Top albums - octobre 2018

Bacchantes, magiciens, chamans, aruspices, chimères, nécromanciennes, revenants (la palme à Edan, 9 ans après ses dernières traces discographiques et 13 années depuis son dernier long-format en date) ou maîtres de cérémonie (occulte ?) hantent les colonnes de ce nouveau bilan mensuel. Voyez-y l’appel de l’hiver, les jours qui raccourcissent ou une simple tendance de la rédaction d’IRM, on y dénote pour notre part une beauté trop souvent occultée dans les recoins les plus autarciques, singuliers et/ou ténébreux de la production musicale actuelle.




Nos albums du mois






1. G Y D A - Evolution


"Toujours accompagnée de son instrument fétiche, ce violoncelle dont les arabesques aux allures d’aurore boréale illuminent notamment un Nothing More marqué par les influences classiques contemporaines de sa précédente sortie Epicycle, l’Islandaise nous entraîne dans cet univers onirique et lunaire dont elle a le secret dès le morceau d’ouverture Rock, où, comme toujours avec elle, la délicatesse est le maître-mot mais une délicatesse tourmentée par des drones de crins lancinants, tandis que ses vocalises susurrées telles la brise des paroles soufflent leur petit air à la fois mélancolique et rassurant entre deux volutes de cordes plaintives, dans un océan de demi-silence plus introspectif que pesant.
Entre dépouillement et envolées lyriques, guitare acoustique vaporeuse (le sensuel Unborn) et percussions ou claviers désarticulés (en ouverture de Nothing More), des bourdonnements et dissonances discrets de l’inquiétant Sons & Daughters aux incantations baroques d’un Kind Human à la tension palpable en passant par les orchestrations austères et hantées de l’instrumental Strange Attractor, Evolution confirme ainsi la beauté dévoilée par ses deux premiers extraits, la douce complainte paganiste Í Annarri Vídd au chant particulièrement envoûtant et la sérénade folk du pastoral Moonchild. Une grâce empreinte de gravité qui culmine sur la symphonie nomade du final Imago et ne donne qu’une envie, se plonger à nouveau dans cette oasis musicale à nulle autre pareille."


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(Rabbit & Spydermonkey)





2. 10th Letter - Ultra Violence


"Après un cru 2017 impressionnant, Jeremi Johnson était attendu au tournant. En restant fidèle à ses lubies, en l’occurrence les séries B, jeux vidéos et films d’animation du tournant des années 80/90 caractérisés par l’avènement d’une certaine violence graphique qui a forcément marqué son enfance (cf. le dubstep indus de Violence Jack émaillé d’onomatopées tirées du jeu "Mortal Kombat") et à son goût du métissage et de l’exploration, Ultra Violence, allégorie de la déshumanisation virtuelle de l’ère internet par références cyberpunk interposées, évoque le génie de Flying Lotus avec ses samples et synthés futuro-organiques, ses incursions kosmische et autres néo-jazzeries opiacées sur fond de beats au groove tribal et abstrait.
Du haut de ses 21 vignettes métamorphes et mélangeuses, l’album est évidemment impossible à résumer en quelques lignes, mais des bandes-sons dystopiques de Age Of Violence et Midnight Eye à l’électro-hip-hop azimuté façon Thavius Beck du scintillant Burner ou de Green Hills avec ses drôles d’incantations autotunées en passant par les chamaniques Bone Collector et Fantastic Elements, la drum’n’bass plus ou moins mutante ou déglinguée de Night Patrol et Only Time Will Tell, l’abstract saturé à la Techno Animal de Betamax Torso ou les jams afro-jazz sombres et enfumés d’Apocalypse Zero, c’est justement par sa structure labyrinthique qu’il fascine au-delà des écoutes répétées, pour s’imposer comme un nouveau chef-d’œuvre singulier dans une discographie qui ne compte décidément que ça. Brillant !"


