Staggers

On en apprend tous les jours. Alors qu’il y a quelques mois, je vous faisais part dans un précédent billet de ma passion pour le vertigineux clip de Nick Cave and The Bad Seeds, Stagger Lee, je découvre à l’instant que stagger tout court est un terme médical qui signifie un mouvement mal assuré du corps : le mec bourré qui essaie de rester debout en somme. Et au pluriel, ça peut aller jusqu’à une forme de dépression où vertige, confusion mentale et faiblesse musculaire sont les principaux symptômes. Je comprends mieux ma passion maintenant.

Mais ça ne s’arrête pas là, car alors que 21 Love Hotel a publié sur son myspace la reprise qu’il avait fait de ce morceau à la Flèche d’Or, je découvre aussi l’existence d’un label toulousain : Stagger Records. On s’en sortira donc jamais. Et c’est la grosse claque.

Voyez donc la vidéo ci-dessus. Isabelle Vera Santafe (voix), Patrick Fretin (guitare), Benoit Silva (batterie) et Jean Paramio (basse) sont les membres du groupe Wok. Il était temps qu’on les découvre puisque sont déjà sortis Almost Blue premier album publié en 2004, et The Naked Horse qui date de mai 2007. Ce dernier est l’une des sorties du label Stagger Records, lui-même emmené par le guitariste et la chanteuse du groupe entre autres.

Dieu sait qu’ils ont bon goût ces gens là ; en 2006, le label sortait un double album qui n’est pas passé inaperçu aux yeux de tous : A Tribute To Rowland S Howard. Oui Rowland S. Howard, le chanteur et guitariste de These Immortal Souls, et membre de Crime and The City Solution, Birthday Party, Lydia Lunch, Nick Cave ... . Un hommage mérité pour cet artiste australien, d’autant plus quand on sait qu’à l’affiche figurent les talentueux : Mick Harvey, Wok, The Drones, Bellmer Dolls, Alice Texas, et le regretté Nikki Sudden ... j’en reste bouche bée.

Un seul conseil pour maintenant ou pour plus tard : il vous faut prévoir une semaine "tituber un peu et écouter du Stagger beaucoup", c’est pas sain mais ça fait du bien. Ou en l’état, profitez des liens que j’ai glissés dans ce billet, ça vous évitera de passer à côté de l’un ou l’autre de ces artistes chaudement recommandés.


  - 17.04.2008 par indie


Latyrx bientôt ressuscité

On vous l’annonçait il y a dix jours, les héros visionnaires du hip-hop californien ont décidé de jouer les prolongations. Ainsi en sera-t-il cette année de Latyrx (prononcer "Latyr-X"), dont le deuxième opus si longuement espéré en vain devait, dixit Lyrics Born l’an dernier, être enregistré une fois son nouvel album solo terminé.

Et justement ce dernier, intitulé Everywhere At Once, sortira le 22 avril. Autant dire que l’échéance des retrouvailles approche à grands pas pour le MC nippo-italo-américain au flow éraillé et son non moins talentueux compère Lateef The Truthspeaker (croisé dernièrement sur deux morceaux du Palookaville de Fatboy Slim), co-fondateurs avec DJ Shadow et le DJ/producteur de Blackalicious, Chief Xcel - alors futurs co-producteurs de leur premier et unique album à ce jour - du collectif et label Solesides au début des années 90, lequel allait laisser la place dès 1997 aux fameux Quannum Projects.

Ce seront justement le Spectrum de Quannum en 1999 puis la compilation "posthume" de Solesides parue l’année suivante qui feront connaître d’un public plus "large" l’univers de Latyrx, mais la scène alternative d’Oakland, avant d’être définitivement changée par les Hieroglyphics, n’attendra pas aussi longtemps pour s’en trouver bouleversée.

