ténébreuse, des batteries rigoureuses et des basses pertinentes. Rares sont les albums que l’on peut compter parmi ceux qu’on n’aura jamais fini d’écouter. Celui-ci, par sa complexité, son inventivité, sa spontanéité, n’aura jamais fini de nous surprendre.
Tantôt death, tantôt post, tantôt free, tantôt math, tantôt noise ou encore aérien, la richesse des approches par lesquelles Sumac nourrit son metal fait de cet album un objet précieux, dense, dans lequel on peut se plonger pour se perdre ou se retrouver. On peut s’y perdre, tant les mouvements de leur épopée s’enlacent et dessinent un labyrinthe sombre, souvent rude et violent, mais parfois aussi en suspension, en pont de singe. Les compositions sont imprévisibles. Écoutez Arcing Silver. Il y a un basse-batterie lourd. Le ton est posé. Mais la guitare qui se pointe ouvre vers un ailleurs plus léger. Interroge. Puis s’enfonce dans une trituration inquisitrice infructueuse. Après, la section rythmique étant toujours identique, une voix arrive, elle racle et installe, avec une guitare rapeuse, les profondeurs du death metal. Et ça s’en va, dans des improvisations noise. Il n’y a plus de repère, seulement une guitare qui hurle et qui avance sans GPS. On la suit, à l’aveugle. Sumac plante un décor et un drame s’y joue, avec peu de mots mais tant d’effet qu’on s’émeut et qu’on demande à retourner dans leur tunnel rocailleux. Il est si obscur mais si beau !


(Le Crapaud)





2. Emma Ruth Rundle - On Dark Horses


Emma Ruth Rundle n’a jamais déçu. Que ce soit en solo ou avec Marriages, ses albums, subtile alchimie entre folk, noisy-pop et rock bien dur façon stoner touchent toujours au but avec une qualité de composition et une émotion non feintes. Ce nouvel album solo n’est donc pas une exception, ni une surprise, tant on y retrouve tout ce qui était si réussi sur les précédents, sans réelle surprise, mais avec un intérêt renouvelé pour une musique plus lourde, une belle saturation maîtrisée et une rythmique légèrement plus appuyée qui rappellent fortement son travail sur le second album de Marriages. Un sans faute, donc, à écouter sans modération.


(Lloyd_cf)





3. Dilly Dally - Heaven


Cet album, c’est l’histoire d’un groupe canadien créé dans l’enthousiasme par les deux meilleures copines de lycée du monde, qui sort un disque punk peu original mais bougrement efficace dans lequel on remarque déjà l’exceptionnelle voix rauque de la très charismatique Katie Monks, puis qui part en tournée, s’y noie dans l’alcool et les excès, en a marre de vivre les uns sur les autres et splitte plus ou moins. C’est triste, hein ?
En réalité, non, parce qu’après un repos bien mérité, Katie se rend compte que les chansons qu’elle a écrites, dans un nouveau style, résolument plus sombre, mélancolique et très marqué par le grunge et les riot grrrls des 90s, des bonnes chansons en plus, elle ne saura pas les enregistrer toute seule. Alors elle rappelle ses potes des fois que, et le jour venu, ils sont tous au rendez-vous dans le studio. Et ils enregistrent un des meilleurs albums rock de l’année, le genre de disque que Hole aurait bien voulu enregistrer mais n’a jamais pu, aux guitares lancinantes et sublimes (merci à l’incroyable Liz Ball dont le jeu à lui seul pourrait sauver le rock à guitares), la voix impressionnante et les textes poignants de Katie, et la rythmique solide et lourde à souhait de Jimmy et Benjamin qui consolident tout ça. Un bon vrai groupe de rock, humble, sans chichis, sans prétentions ridicules, simple, direct, ça se fait rare mais ça fait du bien.