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(Rabbit))





3. Daughters - You Won’t Get What You Want


En 2011, je passais fièrement les portes du disquaire, armé du fameux album homonyme et troisième long format de Daughters, déniché au hasard des bacs alors que je les croyais disparus. Hydra Head la regrettée était encore leur maison, et l’écoute un soufflet de noise rock massif et surprenant rompant radicalement avec le passé mathcore et grind protéiforme. 7 ans plus tard, logiquement réfugié chez Ipecac, je ne les attendais toujours pas mais j’étais heureux de les retrouver.
Que pouvait-on attendre de mieux de leur part ? Honnêtement aucune idée mais ils répondent à notre place :  You Won’t Get What You Want, comme une mise en garde… plus qu’une titre, un conseil. Sauf que passé le premier titre (City Song), on pense plutôt à une menace. Ça n’a pas l’air de vouloir rigoler. Ça grattouille dans la nuque comme une nuée de rampants, ça bourdonne dans les oreilles, ça crachote sévère et Alexis Marshall s’exprime en plaintes désespérées. Tout ça ne respire pas la mélodie du bonheur. Daughters, ou la famille Von Trapp au bord du précipice. Ça ne continue pas plus dans la joie avec Long Road No Turns et ses relents funestes, Satan In the Wait et ses accents malins, ainsi de suite le temps de 10 titres dévastateurs aux repères brouillés, à la fois désespérés, nerveux et tendus, le malaise comme fil conducteur, l’impression de marcher sur des ronces dans un cimetière en friche.
Ma foi c’est clair que je ne m’attendais pas à ça ! Un disque aussi obscur que brillant, physiquement moins éprouvant que les débuts énervés des Canada Songs (1999) et Hell Songs (2006), mais mentalement plus destructeur. Mais quand on voit tout l’enthousiasme déployé autour d’un objet aussi décontenançant, ils auraient bien tort d’arrêter de faire à leur guise.


(Riton)





4. Homeboy Sandman & Edan - Humble Pi


"La tarte est fameuse, on l’aurait aimée plus copieuse, mais pour un retour aux fourneaux du génial Edan 13 ans après son chef-d’œuvre de hip-hop psychédélique aux effluves vintage Beauty and the Beat, que demander de plus ?
Accoquiné avec Homeboy Sandman, cousin de flow capable du même genre de diatribes jouissives et décalées sur le tube #NeverUseTheInternetAgain, Edan produit l’ensemble et lâche quelques versets au détachement bienvenu, via le back & forth de l’hypnotique Rock & Roll Indian Dance qui fait écho à ses échanges avec Insight sur l’épique Funky Voltron, ou sur un The Gut baroque à souhait. Les deux ricains se sont bien trouvés, en observateurs un peu branleurs de notre humanité déchue à travers le prisme aquatique et drogué d’une piscine remplie de LSD.
Il y a ainsi les tranches de vie urbaines de Grim Seasons, le darwinisme à rebours du final Evolution of (sand)Man, nos ambitions tuées dans l’œuf par l’inertie du quotidien sur le folky That Moment When... et la vie par procuration des accrocs aux réseaux sociaux et aux achats en ligne donc, internet ce fléau que les compères tentent d’éliminer à la source dans le clip de #NeverUseTheInternetAgain, typique d’Edan avec ses motifs hachurés de contrebasse jazzy, de Fender Rhodes, de déstructurations old school aux coups de scalpel dignes d’un DJ Shadow et autres gémissements sado-maso tirés d’on ne sait trop quel film bis.
Un petit classique instantané à écouter en boucle, à défaut de pouvoir en entendre davantage de la part des deux cuistots qui on l’espère se seront suffisamment pris au jeu pour vite remettre le couvert !"


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(Rabbit)





5. Daníel Bjarnason - Collider


"Le compositeur et arrangeur islandais livre avec ce quatrième album pour le label Bedroom Community, son troisième en solo, une pièce maîtresse de musique classique contemporaine pour orchestre. A l’écoute de l’impressionnant Blow Bright en ouverture, on comprend l’ampleur de la tâche à laquelle s’est attelé ici le co-auteur de Sólaris. D’une ambition proportionnelle à sa luxuriance symphonique, le morceau, soufflant cordes perturbantes, vents virevoltants, percussions menaçantes et cuivres discrètement inquiétants sous l’impulsion du Iceland Symphony Orchestra, parvient à un équilibre assez unique entre tension cinématographique, atonalité anxiogène et romantisme troublant.
Si la suite n’atteint pas forcément toujours les mêmes sommets, elle n’en génère pas moins le même halo de grâce tourmentée, des complaintes chorales du requiem The Isle Is Full Of Noises : I. O, I have suffered dont les cuivres majestueux soulignent la dimension d’éternité, jusqu’au crescendo patient d’un morceau-titre aux 15 minutes tantôt introspectives, agitées ou carrément hantées et malmenées, en passant par l’étrange réconfort céleste du second mouvement de The Isle Is Full Of Noises : II. Be not afear’d, apaisé mais résigné face à la persistance d’une terreur existentielle qu’aucune orchestration ne semble pouvoir chasser pour de bon chez l’Islandais."