En effet, construit en 1997 sur l’héritage du Massive Attack des débuts, du funk 70’s et des BO blaxploitation d’Isaac Hayes notamment, le hip-hop nonchalant à l’extrême de The Album - un titre à prendre au sens jemenfoutiste et surtout pas prétentieux -, discrètement contaminé par la facette la plus décontractée de Shadow, préfigurait ici les constructions électro abstraites et mathématiques des new-yorkais d’Antipop Consortium (tout particulièrement sur l’extraordinaire Say That, en écoute sur ce myspace de fan), là le groove rétro-futuriste de Jurassic 5 et les paradoxales expérimentations pop initiées par Blackalicious avec Nia en 1999, ou ailleurs encore les hybridations d’un label Anticon encore en gestation, les acrobaties vocales des deux rappeurs, pourtant d’une absolue coolitude, fusionnant idéalement même quand ils semblaient ne pas interpréter le même morceau (cf. l’éponyme Latyrx, ouverture d’album en forme de manifeste).

En réécoutant l’immense The Last Trumpet, qu’on peut en quelque sorte considérer comme le dernier morceau en date de Latyrx même s’il est extrait du premier album solo de Lyrics Born paru en 2003, l’excellent Later That Day, on jurerait même entendre Yoni Wolf de Why ? lorsque les deux MC réunis pour l’occasion partent dans un chorus psychédélique digne d’un Elephant Eyelash avant l’heure :


De son côté, Lateef continue de travailler sur son premier album en solo, d’ores et déjà intitulé Crowd Rockers, ainsi que sur celui de The Mighty Underdogs, trio nouvellement formé dont il partage le line-up avec le MC de Blackalicious, Gift Of Gab, et Headnodic, bassiste des Crown City Rockers. Un EP très prometteur intitulé The Prelude était sorti l’an dernier avec au générique DJ Shadow, Ladybug Mecca de Digable Planets ou encore MF Doom, annonçant l’album, Dropping Science Fiction, qui devrait quant à lui voir le jour dans le courant de l’année et comporter des featurings de Shadow toujours, Casual des Hieroglyphics, Chali 2na de Jurassic 5, Damian et Julian Marley, K-OS, Zion ou encore, bien sûr, de Lyrics Born.

Mais pour en revenir à Everywhere At Once (voir le tracklisting), que son auteur viendra défendre sur scène en Belgique à l’occasion du festival Rock Werchter le 5 juillet prochain puis en Suisse le 16 dans le cadre du Montreux Jazz Festival, il verra notamment les participations de son vieux collègue de Quannum, Joyo Velarde et du MC Chali 2na (encore lui), sera précédé du single I Like It, I Love It et, cerise sur le gâteau, est actuellement en écoute intégrale sur myspace et ce jusqu’au 17 avril... pour un résultat ouvert aux quatre vents qui devrait notamment ravir les amateurs des derniers albums d’OutKast.


Myspace Lyrics Born : http://www.myspace.com/lyricsborn
Myspace Lateef : http://www.myspace.com/lateefthetruthspeaker


  - 16.04.2008 par RabbitInYourHeadlights


Les héros visionnaires du hip-hop californien jouent les prolongations (Part 1*)

On vous parlait il y a quelques jours du retour annoncé de Deltron 3030, dont le deuxième album tant espéré sera vraisemblablement enregistré courant 2008. Une année chargée donc pour son frontman Teren Delvon Jones aka Del Tha Funky Homosapien, dont un cinquième album solo autoproduit, le très réussi Eleventh Hour, était sorti début mars sur le label new-yorkais Def Jux, et l’occasion rêvée pour remonter le temps de dix ans jusqu’à la grande époque des Hieroglyphics.

Fondé au début des années 90, le collectif d’Oakland, vaguement connu pour son logo à trois yeux (créé justement par Del dont le père était un peintre abstrait), avait en effet attendu 1998 pour livrer son premier album, et quel album. 3rd Eye Vision, chef-d’oeuvre gargantuesque aussi obscur de ce côté-ci de l’Atlantique que capital dans l’évolution du hip-hop américain de ces dix dernières années, posait ainsi sur la coolitude jazzy et le groove psyché/cosmique des précurseurs new-yorkais d’A Tribe Called Quest, la verve vindicative et la conscience sociale du Wu-Tang des débuts et les ambiances de danger urbain des bandes originales de Lalo Schifrin les fondations paradoxales, entre narration et abstraction, old school et futurisme, de l’univers épique, cinématique et métaphorique de Deltron, influençant au passage les futurs Cannibal Ox autant que Blackalicious ou Kanye West, mais surtout deux blanc-becs en passe de devenir les plus passionnants rénovateurs du hip-hop des années 2000, Sole et El-P.

