Top albums - octobre 2013

Ils avancent masqués mais fiers dans le froid de l’hiver précoce, les lauréats de notre avant-dernier vote mensuel de ce cru 2013 (décembre étant consacré sur le FIR au traditionnel bilan de l’année), armée des ombres de la scène expérimentale, qu’elle soit électronique, drone ambient ou metal, qui aura su faire plier les poids lourds de la pop et du rock en ce mois d’octobre pourtant chargé en sorties indé courtisées par les gros médias.


1. Oval - Voa

Considéré comme une sélection de seconde main des sessions enregistrées par le pionnier du glitch à Salvador de Bahia en compagnie d’une demi-douzaine de chanteurs et de musiciens du renouveau folk sud-américain, Calidostópia ! sonnait déjà en février dernier comme une petite révolution de plus dans la disco de Markus Popp, confrontant le chaos maîtrisé et les interférences hors cadre d’un certain nombre d’instrus remaniés de l’Allemand, entre autres inédits, aux vocalises mélodiques des intervenants brésiliens, colombiens, argentins ou encore vénézuéliens. Un petit chef-d’œuvre qui laissait augurer du meilleur pour cette suite, constituée cette fois de la crème de ces rencontres pas comme les autres, mêlant plus que jamais abstraction et sensualité au gré des vocalises paisibles ou passionnées (à commencer par celles de l’enchanteresse Dandara ou du surprenant Agustín Albrieu dont le timbre évoque sur Drift la sagesse écorchée de Thom Yorke), des cascades rythmiques fougueuses et déstructurées ou des flots de cordes digitales aux allures de guitare vénusienne, générateurs d’émotions à la fois familières et déstabilisantes à l’image de cette vidéo tournée en faisant écouter aux actrices d’autres titres que ceux finalement retenus en bande-son :


Lâchant les fioritures lyriques d’Emilia Suto qui pouvaient parfois agacer sur l’opus précédent, Voa revendique sa différence au gré d’une série d’interludes instrumentaux composés pour l’occasion dans la lignée des vignettes du gargantuesque double album O sorti 2010, et garants par leurs contrepieds mêmes d’un paradoxal équilibre dans le diversité des vocalistes aux personnalités marquées, de la candeur sereine d’Andrés Gualdrón à la gourmandise acidulée d’Hana Kobayashi en passant par les arabesques suaves d’Aiace, la seconde laissant place au premier sur un Credit Line réinventé dans une poche de liquide amniotique, seule constante entre les deux disques avec le parfait Habitat toujours illuminée par le spleen capiteux de Maité Gadea.

(Rabbit)


1. The Body - Christs, Redeemers

Apocalyptique, expérimental , assourdissant… le monstre The Body semble vouloir faire toujours dans le plus sombre, le plus bizarre, le plus dense et le plus décharné.
Leur dernière galette, Christs, Redeemers, poursuit cette tache de corruption systématique.
Plus qu’un simple disque de doom, l’album accélère tout du long, balance ses riffs noise insondables et brouille les pistes par des expérimentations et vocalises étranges exigeant de l’auditeur un véritable investissement physique. Une œuvre troublante révélatrice de la détermination du groupe à rester en marge de toute scène et d’explorer pleinement son art transgressif.
Transcendant et tortueux, Christs, Redeemers balance ses morceaux comme autant de parpaings et vous laisse sur le carreau. Néfaste !

(nono)


3. Artaban - Flow

"Cinq ans. C’est le temps qu’il aura fallu à Artaban pour accoucher du successeur de Landscapes. Entre-temps, le duo composé de Charles Nilles et Max Nilles a accueilli Aurélie Lanners et roule désormais pour Chez.Kito.Kat.
La sombre électro-pop du trio luxembourgeois ne cesse, sur ces sept morceaux - parmi lesquels figure Appaskop que l’on pouvait découvrir sur le maxi éponyme - de brouiller les pistes, lorgnant tantôt sur les Cure époque Disintegration (Jeans En Cuir), tantôt vers une délicieuse ambient industrielle (Dust Remover) sans occulter des passages, comme sur Natt Jakt, plus rythmés et lumineux dignes des univers de Plaid ou Kuston Beater.
Tiens, on se prend à citer d’autres artistes du label comme références. Est-ce à dire que la patte de Chez.Kito.Kat est désormais perceptible ? Assurément. Et c’est sans doute la marque des maisons de disques créatives."