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(Rabbit)





6. Fleuves Noirs - Respecte-Moi


"Aux deux premiers titres très ramassés répondent les trois suivants qui cumulent les minutes et pourtant, l’impact ne s’émousse pas : il reste franc, massif et direct. Ce que l’on remarque en premier lieu, c’est le côté disloqué et métamorphe qui fait que l’on aurait bien du mal à étiqueter la musique du groupe. Une fois arrivé au terme de l’écoute, il ne fait aucun doute que le quartette ne saurait être résumé à un agrégat de choses déjà entendues auparavant. Leur mixture est bien trop singulière pour cela et mêle tout un tas de choses : poussières de noise-rock, élans tropicalistes, avant-rock, post-machin chose, psycho-truc, expérimentations tous azimuts entre autres.
Ce qui frappe ensuite, c’est le côté très ciselé des morceaux. Chacun semble poursuivre une multitude de directions qui pourtant se diluent les unes dans les autres à tel point qu’on jurerait qu’il n’y en a qu’une. Chacun renferme également nombre de détails que l’on finit par percevoir en multipliant les écoutes. Tout cela confère un caractère profondément labyrinthique au disque (le chant et la guitare à l’altérité forte) et pourtant, on ne s’y perd jamais (basse et batterie fournissent un balisage efficace). C’est très fort, cette façon d’aller sillonner les chemins de traverse sans jamais quitter l’axe principal.
C’est tout à la fois étrange et attirant, affolé mais très déterminé. En tout cas, pour une première, c’est d’emblée un grand coup, un braquage parfait. De quoi suivre l’injonction du titre sans coup férir."


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(leoluce)





7. Nicole Dollanganger - Heart Shaped Bed


Mort, sexe, dépression, violence et mots crus. Le tout chanté l’air de ne pas y toucher avec une voix qui doit forcément donner des frissons genre maousse costauds à David Lynch (on pense souvent au spleen et à la perversité d’une Laura Palmer qui au lieu de se faire bêtement assassiner, serait devenue pop star et chanterait ses fantasmes). Chanter des histoires absolument horribles ou sordides sur un fond de dream-folk mâtiné d’une pincée de gros son (mais pas tant que ça), telle est la recette que Nicole applique déjà depuis deux albums, après s’être fait connaître avec des albums glaçants très peu produits, voire pas produits du tout, passant ainsi du statut de poupée maladive ne mâchant pas ses mots à celui, beaucoup plus enviable, d’égérie mortifère pour qui, s’il n’existait pas pour tout autre chose, le terme American Gothic pourrait avoir été inventé. La Canadienne nous offre ici son disque le plus abouti, baignant toujours dans une production minimaliste superbe mais extrêmement pointue, de notes de piano égrenées sur fond de battements de cœur en nappes mélancoliques, riffs lourds mais traînants et chœurs éthérés, en dix titres à la progression impeccable qui feraient passer les corbacs les plus invétérés pour de joyeux clowns. D’ailleurs, plutôt que de palabrer pendant des heures pour tenter de vous convaincre que ce disque est vraiment, mais alors vraiment plus malsain qu’il ne le semble à l’écoute distraite, cette vidéo tirée de l’album est une illustration parfaite de son univers, assez unique et plutôt inoubliable, mais déconseillé aux âmes sensibles pour la violence de ses propos. Ce qui est amusant, quand on pense que quand on ne comprend pas les textes, on peut juste penser que c’est mignon et tristounet. Ha ha, non.


"I’ve been home all day
My husband’s gone, don’t need to worry
Take you upstairs to the swan bed
Let you fuck me hard as you can
The next time he kisses me
Want him to taste red ruby lips
And the love we made"



Charmant.


