Ratatat - MAO Livehouse (Shanghai, Chine)

le 14/05/2016

Ratatat @ MAO Livehouse, Shanghai (14-05-2016)

Dix ans depuis la claque Classics et une curiosité jamais encore assouvie pour ma part de voir ce qu’allait donner sur scène la mixture guitares/électro du duo new-yorkais. Les Brooklynites Evan Mast et Mike Stroud allaient-ils s’avérer capables de conserver le fragile équilibre entre groove minimal et lyrisme emphatique, vibes organiques et géométrie synthétique qu’ils peinaient déjà l’an passé à perpétuer en studio sur un Magnifique d’autant plus décevant que son nom laissait augurer du même genre de merveilles que son indépassable prédécesseur LP4  ?

Ma réponse passe par la salle de la très active MAO Livehouse, dont les faux-airs branchés d’entrepôt désaffecté feraient presque oublier qu’elle a la particularité de se trouver au troisième étage d’un immeuble élancé. Connue pour ses retards qui m’avaient notamment fait louper DJ Krush l’été dernier (à charge de revanche le 10 juin prochain à l’occasion de son Butterfly Effect Tour), la structure nous accueille une bonne vingtaine de minutes après l’heure prévue et ça n’est encore qu’un quart d’heure plus tard que démarre la première partie, Goooose (à moins qu’il ne s’agisse de Goooooooose, ou de Goooooooooooooose, parce qu’on n’a pas vraiment compté les itérations sur l’affiche).

D’abord considéré, décibels obligent, d’une oreille agressée mais curieuse par un public à 80% expat (loin du 50/50 de múm dans la même salle en décembre dernier, dont je regrette encore n’avoir pas pu vous rapporter à temps le concert fabuleux qui vit les Islandais, réduits à cinq, renouer avec la grâce atmosphérique entre pop électronique et post-rock de Finally We Are No One et de Summer Make Good sous l’impulsion de la spectrale violoncelliste et guitariste Hildur Guðnadóttir au chant), la technoise plutôt harsh et parfois décousue du musicien local au look nerdy, lunettes à peine visibles derrière sa tignasse noire, récoltera bientôt quelques réprobations masquées par les basses lourdes, les ronflements dronesques et autres stridences bruitistes, avant qu’une chaleur grandissante (les projecteurs aidant, on appréhende déjà l’enfer étouffant et humide de l’été shanghaïen) ne force le public à une patience hébétée. Un pari osé donc en ouverture des catchy Ratatat, dont la demi-heure éprouvante pour certains aura toutefois récompensé les plus curieux d’une poignée de fulgurances électro-indus machiniques mais sans non plus casser des briques.

Épanchant notre transpiration, on attend ensuite l’entrée en scène des deux barbus ricains mais peine perdue, la salle fait honneur à sa réputation et c’est seulement vers 23h10 après d’intermittentes huées d’un public agacé (la playlist nous ayant toutefois réservé quelques bons moments avec notamment l’imparable Close To Me des Cure) que le nom Ratatat projeté sur l’écran en fond de scène fait son apparition, l’ambiance changeant d’un coup pour accueillir les deux barbus aux cheveux longs en jean et t-shirt négligés parce qu’on leur en veut pas, au fond. Contrairement à ce que le drone crescendo en intro pouvait laisser penser, ça n’est malheureusement pas sur Bilar (grand oublié à mon avis, il eut certes fallu des cuivres et des violons pour lui rendre justice) que le groupe choisit d’ouvrir le concert mais au terme d’un court instru enregistré aux allures de pastiche ironique de l’hymne américain, c’est au single Pricks Of Brightness et à ses montées de riffs suraigus qu’on a finalement droit, emblématique de par son manque de chair du dernier opus Magnifique mais relativement enflammé sur scène en comparaison de sa version studio.