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(Elnorton)


4. thisquietarmy - Hex Mountains

On va finir par vous fatiguer à force de vous rabâcher les oreilles avec notre petit génie d’Eric Quach. Le fait est que ses nombreuses productions sont autant de bijoux au gré desquels le Canadien ne cesse de nous surprendre.
Loin des équipées feutrées et éthérées de ses dernières œuvres, Thisquietarmy a cette fois sorti l’artillerie lourde. A l’image du titre de l’album et du superbe artwork, Hex Mountains est tellurique et brumeux. La dark ambient caractéristique de l’artiste se teinte d’infra-basses caverneuses et de rythmiques herculéennes pour ressusciter nos terreurs nocturnes.
Hex Moutains nous inflige une aventure glaciale et austère nécessitant endurance et abnégation.

(nono)


5. Brou de Noix - 000

"De méandres grouillants en rêves distordus, de marches belliqueuses en cantiques caverneux, les EPs du Bisontin ne lâchaient déjà rien, vortex de chaos maîtrisé sous leurs pantones pop art érigeant en totem une noix à l’ombre menaçante. Mais il ne reste désormais que la crème, opaque, épaisse et portée à ébullition, du genre à dévaler la pente de nos tympans comme un flot de lave en fusion et tout cramer sur son passage dans nos cerveaux conditionnés.
000, ça sent l’after d’apocalypse et la transe du côté obscur, ça sature, ça prolifère et les couleurs battent en retrait, l’atmosphère est plombée et l’épopée déjà vouée aux ténèbres du caveau. Et pourtant, on prend son pied sans discontinuer au gré des incursions ethniques, techno-indus, IDM ou trip-hop, autant d’assises rythmiques groovesques ou hypnotiques qui offrent aux fumerolles dark ambient et aux synthés déliquescents un contrepoint résolument ludique et même addictif comme rarement avec ce genre d’univers crépusculaire et sans concession."

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(Rabbit)


6. Dosh - Milk Money

"Dosh le revendique dès la pochette de ce Milk Money qui pourrait donner de faux-airs d’enregistrement live au successeur du très bon Tommy  : si les synthés analogiques et l’autarcie reviennent en force après deux opus plus entourés et néanmoins chaotiques, spontanéité et instrumentation live sont toujours au rendez-vous, de même que ce foisonnement dans les rythmiques et cette luxuriance dans les arrangements dont se nourrit sa musique à la croisée de l’électronica et du post-rock depuis le parfait The Lost Take.
Démontrant que mélancolie feutrée et lyrisme débridé sont bien loin d’être incompatibles, ce sixième album studio officiel s’en donne à cœur-joie côté batterie alambiquée, mais n’en culmine pas moins sur le crescendo nébuleux aux jams quasi ambient d’un Legos (For Terry) dont la rythmique au vibraphone n’apparaît qu’au bout de 13 minutes de boucles dominées par un piano méditatif pour laisser place à des variations percussives proches dans l’esprit de la musique minimaliste des Terry Riley et consorts."

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(Rabbit)


7. Chris Weeks - The Lost Cosmonaut

"Ne vous fiez pas à l’esthétique SF géométrique et aux couleurs chromées de sa pochette, ce nouvel opus de Chris Weeks s’enfonce encore un peu plus dans l’opacité de l’espace, dernière étape d’une mue qui aura vu les titanesques chapes de radiations du musicien anglais passer en l’espace de trois disques d’un drone solaire déjà hanté aux limbes élégiaques d’un vortex de matière noire abyssal et désincarné.
Tirant son nom d’une théorie selon laquelle plusieurs cosmonautes russes auraient été envoyés dans l’espace avant l’épopée Gagarine, missions fantômes dont ils ne seraient jamais revenus, ce troisième long format évoque les derniers instants de lucidité de ces pionniers de l’aventure spatiale abandonnés à leur inéluctable destin, entre solitude oppressante (Stasis d’où affleurent quelques notes anxiogènes et pulsations perdues dans le néant), appel du vide (Aeon et ses vents mauvais) et visions d’enchantement aux allures d’allégorie d’un ultime espoir auquel se raccrocher (le céleste et imposant Lagoon)."

