Olivennes menaces

On ne parle pas politique sur le Mag, à juste raison, mais quand le déconnomètre explose bruyamment on peut difficilement se contenter de regarder en l’air en faisant mine de n’avoir rien entendu.

Mon sujet du jour est bien entendu M. Denis Olivennes, patron de la Fnac et à ce titre considéré par l’État, qui lui a commandé un rapport, comme un observateur impartial dans le débat sur les téléchargements sauvages.

Le "rapport Olivennes", remis ce vendredi 23 novembre au président de la République, prône l’avertissement avant la sanction. Bien gentil de sa part. Mais c’est la suite qui vaut son pesant de CD-R : le récidiviste sera passible d’une coupure de son abonnement Internet ! Passons sur le paradoxe d’un État libéral qui nous serine qu’il faut consommer pour exister et qui veut priver un client d’un service qu’il a payé. Soulignons plutôt la grotesquerie de cette punition infantilisante : "Ah, t’as téléchargé, ben tu s’ras privé d’Internet, sale garnement !" A quand la fessée cul nu diffusée sur Dailymotion ?

Je n’ai jamais entendu dire que les cambrioleurs qui rejoignaient le lieu de leur crime en voiture se vissent priver du permis de conduire, ni que les assassins agissant sous l’emprise de l’alcool fussent interdits de Kiravi. Mais le téléchargeur, et son ignoble complice le fournisseur d’accès, c’est Al-Qaida doublé de Human Bomb, la menace sournoise qui demain fera s’écrouler toute la civilisation si Super-Olivennes, uniquement soucieux bien sûr de l’intérêt public, ne se dresse pas sur son chemin déjà pavé des cadavres d’artistes méritants fauchés par l’injustice aveugle d’un "piratage" qui tuerait la création (des noms ?...).

Quitte à barboter dans le ridicule, rappelons que c’est le même Olivennes qui clama un jour en une d’Epok, magazine en ce temps-là luxueusement glacé de sa Fnac, que "la gratuité, c’est le vol". Les "consommateurs de biens culturels" dissimulés parmi nous auront relevé que, bien sûr, Epok était diffusé gratuitement et que déjà à l’épo(k)que, Monsieur O se foutait de nous.


  - 23.11.2007 par jediroller


Chromosome Ubu

Connaissez-vous l’art-thérapie ? Bill Gage non plus, probablement. Bill ne fait pas de musique pour se soigner ; Bill est tout simplement musicien. Certes, Bill est également trisomique, et personne autour de lui ne fait semblant de l’ignorer. Mais quand on écoute BILL, le groupe dont il est le chanteur et l’inspirateur, ce n’est pas forcément à ça qu’on pense. Pour être franc, la première fois que j’ai entendu BILL sur MySpace, j’ai pensé à David Thomas, le leader caractériel de Pere Ubu. Pourtant, ce dernier ne souffre d’aucune anomalie génétique connue, et personne n’osera prétendre qu’il soit intellectuellement diminué. Alors d’où vient la comparaison ? "Est-ce qu’il est en train de dire que David chante comme un mongolien ?" se demanderont, méfiants, les fans de Pere Ubu. Euh, non. Je suis en train de me rendre compte qu’un "mongolien" peut être chanteur de rock. Que si l’on appliquait les critères habituels de "normalité" aux artistes, il n’y aurait tout simplement plus d’art - il ne resterait que l’entertainment, cette forme dégénérée de l’expression artistique dont on a extirpé tout ce qui mérite d’être exprimé pour ne laisser que ce qui sera facile à vendre le plus rapidement possible au plus grand nombre. En cela, Bill est aussi un symbole de résistance, ni plus ni moins que Thomas ou que tous les artistes qui s’obstinent à être eux-mêmes, sans rien sacrifier aux rêves éphémères du "succès". La seule différence réside au fond dans le fait que Thomas possède les outils intellectuels pour théoriser sa déviance. Bill se contente d’être Bill.