(Lloyd_cf)





8. DJ Muggs & Roc Marciano - Kaos


Je disais cet été que les albums de Roc Marciano n’avaient jamais figuré dans nos tops mensuels, hé bien tout vient à point à qui sait attendre ! Peut-être à cause d’un prosélytisme forcené auprès des collègues d’IRM, mais plus sûrement grâce à la présence fédératrice d’un DJ Muggs, KAOS est un superbe 8ème de notre non moins superbe top octobre !
"Mélange parfait des productions pointues de Muggs et des rimes sombres de Roc Marci, teinté de sang et d’honneur, de peur et de rédemption, KAOS s’ouvre tout naturellement, si j’ose dire, avec une bande-son à la sauce Blaxploitation. Entre Isaac Hayes, Roy Ayers et Curtis Mayfield, la couleur est annoncée mais elle n’aura de cesse de s’assombrir tout au long de l’album. Dès Dolph Lundgren, son rythme luxuriant fait d’interactions millimétrées entre guitare jazzy et piano électrique mélancolique, ses cordes qui nous font lentement basculer de la couleur au noir et blanc, la messe est dit et l’arrivée directe du flow force le respect. Lentement, inexorablement, sans un cri, mais avec l’assurance glaciale d’un tueur à gages, Roc Marci étale son génie.
Et par dessus ça, Muggs est au sommet de son art. Servant Roc Marciano avec des perles construites à la sueur du front et magnifiées par des années de crate digging, le producteur lâche tout ce qu’il a de meilleur en magasin : guitares rock aux échos psychédéliques (White Dirt), pièces de jazz (The E Train), flûtes gorgées de soul (Wormhole), orgues ecclésiastiques presque gothiques (Aunt Bonnie), percussions syncopées proto-trap (Caught a Lick), et même des sitars (Wild Oats) qui ont ici toute leur place dans ce grand melting pot urbain. Et puis DJ Muggs est aussi capable de choses aussi simples que cette boucle de piano qui soutient le fabuleux Shit I’m On, un thème qu’on pourrait écouter à l’infini et qui justifie encore un peu plus le fait que KAOS soit l’une des meilleures sorties hip-hop de l’année 2018 !"


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(Spoutnik)





9. Deru - Torn In Two


"Avec le superbe 1979, Benjamin Wynn s’était décidé à délaisser le roulis des rythmiques au profit de soundscapes nostalgiques et cristallins où mélancolie des claviers et onirisme des synthés propulsaient définitivement le beatmaker vers un autre univers. Ce changement de cap, Torn In Two en est l’aboutissement, le déchirement du titre n’évoquant pas le moins du monde une valse hésitation entre electronica et drone puisque c’est désormais vers ce dernier que penche ouvertement la musique de Deru, plus inconfortable et ténébreuse qu’à l’accoutumée tant les stridences des synthés et autres grondements des basses y évoquent aujourd’hui un monde sur le déclin voire au bord de l’effondrement (cf. le morceau-titre).
Quelques recoins d’évasion de l’esprit subsistent malgré tout, un bien-nommé Refuge bercé par une flûte post-classique mais assailli par son lot de crépitements menaçants, ou l’élégiaque All The Kings Men avec sa coda de musique de chambre baroque, mais d’un Borders tour à tour lancinant et malaisant aux marées purgatrices d’Undertow en passant par les saturations de désolation de Our Brief History ou le tragique crescendo piano/synthés de The Overview Effect, l’heure est aux requiems pour l’Homme, ses rêves et ses espoirs de futur en couleurs."


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(Rabbit)





10. Uboa - The Sky May Be


"Pour son troisième long format en solo, l’Australienne Xandra Metcalfe s’éloigne du metal extrême de Jouissance, déjà bien bruitiste, névrotique et dissonant, pour traîner son mal-être du côté du harsh noise et du dark ambient sur un disque aux humeurs bipolaires, capable des saillies vociférantes, grouillantes et abrasives les plus inattendues entre deux plages aux harmonies vocales presque méditatives, à l’image du sommet The Sky May Be (Extus) où la brutalité se fait presque aussi aérienne que chez The Body.
Tirant son inspiration de l’anxiété de vivre dans une société où les individus transgenres continuent d’être stigmatisés et de tout ce qui en découle psychologiquement parlant, de la démence à la dépression, Uboa est en souffrance et The Sky May Be fait de cette douleur un leitmotiv, non sans un brin de déconstruction décalée qui empêche le disque de sombrer totalement dans le snuff movie sonique automutilatoire.
Pour autant, l’album n’en demeure pas moins très, très noir et désespéré, à l’image de Standards of Living, bande-son d’une psyché qui vole en éclats au ralenti, ou de la complainte aux chœurs élégiaques I Can’t Love Anymore.
Viscéral et magnétique, un petit chef-d’œuvre cathartique sans concession, qui fascine en embrassant les maux les plus naturellement repoussants d’un esprit torturé."