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(Rabbit)


8. Noveller - No Dreams

"Bien que Sarah Lipstate surprenne de prime abord en surplombant d’imposants reflux synthétiques ou de piano discret mais entêtant les cascades de reverb de ses guitares méditatives, son goût pour la contemplation et l’abandon des sens est toujours bien présent sur ce No Dreams dont les errances stellaires aux soubassements parfois pulsés n’ont rien à envier à l’épure hallucinée et à l’intensité feutrée de Desert Fires ou de Glacial Glow.
Car bien vite la mélancolie laisse place à l’angoisse de ce néant cosmique dont l’opacité en constante expansion menace bien souvent la santé mentale des visionnaires de l’infiniment grand."

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(Rabbit)


9. Olan Mill - Hiraeth

Si les abstractions radiantes de son autre projet Pausal nous avaient joliment fait patienter pour les quelques semaines qui séparaient ce Sky Margin du retour de l’Anglais chez Preservation, c’est avec Olan Mill que la musique d’Alex Smalley, toujours accompagné du violon de Mike Jessop, des chœurs sopranos beaux à se damner de Patricia Boynton et des vents discrets de Katie English (Isnaj Dui) emportés par les flots de textures séraphiques, dépasse la simple fascination esthétique pour devenir pure émotion. Marqué - à l’image de Springs sur le merveilleux Paths - par l’espace laissé aux accords du piano préparé d’Alex Lucas (présent lui aussi sur l’album précédent comme sur le récent Visiting Tides du compère de Pausal, Simon Bainton) tantôt hiératique et majestueux sur Echo Of Tomorrow ou empreint d’un lyrisme feutré sur Cultivator ou Nature For Equal Rights, Hiraeth irradie de cette mélancolie de se savoir aux portes d’un Paradis Perdu, à jamais rendu inaccessible par l’insouciance du genre humain.

(Rabbit)


9. Biosexual - The Window Wants The Bedroom

Un an après Charbroile, Zac Nelson revient chez Debacle fort bien accompagné. Plus connu pour ses loufoqueries solo math, psyché et bruitistes (et pourtant déjà acoquiné à l’exercice de groupe au sein de Who’s Your Favorite Son, God ? ou aux côtés de Zach Hill dans Chll Pll), ses relations biosexuelles sonnent comme un véritable coup de fraicheur : une aventure de dix morceaux de pop d’avant-garde (dont quatre issus d’un précédent EP sorti il y a tout pile un an, et largement retravaillés) partagée avec Michael RJ Saalman et Jocelyn Noir, traînant avec eux leurs accointances électroniques et orientales. Plus classique en apparence, The Window Wants The Bedroom se révèle en fait diablement sexy et addictif, le sourire aussi présent côté auditeur que musicien... le sourire vicieux des trois complices satisfaits de jouer ensemble et de se jouer de nous.

(Riton)


11. Arovane - Ve Palor

"Plus que jamais l’égal d’un Plaid pour ses beats en caoutchouc expansé et ses cascades mélodiques aussi tortueuses qu’éthérées, Arovane revient après 9 ans de hiatus comme si rien ne s’était passé.
Un retour qui aurait d’ailleurs pu sembler anachronique sur le papier puisque ce Ve Palor était à l’origine prévu pour sortir chez DIN en 2003. Il n’en est pourtant rien, car bien plus qu’un fond de tiroir c’est un disque entièrement repensé et agrémenté de tout nouveaux titres composés cette année que nous propose l’Allemand, acéré comme rarement sur ces 12 titres warpiens où la radicalité des rythmiques escarpées et des distos alambiquées le dispute à l’étrange familiarité de ces mélodies d’outre-rêve minimalistes mais jamais simplistes ou cliché."

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(Rabbit)



indie rock mag - IRM des musiques actuelles


vendredi 15 novembre 2019


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