Pere Ubu - Birdies
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BILL
Sur scène en octobre dernier.

Quiconque écoute BILL ne peut, bien sûr, ignorer les limitations du vocaliste : ne comptez pas sur lui pour de grandes envolées poétiques, ni même, la plupart du temps, pour des paroles intelligibles ; quant à sa conception de la mélodie, elle est assez rudimentaire. Mais l’essentiel est ailleurs : soutenu par un groupe créatif (emmené par son dévoué frère John), complètement investi dans son art, Bill dégage une passion, une énergie et, pourquoi ne pas le dire, une émotion dépourvues de tout artifice. Sa générosité a de quoi mettre la honte au front de plus d’un chanteur célébré. Alors que l’on pourrait s’attendre à un ânonnage répétitif (rock on, Wesley Willis, on t’aimait beaucoup aussi), sur son album Bat Man , BILL se révèle tour à tour inquiétant (le chanteur aime les films d’épouvante : atmosphérique et menaçant, The Spider colle la trouille, tandis que Big Foot est agressif et grinçant), bizarroïde (Chinese), voire franchement crétin (Steve Pepper ou le heavy metal à la sauce BILL)... Sur les musiques volontairement hétéroclites que lui propose le groupe, Bill pose sa voix avec un instinct souvent épatant, improvisant le texte au gré de l’inspiration du moment. Avec une étonnante versatilité, il vocifère, murmure, crie, apostrophe, bégaie, grogne... Bill aime aussi terminer sur un "THANK YOU" ou un "GOODBYE", histoire de bien nous faire comprendre qu’il a fini.

Pour le coup, j’ai bien envie de m’inspirer de lui. MERCI. AU REVOIR.

www.myspace.com/badclothes


  - 22.11.2007 par jediroller


C’est bon l’équilibre.

Félicitations à Judith Shimer. Pouvoir se déclarer "joliment équilibrée" après avoir poussé à l’ombre de grandes soeurs aussi cintrées que Regina Spektor et Amanda Palmer relève d’une capacité de résilience à faire sangloter Boris Cyrulnik. Ce n’était pas gagné d’avance, et lorsqu’on examine les chansons de votre premier album Icicle Bicycle , on se rend compte qu’il en reste quand même des traces. C’est quoi ces histoires de filles moches mais avec de jolis seins et de boîtes de haricots verts qu’un jeune couple désargenté n’ose pas bouffer pour cause de date de péremption incertaine ? Ces filles qui s’appellent Simon et ces gentils petits homos qui ne demandent qu’à vivre ? Heureusement que votre fraîcheur, votre délicieuse voix font pardonner vos petites bizarreries, Judith. On ne peut pas ne pas vous aimer quand, déroulant de fiers arpèges sur votre fidèle piano, vous nous fignolez un de ces crescendos à la Spektor qui finit dans un vibrant chorus de "I love you" ("Floating"). On vous adore quand vous vous lancez sans filet dans un "Concertgoing" en apesanteur où votre voix explore son registre le plus bas sans louper un souffle. On frissonne avec vous sur le délicat "Survivor" qui serait un peu votre "First Orgasm", mais à la sauce "28 Jours plus tard".

Bravo à vous, Judith. Je ne sais pas si Cyrulnik serait fier de vous, mais en ce qui me concerne, je ne suis pas pressé de vous voir guérir.

Pretty Balanced est un jeune groupe autoproduit de Colombus, Ohio, composé de Judith "Jewcakes" Shimer, Forest "Creatures" Christenson et Parker "Car" Ross. Leur deuxième album, Conical Monocle , devrait paraître bientôt.

