The Thermals, interview à l’arrache

Après l’unique et assez exceptionnel concert des Thermals à Paris, nous attendons quai de Valmy, dehors juste en face du Point Ephémère. Hutch Harris, le filiforme gamin de Portland arrive, capuche plantée sur ses cheveux encore trempés. Hutch se roule des clopes et nous livre une interview aussi simple et vraie que sa musique est jouissive. Rencontre avec un mec bien...

Indie Rock Mag : Même si The Body, The Blood, The Machine transpire l’urgence musicale, la production semble bien moins lo-fi, les titres sont plus longs et on entend même quelques ballades comme Test Pattern, est-ce que les Thermals ont franchi un cap et si oui continuerez-vous sur cette lancée ?
Hutch Harris : Oui, nous progressons pas à pas à travers nos albums. Ils deviennent de plus en plus soignés car à chaque nouveau disque, nous avons un peu plus d’argent. Tu sais, notre premier album ne comptait que 4 titres. Pour The Body, The Blood, The Machine , on voulait quand même garder un son home studio un peu brouillon, mais on voulait aussi que cet opus soit plus fini et plus intense.

Sans Chris Walla (Death Cab For Cutie), producteur de vos précédents albums, je me suis dit que ce troisième opus allait perdre en mélodie, alors que c’est complètement le contraire. Pouvez-vous nous expliquer cela ? Brendan Canty (membre de Fugazi) y est-il pour quelque chose ?
Hutch Harris : Tu sais, c’est quand-même Kathy et moi qui écrivons les albums, mais tu as raison, les enregistrements avec Brendan ressemblaient étrangement à ceux avec Chris. Ce sont de très bons musiciens et de très bons ingénieurs du son, ils ont tous les deux la même attitude et puis, les Thermals les excitent. Ils sautaient partout dans le studio ! Leurs attitudes ont été toutes les deux très positives et la façon dont ils ont approché notre musique a finalement été la même.

Lors de l’enregistrement de The Body, The Blood, The Machine, vous vous êtes retrouvés à deux, Kathy et toi, est-ce que cela vous a rappelé vos débuts lorsqu’avant les Thermals, vous n’étiez que deux ? En attendant, sacrée performance de Kathy d’avoir assuré toute la section rythmique !
Hutch Harris : Oui, il n’y avait que Kathy et moi, mais nous jouons ensemble depuis tellement longtemps, c’était naturel. A la base, elle est batteuse et bassiste, moi guitariste, donc tout vient naturellement. Tu sais, moins il y a de monde, plus c’est simple à enregistrer.

J’y pense, pourquoi The Thermals ?
Hutch Harris : C’est en rapport avec les sous-vêtements. Des trucs à la mode qui sont chauds et sexy ! Mignons et sexy ! Et chauds. Et puis, The Thermals, ça veut dire air chaud et ça nous va bien.

Dans le très jouissif clip de Pillar Of Salt, on entrevoit Colin Meloy des Decemberists (et Adam Goldberg, je crois), pouvez-vous me raconter la petite histoire de ces apparitions furtives ?
Hutch Harris : On a juste appelé beaucoup d’amis. Plus on avait d’images, mieux c’était. Et puis, Colin est énorme, il a travaillé avec beaucoup de groupes. Colin était là, il joue de la guitare et les gens le reconnaissent. C’est un clip très rapide où l’on balance beaucoup, on a fait ça pour voir si les gens captent tout d’un coup.

Vous avez fait un unique concert au Point Ephémère et puis plus rien en France, nous évitez-vous ou alors pensez-vous revenir bientôt ?
Hutch Harris : Les tournées en Europe sont différentes de celles que nous faisons aux USA. Ici, on se plie aux promoteurs, mais on reviendra à Paris. Dans le futur, on va changer, on fera moins de dates, ce qui sera mieux, mais on reviendra à Paris.

Quelle est votre chanson préférée des Thermals ? Et quelle est celle que vous préférez jouer en live ?
Hutch Harris : Ce sont les plus récentes. Les plus fraîches sont mes favorites car le public les ressent mieux. Par exemple, Pillar Of Salt, j’ai un son puissant, c’est une chanson à plusieurs niveaux que j’adore jouer. De toute façon, ce sont les chansons les plus intuitives que préfère le public.

Qu’est-ce que vous écoutez en ce moment sur votre i-pod ? Et parmi la scène rock actuelle, quels sont les groupes qui vous intéressent le plus ?
Hutch Harris : Thom Yorke, j’adore Radiohead. D’ailleurs, Thom Yorke vient du même endroit que moi, la peur et la paranoïa ! J’adore aussi Built To Spill, Jay-Z, The Meeters ou Redjetson.

J’ai pu lire ça et là que parmi vos influences vous citiez les Ramones, Nirvana et les Breeders, en quoi ces groupes vous ont-ils influencés ? Avez-vous d’autres influences ? Pouvez-vous nous raconter votre parcours musical ?
Hutch Harris : Ces groupes sont minimalistes mais ils convainquent. Trois accords, pas d’excès, j’adore ça. Les Breeders, c’est tellement simple, mais Kim Deal arrive à nous entraîner dans un psychédélisme tel. Quand j’étais gamin, j’ai vu les Breeders en concert, Kim Deal était assise au stand et je lui ai parlé, je l’ai rencontrée, j’étais fou ! Elle était simple et j’ai commencé à l’idolâtrer. Elle fait de la super musique et reste accessible. C’est ça une vrai rock star pour moi…

Sur l’album et particulièrement sur Here Is Your Future, tu nous balances que les USA ne sont en définitive qu’un état chrétien fasciste et qu’il faut le fuir, comme vous le savez les français apprécient énormément Bush, il va donc falloir trouver un autre lieu pour l’exil, avez-vous des pistes ?
Hutch Harris : Mais j’adore les USA ! La France, le Royaume-Uni, les USA, c’est ma maison ! Mais le gouvernement américain fait le contraire de ce que ce pays attend. Quand les gens disent "je n’aime pas le gouvernement en place", le gouvernement dit "vous n’aimez pas les USA", alors que c’est faux ! Un vrai patriote ne peut pas aimer ce gouvernement, car il fait mal son boulot et gâche la relation des USA avec les autres pays, la France, l’Italie, pour ne pas mentionner l’Irak. Here Is Your Future est une fiction, mais parle de ce gouvernement américain depuis 50 ans et de jusqu’où il pourrait aller.

Vous êtes en pleine tournée, mais avez-vous déjà quelques pistes concernant votre futur quatrième album ?
Hutch Harris : Kathy et moi avons beaucoup écrit. Kathy énormément. Elle commence par la basse, puis batterie, guitare et les différents niveaux.

On vous compare souvent aux Mutts, qu’en pensez-vous ?
Hutch Harris : Qui ? Je ne les connais pas. Vous les aimez, vous ?

Propos recueillis le samedi 2 décembre 2006 à minuit.


Interviews - 15.05.2007 par Aurelien, pix, RabbitInYourHeadlights, Spoutnik


Le streaming du jour #723 : The Thermals - 'Desperate Ground'

Desperate le trio de Portland ? Suite à deux albums gagnés par une routine heavy-pop quelque peu inquiétante, c’est plutôt nous autres qui commencions à désespérer des Thermals dont la belle urgence électrique semblait s’être éteinte après The Body, The Blood, The Machine au profit d’une approche plus classique et légèrement molle des (...)