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(Rabbit)


Nos EPs du mois



1. Les Marquises - Le Tigre de Tasmanie OST


"Cette nouvelle collection de morceaux des Marquises, bande originale du court-métrage d’animation Le Tigre de Tasmanie qui sortira bientôt sur les écrans auréolé d’un beau succès critique en festivals, est enfin disponible en vinyle et en digital. Une aubaine pour les férus du projet de Jean-Sébastien Nouveau, qui y décline sa veine la plus hypnotique et ensorcelante en quatre instrumentaux invoquant une sombre transe des antipodes.
Au même titre que The Night Digger, conclusion motorik ténébreuse et tribale initialement parue sur le 8e volet de nos compil Twin Peaks, le morceau éponyme en est la parfaite illustration. Véritable rituel chamanique post-moderne, Le Tigre de Tasmanie se mue à mi-parcours en ambient magnétique, des nappes claires-obscures qui laissent place, au terme de ces 13 minutes, au spleen gothique orgue/flûte d’un final où la guitare, sur fond de batterie assourdie, flirte justement avec les accords rétro aux accents jazzy chers à Angelo Badalamenti. Un régal !"


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(Rabbit)

2. Bloody Monk Consortium - Vein Diesel


Formé des deux emcees bûcherons (Leeroy Destroy pour la Californie et Labal-S pour le New Jersey) et de l’excellent Luger Lex (ici épaulé par le non moins excellent jakprogresso aka Jak Tripper) à la production, les Bloody Monk Consortium lâchent des bombes à fragmentation depuis plus de 10 ans, mais c’est Fully Automated Kill Unlimited sorti l’année dernière qui nous servit de révélateur, s’ensuivirent des rééditions chez I Had An Accident Records (encore eux, et ) et ce Vein Diesel (pourtant sorti en 2017, mais chut). Le décor est planté dès Morpheus Dust, il sera glauque et ne s’affaiblira pas, on s’enfonce littéralement dans ces 5 titres comme dans un dédale fait de frissons et de rimes empoisonnées avec un sublime Mogwai comme point culminant de tension et de malaise. Borderline sur l’horrorcore, les Bloody Monk Consortium ne basculent pourtant jamais du côté gras facile, ils captivent et émerveillent et ça fait plus de 10 ans que ça dure, ne changez rien, on en redemande à chaque fois !


(Spoutnik)

3. Sagana_Squale - et nous brûlerons les rois​.​.​.


"Des rois allez savoir, mais Sagana_Squale a dû brûler quelques vinyles pour accoucher de cette collection d’hallucinations calcinées, série de collages fantasmagoriques qui évoquent d’emblée le goût du Québecois pour les atmosphères lynchiennes cauchemardées. 10 ans d’échantillons dont les télescopages résultent aujourd’hui dans cet EP ovniesque, à la croisée de The Third Eye Foundation, Kreng et Badalamenti pour faire court.
Il y a les Filament et leurs transmissions interdimensionnelles en combustion, Horizon et sa musique tribale de damnés au tempo schizophrène et aux nappes de drones lovecraftiennes, Pluie Froide et son jazz hypnotique du côté obscur façon Pink Room et le dark ambient spectral sur fond de drum’n’bass de Déicide, dont les effets reverse nous renvoient aux visions de l’Agent Cooper... déjà de quoi hanter nos rêves pour quelque temps. Mais c’est surtout Fibrine qui impressionne, avec ses faux-airs d’Ennio Morricone déglingué versant films d’horreur bis avec ce qu’il faut de théâtralité (les samples d’orchestre kitsch, la boîte à rythme bontempi) mais surtout ce piano atonal et ces cordes en déréliction qui viennent en corrompre le décorum en carton-pâte pour nous faire basculer de l’autre côté du miroir, comme chez David Lynch justement."