Le site officiel : www.prettybalanced.com
Le myspace : www.myspace.com/prettybalanced


  - 20.11.2007 par jediroller


Le Wu-Tang Clan de retour en force

Le très attendu cinquième album du Wu-Tang Clan, intitulé 8 Diagrams d’après un film de kung-fu de la Shaw Brothers, verra enfin le jour le 11 décembre prochain sur le label Street Records Corporation dont le patron, Steve Rifkind, avait déjà sorti via son défunt label Loud Records les quatre albums précédents du groupe new-yorkais. Celui-ci y sera réuni au gand complet, puisqu’outre RZA, GZA, Raekwon, Ghostface Killah, Method Man, U-God, Inspectah Deck et Masta Killa, des sessions du cultissime Enter The Wu-Tang (36 Chambers) et le mélancolique Life Changes viendront rendre hommage au défunt Ol’ Dirty Bastard, décédé en studio d’un crise cardiaque (provoquée par un "mauvais mélange"...) le 13 novembre 2004.

8 Diagrams sera comme de coutume produit par RZA, qui devrait par ailleurs sortir un nouvel album de Bobby Digital dans les prochains mois, et contiendra notamment des participations de George Clinton (Funkadelic, Parliament), du bassiste de System Of A Down, Shavo Odadjian, et peut-être même de Q-Tip (A Tribe Called Quest), lequel prêtait déjà sa voix en début d’année à l’un des plus beaux morceaux de la BO du dessin animé Afro Samurai signée RZA, ainsi que les featurings de Dhani Harrison (le fils de George Harrison), John Frusciante (Red Hot Chili Peppers) et Erykah Badu sur The Heart Gently Weeps, reprise de la chanson du White Album des Beatles, While My Guitar Gently Weeps et premier single de l’album sorti le 3 octobre dernier.

Voici à quoi ressemblera la pochette de 8 Diagrams  :

Originellement programmé le jour du 3ème anniversaire de la mort d’ODB, l’album avait d’abord été repoussé au 4 décembre avant d’être décalé d’une semaine à la demande de RZA, lequel souhaitait dégager la route au nouvel album solo de Ghostface Killah prévu ce même 4 décembre. Faisant suite au formidable Fishscale et à sa compil’ de faces-B More Fish sortis l’an dernier, ce huitième opus s’intitulera The Big Doe Rehab et contiendra les morceaux suivants :

1. At The Cabana (Skit) (feat. Rhythm Roots Allstars)
2. Toney Sigel aka The Barrell Brothers (feat. Beanie Sigel & Styles P)
3. Yolanda’s House (feat. Raekwon & Method Man)
4. We Celebrate (feat. Kid Capri)
5. Walk Alone
6. Yapp City (feat. Trife Da God & Sun God)
7. White Linen Affair (Toney Awards) (feat. Shawn Wigs)
8. Supa GFK
9. Rec Room Therapy (feat. Raekwon & U-God)
10. The Prayer (feat. Ox)
11. I’ll Die For You
12. Paisley Darts (feat. Raekwon, Sun God, Trife Da God, Method Man & Cappadonna)
13. Shakey Dog Starring Lolita (feat. Raekwon)
14. ! (feat. Rhythm Roots Allstars)
15. Killa Lipstick (feat. Method Man & Masta Killa)
16. Slow Down (feat. Chrisette Michele)

De son côté, Raekwon a confirmé que son très attendu quatrième album, annoncé comme étant la suite de son mythique Only Built For Cuban Linx paru en 1995 et donc logiquement intitulé... Only Built 4 Cuban Linx II , était terminé à 99%. Enfin, GZA, auteur en 2005 avec DJ Muggs (Cypress Hill) de l’excellent Grandmasters dont une version remixée tout aussi réussie était sorti en mars dernier, sera également bientôt de retour en solo avec son sixième opus, More Words From the Genius (d’après le titre de son premier album, Words From the Genius ), à paraître sur Babygrande Records en début d’année prochaine.