Toujours à deux guitares, ils enchaînent sur un Loud Pipes qui élève d’emblée le niveau d’un cran et fait sautiller le public sur ses claquements appuyés, mais après l’instru rétro/lounge Magnifique en guise de transition c’est Mirando et son clip adapté du film Predator qui lance vraiment l’orgie électrico-tropicaliste que l’on espérait voir dominer le concert, une réussite bien que la sonorisation trop sourde et compressée laisse craindre un rendu un peu lourd et pas assez aéré pour certains des morceaux les plus maximalistes que l’on s’attend à retrouver ce soir. Ce ne sera heureusement pas le cas pour le génial et barré Falcon Jab, tube en puissance extrait du LP3 sur lequel Evan Mast (sur la droite) tient le clavier imitation clavecin avant de prendre pour la première fois les mailloches lors d’un final tambouriné en milieu de scène, pas plus que sur Cream On Chrome, meilleur titre de Magnifique et d’une indéniable efficacité ici.

En charge de l’hydratation du public, Mike Stroud fait gicler les bouteilles d’eau glacée et esquive quelques éclaboussements taquins en retour. Après un Lex carré dont les guitares heavy et le beat hip-hop martelé s’avèrent forcement taillés pour la scène, c’est la triplette magique de LP4 avec les exotiques et percussifs Grape Juice City (où Mast au tambour s’en donne à cœur joie sur fond de tronches d’oiseaux délicieusement psychédéliques) et Party With Chidren sur lesquels la foule se trémousse sans modération, et dans la foulée mon morceau préféré du duo, Sunblocks, avec ses envolées de guitare lyriques à souhait mais un rendu qui aurait pu gagner en clarté avec une meilleure balance, le fabuleux millefeuille Neckbrace en pâtira d’autant plus par la suite.

Entretemps, il y aura eu Nostrand (Classics), superbe intermède spleenétique, puis Abrasive, single synthés/guitares issu de leur dernier album, parfaitement dansant mais un brin longuet malgré le charme désuet de ses lignes d’accords mélodiques. Et après un Neckbrace inondé sur écran des clones de la perruche de Stroud (elle s’appelle Fellini et son sens du groove laisse à désirer mais elle kiffe définitivement la musique de papa) qui de toute façon en met plein les oreilles malgré un son un peu brouillon, le groupe de frenchies croisé sur le trottoir avant concert avec sa panoplie de masques animaliers finit enfin de trépigner et enfile ses attributs pour un Wildcat dantesque, tour a tour et festif et mélancolique.

L’un des types se prendra un vent en essayant tant bien que mal de refiler à Stroud un masque de girafe mais l’interaction du duo avec le public est des plus minimales, même si leur plaisir d’être là se sent à chaque instant. Ma copine et moi on rugit gaiement en imitant les griffes du gros félin samplé sur le morceau, et on se laisse achever par un Nightclub Amnesia au beat techno presque épuisant, le groupe finissant poings levés avant de se contorsionner sur ses guitares sur un Seventeen Years rescapé du premier album éponyme - on aurait préféré El Pico mais l’adaptation du titre en question (bizarrement leur morceau le plus streamé en Chine, va comprendre) envoyait plus de gras qu’on l’aurait cru et c’est tant mieux.

Alors que le groupe sort de scène sous les acclamations, on transpire à grande eau, presque réticent à entonner la coutumière litanie du rappel. "Ra-ta-tat, one-more-track !", difficile tout de même de passer à côté et les New-Yorkais nous gratifieront pour la peine d’un Gettysburg ultra-speed et puissant, peut-être bien le meilleur morceau du set avec Falcon Jab et Grape Juice City, avant d’en terminer en front de scène avec un Shempi baroque et binaire comme il faut sur lequel on ne peut s’empêcher de twister jusqu’au final poinçonné à deux toms par nos héros d’un soir, Mike Stroud se jetant finalement dans le public pour slammer dans un esprit très rock’n’roll. Autant dire que l’on sort du concert rassasiés dans la nuit déjà bien avancée, l’attente, la chaleur et le son approximatif déjà oubliés au profit de la grand célébration des sens à laquelle on vient de prendre part.

Setlist :
Intro
Pricks Of Brightness
Loud Pipes
Magnifique
Mirando
Falcon Jab
Cream On Chrome
Lex
Grape Juice City
Party With Children
Sunblocks
Nostrand
Abrasive
Neckbrace
Wildcat
Nightclub Amnesia
Seventeen Years

Rappel :
Gettysburg
Shempi

Manquaient donc à mon goût Bilar, El Pico, Montanita, Tropicana et Drugs, la classe tout de même.


Photos : Rabbit & JJ.


( RabbitInYourHeadlights )


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