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(Rabbit)

4. Canopic Jars - Vol. 1


Quand le mois dernier, nous mettions en avant Carmine Moth et son excellent Pierrot Tearoom, on ne pensait pas vous en reparler aussi rapidement... Hé bien, c’est pourtant le cas puisque l’emcee arizonien est allé réveiller Boxguts pour un Canopic Jars sans concession, un projet en binôme et le moins que l’on puisse dire c’est que ces deux-là se sont bien trouvés ! Déjà aperçus ensemble sur l’énorme compilation vineyardghosts sortie chez Dead Orchard Records l’année dernière, les deux emcees aux flows rouleaux compresseurs sont allés dénicher Il Brutto au beatmaking, inconnu au bataillon, mais dont les productions pas si éloignées de la façon de faire Def Jux belle époque vous marqueront dès la première écoute ! Comment ne pas devenir dingue à l’écoute de l’anxiogène Out Here, du lugubre Anemic Leeches ou de l’ouverture de Caldera ? Et finalement, du hip-hop de cette facture, comment ne pas en redemander tous les mois ?



(Spoutnik)

5. Open Mike Eagle - What Happens When I Try To Relax


"Attendu au tournant après le sommet Brick Body Kids Still Daydream qui le voyait enfin trouver son style - anthémique et en suspension - et sa voix - sociale et intime à la fois, aux confins du rap, du spoken work et du chant -, Open Mike Eagle confirme avec cet EP aux syncopations ouatées et aux synthés stratosphériques. Prenant à bras le corps ses névroses dans une ambiance paradoxalement rêveuse voire éthérée (cf. l’ultra-planant Every Single Thing), l’Américain culmine dans les nuages en coton et la stop motion en pâte à modeler du clip de Microfiche, tube introspectif aux allures de méthode Coué. Première sortie de son propre label Auto Reverse, What Happens When I Try To Relax nous réserve également à la mesure de son bouillonnement réflexif de cerveau en surchauffe quelques instrus plus ambivalents voire carrément angoissés - Single Ghosts, ou Southside Eagle (93 Bulls), autoflagellation décalée d’un ego hors de contrôle retrouvant peu à peu la lumière, celle-là même qui irrigue le final Maybe Gang, hymne universel à ces singularités qui nous rapprochent, dans la lignée du génial Brick Body Complex."


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(Rabbit)

6. Psychopop - Demonic Electronics


Pop ? Pas vraiment ! Psycho ? Ça c’est sûr ! Le nom porté par David Lampley, échappé ici du duo Skrapez qu’il forme avec le fou furieux John Calzo (aka Tenshun, qui se fait beaucoup remarquer en ce moment en compagnie de Bonzo), résume parfaitement le propos : du psychédélisme instrumental à la sauce hip-hop bruitiste sans concessions, des beats lo-fi sur fond d’électro démoniaque, de nappes hantées un brin chamaniques. Soit rien de bien nouveau depuis Hauntvox et Nam (2016), mais un EP parfait pour un halloween torturé, taillé pile poil pour le catalogue d’I Had An Accident, tout comme l’étaient déjà Double Death en 2010 et XIII en 2013.


(Riton)

7. Cruel Diagonals - Monolithic Nuance


"En dépit du très bon Disambiguation de juillet dernier, premier long format aux ambiances rituelles faites de friches rythmiques post-indus, de vocalises fantomatiques et de drones obscurs, on n’avait pas encore pris le temps de vous parler de la Californienne Cruel Diagonals, l’occasion de faire d’une pierre deux coups puisque Monolithic Nuance, du haut de ses 19 minutes, est l’un des 12 titres hors-format publiés depuis juin par le bien-nommé Longform Editions, label australien dédié à ce genre de longues pièces immersives.
Entre complaintes chorales sous-tendues par des pulsations tour à tour caverneuses et futuristes, et no man’s land dark ambient aux grouillements synthétiques et raclements industriels, l’EP use principalement de synthèse modulaire et de la voix spectrale et envoûtante de l’Américaine, opposant ainsi tension et harmonie, pureté et malaise, pour symboliser la difficulté d’entendre et d’accepter l’autre au-delà de l’identité qu’il projette. Si toutes les sorties de Longform Editions s’avèrent être de cet acabit, il va falloir garder l’oreille braquée sur l’écurie d’Andrew Khedoori (de la radio 2SER-FM) et Mark Gowing (graphiste responsable de ses pochettes géométriques) dans les mois à venir..."


