Top albums - février 2013

Bilan d’un mois chargé... certes quel mois ne l’est pas quand on sait où chercher, mais pour tirer de notre torpeur de fin d’hiver pas moins de 10 avis de rédacteurs pour autant d’albums plébiscités lors du dernier vote mensuel du FIR, il fallait tout de même une belle densité en sorties de qualité.

Rock électronique, ballades intimistes, pop cabossée, IDM tortueuse, metal asphyxiant, glitch jazzy, drone orchestral... il n’y en aura peut-être pas tout à fait pour tous les goûts mais pas loin dans cette sélection bigarrée, avalanche de pépites aux allures de printemps musical avant l’heure.


Les Résultats


1. Atoms For Peace - AMOK

De Before Your Very Eyes... à l’hypnotique AMOK, en passant par Ingenue et ses faux airs de Myxomatosis, Thom Yorke et ses acolytes maintiennent un constant niveau d’exigence au long de cet album. Plus accessible que The King Of Limbs, AMOK s’inscrit néanmoins dans la continuité du dernier opus du quintette d’Oxford autant que dans celle dHail To The Thief ou The Eraser.
Annoncé comme un "super-groupe", on retrouve essentiellement, pour notre plus grand plaisir, les pattes de Thom Yorke et Nigel Godrich. Au final, rien à jeter sur un opus qui confirme que le leader de Radiohead cherche toujours à faire évoluer ses compositions au gré de ses rencontres, l’influence de Dan Snaith - que ce soient ses travaux sous les pseudonymes de Caribou ou Daphni - semblant prégnante sur AMOK.

(Elnorton)


Thom Yorke aime se montrer tel un pantin dansant et désarticulé mais finalement c’est lui le véritable marionnettiste qui manipule à cette occasion les membres d’Atoms For Peace, aussi illustres soient-ils, de manière à les emmener sur son terrain de prédilection, et quitte à les laisser dans l’ombre la plus totale. Véritable suite de The Eraser, son aventure solo, AMOK aurait dû être ce que l’on attendait de Radiohead à la place de leur The King Of Limbs sans véritable tenue ni saveur. Cet opus, même sans grande surprise, se révèle d’une beauté glaciale et captivante, œuvre organique et intelligente dont on sait qu’elle ne peut sortir que de ce maître à jouer, seul aux commandes.

(Darko)


2. Nick Cave & The Bad Seeds - Push The Sky Away

Avec Push The Sky Away, l’auteur de Murder Ballads ressort les chœurs et les violons pour nous offrir peut-être bien son disque le plus introspectif et caressant depuis quinze ans.
Des ballades donc, romantiques et sensuelles mais pas dans la veine classique de The Lyre Of Orpheus qui suintait l’américana et le gospel par tous les pores. Car si Nick Cave a retenu quelque chose de son expérience cinématographique c’est avant tout cet art de la progression dramatique, maîtrisé comme rarement sur Jubilee Street dont les cordes élégiaques et les chœurs rédempteurs émergent par touches subtiles au gré des fluctuations de tempo, garants d’un lyrisme jamais envahissant.
La recette fonctionne tout aussi joliment sur We No Who U R, premier single à mi-chemin entre pudeur et nonchalance, mais si l’on rajoutera volontiers à ces quelques sommets le très dépouillé Push The Sky Away qui conclue l’album de la plus belle des manières et finit de le rapprocher des complaintes à nu de The Boatman’s Call, il convient de ne pas réduire à sa dimension intimiste ce quinzième opus de haute volée, qui nous gratifie tout de même de quelques sursauts plus névrosés à l’instar de l’intense Water’s Edge ou du final électrique d’Higgs Boson Blues.


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(Elnorton & Rabbit)


3. Eels - Wonderful, Glorious

Ce qu’il y a de formidable avec Eels, c’est qu’au fond ils ne nous déçoivent presque jamais... Wonderful, Glorious pourrait même bien finir par devenir un classique Eelsien tellement l’impression d’une sorte de synthèse est inhérente au rendu global de l’album.
Ainsi Mark Oliver Everett continue à tisser sa bonne humeur entraperçue sur le précédent album Tomorrow Morning avec ses fêlures omniprésentes sur Electro-Shock Blues et les sons abrasifs et biscornus gavés de gimmicks qui sont devenus la marque de fabrique du groupe. Une synthèse aussi par l’alternance des titres. Agressifs, comme l’anxiogène Bombs Away mi-cabossé, mi-tordu ouvrant imparablement l’album ou son suivant Kinda Fuzzy, capiteux car commençant comme un titre pop et montant progressivement en puissance. A l’opposé et ce sont d’ailleurs les plus grandes réussites de l’album, certains morceaux se font plus doux, en forme de ballades plus ou moins apaisées, comme ce On the Rope, tellement aérien qui aurait pu figurer sur Daisies of the Galaxy  ; d’autres titres sont même carrément dépressifs comme le vintage Accident Prone, True Original ou l’excellent The Turnaround, l’une des plus belles chansons jamais pondues par E.
Finalement les Eels nous offrent un tour du propriétaire inspiré fait de chansons à tiroirs concassant sur la longueur de Wonderful, Glorious les diverses directions et parfois les confusions de Mark Oliver Everett.