(Lloyd_cf)





4. Dakota Suite, Dag Rosenqvist & Emanuele Errante - What Matters Most


"7 années après l’élégiaque album instrumental The North Green Down dédié alors à sa belle-sœur emportée par la maladie, l’Anglais Chris Hooson retrouve le claviériste et musicien électro-acoustique italien Emanuele Errante (Elem) pour de nouveau rendre hommage à une femme : son épouse Joahanna, clarinettiste sur ce What Matters Most et à laquelle le disque adresse cette gratitude d’être aimé et soutenu par quelqu’un qui nous comprend et nous accepte ("you hold me closer despite of these things that i do" sur le douloureux cf. Shadows Are More Accurate Than Truth).
Nouveau venu dans la galaxie Dakota Suite, le Suédois Dag Rosenqvist de From the Mouth of the Sun et feu Jasper TX complète le line-up. Chacun apporte un peu de soi, énormément même dans le cas du Britannique sur des complaintes slowcore acoustiques aussi ferventes et dépouillées que Now That You Know, tout juste sous-tendue par quelques synthés oniriques, percussions cristallines et tressaillements de bruit blanc, ou Falling Apart in Stages avec son linceul de cordes affligées et d’harmonies vocales évanescentes.
Plus présents avec leurs drones grondants et synthés vaporeux sur le jazzy De Ziekte Van Emile ou le final ascensionnel Someday This Pain Will Be Useful To You aux chœurs féminins éthérés, Errante et Rosenqvist tirent quelque peu l’album vers l’ambient expérimentale sans rien lui retirer de son lyrisme tristounet ni de sa profonde émotion mélodique, faisant de What Matters Most le disque fédérateur par excellence entre amateurs de songwriting poignant et d’explorations sonores plus poussées. Le chef-d’œuvre absolu d’une discographie qui ne manquait déjà pas d’enregistrements de chevet."


< la chronique complète par ici >


(Rabbit)





5. L.Boy Jr. - Aether & Nostalgia


"Comme un espèce de cousin séraphique du Britannique The Caretaker avec un accent tout particulier sur le collage sonore qui se fait chez lui plus métamorphe et luxuriant (6.a.m.), L.Boy Jr. convoque la nostalgie éthérée d’un passé vu à travers le prisme en verre dépoli de nos rêves sibyllins (le fascinant et déconstruit Metamorphosis of the city) et de nos souvenirs brouillés sur ce très bel album défendu par le label japonais I Low You Records. Samplant de vieux vinyles dans des atmosphères réverbérées évoquant autant l’ambient hantologique (In the forest) que des tranches de ciné hors du temps telles que la fameuse scène du bar de l’Overlook Hotel dans Shining (Smoky Cruise), le successeur du fantastique EP Peur Bleue délaisse les ambiances horrifiques de giallo psyché d’anticipation et les rythmiques héritées du hip-hop aux profit de récollections surannées que le Nantais passe au filtre baroque de ses fantasmes de futur révolu et d’ectoplasmes musicaux d’un passé persistant. Un album qui requiert de s’abandonner pleinement, au casque de préférence, à ses repères dépaysants pour en goûter toute la magie déliquescente, ces charmes ambivalents d’une "familière étrangeté" presque morbide et pourtant confortable voire apaisante."


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(Rabbit)





6. Ben Chatwin - Drone Signals


C’est indubitablement l’Année Ben Chatwin ! Et si un prix nobel de l’émotion existait, ce serait à l’Écossais qu’il faudrait à coup sûr le décerner... deux magnifiques sorties en très peu de temps, inaugurant avec Staccato Signals une lutte charnelle entre cordes frappées et frottées et effusions synthétiques. La tragédie poignante du Black Castle de clôture résonne encore lorsque débute le nouvel opus. Burning Witches et ses échos de violon plaintifs donne le ton. Les paysages dystopiques évoluent en atmosphères bien plus désolées, moins pulsées, moins mélodiques, reléguant le futurisme au lointain, l’époque est au recueillement et à la contemplation. Des venelles (donnant leur nom à son studio) de sa petite ville de South Queensferry, située non loin d’Edimbourg, d’où il triture le matériau post-classique au travers de machines modulaires, il rejoint des terres plus vastes, justifiant on ne peut mieux le nom du disque. A la manière de la Volte d’Alain Damasio, explorant une zone du dehors bien plus grande que l’intérieur muselé, Ben Chatwin s’évade. Seulement, l’espace, à en croire par le pic d’intensité et de sublime que procure un Bone agissant en bouffée d’oxygène, se montre ici bien accueillant... un régal, en attendant une éventuelle suite.