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(Rabbit)

8. k-the-i ??? - Paranormal Pareidolia


Omniprésent dans notre bilan du mois dernier, k-the-i ??? n’a pas chômé depuis, livrant pas moins de trois EPs en octobre. Cavalcades percussives, flow en roue libre, traitement nébuleux de boucles rétro aux samples jazzy, soul ou bossa, la formule se précise sans pour autant tourner en rond - Accomplished Astronaut 🚀👨🏿‍🚀 est plus chaotique, agité de l’intérieur, ne se posant vraiment que le temps d’un refrain romantique sur son superbe morceau-titre, tandis quUnder The Umbrella I Stayed Dry bien que tout aussi dynamique s’avère plus épuré, centré sur des samples réduits à leur essence. Alors, pourquoi ce Paranormal Pareidolia et pas l’un des deux autres ? Parce qu’il s’agit tout simplement de la meilleure sortie du stakhanoviste californien cette année, avec ses drums plus acérés, ses envolées magiques de boucles acoustiques et son spoken work posé là-dessus avec un calme olympien, déroulant ses motifs oniriques avec une paradoxale ferveur détachée.


(Rabbit)



Les bonus des rédacteurs



- Le choix de Rabbit : Ana da Silva & Phew - Island


"Aussi ovniesques aient pu être les Raincoats, retrouver Ana da Silva en prêtresse électro-ambient versant post-indus sur cet album à quatre mains n’en reste pas moins surprenant. De la part de Phew, on est un peu voire nettement moins dépaysé, car s’il est difficile de savoir qui fait quoi sur cette première collaboration entre les deux figures mythiques d’un punk atypique au féminin, Island s’inscrit clairement dans la lignée des récents sommets de la Japonaise, à la croisée de la tension hypnotique et droguée de Light Sleep et du plus ambient et spectral Voice Hardcore de janvier dernier.
Les pulsations froides et boucles glitchées de mantras scandés en japonais du morceau-titre donnent le ton, et des lacérations digitalo-tribales de Strong Winds au magnétisme drone grouillant de The Fear Song en passant par le chamanisme aquatique et noisy de Conversation et Konnichiwa ! ou la kosmische musik oppressante de Stay Away, l’humeur de ces dames est à l’abstraction la plus malaisante et désincarnée, que seul l’ambivalent final Dark But Bright viendra déjouer sous ses couches de crépitements opaques par l’affleurement de quelques chants d’oiseaux et mélodies de synthés plus chaleureuses. La bande-son de l’hiver pour les cocons technologiques isolationnistes de tous les névrosés qui nous lisent !"


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- Le choix du Crapaud : GruGrü - "333"


"Pour son 3e album depuis 2013, le quatuor de Montpellier n’a plus rien à prouver. Les rythmiques funky menées tambour battant, les envolées de sax percutantes, les solos de gratte habités, les lignes de basse groovy, ils savent faire. Mais comme le personnel a été renouvelé pour moitié, on pouvait s’attendre à de l’inattendu. Or, GruGrü restent les mêmes dans le changement, il fallait s’y attendre ! Flirtant peut-être moins avec la sphère metal, cet album s’amuse davantage à vibrer au rythme 70’s de la blaxploitation. Bien assis sur un basse-batterie confortable (les deux membres historiques du groupe) quoique souvent alambiqué, la guitare se laisse aller à des wah-wah typés, le sax se prend pour un séducteur gominé, et les orgues hurlent comme des demi-diables (cf. le nom de l’album...). Les structures sont compliquées, les morceaux à rallonge, mais à aucun moment on ne s’ennuie. Au contraire, on est conduit, avec beaucoup d’enthousiasme et de camaraderie, dans un labyrinthe multicolore.
Déglingué comme du Zappa, bipolaire comme Mr. Bungle, jazz et sauvage comme l’Electric Masada de John Zorn, on pourrait accumuler les références, ce ne serait pas rendre justice à GruGrü, tant sa musique rappelle avec malice toutes ces racines hétéroclites sans tomber dans le piège du pastiche et en proposant une mosaïque jouissive, irrésistible, avec une personnalité et une fougue indéniables. Demi-dieux ou demi-diables, lorsque GruGrü s’agite, la fièvre se répand très vite !"


