2010 et top de rêves

A chaque début de décennie, une révolution musicale est attendue, même si l’on se rend compte réellement bien plus tard de l’impact qu’elle pourra avoir sur les années futures, un impact qui pouvait être imperceptible et imprévisible au départ. Tous les regards sont bien évidemment tournés vers les nouvelles générations d’artistes, qui donneront la nouvelle ligne directrice des années qui suivent.

Ainsi, en 1980, la jeunesse était colossale et minimaliste. En 1990, elle était sonique et bruyante avec la consécration d’un certain Goo. En 2000, elle se reconnaissait en cet enfant A d’électronique organique. En 2010, on ne sait pas encore ce que l’on en dira d’ici quelques années, mais je peux tout de suite le dire personnellement, la jeunesse musicale a conservé pour notre plus grand plaisir une forme d’insouciance, aimant se plonger et se réfugier dans des rêves qu’elle se construit en différentes couches qui se superposent ou non pour s’éloigner de la réalité extérieure. Cette année aura donc été marquée par cette impression de rêveries éveillées et d’espérances lumineuses. Il est bien difficile de savoir pourquoi en 2010, cette impression a autant imprégné les esprits des artistes, aussi bien du côté de la nouvelle génération que des plus anciennes, mais qu’importe, je tente d’implanter cette idée dans ce bilan personnel.

1) Beach House - Teen Dream

En guise d’illustration parfaite, la première place ne pouvait revenir qu’à ce Teen Dream, album passionnant et véritable coup de foudre, la magie de Beach House s’étant enfin révélée à mes oreilles (qui n’avaient pourtant pas été impressionnées par le Devotion précédent). C’est sans doute cette pureté qui m’a permis de succomber à ces nappes cotonneuses et vaporeuses sans oublier la voix singulière et troublante de Victoria Legrand, le charme ne s’étant finalement jamais estompé tout au long de l’année, et ce depuis janvier. De plus, c’est bien la première fois que je me refusais même de voir un groupe en concert de peur que l’envoûtement se dissipe. Sans aucune hésitation possible, il s’agit de l’album idéal de cette année.

- Clip de Norway en bas de la page.

2) Deerhunter - Halcyon Digest

Pour Deerhunter, la voie était toute tracée avec un Helicopter qui annonçait une ascension vertigineuse. C’est sans doute pour cela que la première impression fut mitigée lors de la découverte de ce nouvel opus tant attendu. Et bien m’en a pris de retenter l’aventure, car Bradford Cox, éternel adolescent, est un véritable génie pour composer des mélodies lumineuses et mélancoliques, des mélodies qui se perdent dans les méandres de songes vaporeux et d’une réalité évanescente. S’il fallait encore convaincre du talent de cet artiste enthousiasmant, il suffit de découvrir les 4 inépuisables volumes sortis sous son pseudo Atlas Sound, cette année également.

- Chronique de Halcyon Digest en cette autre page.
- Clip de Helicopter en bas de la page.

3) The Orchids - The Lost Star

Concernant The Orchids, c’est un plaisir de retrouver ce groupe qui n’a décidément pas pris une ride et n’a pas perdu ses espoirs et ses rêves depuis l’aventure Sarah Records, il y a une quinzaine d’années. Sans faire grand bruit et de manière incompréhensible, The Lost Star est une œuvre d’une grande qualité et maîtrise mélodieuse qui continue cette quête de la pop song parfaite que The Go-Betweens avait pu atteindre. Certes, cet album n’est pas révolutionnaire en soi, puisque c’est dans la simplicité des lignes de guitares acoustiques et électriques que les Ecossais recherchent cette perfection entre sensibilité et élégance au travers de 14 titres tout aussi remarquables les uns que les autres, s’approchant de plus en plus du Graal, une forme d’aboutissement du travail accompli.

- Clip de She’s My Girl en bas de la page.

4) Caribou - Swim

Au pied du podium, c’est le Canadien qui après un excellent Andorra, a cette année surpris son monde avec Swim, un album bien plus direct et entraînant, taillé pour ainsi dire pour les dance-floors (même si ce serait une grosse surprise de l’entendre dans un club) et les salles de concerts (en témoigne l’excellent live du Caribou Vibration Ensemble) avec ses bruitages toujours aussi précis et astucieux et ses rythmiques (la grande force de cet album) toujours aussi singulières et variées. Ce mélange intelligent et rarement entendu trompe son monde par son aspect faussement radieux mais qui dégage finalement une mélancolie éclatante.

- Chronique de Swim en cette autre page.
- Clip de Odessa en bas de la page.

5) Villagers - Becoming A Jackal

Avec ce premier album, Conor O’ Brien qui se cache seul sous Villagers est la véritable révélation folk de cette année qui nous glisse au fond de l’oreille des mots doux et des mélodies enivrantes et exquises. Ce jeune Irlandais témoigne d’une grande maîtrise au niveau des arrangements et de l’écriture, son univers est riche et varié, dévoilant une lumière radieuse et rassurante. Sa voix est également capable d’en faire chavirer plus d’un, quelque part entre Conor Oberst et Cass McCombs, ce dernier étant sans doute l’une de ses références.