(Riton)





7. SVIN - Virgin Cuts


Virgin Cuts est déjà le cinquième album de SVIN, pourtant - comme à chaque fois avec eux - tout se passe comme si on découvrait une nouvelle fois leur musique. Passés maîtres dans l’art du contre-pied, Henrik Pultz Melbye (saxophone ténor et clarinette), Lars Bech Pilgaard (guitare) et Thomas Eiler (batterie) se tiennent systématiquement là où on ne les attend pas. Le self-titled de 2014 ne laissait en rien présager de la teneur de Missionær deux ans plus tard qui lui-même n’a rien à voir avec Virgin Cuts. Alors certes, on reconnaît immédiatement SVIN - l’enchevêtrement tordu, cette capacité à passer immédiatement de la furie à l’apaisement, le côté très bigarré de leur jazz - mais dans le même temps, on ne les reconnaît plus. Missionær nous avait laissés dans le froid islandais, Virgin Cuts s’en va explorer d’autres climats. Ce nouvel album se montre beaucoup moins onirique que son aîné et encore plus kaléidoscopique. Chaque morceau efface les empreintes du précédent et on se retrouve très vite complétement paumé dans le disque : mélodies minimales, bourdon omniprésent, répétition forcenée, une pincée d’afrobeat par ici, une autre d’ambient par là, quelques motifs orientaux et au final beaucoup de liberté, d’inventivité. SVIN ne montre plus que très rarement les crocs, en revanche, ses itinéraires restent furieux et inquiétants, à l’image du Baby final où l’on jurerait entendre crier le saxophone. Abstrait, anguleux, métamorphe, Virgin Cuts est le nouvel incontournable d’un groupe qui n’a connu que ça.


(leoluce)





8. Aupheus - Megalith


Vétéran du beatmaking à tendance sombre au sein de l’écurie Famous Strange Records, Aupheus ne s’est que très rarement aventuré dans la confection de projets solo. Jugez du peu, son dernier album en date, Excavated, date de 2010 et même si la qualité de ses beats lourds et de ses ambiances immersives pleines de mélancolie et de futurisme funeste crèvent les oreilles, on ne peut pas dire que l’Anglais ait reçu toutes les considérations qu’il mérite. Son Megalith de cette année va peut être changer la donne, du moins on l’espère ! Composé de sonorités industrielles fracassantes, de nappage drone cinématographique, de boucles hip-hop et d’envolées verbales (Sage Francis, Seez Mics, B. Dolan et Prolyphic), sortes de tribalisme du turfu sonnant ici presque comme des réminiscences organiques dans un monde futuriste hanté par les fantômes de Philip K. Dick et de Vangelis, ce mélange multi-couches singulier et fascinant, Aupheus appelle ça du « doom-bap ». Pourquoi pas, mais donner un nom, c’est cloisonner, or le moins que l’on puisse dire, c’est que le beatmaker londonien fait sauter les murs entre les genres et livre là un Megalith qui s’écoute comme on regarde un film, les oreilles grandes ouvertes et le cerveau ailleurs.


(Spoutnik)