Quant au tracklisting de 8 Diagrams , il n’est pas encore tout à fait officialisé mais amazon.com l’annonce d’ores et déjà comme suit :

1. Campfire
2. Take it Back
3. Get Them Out Ya Way Pa
4. Face the Problems
5. The Heart Gently Weeps (feat. George Harrison, John Frusciante & Erykah Badu)
6. SKIT
7. Wolves (feat. George Clinton)
8. Gun Will Go
9. Sunlight
10. SKIT (Robin Harris)
11. Stick Me for My Riches (feat. Gerald Alston)
12. Windmill
13. Weak Spot
14. Life Changes
15. Starter
16. You Can’t Stop Me Now (feat. John Frusciante) (US bonus track)
17. Watch Your Mouth (US bonus track)

Les deux derniers morceaux seraient par ailleurs, selon certaines sources, remplacés par les suivants dans l’édition anglaise :

18. Tar Pit (feat. George Clinton) (UK bonus track)
19. 16th Chamber (ODB Special) (UK bonus track)

Quoi qu’il en soit, les quatre morceaux suivants au moins, en plus du single, ont été officiellement confirmés : Stick Me For My Riches, Weak Spot, Life Changes et Watch Your Mouth (ce dernier, pressenti un moment pour être le premier single extrait de l’album, étant finalement relégué en bonus track de l’édition américaine). En effet, ceux-ci, avec 25 autres (parmi lesquels Thug World, également annoncé comme "Wu-Tang exclusive" mais absent de tous les tracklistings avancés jusqu’à présent), en majorité inédits ou parfois extraits des prochains albums de Raekwon ou Ghostface Killah, ainsi que le single The Heart Gently Weeps en piste cachée, sont d’ores et déjà écoutable sur le mixtape Wu-Tang Returns , mixé par Mathematics (qui participe en outre à la production de l’album avec également Easy Mo Bee) et téléchargeable gratuitement sur le site de Steve Rifkind, Loud.com. Autant d’extraits qui laissent augurer du meilleur pour cette suite de l’inégal Iron Flag sorti en 2001, seul bémol dans la discographie idéale de ce groupe essentiel des années 90.

Et pour écouter directement le mixtape, c’est par ici : http://staging.universalmotown.com/artists/wutang/


  - 16.11.2007 par RabbitInYourHeadlights


Object de la revanche.

C’était l’année dernière que sortait l’impeccable premier album éponyme de She Wants Revenge, et il faut bien se rendre à l’évidence malgré le trompe-l’oeil organisé autour de la pochette, la bande d’irréductibles encore passionnée par cette musique née dans les eighties est toujours bel et bien à l’écoute. Certes, on pourrait parler de This Is Forever , second opus du groupe qui confirme tout le bien qu’on pense de Justin Warfield et "Adam 12" Bravin. Mais hélas ce n’est pas possible car la récente lobotomisation que j’ai dû subir et pratiquée par des indigènes membres du mag m’impose un quota de french, de fresh, et de compatible avec la loi du 30 septembre 1986 et ses dérivés imposés par le CSA.

Comment, indierockmag se serait-il fait épingler ? Non, simplement je l’affirme, les américains n’ont ni le monopole du bon goût, ni celui du talent ! Et ici en France, quand je tombe sur un groupe comme Object, inutile de me retenir plus longtemps pour en parler.

Check out this video : A Place To Hide - O B J E C T


Vous rendez-vous compte, ce groupe formé autour de Stéphane Pigneul (basse, chant), Benoit Perraudeau (guitare) et Jean-Christian Levé (batterie) rivalise allègrement avec ses pairs Joy Division et She Wants Revenge inclus. Que le chant se fasse en français ou en anglais, les quotas imposés semblent prêts à voler en éclats, et on demande illico presto une rotation intensive sur toutes les radios rock de France et de Navarre. Un album A Place To Hide est prévu pour 2008, et à la lecture des chroniques autour de leur EP faites par nos confrères, si on leur propose une couverture, ce ne sera certainement pas pour se cacher.

Site Officiel : www.object.fr


  - 14.11.2007 par indie