Fondu au noir entre Adrian Anioł et TQA Records

Fondé en 2005 par Eric Quach, le microlabel TQA Records aurait pu se contenter de servir de support aux enregistrements live ou laissés-pour-compte de son projet thisquietarmy, entre autres alias (Hi My Quiet Tsar pour ses morceaux d’ambient plus synthétiques), split albums (notamment avec Aidan Baker ou Mains de Givre) et sorties plus discrètes de musiciens amis.

Mais voilà, le Montréalais en plus d’être le stakhanoviste que l’on sait - dont les opus de l’an dernier Vessels et Resurgence brillaient dans les registres respectifs et radicalement opposés d’un drone aux raz-de-marées organiques et d’un shoegaze plus frontal et hypnotique - fait également partie de ces infatigables têtes chercheuses qui aspirent à une visibilité accrue pour les musiques expérimentales ou improvisées, qu’elles viennent du Canada (Shane Whitbread, The Sales Department, Apillow, Le Chat Blanc Orchestra...) ou des États-Unis (Elika, Quilt, Hoefizer ou encore la paire Noveller/unFact en 2010 pour un album live enregistré dans la foulée de l’excellent Bleached Valentine mais avec des titres en duo cette fois). Ainsi, TQA s’est rapidement fait le reflet de cette ambition avec en moyenne trois sorties par an en éditions CD-R limitées faites maison, allant même jusqu’à traverser l’Atlantique en 2010 pour accueillir un split aussi mélancolique qu’habité entre l’Anglais Yellow6 et le Grec Absent Without Leave.

Autant dire que depuis lors les découvertes se multiplient, citons pour l’an dernier la rencontre transfrontalière d’Electroluminescent (originaire d’Hamilton dans l’Ontario) et de Giant Claw (venu quant à lui de Dayton dans l’Ohio) pour une série de jams stellaires réminiscents du kosmische drone d’Emeralds ou de Megabats, ou encore Parallel Lines, trio de Montréal dans lequel Eric Quach tient la guitare au côté de Pascal Asselin (Millimetrik, Le Chat Blanc Orchestra...) à la batterie et du même Ryan Ferguson aka Electroluminescent aux synthés pour une suite krautrock psychédélique et entêtante à souhait. Ce qui nous emmène finalement à la dernière en date, incarnée par Adrian Anioł (photo) et nettement plus ténébreuse celle-ci puisque le soundscaper polonais donne pour sa part dans un dark ambient cinématique et sacrément immersif.

Cependant, si Arrhythmia OST, composé en tant que bande-son pour le moyen-métrage éponyme d’un certain James Hartley (décédé prématurément après la sortie du film) et d’abord disponible en digital uniquement faisait aujourd’hui-même l’objet de la première parution physique officielle du label (tirée à 100 exemplaires numérotés et agrémentés chacun de quatre tirages photo), c’est d’abord parce qu’il ne s’agit pas d’une simple BO. Retravaillés et remixés par leur auteur en vue de cette nouvelle édition bénéficiant par ailleurs d’un nouveau master par Eric Quach en personne (qui contribue pleinement à accentuer contrastes et profondeur de champ par rapport à la première version en écoute ici), ces 15 titres (dont 5 proposés ci-dessous) mêlant drones fantomatiques, arrangements dissonants de cordes ou de cuivres et autres effets dramatiques anxiogènes plus ou moins subtils ou saisissants génèrent finalement leurs propres images mentales, à la manière des films d’Hideo Nakata où le plus gros est suggéré, la moindre image choc (ou percussion sourde dans le cas présent) suffisant dès lors à nous faire bondir de notre siège.


Un petit chef-d’oeuvre crépusculaire et claustrophobe en somme, à rapprocher dans l’esprit du drone-doom mystique de Demian Johnston autant que darkjazz expressionniste (pour faire court et forcément réducteur) de Kreng et que venait compléter l’an dernier chez Utech la pièce de 25 minutes It Falls Apart et son remix du même acabit par Steven Hess (On), lui-même pensionnaire du label américain au sein des flippants Locrian et des non moins inquiétants Ural Umbo - auteurs il y a tout juste quelques semaines d’un nouvel opus à la hauteur des deux précédents. Par ailleurs, en parlant de darkjazz, pas question non plus de manquer l’EP Black Background, plus feutré certes mais à la tension tout aussi prégnante. Cette fois c’est sorti chez Within Without mais ça s’écoute comme souvent via Bandcamp :


Enfin, pour en terminer comme on avait commencé sur l’actu de TQA Records, notons les sorties prochaines de trois nouveaux split albums : tout d’abord un live documentant la dernière tournée européenne de thisquietarmy (bientôt de retour chez nous pour quelques dates en avril) et d’Aidan Baker (qui sortira fin février une nouvelle compil’ de raretés de Nadja d’ores et déjà en écoute, mais gageons que l’année ne fait que commencer pour l’intarissable droneux de Toronto), puis un échange à distance entre Scott Cortez et Melissa Arpin-Duimstra, les vétérans dream/noisy-pop du groupe Lovesliescrushing né à la grande époque de MBV, et enfin la rencontre de l’excellent Talvihorros dont on vous a déjà parlé à plusieurs reprises (cf. ici ou ) avec l’Anglais Daniel WJ Mackenzie aka Ekca Liena, encore un acharné dont le Bandcamp particulièrement chargé devrait occuper les amateurs de drone-ambient et de post-rock pour un bon moment.