- Clip de Becoming A Jackal en bas de la page.

6) Admiral Radley - I Heart California

Avec Admiral Radley, on peut retrouver avec bonheur Jason Lytle au meilleur de sa forme, capable de nous faire oublier les Grandaddy et leurs comptines bringuebalantes de psyché pop pastorale. Il faut dire qu’il a su s’entourer des membres d’Earlimart qui ne sont pas néophytes en matière. Il faut surtout souligner que chacun a réussi à trouver sa place, alternant le chant, les ballades selon l’inspiration des uns et des autres. Loin d’être si évidente (ou au contraire peut-être trop), l’alchimie a véritablement été trouvée sur cet album radieux et merveilleux, une invitation au voyage et au rêve vers d’autres contrées au delà des mers avec cet aventurier qui se révèle agréablement captivant et attachant.

- Session live de I Heart California en bas de la page.

7) The Magic Theatre - London Town

On aurait pu croire les rêves des membres d’Ooberman terminés suite à leur séparation. Il n’en est décidément rien avec cet opus de pop orchestrale qui a fière allure avec ses envolées baroques et passionnées. On retrouve donc au sein de The Magic Theatre, Dan Popplewell et Sophia Churney au chant des plus agréables, qui proposent un spectacle de ballades enchanteresses d’une autre époque voyant l’ère victorienne rencontrer le flower power. Et je vous assure, il n’y a pas besoin de prendre des substances illicites pour laisser son imagination vagabonder au travers de ce remarquable London Town.

- Clip de Steamroller en bas de la page.

8) Baths - Cerulean

Derrière Baths se cache Will Wiesenfeld, un jeune Américain passionné et enthousiaste qui s’amuse avec ses jouets (table de mixage et instruments électroniques). Il bidouille et triture les sons pour créer une électronica hypnotisante et addictive à base de beats irrésistibles et complexes. A partir de cet univers si particulier et atypique qui surprend au départ et qui est bien difficile à décrire, il réussit à mettre en place un ensemble véritablement cohérent et mélodieux sur lequel il peut poser sa voix et ses chorales enfantines, pour un résultat sorti tout droit de la science des rêves pourrait-on dire.

- Version live de Maximalist en bas de la page.

9) Keith Canisius - This Time It’s Our High

Le Danois Keith Canisius, moitié de Rumskib, revient cette année avec un 3ème album remarquable que l’on pourrait ranger rapidement dans la mouvance chillwave (Memory Tapes, Toro Y Moi ...), le mot est lancé, avec encore un énième mouvement musical créé par la blogosphère qui disparaîtra aussi vite qu’il est né, car il ne faut pas inventer des termes inutiles quand on peut en utiliser d’autres qui ont déjà été inventés précédemment, à tort ou à raison, à savoir shoegazing, dreampop et que sais-je encore pour parler de ce genre. Bref, cet album est avant tout un mélange savoureux d’ambiances et de nappes atmosphériques, brumeuses et diffuses comme si Deerhunter se mettait à chasser sur les terres d’Animal Collective. Cet artiste étrangement est encore trop confidentiel alors qu’il n’en est pas à son premier coup d’essai.

- Clip de Inner Blue, Outer Red en bas de la page.

10) Broken Bells - s/t

Pour Broken Bells, le doute était permis, l’association de James Mercer leader des Shins et Brian Burton aka Danger Mouse (à l’affiche également cette année avec le regretté Mark Linkous) n’était pas gagnée d’avance. Et pourtant la magie a fonctionné immédiatement entre les deux hommes. La voix remarquable du premier associée aux mélodies éclairées et recherchées du deuxième font des merveilles. Le mariage de pop, d’américana et d’électronica aurait pu vite blaser sur la durée mais la richesse de cet opus fait que l’on ne s’ennuie jamais, pouvant même être encore surpris de la juxtaposition d’influences inattendues et évidentes.

- Version live de The High Road en bas de la page.



Pour la suite de ce classement, je ne m’étendrai pas sur la dreampop ensorceleuse de A Sunny Day In Glasgow, la twee pop pétillante de She & Him, l’IDM recherchée de Autechre (que ce soit sur Oversteps ou Move Of Ten ), la power pop ensoleillée de Wavves, la noisy-pop éthérée de Wild Nothing, la pop rétro-futuriste joyeuse de The Apples In Stereo, l’electronica toujours avant-gardiste de Brian Eno, la folk subtile d’Agnes Obel, la folktronica rayonnante de Junip, le post-rock élégant de Her Name Is Calla et bien d’autres que je ne pourrai citer ici.

En conclusion, l’année musicale 2010 étant écoulée, on n’a qu’une vision partielle de ce qu’elle a été, et on ne sait pas si dans quelques années on aura toujours ce même sentiment sur ce début de décennie, mais quoi qu’il en soit la suite est porteuse de rêves et d’espoirs.


Articles - 01.01.2011 par darko

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samedi 15 décembre 2018


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