9. Elysian Fields - Pink Air


"C’est un Elysian Fields au sommet de sa forme que l’on retrouve aujourd’hui sur Pink Air, avec un nouveau pied de nez aux attentes des fans de la première heure puisqu’à l’opposé de son intitulé rose bonbon, c’est peut-être bien leur album le plus rock, ou du moins le plus électrique depuis l’inaugural Bleed Your Cedar, que livrent le guitariste Oren Bloedow et sa muse Jennifer Charles. Cette dernière troque un peu de sa sensualité pour un aplomb voire une morgue de rockeuse revenue de tout, une défiance qui fait plaisir à entendre, autant que l’élasticité des influences du groupe qui fait feu de tout bois, du shoegaze teinté de britpop de Star Sheen au blues-rock martial et un brin "folklo du bayou" mais complètement habité d’un Knights Of The White Carnation en passant par un Tidal Wave presque disco-rock et pourtant irrésistible de classe désinvolte et abrupte. Pour autant, ce retour de flamme leur permet aussi de revenir à l’essence de ce qui fit leur charme sombre et singulier en le débarrassant de toute affèterie superflue, à l’image de l’envoûtant Beyond the Horizon renouant avec le "noir rock" onirique et cuivré du superbe Bum Raps & Love Taps, ou de l’absolument merveilleux Karen 25, ode psychotrope autant que psychotique à nos identités délitées, entre effluves dream pop et arêtes saillantes, que des refrains de toute beauté viennent sublimer de leur mélancolie paradoxalement apaisante, une manière qui les voit quelque part rejoindre Mazzy Star dans cette économie de moyens centrée sur un songwriting inspiré et un chant enivrant sur lesquels le temps n’a plus d’ascendant (Start In Light)."


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(Rabbit)





10. k-the-i ??? - Disturbed

Deux k-the-i ??? pour le mois de septembre (voir A Reflection Drips Timeless avec le Lapin plus bas) et à l’heure où nous écrivons ces lignes, le mois d’octobre en compte deux de plus : Paranormal Pareidolia et Under The Umbrella I Stayed Dry  ! Après des périodes plus erratiques, l’Américain est en pleine folie créatrice et on ne va pas s’en plaindre, surtout que dès la martiale et japonisante introduction de ce Disturbed passée, on tombe sur une pépite un peu dans la veine de son premier chef-d’œuvre Broken Love Letter mais version 2018. Un No Love Lost qui marque et qui, toujours à la frontière du chaos sonore, toujours au bord de l’overdose de mots, toujours entre clubbing, IDM et abstract hip-hop, annonce 9 autres réussites toutes différentes les unes des autres, mais avec un même mot d’ordre : k-the-i ??? occupe tout l’espace ! Les mélodies sont là, mais quand les beats s’emballent et que l’emcee/beatmaker attrape le micro avec urgence pour lâcher ce flux de mots reconnaissable entre mille, on n’est pas loin de jouir avec les oreilles !


(Spoutnik)


Nos EPs du mois



1. Bethaniens Dust - Now Freedom Music


"C’est une atmosphère de fantasmagorie désarticulée que l’on retrouve dès l’entame de ce nouvel EP de Simon Milligan avec un Precipitation à la croisée d’un sampling malmené et d’un jazz névrosé où surnage le spectre d’Ol’ Dirty Bastard revenu d’entre les morts. Obsédant comme les morceaux les plus ténébreux et hallucinés du soundtrack de Twin Peaks ou un instru du Third Eye Foundation circa You Guys Kill Me, Parimeter Pyrites fait basculer cette dimension jazzy et imagée aux échos de manif pour les droits civiques encore un peu plus profond dans l’abîme, tandis que Prologue, par la biais des récriminations de Malcolm X, de nappes de crins perturbants et de percus africanisantes, évoque la révolte afro-américaine du mouvement Black Panther et surtout le climat de fin des temps et d’extrême fatalité qui devait régner à l’époque, entre assassinats politiques et persécutions policières, une atmosphère plombée que l’Irlandais renvoie dos à dos à l’exaltation de vie et de liberté d’une sample afrobeat en intro. Alors, la liberté ou la mort ? Fabuleusement évocatrice, la musique de Bethaniens Dust se nourrit-elle de l’une pour conjurer l’autre ou pour la magnifier ? Peut-être que sa prochaine sortie nous le dira…"


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(Rabbit)

2. Gruska Babuska - Tor


"Les trois islandaises jouent avec les sons et les rythmiques, allant du hip-hop (Plötuspilari) à la dream pop (Konsertina, faisant écho à du Amiina entrecoupé d’une techno subtilement jouissive), en passant par de l’électro darkwave qui flirte avec des frontières hardcore (Princess ?), en nous prenant systématiquement à contre-pied. Impossible ici de deviner à l’avance la direction que prendra un morceau, ce qui donne à Tor une dimension totalement passionnante. A l’instar de Refurinn qui était une ouverture parfaite, Skuggar Dansa vient brillamment conclure cet EP, reprenant à la fois des ingrédients des titres précédents tout en préparant notre imaginaire pour un nouveau voyage, différent mais probablement tout aussi curieux. A découvrir absolument !"


