Le streaming du jour #793 : Spécial fête de la musique - 10 grands albums de juin dont on n’avait pas encore parlé

Non, la fête de la musique ça n’est pas obligatoirement des reprises de Michel Sardou sur la place du marché ou un groupe de ska bourré à la sortie du métro, pour preuve cette sélection alphabétique à déguster bien calé dans son canapé, consacrée comme son nom l’indique aux pépites du mois de juin passées jusqu’ici entre les mailles du filet.


1. Astral & Shit - Ad Deum

A peine avait-on annoncé avec un train de retard la parution de l’apaisé Utredine, Et Pax sur GV Sound que le Russe Astral & Shit nous prenait de court en sortant, le même jour et sur le même netlabel, cet Ad Deum empreint d’une même aura de spiritualité désincarnée. Soit près de 90 minutes de communion avec le Dieu du drone dont les épais voiles analogiques plus léchés qu’à l’accoutumée n’en véhiculent pas moins leur quota de grâce vaporeuse au souffle paradoxalement écrasant.



2. Date Palms - The Dusted Sessions

Tous deux membres du supergroupe Portraits chapeauté par Jefre Cantu-Ledesma, Marielle Jakobsons (signataire l’an dernier du faramineux Glass Canyon ) et Gregg Kowalsky (pensionnaire discret mais talentueux de Kranky ou Root Strata) cadrent légèrement les impros ambient qu’on leur connaît avec ce projet qui sent bon la tension minérale et feutrée de Earth, le patchouli des cordes et flûte psyché... et puis le sable du désert, forcément, que cette musique traverse comme un mirage sur son lit de drones cosmogoniques, de basses entêtantes et de guitares saturées.

- En écoute sur Spotify.



3. The Electric Soft Parade - Idiots

A force de faire deux fois mieux à chaque album, vient un moment où l’on peine à monter plus haut. Idiots n’est donc pas deux fois mieux que No Need To Be Downhearted mais exactement aussi parfait, évidence mélodique et production élégante teintée d’orchestrations délicieusement surannées et de psychédélisme 70s faisant une nouvelle fois merveille au chevet des pop songs à la fois brumeuses et ensoleillées des frères White, qui depuis l’échappée électrique de Brakes privilégient une certaine délicatesse maximaliste et désarmante pour The Electric Soft Parade avec la réussite que l’on sait.

- En écoute sur Deezer.



4. ESA - Themes Of Carnal Empowerment Pt. 2 : Deceit

Premier pas vers la violence d’une sélection qui n’en manquera pas, Deceit marque le retour de l’un des projets les plus jusqu’au-boutistes de l’écurie Tympanik Audio. Après la luxure sur le premier volet de cette série consacrée à la réappropriation des émotions primales, c’est la tromperie qui travaille Jamie Blacker sur ce sixième opus d’Electronic Substance Abuse, toujours aussi ambitieux dans sa mixture de rhythmic noise tendance techno-indus et d’atmosphères cinématographiques suintant l’anxiété et la frustration comme en témoignent l’utilisation fréquente de samples vocaux particulièrement évocateurs et un spectre d’influences allant de l’opéra au dark ambient en passant par l’IDM ou la musique tribale.



5. Master Musicians Of Bukkake - Far West

Plutôt que de paraphraser cette belle chronique qui vous dit déjà tout ce qu’il faut savoir sur ce nouvel album du "collectif cérémonial" de Seattle, tentons de résumer ce Far West par sa pochette, ascension du Mont Fuji en communion chamanique avec ses entrailles minérales côté face, échappée chorale et baroque vers le soleil couchant côté dos, dit comme ça l’album semble foutraque et pourtant on pourrait presque parler de solennité en comparaison avec la trilogie Totem, cohérence narrative nouvellement acquise qui transcende comme chez Grails un certain goût pour le folklore kitsch pour toucher à la quintessence de l’épopée mythologique.



6. Quttinirpaaq - No Visitors

Quelque part entre Cut Hands et Skullflower, le Texan Matt Turner emmène son imprononçable projet ("toit du monde" en inuktitut apprend-on grâce au parc naturel canadien du même nom) dans les abysses les plus glauques, opaques et malfaisantes qui soient avec cette première sortie du tout jeune label Rural Isolation Project. Brassant psychédélisme tribal, dark ambient grondant, post-punk doomesque, harsh noise larsenisant et magma de voix torturées, No Visitors porte bien son nom : vous n’êtes définitivement pas le bienvenu et les barbelés soniques qui vous lacèrent les tympans sont là pour le rappeler.



7. Rauelsson - Vora

Éloge du temps suspendu où souvenirs diffus d’un passé figé et rêves d’un futur pas encore fixé se télescopent au gré des chassés-croisés entre piano impressionniste et nappes synthétiques, beats d’horloger et field recordings bucoliques, cordes lyriques et chœurs éthérés, l’Espagnol Raúl Pastor Medall capte la poésie d’une traînée de poussière dans un rayon de soleil comme on fait d’un rêve une idée et livre avec Vora son chef-d’œuvre à ce jour, parfaitement à sa place sur le label Sonic Pieces où le classique contemporain renaît depuis quelques années au contact d’une ambient érudite.

- En écoute sur Spotify.


8. Tzolk’in - The Sixth Sun

Tout aussi dark mais moins chaotique que Quttinirpaaq, le quatrième opus de Tzolk’in nous replonge dans l’atmosphère sacrificielle de la mythologie aztèque, non sans un détour par le fameux calendrier divinatoire maya, le Tzolkin, qui faute de fin du monde nous place désormais dans l’ère du Sixième Soleil en quête d’un futur meilleur mais sans grande illusion. Aux manettes de ce formidable cauchemar amazonien mêlant post-indus tribal et dark ambient fuligineux, le Belge Nicolas Van Meirhaeghe (Empusae) et le Français Gwenn Trémorin (Flint Glass) perpétuent les sombres évocations mystiques de Tonatiuh, éviscérant nos derniers espoirs sur l’autel mortuaire d’une civilisation décadente vouée à l’extinction : la nôtre, évidemment.



9. VNDL - Gahrena : Structures

Si Gahrena : Structures ne surprend pas autant que son prédécesseur dont les échappées drone ambient et autres méditations électriques passées à la moulinette de ses textures mouvantes tiraient brillamment le Montréalais Philippe Vandal de sa zone de confort, c’est un bonheur de le retrouver en terrain connu tant sa maîtrise de la déconstruction rythmique atteint des sommets de fluidité dans le découpage abrupt et de fantasmagorie dans l’étrangeté organique sur ce second volet sombre et dense du diptyque publié par Hymen Records.



10. You’re Terribly Late - Anywhere But Here EP

Plus connu pour le glitch lyrique influencé par la musique de chambre de son alias The Ghost Of 3.13, Costea Mihai dévoile une autre facette de son talent avec ce projet parallèle où les beats se font discrets voire carrément absents au profit des rêveries volatiles d’une ambient post-classique particulièrement introspective et poétique. Ode à la nuit propice à la résurgence des souvenirs et à l’émancipation des fantasmes, Anywhere But Here se télécharge librement sur le Bandcamp du Roumain.



indie rock mag - IRM des musiques actuelles


lundi 19 août 2019


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