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(Spoutnik)


4. Autechre - Exai

Difficile de poser des mots sur l’indicible. Abstrait, Exai l’est indubitablement mais pouvait-on s’attendre à quoi que ce soit d’autre venant d’Autechre ? Abstrait dans sa musique, toujours cette impression de faire chanter les équations et vibrer les électrons, mais abstrait aussi dans ce qu’il provoque : quelle que soit l’écoute, morcelée, d’une traite, mélangée à d’autres, elle amène toujours au même éther, au même flou.
D’un côté rien de nouveau (ce qui, en soit, n’est absolument pas un problème), de l’autre un contraste inédit entre samples presque primitifs (on reconnaît sans peine les synthétiseurs, les basses - énormes - et presque la batterie) et empilement dense de couches sonores qui en fait un disque singulièrement accessible. Singulièrement parce que lorsque l’on détaille les fondations de cette immédiateté, on se rend compte qu’en fait rien n’est simple. On sait surtout qu’on y reviendra de nombreuses fois (comme d’habitude) et peut-être, alors, saura-t-on mieux le cerner. Deux heures, c’est long et dans ces conditions, difficile d’éviter les baisses de régime mais dans le même temps, cela permet au duo d’expédier plusieurs merveilles qui viennent se placer sans peine au niveau de leurs nombreux sommets (pêle-mêle deco Loc, bladelores, irlite (get 0), ...).
Avec ses magnifiques propositions mêlées à d’autres qui le sont un peu moins, sa démesure et son irrégularité, jamais Autechre ne s’était montré si humain. Passionnant.


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(leoluce)


5. Apparat - Krieg und Frieden (Music for Theatre)

Retour élégant pour l’Allemand Apparat, qui s’attaque au drone post-classique majestueusement orchestré d’un label tel que Bedroom Community, pas loin de Ben Frost ou Valgeir Sigurðsson.
Bande-son retravaillée d’une adaptation contemporaine de Guerre et Paix enregistrée en compagnie d’un ensemble de 30 musiciens, Krieg und Frieden fait écho au foisonnement du récit de Tolstoi en alternant chansons atmosphériques (LightOn) et abstractions métaphysiques (Blank Page), crescendos de lyrisme orchestral mâtinés de piano massif (Austerlitz) ou de zébrures électroniques (K&F Thema) et passages plus méditatifs flirtant tour à tour avec la musique de chambre (les mélancoliques 44 et K&F Thema Pizzicato) ou avec le bruit blanc (Tod).
Ainsi, 44 (Noise Version) semble à la fois rendre hommage au minimalisme lunaire de Brian Eno et titiller les nappes sismiques d’un Tim Hecker mais l’exercice demeure un brin scolaire au regard de ce que l’Allemand maîtrise le mieux depuis The Devil’s Walk  : les mélodies ferventes et les arrangements luxuriants, cf. A Violent Sky qui clôt le disque sur un sommet de ferveur éthérée.

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(Rabbit)


6. Terra Tenebrosa - The Purging

Deuxième opus psychotique et maléfique à souhait, la suite de The Tunnels chope l’auditeur là où il l’avait abandonné : au fond d’un cloaque immonde et suintant.
Sinistre et angoissé, The Purging est aussi plus violent et torturé que son prédécesseur. Rythmée, toujours aussi déstructurée, la musique de Terra Tenebrosa nous traîne dans une boue d’émanations putrides où se mêlent indus sordide, riffs doom ultra-saturés et post-metal expérimental jusqu’à un morceau de clôture qui nous laisse l’impression d’avoir passé trois quarts d’heure au pilori sous des trombes d’eau glacée.
The Purging confirme la position du trio scandinave comme souverain d’un métal inventif, malfaisant et sans concession.

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(nono)


7. Oval + VA - Calidostópia !

Malmenant ses cordes synthétiques de concertiste du sofware sur fond de blips cosmiques ou de batterie free jazz, Markus Popp continue d’explorer les possibilités les plus organiques et spontanées du glitch, prêtant quelques-unes de ses plus belles rêveries martiennes aux vocalises suaves et veloutées d’une demi-douzaine d’artistes sud-américains.
Pour la plupart déjà connus, certains instrumentaux ont été largement remaniés pour l’occasion avec l’aide de l’Argentin Agustín Albrieu (guitare) et du Colombien Andrés Gualdrón (percussions), mais la plupart demeurent fidèles aux originaux et tirent principalement leur singularité de ces interactions/frictions avec les mélodies vocales des chanteurs invités.
De cascades aériennes en saccades torrentielles, le début d’album nous emporte ainsi au gré de ses courants changeants aux allures de bossa du 3ème millénaire. Mais au-delà de ces douceurs éthérées plus ou moins évidentes ou alambiquées, une certaine étrangeté finit par s’immiscer, d’abord par le biais du chant lyrique d’Emilia Suto (Oh !, Grrr) puis d’une façon plus caractéristique de l’univers d’Oval : zébrures abrasives (Alpen), ballotements syncopés (Beige), staccato agité (Legendary) ou rebonds saturés (Credit Line) tenteront en effet à plus d’une reprise de brouiller nos repères, le chant demeurant là pour amortir les chocs et nous envelopper d’un cocon moelleux et sécurisant.