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(Spydermonkey)

3. k-the-i ??? - A Reflection Drips Timeless


"Parallèlement à l’excellent Disturbed classé plus haut, k-the-i ??? compilait sur ce petit EP ses collaborations enregistrées en 2014/2015 avec Supa Dave (rappeur au flow nasillard seul sur un Suede Vader bucolique et chamanique à la fois avec ses cascades de boîte à rythme sur fond de guitare acoustique à la Sud-Américaine) et surtout OptimisGFN, croisé comme son hôte et compatriote sur notre compil hommage à Twin Peaks l’an passé. Omniprésent, ce dernier contribue à trois titres, illuminant de sa décontraction l’acoustique 70s déglinguée de I Do It Anyway, un flow presque sous lexomil sur le féérique Snowed In tandis que le très soulful Spazzing dont le sample romantique contraste avec des beats paradoxalement anguleux, presque indus, le voit contrebalancer de sa béatitude l’intervention un peu vénère de k-the-i ???. Quant aux instrus, à peine plus posés que le set très électro du Californien au Vent Se Lève il y a quelques semaines, ils conservent cette bonne dose de lyrisme et ce soupçon de chaos contrôlé hérité de la liberté du jazz, à l’image de l’intro rétro-syncopée Guilty As Charged ou du baroque Stop Knocking At My Door aux vocalises glitchées, uniques titres où Kiki est seul à poser son flow parlé/rappé."


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(Rabbit)

4. Carmine Moth - Pierrot Tearoom


Se couper radicalement de la société en se murant dans sa chambre avec un désintérêt total pour le monde réel, c’est être un hikikomori (ひきこもり), et c’est comme ça qu’il faut voir cet excellent Pierrot Tearoom de Carmine Moth. Sorti chez Dead Orchard Records (anciennement Cane Corso Records, un label qui respire la joie de vivre et les moments festifs entre amis), ce premier EP du patron du truc transpire l’introspection et le minimalisme quelque part entre Ka (sous lexomil) et Ichiban Hashface (il devient quoi lui ?). Avec sa voix cassée à la Boxguts et cette façon admirable de rapper au ralenti, Carmine Moth nous livre 15 minutes de hip-hop noir à la tristesse lancinante où seul le titre final semble apporter un peu de lumière (mais pas trop)...




(Spoutnik)

5. Aphex Twin - Collapse


"Meilleure sortie d’AFX depuis son projet Analord, c’est plutôt avec la schizophrénie des morceaux les plus dynamiques du sommet Drukqs que renouent ces instrumentaux aux rythmiques chaotiques et déstructurées sans verser dans l’abscons pour autant, pleines de ruptures de tempo, de beats en caoutchouc rebondissant sous les parois d’un crâne en ébullition, flirtant parfois avec le breakbeat le plus old school voire avec le hip-hop (1st 44) sans se départir de leur dimension résolument tordue et de leurs harmonies de synthés inquiétantes. Le malaisant pthex en particulier retrouve pleinement cet esprit ludique et hanté à la fois, tandis qu’abundance10edit, plus onirique voire mélodique, a quelque chose de l’innocente mélancolie du Richard D. James Album, enveloppée dans un concassage rythmique à la Autechre des 90s. Autant dire que cette fois, la madeleine de Proust fonctionne à plein régime !"


