Live Report : Epic Rain (Ubu, Rennes, 17 Novembre 2017)

Ce Vendredi 17 Novembre 2017, les Rennais amateurs de hip-hop islandais avaient rendez-vous à l’Ubu. Débuter un live report par une telle affirmation recèle nécessairement une petite once de provocation assumée tant il apparaît évident que les mélomanes de l’agglomération bretonne sont peu nombreux à s’intéresser à cette scène scandinave. Et surtout, il y a bien longtemps que l’affiche de la soirée, Epic Rain, propose bien plus que du hip-hop.

Il faut dire que depuis le Campfire Rumours initial, Elegy et Somber Air avaient diversifié, en 2012 et 2014, les terrains de jeu du combo islandais, le conduisant vers des sonorités dark-folk ou un blues qui s’assume. Avec Dream Sequences, dernier long-format en date d’Epic Rain, un certain retour vers des sonorités sombres et synthétiques a néanmoins été opéré, sans pour autant délaisser la mutation qui avait progressivement gagné le combo.

En d’autres termes, ce dernier disque est probablement celui qui digère et synthétise avec le plus d’efficacité les nombreuses influences d’Epic Rain. L’occasion d’assister à une prestation du combo sur cette tournée ne pouvait donc pas être manquée.

La formation se présente avec quatre musiciens sur scène. Un guitariste se tient en arrière-plan et fait preuve d’une discrétion christique, tandis qu’un bassiste est situé côté jardin. Officiant au mellotron et assurant quelques choeurs, la longiligne Ingunn Erla Sigurðardóttir occupe le centre de la scène tandis que le charismatique Jóhannes Birgir Pálmason, fondateur et âme du projet, se tient côté cour, naviguant entre synthétiseurs, Macbook et micro à l’occasion de quelques flows enflammés.

Les morceaux joués sont essentiellement issus de Dream Sequences. Si l’ensemble est agréable durant le premier quart d’heure, la salle comme le groupe sont encore en train de se chauffer. Phase de décollage. Le seul regret concerne l’absence de musiciens pour assurer les cordes qui subliment souvent les titres joués durant cette première partie de concert. L’ensemble est convaincant, mais pas tout à fait à la hauteur des espérances.


Et puis Jóhannes Birgir Pálmason se lâche. Il a bien compris que ses acolytes peinaient encore à s’approprier des compositions dont il est le principal artisan. L’Islandais explique d’ailleurs que le combo évolue sous cette forme pour l’une de ses premières prestations. Il semble encore en rodage et, au regard de la suite de la performance, le potentiel hypnotique est assez énorme.

Le Londinium d’Archive, rien de moins que cela, constitue l’une des inspirations auxquelles on se réfère sur des titres tel que Monday Morning où le flow grave et survolté de Pálmason évoque ceux de Rosko John et Tricky. Plus que toutes les autres influences évoquées précédemment, de la folk au blues en passant par l’abstract, c’est un caractère trip-hop qu’emprunte la performance d’Epic Rain sur scène.

Pulsatoire, que ce soit sur le plan instrumental ou à l’occasion de quelques battements vocaux aux détours chamaniques, la performance ressuscite une ambiance downtempo en vogue à la fin des années 90 et la faible affluence dans une salle à taille humaine telle que l’Ubu renforce le sentiment d’assister à un moment privilégié.

Au-delà des morceaux où la poésie de Jóhannes Birgir Pálmason recèle une rage contagieuse, certains titres permettent à son flow d’épouser les tourments angéliques d’une Ingunn Erla Sigurðardóttir concentrée à l’extrême (Disguisement) quand ils ne prennent pas une allure tout simplement Lynchienne, sur le sommet instrumental Dream Sequence 3 ou un Orrore hanté par la voix de la chanteuse.

Les visuels en arrière-plan prolongent d’ailleurs cette étrangeté Lynchienne sur le plan graphique, de lentes captures de maisons abandonnées, d’échelles infranchissables ou d’hommes arborant un masque à gaz se succèdent. L’aspect hypnotique présent sur disque trouve alors un écho de choix, et les deux derniers tiers du concert tiennent toutes leurs promesses si bien que, lorsque Jóhannes Birgir Pálmason propose au public de jouer un dernier morceau, qu’il reçoit quelques acquiescements polis et que celui-ci se termine, un goût de "trop peu" reste en bouche. Trois quarts d’heure, c’est bien trop peu en effet pour une prestation aussi captivante. Ne reste plus qu’à re-découvrir les disques d’Epic Rain...


Articles - 18.11.2017 par Elnorton
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mardi 13 novembre 2018


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