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(Rabbit)


8. Patrick The Pan - Something Of An End

Daté de décembre en digital mais finalement gratifié d’une édition CD limitée le mois dernier, ce premier album du jeune Piotr Madej réussit le petit exploit de se hisser dans ce top ten particulièrement dense, pas une mince affaire pour cette autoproduction sous-exposée d’un Polonais qui se réclame de Radiohead (des guitares polyphoniques de Finally I’m One aux harmonies troublantes de Warm Gold) pour mieux se jouer des attentes et des étiquettes, entre post-rock feutré (Remains), chamber pop éthérée (Slowly) et ballades romantiques (POV).
Mâtinées de rondeurs jazz (Men Behind the Sun) ou northern soul (Bubbles), d’incursions technoïdes vocodées (The Moon and The Crane) et autres beats cardiaques sur lit de nappes ambient (Finally We’re One), la pop doucement fureteuse de Patrick The Pan ne se départit jamais pour autant de sa langueur glacée terriblement envoûtante, la bulle de mélancolie des mélodies s’associant à merveille à l’élégance léchée d’une production jamais envahissante.


< à lire également : l’interview d’Indiepoprock >

(Rabbit)


9. Matmos - The Marriage Of True Minds

Le successeur du trop sous-estimé Supreme Balloon tente un grand écart entre les envolées synthétiques colorées de ce dernier, le groove minimal anguleux des débuts, le lyrisme presque mélodique de The Civil War, les expériences vocales perchées de The Rose Has Teeth In The Mouth Of A Beast et le foisonnement instrumental du déroutant mais stimulant Treasure State enregistré entre-temps avec l’ensemble So Percussion, tout en ouvrant d’autres horizons à notre duo de chirurgiens dada à l’image du drone gothique de d’In Search of a Lost Faculty ou de l’électro-doom martial et distordu d’ESP.
Loin de donner dans la redite facile, les Californiens férus de musique concrète, de science et de paranormal en profitent pour aiguiser leur art de télépathes du son, livrant un album aussi absurdement ludique que savamment alambiqué à l’image du sombre et psyché Luminous Rings, bonus rampant et vaguement jazzy de la version iTunes clippé au microscope par Martin Schmidt lui-même :


< lire notre streaming du jour >

(Rabbit)


10. Field Rotation - Fatalist : The Repetition Of History

Sous le pseudonyme de Field Rotation, le compositeur Christoph Berg expérimente sur un projet narratif de "Contes Acoustiques" et nous livre la facette la plus sombre et torturée de son œuvre.
Cinématique et contemplatif, Fatalist : The Repetition Of History pourra surprendre les habitués du travail de l’artiste. Les atmosphères néo-classiques se mêlent aux sonorités synthétiques minimalistes et aux field recordings pour créer des paysages sonores naturalistes oppressants qui s’égrènent cycliquement comme au gré des saisons qui passent.
À l’image de ses collègues Max Richter ou Peter Broderick, tout le talent de Field Rotation se traduit dans un album mélancolique, obsédant et éthéré, pour lequel les mots ne suffisent pas à traduire le dixième des émotions suscitées.


< lire notre avis express >

(nono)


Les Podiums de la rédaction


- Darko :
1. Matmos - The Marriage Of True Minds
2. Doldrums - Lesser Evil
3. Jacco Gardner - Cabinet Of Curiosities

- Elnorton :
1. Eels - Wonderful, Glorious
2. Nick Cave and The Bad Seeds - Push The Sky Away
3. Atoms For Peace - AMOK

- HaveFaith :
1. Autechre - Exai
2. Aynth - Daena yn Hsytoria
3. Mathias Delplanque - Chutes

- leoluce :
1. Autechre - Exai
2. Terra Tenebrosa - The Purging
3. Mr Protector - Gumbo

- nono :
1. Terra Tenebrosa - The Purging
2. Nick Cave & The Bad Seeds - Push The Sky Away
3. Field Rotation - Fatalist : The Repetition Of History

- Rabbit :
1. Autechre - Exai
2. Terra Tenebrosa - The Purging
3. Oval + VA - Calidostópia !

- Riton :
1. Oval + VA - Calidostópia !
2. Clipping - Midcity
3. Terra Tenebrosa - The Purging

- Spoutnik :
1. The Underachievers - Indigoism
2. Iceage - You’re Nothing
3. Jeremiah Jae & Oliver The 2nd – RawHyde Mixtape


Voilà, c’est tout pour cette fois et c’est déjà pas mal, rendez-vous en fin de mois pour un nouveau scrutin sur notre forum !



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samedi 20 juillet 2019


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