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(Rabbit)

6. BSÍ - BSÍ


"BSÍ est un duo, composé de Sigurlaug ’Silla’ Thorarensen (connue notamment pour son projet plus électronique Sillus) et Julius Rothlaender, dont le nom fait référence à un lieu bien connu de Reykjavík : le terminal de bus, passage quasi-obligatoire pour les touristes, dont l’acronyme a été détourné par les compagnons en « Brussels Sprouts International », pour la blague.
Contrairement aux expérimentations électroniques de Silla, nous sommes ici avec un EP rock qui évoque instantanément les années 90, The Breeders ou The Throwing Muses en tête, mais sans guitare électrique. Les puristes s’offusqueraient mais pourtant, le résultat de cette fusion batterie / basse / clavier fait son effet d’entrée de jeu avec Ekki á Leið où l’urgence se mêle à l’insouciance. Bien qu’épuré, ce mini-EP ne manque toutefois pas de reliefs, avec l’utilisation de claviers lo-fi (rappelant instantanément les regrettés Enveloppes) et de samples furieux. C’est là-dessus que se pose le chant délicat et voilé mais non moins rageur par moments (Bú on You) pour un résultat terriblement efficace.
Désormais, on ne peut qu’attendre un long format - et pour les avoir vus en live, on sait qu’ils ont quelques paires de chansons tout aussi percutantes. A suivre !"


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(Spydermonkey)

7. Miyamigo - Afterhours


"Le beatmaker d’Akron, Ohio donne libre cours sur cette nouvelle sortie à sa passion pour un jazz gondolé par le passage des ans, samplant piano romantique (Chamber, Paladin), vocalises mélancoliques (Too Late) et orchestrations soulful des 70s qu’il frotte aux beats syncopés de son boom bap atmosphérique et lo-fi et à quelques claviers plus anachroniques (Descent). Des cuts à la J Dilla du féérique Guess U aux loops cristallins du bien-nommé To Dreams en passant par la saudade d’un Breezy entre bossa et easy-listening désarmant, les miniatures rétro dAfterhours évoquent cette ambiance tardive des errances introspectives sous les réverbères qui bordent les fleuves de nos métropoles propices à la solitude... des rêveries éveillées où l’on ressasse, sous l’influence d’un verre de trop, nos romances, nos regrets et nos échecs sentimentaux, pas tant pour oublier que pour continuer d’espérer."


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(Rabbit)

8. Hardcore des Alpes - Instant 2​.​0


"On ne parle pas assez du collectif helvète L’Axe du Mal, fief de l’excellent monsieur.connard dont on croise notamment quelques électrons libres au sein des prometteurs Amorce ou de Journée Standard. Moitié de ces derniers, le rappeur Anklature s’acoquine ici avec son compère beatmaker et MC Aloko pour une seconde sortie estampillée Hardcore des Alpes sous le signe du paradoxe et de l’ambivalence. Un EP qui parle de jazz sans en faire mais qui en partage la liberté et le souffle de vie, des accointances éthiopiques et mariachi de Polarisé au scintillant Emile Raison, en passant par un Coherentes aux allures de Tricky latino (avec la Colombienne Camila Mila dans le rôle de Martina Topley du barrio), la mélancolie de Le bon pari et son storytelling urbain surréel, ou l’hypnotisme nomade entre basses lourdes et atmosphère éthérée de Petit Ange. En 20 petites minutes les Genevois impressionnent autant par leur appétit mélangeur que par les sonorités de leurs rimes, brassant rêveries stellaires et spleen des cités de béton, vérités du moment et instants d’éternité. Un petit bijou de rap ciné(ma)tique à télécharger librement."


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(Rabbit)


Les bonus des rédacteurs



- Le choix de Rabbit : Giulio Aldinucci - Disappearing In A Mirror


"Le successeur du magnifique Borders and Ruins de l’an passé dont on parlait ici surpasse encore en beauté comme en intensité ses élégies de fin des temps, rehaussées de cordes poignantes (The Eternal Transition), de chapes de basses fréquences et de drones orageux (Jammed Symbols) ou encore de glitchs en apnée (The Burning Alphabet). Quant aux chœurs liturgiques, ils sont plus présents que jamais sur ce Disappearing In A Mirror qui s’intéresse cette fois plus particulièrement à la fluidité de notre notion d’identité, transcrivant les ambiguïtés qui coexistent en nous par la collision de sa tectonique de textures ténébreuses avec le même genre d’oraisons chorales qui habitaient déjà de leurs plaintes lancinantes les instrumentaux de l’opus précédent, et par moments avec les arrangements du violoncelliste Alexander Vatagin. Une œuvre ambitieuse donc, mais à l’impact avant tout émotionnel et viscéral."