Il faut tout de même attendre The Who, cinquième morceau de l’album, pour voir enfin sortir du lot le flow caractéristique de Del, sans doute le plus nonchalant, élégant et singulier jamais entendu depuis celui de Q-Tip, mais c’est à peine si l’on s’en soucie tant la complémentarité des rappeurs de Hieroglyphics, fondue dans l’écrin des productions visionnaires de Damian Siguenza aka Domino, fait merveille dès You Never Knew (sur lequel Del assure tout de même un couplet discret) et surtout l’extraordinaire All Things, peut-être le morceau hip-hop le plus renversant des années 90 à ne pas avoir été signé par les Beastie Boys, Dr. Octagon, ou le collectif Anticon naissant qui prendra justement racine... à Oakland.

Plus loin, le single At The Helm, interprété en solo par Del, sera pratiquement du même acabit avec son riff saturé piqué au So What’cha Want des Beastie Boys justement, son gimmick de clavier psyché à la Odelay et l’envolée mélancolique d’une guitare acoustique presque irréelle en milieu de morceau :


On imagine dès lors la difficulté d’enregistrer une suite à la hauteur, et d’ailleurs le groupe prendra 5 ans pour y parvenir sans trop démériter. Full Circle sort donc en 2003, et si l’album dans son ensemble reste bien en deçà de son brillant prédécesseur, une poignée de sommets mélancoliques, spectraux et/ou épiques viennent nous rappeler que l’on a toujours affaire au collectif hip-hop le plus important de la décennie passée devant même le Wu-Tang Clan, malgré une reconnaissance et un succès tardifs aux USA. Le groupe va même jusqu’à sampler, sur le groovy Let It Roll, les mêmes percus martiales et libertaires du Ray Brown Orchestra déjà entendues sur le Human Behaviour de Björk 10 ans plus tôt, un pari osé mais réussi.

Hieroglyphics : Powers That Be (extrait de Full Circle ) - live @ Rock The Bells, San Francisco, 2007

On attend toujours depuis un hypothétique troisième album des Hieroglyphics, mais si rien de neuf n’est encore prévu le collectif continue néanmoins de tourner et de sortir régulièrement sur son propre label Hieroglyphics Imperium Recordings des albums live et autres compilations d’inédits et remixes de haute volée, la dernière en date, Over Time, datant de l’an dernier et comptant la participation du metteur en son de Deltron, Dan The Automator (Dr. Octagon, Handsome Boy Modeling School, Lovage, Gorillaz...), sur un morceau... d’ailleurs on ne peut que vous conseiller de vous la procurer d’urgence tant son futurisme baroque confine au pur génie, au point d’en faire plus qu’un album à part entière de la disco des Hieroglyphics, un aboutissement de Full Circle et l’un des manifestes hip-hop les plus indispensables de 2007 avec des productions fantomatiques et délétères à faire passer les excellents Ratatat pour un duo de bras cassés. Par ailleurs, les projets solo des membres de la formation se multiplient sur le même label (Vulture’s Wisdom, le nouvel album d’Opio produit par Architect - ancien DJ d’un autre groupe californien remarquable, le grand duo oublié des débuts de Stones Throw auquel beaucoup ont tout piqué, Homeliss Derilex - sortira ainsi courant avril avec un DVD contenant pratiquement une vidéo pour chaque chanson) et quatre d’entre eux, à savoir A-Plus, Opio, Phesto et Tajai, seraient depuis fin 2006 au travail avec le mythique Prince Paul (membre de Gravediggaz, Handsome Boy Modeling School ou encore à ses débuts du collectif pionnier du jazz-hip-hop Stetsasonic, et producteur, notamment, de De La Soul) sur le cinquième album de leur projet parallèle, qui n’est autre que... Souls Of Mischief.

Hieroglyphics : Virus (reprise de Deltron 3030) - live @ Rock The Bells, San Francisco, 2007

Site officiel : http://www.hieroglyphics.com
Myspace : http://www.myspace.com/hieroglyphics

* La seconde partie vous donnera bientôt des nouvelles d’un autre groupe capital du hip-hop californien qu’on croyait à tort mort et enterré, le duo Latyrx.


  - 06.04.2008 par RabbitInYourHeadlights


Aller simple pour Malte.