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- Le choix de lloyd_cf : Madeline Kenney - Perfect Shapes


Il y a eu un sacré chemin parcouru, entre les premiers EPs de Madeline Kenney, il y a trois ans, qui conviaient les souvenirs et les sons de la dream-pop et du shoegaze dans un format chanson plus américain, et ce second album plus aventureux et néanmoins éminemment pop qui confirme tout le bien qu’on a toujours pensé d’elle. Ce nouveau disque, écrit et enregistré en huis clos, qui semblait, aux premières écoutes, vouloir lorgner du côté du confort d’une pop plus académique, s’est avéré au final aussi labyrinthique et intéressant que son prédécesseur, mais, en abandonnant ses oripeaux de shoegaze à guitare pour des contrées plus aventureuses et en optant pour une production très soignée mais pas du tout téléphonée, aux sons et gimmicks ingénieux et pas ressassés, sans référence trop envahissante, et sans renier ses origines un peu noisy et plutôt rock, Madeline a su offrir à sa voix toujours très posée et calme un écrin à la hauteur des belles qualités d’écriture dont chaque morceau fait preuve. Un album extrêmement agréable, qui demande quelques écoutes pour être totalement appréhendé, et qui ne lasse pas et surprend toujours un peu, ce qui, il faut bien l’avouer, se fait un peu rare dans le monde bien policé, huilé et peu aventureux de la chanson pop à guitares.



- Le choix de Spoutnik : Chester Watson - Project 0


Au fil des années Chester Watson n’en finit pas de se réinventer, de s’affiner et d’innover, alors bien sûr son hip-hop monotone va en ennuyer certain, mais pourtant depuis Space Nobility sorti sous le manteau en 2013, que de chemin parcouru ! Le Floridien est passé d’un lo-fi un peu facile à des pistes beaucoup plus texturées et passionnantes si on leur donne la chance qu’elles méritent. Avec les merveilleux Tin Wooki puis Past Cloaks, Chester Watson nous avait montré tout ce que le petit gars était capable de réaliser à coups de flow léthargique et de productions chaudes et mystérieuses, mais avec ce Project 0, il va encore plus loin. Project 0 synthétise tout, en rajoute et parachève la mutation. Le smooth enfumé des débuts est toujours là, mais avec cette juste dose d’introspection sous THC en plus, avec ces relents de nu-soul et avec cette délicatesse presque palpable... à travers les 10 pistes de Project 0, Chester Watson en devient captivant et tout sauf ennuyeux, promis ! Et peut-être même que vous y reviendrez !



La playlist IRM des albums et EPs d’octobre




Des carillons, de l’abstraction, des mélodies, des mutations, des complaintes amères et des hymnes vénères, de la fausse candeur et de vrais tourments, des cauchemars hallucinés et des rêves entêtants, c’est notre playlist d’octobre en 20 titres à écouter sans modération :




Les tops 5 des rédacteurs



- Le Crapaud :

1. GruGrü - "333"
2. The Dodos - Certainty Waves
3. Neneh Cherry - Broken Politics
4. Fleuves Noirs - Respecte-Moi
5. Giant Sand - Returns To Valley Of Rain

- leoluce :

1. Daughters - You Won’t Get What You Want
2. Fleuves Noirs - Respecte-Moi
3. URGE / SETE STAR SEPT - SSSURGE
4. Chafouin - ChAfOuiN
5. Spectrum Orchestrum - It’s About Time

- Lloyd_cf :

1. Nicole Dollanganger - Heart Shaped Bed
2. Madeline Kenney - Perfect Shapes
3. G Y D A - Evolution
4. Cat Power - Wanderer
5. DJ Muggs & Roc Marciano - Kaos

- Rabbit :

1. Daníel Bjarnason - Collider
2. G Y D A - Evolution
3. 10th Letter - Ultra Violence
4. Deru - Torn In Two
5. Ana da Silva & Phew - Island

- Riton :

1. G Y D A - Evolution
2. Daughters - You Won’t Get What You Want
3. 10th Letter - Ultra Violence
4. Uboa - The Sky May Be
5. Deru - Torn In Two

- Spoutnik :

1. DJ Muggs & Roc Marciano - Kaos
2. Chester Watson - Project 0
3. 10th Letter - Ultra Violence
4. Homeboy Sandman & Edan - Humble Pi
5. Kenny Segal - happy little trees

- Spydermonkey :

1. G Y D A - Evolution
2. Daníel Bjarnason - Collider
3. Thom Yorke - Suspiria OST
4. Nicole Dollanganger - Heart Shaped Bed
5. BistroBoy - Píanó í þokunni



indie rock mag - IRM des musiques actuelles


dimanche 9 décembre 2018


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