- Le choix de Spoutnik : milo - budding ornithologists are weary of tired analogies



Le meilleur album de milo ! "Encore ?" me direz-vous ! Oui, je suis un peu grillé parce que je crois bien avoir dit la même chose l’année dernière à la sortie de sovereign nose of (y​)​our arrogant face... D’ailleurs pour who told you to think​ ?​ ?​ !​ !​ ?​ !​ ?​ !​ ?​ !, over the carnage rose a voice prophetic ou too much of life is mood, il me semble bien avoir écrit des trucs très ressemblants... Du coup, grillé, impossible d’être objectif... Je vais quand même vous dire que l’emcee/producteur a tissé une discographie impeccable d’album en album, que depuis le début on le dit, que jamais il ne nous a déçus et que ça ne va pas commencer maintenant, surtout que ce dernier LP est vraiment son dernier !
Oui, milo raccroche... Complètement ? On ne sait pas... Ou alors laisse-t-il juste ce blase de côté pour prendre définitivement celui de scallops hotel ? Ou d’autres, comme son dernier, Nostrum Grocers, avec Elucid ? Personne ne le sait, mais quand on entend le flow nonchalant et intelligent de milo serpenter à travers ses beats reconnaissables entre mille, on ne peut que déplorer la nouvelle... Toujours personnel et intime, peut-être plus jazzy que les autres, moins abstract mais toujours aussi brillant, budding ornithologists are weary of tired analogies sonne comme la fin d’une histoire, espérons qu’elle ne soit pas définitive...



- Le choix de leoluce : Asbest - Driven


"Driven est le tout premier album d’Asbest, trio suisse réunissant Robyn Trachsel (guitare, chant), Judith Breitinger (basse) et Jonas Häne (batterie). Leur musique n’est pas si simple à définir, elle est rageuse et sombre. La guitare multiplie les lexiques, touche autant à la noise qu’au shoegaze et frôle les extrémités d’à peu près tout ce que la post-punkitude a pu donner. La basse caoutchoute en mode moribond tout au long du disque et tapisse imperturbablement les angles charriés par la première. La batterie très malléable complète idéalement ces deux-là. L’ensemble se montre particulièrement retors, multipliant les directions tout en conservant un éclat noir qui ne tombe jamais dans le grisâtre. La voix de Robyn Trachsel y est pour beaucoup, très expressive et multipliant les registres, elle déclame ses diatribes avec une telle conviction qu’elle nous fait ressentir au plus profond ce que signifie être une femme trans coincée dans une société patriarcale et hétéronormée. Les morceaux sont particulièrement bien équilibrés, empruntant juste ce qu’il faut de distorsion abrasive au noise-rock pour ne pas complètement déchirer le voile flou typiquement shoegaze qui les recouvre, ils préservent leurs mélodies et arrondissent leurs angles sans jamais en émousser l’impact. Asbest – « amiante » en Allemand – a bien choisi son nom, utile mais dangereuse, réfractaire à la chaleur mais difficile à éliminer."