Alors là, franchement y’en a marre. Ras le bol, je fous le camp, c’est toujours pareil :

- Et d’une, à la rédaction d’indierockmag on voit toujours les mêmes gueules sympathiques certes, mais qui se gardent discrètement les plus belles gonzesses et les plus beaux albums pour eux. Malins en plus, j’en ai vu un glisser gentiment quelques mots sur le forum histoire de couvrir ses arrières. Je vais prendre quelques vacances, je suis vraiment pas sûr de revenir.

- Et deux, je suis faible, terriblement faible. Prenez une belle brune, originaire de Malte, une guitare, quelques mecs, un groupe Beangrowers, une voix, magnifique si possible, de la musique parfaitement à mon goût et me voilà dans l’avion en espérant ne jamais revenir.

MP3 - 4.3 Mo
Beangrowers - Quaint Affair

- Et enfin, trop c’est trop sur ce blog où les vidéos s’enchainent, toutes meilleures les unes que les autres. On ne sait plus s’arrêter, c’est de la folie, franchement je pense que mes vacances à Malte s’imposent.

Not In A Millions Lovers : extrait de leur dernier album éponyme sorti en mars 2008. Superbe douceur pop.

You Are You Are : le rock aussi va très bien aux Beangrowers, single extrait de leur précédent album Dance Dance Baby .

The Place Where Lost Things Go : on remonte le temps, en 2001 sortait leur second album, et c’était déjà bon.

10 ans que ce groupe est en activité. Il fallait y penser, la musique vient toujours du nord ou de l’ouest, mais l’exception qui confirme la règle est belle et bien là, et depuis belle lurette.

Site Officiel : www.beangrowers.net
Myspace : www.myspace.com/beangrowers


  - 04.04.2008 par indie


Heart of Glass

Alors que sort d’ici quelques jours le prochain film de Fabien Onteniente, je me suis découvert un penchant que je ne m’imaginais pas et qui se révèle quasiment inavouable. Evidemment, ce n’est pas de ce film que je vais vous parler, il y a déjà bien assez de tapage dessus. Je ne vais pas non plus faire mon coming out, je n’ai pas craqué sur Franck Dubosc, loin de là. Je suis plutôt tombé sous le charme de Ida No. La jolie demoiselle a réussi à attirer mon attention avec une voix sensuelle et hypnotique … sur une musique qui ressemble étrangement à de la disco. Voila, c’est dit, le terme est lâché. Je ne le prononcerai plus ici, c’est promis.

Avec Glass Candy, cette demoiselle nous replonge de manière nostalgique presque 30 ans en arrière. Il ne faut pas avoir peur, ce revival ne nous amène pas sur le terrain des Bee Gees qui enfiévraient les samedis soirs. En fait, Ida No semble plutôt reprendre le flambeau de Debbie Harry, icône de la scène underground new-yorkaise qui se rassemblait autour du CGBG à l’époque. C’est l’imparable single Heart of Glass, qui avait révélé Blondie à la face du monde, et Glass Candy ne se cache pas de cette évidente influence (le nom du groupe n’est pas si innocent que cela). En effect, le duo composé de Ida No et Johnny Jewel propose des titres à la même beauté glaciale et vénéneuse sur lesquels il est difficile de résister.

Sur une rythmique binaire et des nappes de synthétiseurs mélancoliques, la chanteuse ne laisse pas insensible, sa voix semblant capable d’attirer vers elle et faire fondre n’importe quel iceberg. Signé sur le label Italians Do It Better dont est issu également The Chromatics (ayant pour producteur Johnny Jewel), Glass Candy remet donc au goût du jour une musique electro-pop teintée également de new-wave que l’on pourrait croire anachronique mais qui reste en fait intemporelle. Le premier album B/E/A/T/B/O/X qui vient de sortir, contient son lot de tubes imparables tels Beatific et Digital Versicolor dont voici le clip :

Je ne sais pas si je vais pouvoir assumer longtemps cette nouvelle passion, mais j’essaye de me soigner. Il ne faut pas avoir honte (je me trouve des excuses), cet album a le mérite de se montrer rafraichissant et décalé à l’égard des productions actuelles. Et pour finir de convaincre (je ne veux pas être tout seul), je laisse le groupe dévoiler Etheric Device sur scène :


  - 29.03.2008 par darko