< la chronique complète par ici >



- Le choix de lloyd_cf : Miss World - Keeping Up With Miss World


A priori, le concept est louche, le compte Instagram est louche, la page Bandcamp est louche : qu’est-ce que Natalie Chahal, qui ressemble a priori plus à une jet-setteuse mannequin qu’à une chanteuse rock engagée, veut bien nous dire avec ses photos criardes de très mauvais goût et son design d’un autre âge qu’on croirait sorti de la page Skyblog d’un ado de l’an 2004 ?
Mais on a quand même un peu confiance parce qu’on se souvient qu’avec Laura-Mary Carter des Blood Red Shoes elle est l’auteur de l’excellent single des Shit Girlfriend et qu’elle est signée chez les non moins excellents PNKSLM. Et puis les influences affichées font un peu rêver tout bon amateur de pop-rock un peu trash : Ariel Pink, Kim Gordon, Madonna pour la musique, Kim Kardashian et la colle à paillettes pour le design... voilà qui laisse songeur.
La première écoute nous a pourtant confirmé qu’il ne s’agissait pas là d’une simple blague. On tient un album de garage pop serré, iconoclaste, rageur, déviant au possible, et aux collages sonores hyper efficaces. Un chef-d’œuvre de subversion, une critique relativement violente de notre société du spectacle abrutie et narcissique faite en utilisant ses propres codes, une œuvre qui a autant sa place dans votre discothèque comme excellent disque rock de l’année 2018 que comme œuvre d’art globale et subversive pour l’ensemble des visuels qui vont avec, à l’instar de la pochette où Natalie pose avec une poupée gonflable ou de ces photos de promo où elle s’affiche en robe glamour au milieu de poubelles.



- Le choix de Spydermonkey : Hekla - Á


"Á (prononcez « Ao ») est le premier album de l’Islandaise, composé à partir du thérémine et essentiellement chanté en islandais. Cette association nous entraine dans un monde féérique - quoique non-épargné d’inquiétudes latentes - et hors du temps, au sein duquel Hatur, morceau d’ouverture aux boucles simples de prime abord, mais terriblement efficace, contribue à nous mettre en apesanteur. Surtout, ce qui interpelle, c’est le « comment ». Comment est-il possible de produire de tels sons avec ce seul instrument ? Que ce soit des basses profondes, des chants d’oiseaux, des sons quasiment drone… rien ne semble impossible pour Hekla tant sa connaissance de son instrument semble totale. Les arrangements sur Í Hring, par exemple, aux sonorités asiatisantes, sont d’une véritable richesse qui permettent de redécouvrir le morceau un certain nombre de fois avant de pouvoir saisir toute la complexité et la finesse dont il fait preuve, le tout surplombé d’un chant fragile et touchant."


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La playlist IRM des albums et EPs de septembre




Forcément avec une limite de 20 titres on n’a pas eu assez de place pour tout mettre, en espérant que ça ne vous empêche pas de jeter une oreille au reste !




Les tops 5 des rédacteurs



- leoluce :

1. Asbest - Driven
2. Sumac - Love in Shadow
3. ISaAC - Évasions Manquées
4. SVIN - Virgin Cuts
5. Ihan - III
6. Emma Ruth Rundle - On Dark Horses

- Lloyd_cf :

1. Dilly Dally - Heaven
2. Emma Ruth Rundle - On Dark Horses
3. Princess Chelsea - The Loneliest Girl
4. Miss World - Keeping Up with Miss World
5. Aupheus - Megalith
6. Dengue Dengue Dengue - Semillero

- Rabbit :

1. Dakota Suite, Dag Rosenqvist & Emanuele Errante - What Matters Most
2. Gimu - A Vida Que Deixei De Ver Nos Seus Olhos
3. Giulio Aldinucci - Disappearing In A Mirror
4. Ben Chatwin - Drone Signals
5. Wizards Tell Lies / Lenina - Brothers, She Is Already Here
6. L.Boy Jr. - Aether & Nostalgia

- Riton :

1. Sumac - Love in Shadow
2. Ben Chatwin - Drone Signals
3. SVIN - Virgin Cuts
4. Dakota Suite, Dag Rosenqvist & Emanuele Errante - What Matters Most
5. Nadja - Sonnborner
6. Aupheus - Megalith

- Spoutnik :

1. milo - budding ornithologists are weary of tired analogies
2. ANKHLEJOHN - Van Ghost
3. L.Boy Jr. - Aether & Nostalgia
4. k-the-i ??? - Disturbed
5. Noname - Room 25
6. Roc Marciano - Behold a Dark Horse

- Spydermonkey :

1. Hekla - Á
2. Dilly Dally - Heaven
3. Emma Ruth Rundle - On Dark Horses
4. Valdimar - Sitt sýnist hverjum
5. Elysian Fields - Pink Air
6. Miss World - Keeping Up with Miss World



indie rock mag - IRM des musiques actuelles


samedi 17 novembre 2018


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